A MON CHAT
Quand tu promènes tes grâces sur un toit, tu portes adroitement la masse de ton corps à l'opposé du danger ; tes muscles se tendent ou se relâchent avec discernement, et tu trouves la sécurité où tant d'autres bêtes seraient transies de frayeur. Mon chat, tu connais parfaitement la statique des corps.
Si, par inadvertance, étourderie ou précipitation, tu manques de point d'appui, c'est alors que tu es admirable ; tu te courbes en enflant ton dos, tu portes le centre de gravité vers la région de l'ombilic, et, par ce
moyen, tu retombes toujours sur tes pattes. Mon chat, tu es un excellent physicien.
Voyages-tu dans l'obscurité , tu épanouis la prunelle de ton œil, tu en fais un cercle parfait, pour présenter une plus grande surface et recueillir la plus grande somme de rayons lumineux épars dans Tatmosphère. Parais-tu au grand jour, ta prunelle prend une forme elliptique, se rétrécit et ne reçoit qu'une partie des rayons, dont la trop grande abondance blesserait ta rétine. Mon chat, tu es un parfait opticien.
Quand tu veux franchir un précipice, tu calcules la distance des points solides avec une justesse inexprimable. D'abord tu piétines, comme pour mesurer l'espace que tu divises dans ton raisonnement par les mouvements de tes pattes, puis tu t'élances juste sur le lieu désigné, dont tu as comparé Téloignement à l'effet de tes muscles. Mon chat, tu es un savant géomètre.
T'égares-tu dans la campagne, tu examines les plantes avec un soin judicieux, tu distingues la cataire qui te plaît, tu te roules sur elle et tu témoignes ta joie par mille gambades ; tu connais aussi toute la classe des graminées, qui sont pour toi la panacée universelle et qui te purgent merveilleusement. Mon chat, tu es un très bon botaniste.
Enfin, mon cher minet, qu'on me montre un homme qui en sache autant que toi dans tous les genres, je le proclame une encyclopédie vivante, un complément des connaissances humaines. Mais que vois-je I Je te loue, et tu t'endors... C'est encore de la philosophie.