LE CASTOR
Pour asseoir les fondements de l'édifice qu'il veut construire, le castor commence par couper plusieurs arbres de diverses grosseurs. Il les ronge de manière
à les faire tomber dans la rivière où il a résolu de se faire une demeure. Ensuite il coupe avec ses dents les branches superflues et enlève l'écorce, qui empêcherait le bois de se durcir. Puis il va chercher, souvent fort loin, de la terre argileuse; il en remplit tous les interstices restés vides, et, se servant de sa queue comme d'une truelle, il bat cette terre, la rend compacte et unie, maçonne le tout avec une solidité et une perfection qui égale presque les travaux de Thomme. Si la nature n^avait pas chargé son corps d'écaillés et de poil; s'il avait le don du toucher dans tous ses membres, comme nous ; si sa main, applicable comme la nôtre sur toutes les faces des objets les plus irréguliers, lui permettait d'opposer un de ses doigts à tous les autres, il nous surpasserait peut-être en habileté et ferait des ouvrages plus grandioses, plus durables que les nôtres.
Trente-cinquième Exercice