LE BLAIREAU
Cet animal est très défiant, d'ailleurs intelligent et plein de ruse; aussi donne-t-il rarement dans les pièges qu'on lui tend. Lorsqu'il s'aperçoit qu'on a tendu un lacet à l'entrée de son terrier, il rentre dans sa demeure et cherche à se frayer une autre issue; si cela lui est impossible, il reste plusieurs jours renfermé, jusqu'à ce que la faim le détermine à sortir. Alors il commence par bien observer le piège, il sonde le terrain, puis il roule de son mieux son corps en boule, pour ne pas donner prise au nœud coulant; enfin il s'élance d'un bond, et, à l'aide de quelques culbutes, il traverse le lacet sans y être pris. Quelquefois on enfume le terrier, ou bien on y fait pénétrer un chien ; alors le blaireau ne manque jamais de faire ébouler assez de terre pour couper toute communication entre lui et ses ennemis. C'est, du reste, le seul moyen qu'il ait de se mettre en sûreté, car ses jambes sont trop courtes pour favoriser sa fuite. S'il lui arrive d'être surpris par les chiens, il se met sur le dos et se défend courageusement, faisant avec ses dents et ses griffes de cruelles blessures à ses adversaires. Le jeune blaireau s'apprivoise
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facilement; il joue avec les petits chiens et suit, comme eux, la personne qui lui donne à manger. Il n'est ni malfaisant ni gourmand ; néanmoins il demeure carnassier et préfère la viande crue à tout le reste. 11 dort la nuit entière et les trois quarts de la journée ; il craint beaucoup le froid et se décide difficilement à quitter le coin du feu ; il s'en approche souvent de si près qu'il se brûle les pattes, et ces brûlures sont toujours difficiles à guérir.
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Trente-septième Exercice
Lfi PROVINCIAL A PARIS
C'était bien la peine de se mettre cent et un à refaire le tableau de Paris, pour oublier ce chapitre, pour omettre Tôbauche de cette figure si naïve, si composée, si plaisante, si curieuse, si bouffonne, si tranchée, si inédite et si bonne à peindre, le prgvincial I Un homme que le chemin de fer dépose tout palpitant sur notre pavé parisien; qui est là écarquillant les yeux, les oreilles, les bras et les jambes; qui nous apporte ses préjugés, ses travers, sa figure, ses façonsj sa curiosité ingénue, et qui nous emporte si souvent ce qu'il y a de meilleur chez nous ; qui se pose en point d'interrogation ou en point d'exclamation à tout propos et hors de propos, et qui finit quelquefois par se croiser les bras ironiquement et par nous persifler dans son spirituel idiome, quand il a vu tout ce que nous avions à lui montrer et entendu tout ce que nous avions à lui dire.
Le difficile, c'est de peindre ce personnage si divers, si varié, qu'on appelle le provincial ; c'est d'enserrer en un seul médaillon cette individualité si multiple. Le provincial a autant de physionomies particulières
qu'il y a de provinces, de départements, de villes et de communes de France ; de plus, son attitude, ses allures, ses impressions varient suivant son âge, sa fortune et le but qui l'amène à Paris.
Sans le provincial, nous ne nous douterions pas, nous autres Parisiens, de toutes les curiosités qui nous entourent. C'est là lebon côté du provincial, devons amènera voir ce dont il est curieux. Du matin au soir il vous met en campagne avec lui, et, ce qu'il y a de bon, c'est qu'il se figure que vous lui montrez ce qu'il vous fait voir.
Le plan de Paris ne le quitte pas ; il Ta en feuille, en volume, en mouchoir de poche ; sans cesse il le consulte et rien ne lui échappe ; églises, casernes, palais, jardins publics, rien n'est oublié. Pour lui, les distances sont vaines, il les franchit à l'heure ou à la course ; il use du cabriolet, fatigue le fiacre et ne dédaigne pas l'omnibus ; il traverse Paris en tous sens et sans perdre haleine; il va des Gobelins auPère-Lachaise, court du Musée d'artillerie à Saint-Roch, s'élance du Jardin des plantes à la Madeleine, se précipite de la Bourse à la Morgue, se rue de la Bibliothèque nationale aux Invalides, vole des Sourds-Muets aux Aveugles ; puis, prenant son essor, voilà qu'il plane au sommet des tours Notre-Dame, du Panthéon, de la colonne Vendôme ; car le provincial est un infatigable grimpeur, et il affectionne particulièrement les régions élevées. Aussi le voit-on sans cesse flotter au faîte de nos monuments; il est le panache de ^aris.
Les élèves traduiront cette dictée au pluriel, en prenant pour titre :