‹ Le livre des permutations; petits exercices d'orthographe en texte suiviChapitre 121 sur 174 · MADAME DESHOULIÈRES ET LE FANTÔME · texte numérisé non relu

MADAME DESHOULIÈRES ET LE FANTÔME

Étant allée voir une de mes amies à la campagne, on me dit qu'un fantôme avait coutume de se promener toutes les nuits dans l'un des appartements du château, et que depuis longtemps personne n'osait y habiter. Comme je n'étais ni superstitieuse, ni crédule, j'eus la curiosité de m'en convaincre par moi-même, et je voulus absolument coucher dans cet appartement. Au milieu de la nuit, j'entendis ouvrir la porte. Je parlai ; mais le sceptre ne me répondit rien ; il marchait pesamment et s'avançait en poussant des gémissements. Une table qui était au pied de mon lit fut renversée, et mes rideaux s'entr'ouvrirent avec bruit; un moment après le fantôme s'approcha de moi. Peu troublée, j'allongeai les mains pour sentir s'il avait une forme palpable. En tâtonnant ainsi, je lui saisis les deux oreilles, sans qu'il y mît le moindre obstacle. Ces oreilles étaient longues et velues, et me donnaient beaucoup à penser. Je n'osais retirer une de mes mains pour toucher le reste du corps, de peur qu'il ne s'échappât; et, pour ne point perdre le fruit de mon intrépidité, je persistai jusqu'à l'aurore dans cette pé-

nible attitude. Enfin, au point du jour, je reconnus Tauteur de tant d'alarmes pour un gros chien assez pacifique, qui avait coutume de venir coucher dans cette chambre où personne n'habitait. Le lendemain, je raillai de leur frayeur mes hôtes, étonnés de ma bravoure.

Quatre-vingt-treizième Exercice

l'alouette L'alouette est le musicien des champs ; son joli ramage est l'hymne d'allégresse par lequel elle devance le printemps et accompagne le premier sourire de l'aurore. Ses accents sont les premiers qui frappent l'oreille du cultivateur vigilant. Son chant matinal était, chez les Grecs, le signal auquel le moissonneur devait commencer son travail, et il le suspendait au milieu du jour, à l'heure où elle cesse de se faire entendre. Elle se tait, en efifet, un instant ; mais, dès que le soleil s'abaisse à l'horizon, elle remplit de nouveau les airs de ses modulations variées et sonores. Elle se tait encore lorsque le ciel est couvert et le temps pluvieux ; du reste, elle chante pendant toute la belle saison. On la voit s'élever verticalement et décrire en s'élevant une courbe en forme de vis ; elle monte, elle monte, toujours chantant et forçant sa voix à mesure qu'elle s'éloigne de terre, de sorte qu'on l'entend aisément, lors même qu'on Ta presque perdue de vue. Elle se soutient longtemps en l'air, et elle descend lentement jusqu'à dix ou douze pieds au-dessus du sol, puis elle s'y précipite comme un trait ; sa voix s'affaiblit à mesure qu'elle en approche, et elle est muette aussitôt qu'elle s'y pose. Elle cache avec soin son nid entre deux mottes de terre; à peine éclos depuis quelques

jours, ses petits sont en état de se passer de ses soins, et elle les fait sortir du nid avant qu'ils soient entièrement couverts déplumes. Elle déjoue ainsi les espérances de Toiseleur.

Les élèves traduiront cette dictée à la deuxième personne, en prenant pour titre :

A l'alouette Tu es le musicien des champs ; ton joli ramage est l'hymne d'allégresse par lequel tu devances le printemps et accompagnes le premier sourire de Taurore. Tes accents sont les premiers qui frappent l'oreille du cultivateur vigilant. Ton chant matinal était, chez les Grecs, le signal auquel le moissonneur devait commencer son travail, et il le suspendait au milieu du jour, à rhéure où tu cesses de te faire entendre. Tu te tais, en effet, pour un instant; mais, dès que le soleil s'abaisse à l'horizon, tu remplis de nouveau les airs de tes modulations variées et sonores. Tu te tais encore lorsque le ciel est couvert et le temps pluvieux; du reste, tu chantes pendant toute la belle saison. On te voit t'élever perpendiculairement et décrire en t'élevant une courbe en forme de vis; tu montes, tu montes toujours chantant et forçant ta voix à mesure que tu t'éloignes de terre, de sorte qu'on t'entend aisément, lors môme qu'on t'a presque perdue de vue. Tu te soutiens longtemps en l'air, et tu descends lentement jusqu'à dix ou douze pieds au-dessus du sol, puis tu t'y précipites comme un trait; ta voix s'affaiblit à mesure que tu en approches, et tu es muette aussitôt que tu t'y poses. Tu caches avec soin ton nid entre deux mottes de terre ; à peine éclos depuis quelques jours, tes petits sont en état de se passer de tes soins, et tu les fais sortir du nid avant qu'ils soient entière-

ment couverts de plumes. Tu déjoues ainsi les espérances de Toiseleur.

Quatre-vingt-quatorzième Exercice

Page 1