‹ Le livre des permutations; petits exercices d'orthographe en texte suiviChapitre 47 sur 174 · LES DEUX BOURDONS ET LES DEUX ENFANTS · texte numérisé non relu

LES DEUX BOURDONS ET LES DEUX ENFANTS

Une matinée de juin, le soleil , étant déjà haut, nous fûmes éveillés assez brusquement, lorsque nous avions encore beaucoup de fatigue et de sommeil. Nous étions à la campagne, dans une chambre sans volet ni rideaux, en plein levant, et les rayons du soleil arrivaient jusqu'à notre lit. Deux magnifiques bourdons étaient, nous ne savons comment, entrés dans notre chambre ; ils voletaient et bourdonnaient joyeusement au soleil. Ce bruit nous ennuyait. Nous nous levons, et, pensant qu'ils voulaient sortir, nous leur ouvrons la fenêtre. Mais telle n^était point leur idée. La matinée, quoique belle, était fraîche, fort humide ; ils préféraient rester dans la chambre, dans une température meilleure qui les séchait, les réchauffait; dehors, il était quatre heures; dedans, c'était déjà midi. Ils agissaient précisément comme nous eussions fait et ne sortaient point. Nous voulûmes leur donner du temps; nous laissâmes la fenêtre ouverte et nous recouchâmes. Mais nul moyen de reposer. La fraîcheur du dehors entrant, eux aussi ils entraient plus avant et voletaient par la chambre. Ces hôtes obstinés, importuns, nous donnèrent un peu d^humeur. Nous nous levâmes, décidés à les expulser de vive force. Un mouchoir était notre arme, mais nous nous en servions sans doute assez maladroitement ; nous les étourdîmes, nous les effrayâmes ; ils tourbillonnaient de vertige et songeaient de moins en moins à sortir. Notre impatience croissait ; nous y allâmes plus fort, trop fort sans doute... Us tombèrent sur l'appui de la fenêtre et ne se relevèrent plus.

Trente-deuxième Exercice

LES DEUX BOURDONS ET LES DEUX ENFANTS [sulte]

Nos bourdons étaient-ils morts ou étourdis? Nous ne fermâmes point la fenêtre, pensant que, dans le dernier cas, Pair pourrait les raviver et qu'ils s'en iraient. Nous nous recouchâmes cependant assez mécontents. Au total, c'était leur faute ; pourquoi ne s'en allaient-ils pas? Ce fut la première raison que nous nous donnâmes. Puis, en y réfléchissant, nous devînmes plus sévères pour nous ; nous accusâmes notre impatience. Telle est la tyrannie de l'homme, il ne peut rien supporter. Ce roi de la création est violent ; à la moindre contradiction, il s'emporte, il éclate, il tue. En roulant ces pensées dans notre esprit, nous regardions par moments de notre lit vers la fenêtre; nous observions si les bourdons ne remueraient pas encore un peu, si réellement ils étaient morts. Mais rien, malheureusement rien, une immobilité complète.

Cela dura une demi-heure ou trois quarts d'heure environ. Puis tout à coup, sans que le moindre mouvement préalable l'eût pu faire prévoir, nous voyons nos bourdons s'élever d'un vol sûr et fort, sans la moindre hésitation, comme si rien ne fût arrivé. Ils passèrent dans le jardin, alors complètement réchauffé et plein de soleil. Ce fut pour nous, nous l'avouons, un bonheur, un soulagement. Mais eux, ils ne s'en doutaient pas. Je vis qu'ils avaient pensé, dans leur petite prudence, que, s'ils trahissaient par le moindre signe la vie qui leur revenait, leurs bourreaux pourraient les achever. Donc, ils firent les morts émerveille, attendirent qu'ils eussent bien repris la force et le souffle, que leurs ailes, sèches et chaudes, fussent tou-

tes prêtes à les emporter. Et alors, d'une volée, ils partirent sans dire adieu.

Les élèves traduiront cette dictée au singulier, en prenant pour titre:

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