J.-J. ROUSSEAU
J.-J. Rousseau naquit à Genève en 1712, et son père, qui était horloger, le destina dès son enfance à la même profession. Son éducation fut très négligée ; il apprit presque seul à lire et à écrire, et Tune des premières lectures qui frappèrent son imagination fut celle des Hommes illustres de Plutarque; les principes d'honneur qu'il trouva dans cet ouvrage se gravèrent profondément dans son âme et furent la source de cette chaleur de style avec laquelle il a toujours parlé de la
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vertu. Placé, à douze ans, chez un greffier de Genève, où il copiait des actes de procédure, il fut trouyé si peu intelligent que son patron le congédia en déclarant qu'il n'était bon qu'à pousser la lime. Après mille vicissitudes dont il a raconté les moindres circonstances daos ses Confessions^ et qui ne sont pas toujours honorables pour son caractère, comme il Ta reconnu luinnême, il fut accueilli par M"»« de Warens, et il goûta pendant quelque temps les charmes de l'étude et de l'amitié; mais son humeur jalouse et défiante lui fit .quitter cette maison qui lui avait été si chère, et il se rendit à Paris, où il fut réduit, pour vivre, à copier de la musique. Le hasard le fit entrer en relation avec Diderot, et il écrivit quelques articles pour VEncyclopédie. Puis, ayant eu connaissance d'un concours établi par l'Académie de Dijon sur une question de philosophie morale, il osa traiter cette question à un point de vue nouveau et paradoxal. Son discours fut couronné, et l'attention publique se fixa dès lors sur ses ouvrages.
A quelque temps de là, il fit représenter Topera du Devin du village, dont il avait composé les paroles et la musique, et il obtint un éclatant succès. Dès lors sa réputation devint brillante, et le public lut avec ardeur ses moindres productions. Son roman de la Nouvelle Héloîse fit fureur; mais ce qui mit le comble à sa gloire littéraire, ce fut son livre de VÉrnile, sur l'éducation. Des idées neuves et hardies, auxquelles il avait su prêter tous les charmes d'un style pur et chaleureux, lui attirèrent en même temps l'admiration des philosophes, des littérateurs; des hommes de la cour, et surtout celle des femmes, à qui il avait reproché de ne savoir plus être mères, et qui, touchées de ses re-
proches, se firent partout une noble émulation de rentrer dans le rôle que leur a assigné la nature, et se firent honneur de nourrir elles-mêmes leurs enfants. Mais son livre contenait aussi, sur la religion, des opinions peu orthodoxes qui lui attirèrent de nombreuses persécutions. Banni du royaume de France, il voulut retourner en Suisse, et ï\ y trouva encore des ennemis. Le crédit de quelques grands personnages qui s'intéressaient à lui fit révoquer son arrêt de bannissement, et il put rentrer en France. Mais son âme était aigrie, et son caractère soupçonneux lui faisait voir des ennemis dans tous ceux qui l'entouraient. Un riche financier, M. de Girardin, lui offrit enfin un asile dans sa propriété d'Ermenonville. Là il aurait pu vivre heureux ; mais il ne jouit pas longtemps de ce bonheur, et il mourut le 3 juillet 1778.
Cent quatrième et Cent cinquième Exercices