LES SORCIERS
Dans mon enfance, je croyais aux ïoups-garous et je m'en effrayais ; on m'avait fait lire dans un petit livre les exploits de Croquemitaine, et ce nom seul me glaçait d'effroi. Chaque soir, à la veillée, j'entendais raconter les plus effrayantes histoires de revenants ; je frémissais en passant, la nuit, sous les murs d'un cimetière; je n'eusse jamais osé pénétrer dans une église aux premières ombres du soir. Je me souviens cependant que je goûtais un plaisir infini à entendre la vieille
domestique de mon père me raconter ses histoires ; je Técoutais haletant, frissonnant, je n'osais tourner la tèlo, je tremblais, mais j'aimais à trembler. La vieille me faisait assister au départ des sorciers pour le sabbat; je les voyais, ils paraissaient me regarder d'un air de ricanement infernal ; elle faisait aussi défiler devant mes yeux des trépassés qui dansaient dans leur linceul ; des diables noirs, cornus et fourchus, fixaient sur moi leurs yeux d'escarboucles et me rendaient tout transi ; et toujours épouvanté, j'étais toujours content. J'étais alors un enfant craintif et crédule; mais, lorsque j'entrai dans l'adolescence, je vis lentement ma raison repousser ces croyances absurdes de mes premières années. Toutefois, les impressions que je reçus alors furent longtemps à s'effacer de mon esprit.
Les élèves traduiront cette dictée en conservant le même titre, mais en faisant parler plusieurs personnes au Ucu d'une seule.