PORTRAIT DE SCARRON A TRENTE ANS
Les uns disent qu'il était cul-de-jatte; les autres, qu'il n'avait point de cuisses et qu'on le mettait sur une table, dans un étui, où il causait comme une pie borgne; enfin, d'autres assurent que son chapeau tenait à une corde qui passait dans une poulie, et qu'il le haussait et le baissait pour saluer ceux qui le visitaient. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il avait trente ans passés, et que s'il devait aller jusqu'à quarante, il ajouterait bien des maux à ceux qu'il avait déjà soufiferts depuis
huit à neuf ans. Il avait eu la taille bien faite, quoique petite; une maladie l'avait raccourcie d'un bon pied. La tête était un peu grosse pour sa taille ; il avait le visage assez plein. Sa vue était assez bonne, quoique ses yeux fussent gros ; ils étaient bleus ; il en avait un plus enfoncé que l'autre, du côté où il penchait la tête. Il avait le nez de bonne prise; ses dents, autrefois perles carrées, étaient de la couleur du bois et promettaient de devenir bientôt couleur d'ardoise ; il en avait perdu une et demie du côté gauche et deux et demie du côté droit. Ses jambes et ses cuisses avaient fait premièrement un angle obtus ; maintenant elles faisaient un angle aigu ; ses cuisses et son corps en faisaient un autre, et, sa tête se penchant sur son estomac, il ne ressemblait pas mal à un Z. Il avait les bras racornis aussi bien que les jambes. Enfin, il était un raccourci de la misère humaine. Quant à son humeur, il était toujours un peu colère, un peu gourmand et un peu paresseux. Il appelait souvent son valet sot, et un instant après monsieur; il ne haïssait personne, et il désirait qu'on le traitât comme il traitait les autres. Il était bien aise quand il avait de l'argent, ^t il aurait été encore plus aise s'il avait eu de la santé ; il se réjouissait assez en compagnie ; il était assez content quand il était seul, et il supportait ses maux patiemment.
Les élèves traduiront cette dictée à la première personne, et ils feront parler Scarron au présent, en prenant pour titre :