AMYOT
S'il fallait s'en rapporter à certains historiens, la naissance et la jeunesse d'Amyot seraient entourées de circonstances romanesques; mais si l'on ne connaît pas positivement la profession de son père, on sait du moins qu'il est né d'un modeste boutiquier de campagne. De bonne heure il entendit au dedans de luimême une voix qui lui promettait la célébrité; il quitta le village voisin de Melun, où il était né le 30 octobre lol3, et où il avait commencé ses études ; il vint les achever à Paris. Sa mère lui envoyait chaque semaine un peu d'argent mis de côté pour lui; mais cette somme était bien insuffisante pour ses besoins, et lui, le futur précepteur de deux rois de France, il fut obligé, pour vivre, de servir de domestique à d'autres écoliers de son collège. Telle était son ardeur pour l'étude, que la nuit, à défaut d'huile ou de chandelle, il travaillait à la lueur de quelques charbons embrasés. Quand il fut reçu maître es arts, il se rendit à Bourges pour y étudier le droit civil; il obtint bientôt, par l'entremise de Marguerite, sœur du roi, une chaire dans l'Université.
Il traduisit quelques fragments de la Vie des hommes illustres de Plutarque, et il dédia cet essai à François I®**; pour que sa traduction fût aussi parfaite que possible, il désira consulter les manuscrits qui se trouvaient en Italie, et il s'y rendit à la suite de l'ambassadeur de France. Il fit un assez long séjour dans la capitale du monde chrétien, et fut ensuite chaîné de quelques missions délicates dont il s'acquitta avec zèle. Il fut ramené à Paris par le cardinal de Tournon, qui l'avait pris en grande estime, et qui le proposa et le fît agréer au roi comme précepteur de ses deux fils. C'est pendant le cours de cette éducation qu'il termina sa traduction des Hommes illustres de Plutarque, et qu'il commença celle des Œuvres morales, qu'il acheva sous le règne de Charles IX, son élève, auquel il en fit hommage. Nommé évéque d'Auxerre et grand aumônier de France, il se retira dans son diocèse, après la mort de Henri III, et y passa ses dernières années, uniquement occupé de l'étude et de l'exercice de ses devoirs. Il mourut à Auxerre, le 6 février 1593; il avait alors quatre-vingts ans.
Cent deuxième et Cent troisième Exercices