LA PAYSANNE ET LE PRINCE
Pour agrandir le parc de son château, un prince puissant et opulent dépouilla une paysanne du seul morceau de terre qu'elle possédait. Un jour, comme il se promenait, préoccupé et pensif, dans le champ qu'il avait volé, il vit la paysanne s'approcher de lui, tenant à la main un sac vide. « Je viens vous prier, prince, dit-elle les larmes aux yeux, de vouloir bien accorder une grâce à celle que vous avez dépouillée, c'est de lui permettre d'emporter de son patrimoine seulement autant de terre que ce sac peut en contenir. — Je ne puis vous refuser cette sotte demande, » répondit l'usurpateur. La paysanne remplit alors son sac de terre : « J'ai encore une grâce à vous demander, dit-elle ensuite à son fier interlocuteur, c'est de m'aider à charger ce sac sur mon épaule. » Le prince y consentit, bien qu'impatienté et prêt à entrer en colère ; mais lorsqu'il voulut soulever le sac, il s'écria : « Je suis fou de vouloir soulever ce sac, il est trop lourd ; femme singulière, emportez-le comme vous pourrez. »
Alors la paysanne, se redressant devant le prince, lui dit : u Un seul sac de cette terre est déjà trop lourd pour vous, et vous ne craignez pas de charger votre
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conscience pour Téternité entière de tout le poids de ce champ 1 »
Frappé de ces paroles, le prince restitua aussitôt à la paysanne ce qu'il lui avait pris injustement.
Soixante-treizième Exercice