SIEYÈS
C'était plutôt un métaphysicien politique qu'un homme d'Etat. Ses vues se tournaient naturellement en dogmes; il avait plus de clarté et de vigueur de style que d'éclat et moins d'art que d'arrangement. Quoiqu'il connût bien les hommes au milieu desquels il avait vécu, il n'aimait pas à les mener, et peut-être n'avait-il pas ce qu'il fallait pour le faire. Il savait prendre de Tascendant, mais il ne travaillait pas à le conserver. Il cherchait peu à se produire. Hardi d'esprit et, dans l'occasion, courageux de caractère, il était circonspect et timide dans les circonstances ordinaires. Il ne se livrait aux événements comme aux hommes que lorsqu'ils le recherchaient et, pour ainsi dire, le gâtaient ; sinon, il se retirait en lui-même et voyait passer le monde devant lui en observateur et
presque en indifférent. Il s'exagérait, comme la plupart de ses contemporains, la puissance de l'esprit ; il tenait plus compte des droits que des intérêts, des idées que des habitudes ; il avait quelque chose de trop géométrique dans ses déductions, et il ne se souvenait pas assez, en alignant les hommes sous son équerre politique, qu'ils sont les pierres animées d'un édifice mouvant. Néanmoins, il a laissé l'empreinte de son intelligence dans les événements, et il a été l'ami ou le maître des hommes les plus historiques de ce siècle.
Les élèves traduiront cette dictée à la première personne en prenant pour titre :