‹ Le livre des permutations; petits exercices d'orthographe en texte suiviChapitre 149 sur 174 · AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

AMOUR DE LA PATRIE

Cest lorsqu'on est éloigné de son pays que Pon sent çurtôut l'instinct qui nous y attache. A défaut de réalité, on cherche surtout à se repaître de songes. Tantôt c'est une cabane qu'on aura disposée comme le toit paternel; tantôt c'est un vallon, un bois, un coteau, auxquels on fera porter quelques-unes de ces douces appellations de la patrie. Andromaque donne le nom de Simoïs à un ruisseau ; et quelle touchante vérité il y a dans ce petit ruisseau qui retrace un fleuve de la terre natale 1 Loin des bords qui nous ont vus naître, toute la nature semble diminuée ; on dirait que ce n'est plus que l'ombre de celle que nous avons perdue. Une autre ruse de l'instinct de la patrie, c*est de mettre un grand prix à des objets en eux-mêmes de peu de valeur, mais qui viennent du pays natal et que l'on a emportés dans l'exil. L'âme semble se répandre jusque sur les choses inanimées qui ont partagé nos destins. Une partie de la vie reste attachée au duvet où sommeilla notre bonheur et surtout à la paille qui compta les veilles de notre infortune. Les plaies de l'âme, comme les blessures du corps, laissent leur em-

preinte sur tout ce qu^elles ont touché. Le peuple peint par une expression pleine d*énergie cette langueur de rame qu'on éprouve loin de sa patrie ; il dit : Cet homme a le mal du pays. Cest véritablement un mal qui ne peut se guérir que par le retour. Mais, pour peu que l'absence ait été longue, que de changements on trouve dans ces lieux qu'on désirait tant revoir 1 Nous voyons des tombeaux où étaient des palais, et des palais ont remplacé les tombeaux. Le champ paternel est livré aux ronces ou à une charrue étrangère, et l'arbre sous lequel on fut ^nourri est abattu. Mais quelles sont donc ces fortes attaches par lesquelles nous sommes enchaînés au lieu natal ? C'est peut-être le sourire d'une mère, d'un père ou d'une sœur. C'est peut-être le souvenir d'un vieux précepteur qui nous éleva et des jeunes compagnons de notre enfance. Ou bien ce sont les soins que nous avons reçus d'une bonne nourrice, d'un domestique âgé, partie si essentielle de la maison. Enfin, ce sont les circonstances les plus simples, si Ton veut même les plus triviales : ce sont les chiens qui aboyaient la nuit dans la campagne, les rossignols qui revenaient tous les ans dans le verger, les nids des hirondelles aux fenêtres ; c'est le clocher de Téglise que l'on voyait audessus des arbres, ce sont les ifs du cimetière, les tombeaux gothiques, voilà tout. Mais ces petits moyens démontrent la réalité de la Providence, car il serait impossible qu'ils devinssent la source des grandes vertus patriotiques si Dieu ne l'avait ainsi ordonné.

Les élèves traduiront cette dictée en donnant la forme de /Interrogation négative à tous les verbes en italique.

N'est-ce pas lorsqu'on est éloigné de son pays que Ton sent surtout l'instinct qui nous y attache? A défaut de réalité, ne cherche-t-on pas surtout à se re-

-paître de songes? Tantôt n'est-ce pas une cabane qu'on aura disposée comme le toit paternel? Tantôt n'est-ce pas un vallon, un bois, un coteau, auxquels on fera porter quelques-unes de ces douces appellations de la patrie? Andromaque ne donne-t-elle pas le nom de Simoïs à un ruisseau? Et quelle touchante vérité n'y a-t-il pas dans ce petit ruisseau qui retrace un fleuve de la terre natale? Loin des bords qui nous ont vus naître, toute la nature ne semble-trelle pas diminuée? Ne diraitron pas que ce n*est plus que l'ombre de celle •que nous avons perdue? Une autre ruse de Tinstinct de la patrie, n'est-ce pas de mettre un grand prix à des objets en eux-mêmes de peu de valeur, mais qui viennent du pays natal et que l'on a emportés dans l'exil? L'âme ne seml)le-t-elle pas se répandre jusque sur les choses inanimées qui ont partagé nos destins? Une partie de la vie ne reste-trelle pas attachée au duvet où sommeilla notre bonheur et surtout à la paille qui compta les veilles de notre infortune? Les plaies de rame, comme les blessures du corps, ne laissentelles pas leur empreinte sur tout ce qu'elles ont touché? Le peuple ne peint-il pas, par une expression pleine d'énergie, cette langueur de l'âme qu'on éprouve loin de sa patrie? ne dit-il pas : Cet homme a le mal ,du pays? N'est-ce pas véritablement un mal qui ne -peut se guérir que par le retour? Mais, pour peu que Tabsence ait été longue, que de changements ne trouve-t-on pas dans ces lieux qu'on désirait tant revoir ! Ne voyons-nous pas des tombeaux où étaient des palais, et des palais n'ontrils pas remplacé les tombeaux? Le champ paternel n'esWl pas livré aux ronces .ou à une charrue étrangère, et l'arbre sous lequel on fut nourri n'estai pas abattu? Mais quelles sont donc ces fortes attaches par lesquelles nous sommes en-

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chaînés au lieu natal? N*est-ce pas peut-être le sourire d'une mère, d'un père, d'une sœur? N'est-ce pas peut-être le souvenir d'un vieux précepteur qui nous éleva, et des jeunes compagnons de notre enfance? Ou bien ne sont^^e pas les soins que nous avons reçus d'une bonne nourrice, d'un domotique âgé, partie si essentielle de la maison. Enfin, ne sontrce pas les circonstances les plus simples, si l'on veut même les plus triviales? Ne sont-ce point les chiens qui aboyaient la nuit dans la campagne, les rossignols qui revenaient tous les- ans dans le verger, les nids des hirondelles aux fenêtres? N'est-ce pas le clocher de l'église que l'on voyait au-dessus des arbres? Ne sont-ce pas les ifs du cimetière, les tombeaux gothiques? voilà tout. Mais ces petits moyens ne démontrent-ils pas la réalité de la Providence? car ne serait-il pas impossible qu'ils devinssent la source des grandes vertus patriotiques, si Dieu ne l'avait ainsi ordonné?

Cent dix-neuvième Exercice

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