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ragan ; il parlait , et de nouveaux peuples surgissaient à sa voix , et répondaient : Me voilà. Mais il crut que c'était assez pour lui de donner aux peuples de la gloire , et qu'ils pouvaient se passer de liberté ; il voulut mettre la main sur l'épouse du Christ ; Dieu lui retira la sienne ; et l'empereur n'eut plus pour trône qu'un rocher ; et sa mort fut extraordinaire comme sa vie ; et pour que la grandeur de son nom ne fût point diminuée par ceux qui le porteraient après lui , Dieu effaça jusqu'aux dernières traces de ce nom ; et l'unique fleur qui s'était épanouie de cette tige si forte et si puissante se flétrit sous le souffle de la mort ; et tout le parfum de gloire qui s'exhalait du nom de Napoléon s'évanouit pour toujours.
Et depuis que la couronne est tombée de son front , la lutte entre les rois et les peuples , un instant assoupie , s'est ravivée ; et les peuples se défient de tout ce qui vient des rois , même du bien qu'ils veulent faire; et les rois s'effraient dès qu'ils voient les peuples faire un mouvement , parce qu'ils savent que les peuples en veulent à leur puissance.
Et la société est déchirée intérieurement ; et tous les rapports sont forcés et gênés, parce que ceux qui obéissent n'ont point foi en ceux qui comman-
dent, et que ceux qui commandent n'aiment point ceux qui obéissent.
Les rois se sont aliéné les peuples , parce qu'ils ont séparé leurs intérêts de ceux des nations dont ils étaient les chefs ; et au lieu de se poser à la face du monde comme les représentans et le symbole de la nationalité des peuples qu'ils gouvernaient , ils se sont fait représenter par eux ; et les peuples n'ont paru dans l'histoire que comme l'image et le reflet de la majesté des rois.
Et depuis ce temps , l'histoire est pleine des noms des rois et vide de ceux des peuples : et l'histoire d'une nation n'y apparaît plus que comme le rellet de la vie d'un roi ; et les plus grands événemens sont rapetisses jusqu'aux étroites dimensions d'une affaire de famille ; et plus d'une fois , en effet , l'intérêt particulier d'un prince a soulevé les nations les unes contre les autres, et inondé la terre de sang ; et l'on a vu des peuples se combattre pendant de longues années et sacrifier leur repos, leur fortune ou leur vie , pour venger l'orgueil blessé d'un roi , ou pour assurer à ses enfans une riche succession.
Et c'est à peine si les générations futures voudront croire à un tel excès d'orgueil dans les rois cl à un tel excès de servitude et de folie dans les peuples ;
et il ne faut plus s'étonner que Dieu , irrité contre l'égoïsme des premiers et contre la lâcheté des seconds , ait abandonné les uns et les autres aux terribles conséquences de leur faute , et qu'il ait brisé dans sa colère et les idoles qui s'étaient mises à sa place et leurs adorateurs.
Car depuis que Dieu est entré dans l'humanité , il n'est rien qui lui tienne plus au cœur , après les intérêts de sa propre gloire , que la dignité humaine, et il s'indigne également contre ceux qui la foulent aux pieds dans les autres , et contre ceux qui la méconnaissent en eux-mêmes.
Tenez vos pensées en haut , ô vous que Dieu a élevés sur un trône , et dilatez votre cœur selon la mesure du pouvoir qui vous a été confié, afin que, dans le cercle de votre puissance , rien n'échappe au regard de votre esprit, et que personne ne puisse se soustraire à votre amour. Semblables à ces astres qui sont d'autant plus grands qu'ils sont plus éloignés de la terre, ayez une charité d'autant plus grande que Dieu vous a élevés davantage audessus des autres hommes.
Malheur à vous si votre cœur ne va pas plus loin que votre sang , et si vos enfans ou vos frères sont autre chose que les aînés de cette grande fo-
mille que Dieu a confiée à voire tendresse et à vos soins !
Tout ce que vous aimerez sera pour vous ; tout ce que vous négligerez échappera à votre influence; tout ce que vous craindrez se tournera contre vous, et ce que vous mépriserez s'acharnera à votre perte. Aimez et respectez tous les droits ; et tous les droits seront pour vous : ne négligez rien de ce qui s'élève autour de vous ; et tout ce qui s'élève reconnaîtra votre puissance : aimez la liberté et la gloire ; et la gloire et la liberté vous aimeront; et surtout prenez garde de mépriser le peuple , car il vous renverserait.
On irrite ceux qu'on méprise ; on comprime ceux que l'on craint; on éloigne ceux qu'on néglige; mais on ne gouverne que ceux qu'on aime.
Si quelque nouveau droit mûri par le temps cherche à éclore du devoir qui le tenait renfermé, comme le germe qui essaie de percer son enveloppe ; au lieu de le comprimer et d'en retarder la naissance , aidez-le au contraire , et employez pour cela tous les moyens qui sont à votre disposition. Si quelque liberté encore jeune et frêle a fleuri au pied de votre trône , prenez bien garde que votre pied ne la foule et ne l'écrase : mais offrez-lui plutôt votre sceptre pour appui; afin que, s'y alla-
chant, elle puisse croître et se fortifier plus vite, comme la vigne qui enlace ses rameaux supplians autour de l'ormeau qui soutient sa faiblesse.
Si quelque idée grande et sainte se produit dans le peuple , comme ces diamaus qui se forment dans les entrailles de la terre , séparez-la de tout alliage qui pourrait en altérer l'éclat ; et , après l'avoir polie, ornez-en votre couronne; et qu'elle resplendisse à votre front , comme une pierre d'une belle eau et d'un prix inestimable. Car les idées qui se forment dans les entrailles d'un peuple, et comme dans les abîmes de sa nationalité, sont les vrais diamans des grands rois; et ceux-là, loin de coûter aux peuples , ajoutent au contraire à sa gloire et à sa prospérité.
Tenez votre sceptre droit dans votre main , afin qu'il ne s'incline ni h droite ni à gauche ; mais qu'il puisse au contraire redresser tous les torts , appuyer tous les droits et commander à tous les devoirs. Que votre épée aime la gloire ; mais ne l'accoutumez point au sang ; car l'épée qui a goûté du sang en redemande toujours ensuite : qu'elle ne soit point l'esclave de vos intérêts ou de ceux de votre famille ; mais que les dangers qui menacent la patrie et les outrages qui humilient sa gloire la fassent frémir dans vos mains , et en inclinent la pointe vers l'ennemi qui l'a bravée.
Que voire luxe soit dans la valeur morale des hommes qui vous entourent; que votre magnificence soit dans le prix et la grandeur des institutions qui fleurissent à l'abri de votre trône ; que votre cour se compose de tous les heureux que vous avez faits , des pauvres que vous avez soulagés , des orphelins dont vous êtes devenus les pères , des malades à qui vous avez offert un asile, et de tous ceux à qui votre gouvernement a épargné quelque malheur ou quelque faute.
Ne laissez point la llalterie ramper à vos pieds , semblable à ces plantes parasites qui dévorent la sève des arbres qu'elles étreignent de leurs embrassemens ; que vos courtisans soient tous ceux qui vous disent la vérité ; et vivez de manière qu'il suffise pour vous louer de raconter ce que vous avez fait. Car la louange qui s'adresse aux intentions des rois est toujours suspecte , et ils ne doivent avoir de flatteurs que leurs propres actions.
Ne laisse/, point l'intrigue ourdir près de vous ses liâmes secrètes, de peur que vos résolutions ne s'embarrassent dans ses filets; car le bien, quand il sort de l'intrigue , prend la couleur du mal , et indispose contre lui l'esprit et le cœur des hommes; parce qu'ils savent que tout ce qui est lumière aime la lumière, et que tout ce qui se cache a l'instinct de son imperfection.
Gardez long-temps voire parole au dedans de vous-mêmes avant de l'engager par une promesse ; mais quand une fois vous l'avez mariée au nom de Dieu par le serinent , que l'union qui lie vos deux noms soit indissoluble, de peur que vous ne scandalisiez les peuples et que vous ne les portiez à la révolte.
Que votre trône ait ses racines dans le peuple , afin que la sève vous vienne de là ; posez vos pieds sur l'histoire des nations dont vous êtes les chefs ; car , si vous les appuyez ailleurs , le sol manquera sous vos pas. Les faits en s'ajoutant les uns aux autres forment une masse si compacte qu'aucune force humaine ne peut la briser ; et les révolutions qui bouleversent la société et qui en déplacent les couches sont comme ces grandes révolutions du globe qui font surgir des montagnes là où il y avait des abîmes , et qui creusent des abîmes là où de hautes montagnes s'élevaient autrefois ; et les couches nouvelles sous lesquelles elles enfouissent celles qui formaient auparavant la surface de la société s'unissent si parfaitement aux anciennes , qu'il est impossible de les en séparer. La lave du volcan , une fois refroidie , donne au pied un appui solide et sûr ; et si les plantes qui aiment la fraîcheur et la rosée ne peuvent croître sur le terrain qu'elle a formé, la vigne aime à lui confier ses ra-
cines, et à puiser en elle cette sève de feu qui donne au vin plus de force et de saveur.
Enfoncez vos pieds dans le passé de votre patrie; étendez vos bras dans le présent , afin de le contenir et de le diriger ; et que votre cœur et votre tête vivent par l'espérance et la pensée dans l'atmosphère de son avenir. N'oubliez pas ce qui a été; considérez ce qui est, étendez-vous vers ce qui sera. Que votre intelligence s'attache aux causes , que votre jugement dispose les moyens ; mais que votre cœur soit toujours au but.
Ne cherchez point à faire le bien que les circonstances ou les dispositions des hommes rendent impossible ; car la première condition du bien , c'est qu'il puisse se faire sans produire un mal plus grand que lui. Or, le mal le plus grand, c'est d'exaspérer une nation contre le bien ; car la haine du bien est plus funeste encore que l'amour du mal.
Les peuples n'acceptent et ne s'assimilent que ce qui leur va. Connaissez donc bien l'histoire , la constitution sociale , les habitudes morales et politiques , les besoins . les instincts et les espérances de celui que Dieu vous a confié; autrement vous serez maladroits dans vos entreprises , imprudens
dans vos résolutions , malheureux dans vos projets ; vous ferez mal le bien , ce qui est le pire de tous les maux : vous dépenserez inutilement votre autorité , et il ne vous en restera plus assez pour opérer le bien que vous pourriez faire plus tard. 11 n'est rien dont vous deviez être plus avares que de votre puissance ; car rien ne se dépense aussi vite, et ne s'use aussi promptement.
Si la constitution vous impose le devoir de confier à d'autres hommes l'exécution de votre pensée , ne cherchez point à soulever le voile auguste dont elle protège votre majesté ; et ne la découvrez point comme une chose profane aux regards curieux des peuples : laissez agir ceux qui sont responsables de leurs actes ; afin qu'il n'y ait rien dans le gouvernement que l'œil de l'opinion publique ne puisse voir, rien que le bras de la justice ne puisse atteindre. Restez renfermés dans le sanctuaire inviolable où la constitution vous a placés ; et que les peuples, pour vous voir, soient toujours obligés de regarder en haut.
Souvenez-vous toujours que vous êtes la tête , et non le bras ; que vous devez regarder les causes , et non disposer les moyens ; que vous devez choisir les hommes , et non les choses ; que votre pensée doit prendre la forme des événeinens , et non leur donner la sienne ; et que votre aine soit comme un
vase précieux dans lequel se versent les pensées et les sentimens des peuples, et qui recueille avec soin toutes les saintes idées que la lumière de Dieu fait éclore dans le monde.
Votre mission est grande , vos fonctions sont sublimes ; vous êtes des dieux sur la terre , car les peuples ne peuvent vous demander compte de rien. Vous êtes comme le cœur des nations : c'est vers vous qu'affluent leurs pensées, leurs senlimens, leurs passions et leurs espérances : c'est là que leur vie se transforme , que leur sang se colore par le contact de votre majesté; c'est vous qui donnez à leur histoire quelque chose de divin, en la rapprochant de Dieu, dont vous aspirez la puissance, la sagesse et l'amour.
L'idée d'où doit surgir un jour la gloire d'une nation naît quelquefois, comme le Verbe fait chair, dont elle est un reflet , dans l'élable du pauvre ; plus lard un la trouve, quoique jeune encore, enseignant les docteurs dans les temples de la science ; puis , elle attire après elle la multitude , elle fait des apodes et des disciples ; les médians la persécutent et la crucifient , ils la mettent dans un tombeau , et la croient ensevelie dans un éternel oubli ; mais elle ressuscite plus glorieuse et plus puissante ; et, à la vue des peuples étonnés, elle moule vers vous pour s'asseoir à la droite de voire cœur; et c'est de là
qu'elle envoie sur les nations ces langues de feu qui éveillent leur ardeur et inspirent leur génie.
C'est vous qui choisissez et attelez au char de l'histoire les hommes qui doivent le traîner ; et quand , épuisés par une course trop longue , ou arrêtés par des obstacles plus forts qu'eux, ils ne peuvent plus marcher, c'est encore vous qui attelez à leur place des hommes plus frais et plus vigoureux.
Ne descendez donc point de votre trône pour vous mêler aux hommes et aux événemens ; de peur que vos pieds ne glissent sur ses degrés, et que vous ne tombiez. Choisissez les hommes que la confiance et l'amour des peuples recommandent à votre choix et posent sous votre main, et couronnez en eux la pensée nationale dont ils sont les représentai ; afin que, devenue reine , et assise sur le trône à côté de vous , elle gouverne ceux sur qui elle régnait auparavant, jusqu'à ce qu'une autre ait pris sa place dans l'esprit et le cœur de la nation.
Les peuples aiment un roi qui s'associe à leurs espérances, et ils retirent leur cœur h celui qui n'aime que leurs souvenirs ; mais les rois les meilleurs sont ceux qui marient dans une sainte union les souvenirs et les espérances des nations ; car Tes-
pérance est une fleur qui doit toujours avoir pour tige un souvenir.
Que si la constitution ou la coutume remet en vos mains le gouvernement , tremblez ; car un pesant fardeau est mis sur votre conscience : vous êtes responsables devant Dieu du mal qui se commet en votre nom ; et vous êtes exposés à le devenir devant les peuples, si la colère vient à s'emparer d'eux.
Empereurs , rois et princes , qui que vous soyez, sous quelque forme que s'exerce votre puissance , regardez le Christ et faites comme lui. La vie d'un roi, c'est le sacrifice; son trône, c'est la croix. Clouez vos mains et vos pieds à votre devoir; étendez vos bras vers les peuples, comme pour les embrasser : que leurs maux et leurs douleurs percent incessamment votre cœur , et que de votre cœur ouvert et transpercé l'amour et la miséricorde coulent sur les nations assemblées à vos pieds.
Peuples , si Dieu vous a donné de bons rois , bénissez-les et aimez-les; ayez confiance en eux, et ne jugez pas leurs pensées avant que vous n'en ayez vu les résultats. Si Dieu , pour vous punir d'avoir omis un devoir ou négligé un droit , vous soumet à des princes injustes ou capricieux , attendez , je vous le dis , attendez : la patience des peuples use la vo-
lonlé des mauvais rois ; et la force ne fait souvent que substituer une injustice à une autre , et remplacer le despotisme d'un homme par la tyrannie de plusieurs.
Ne vous attachez point aux hommes , mais aux choses ; ne jugez point des choses par les hommes , mais jugez plutôt les hommes par les choses qu'ils font. Ne mettez point votre confiance dans les partis ; car avant tout ils se recherchent eux-mêmes : et le bien , pour être tel à leurs yeux , doit être fait par eux .
Regardez autour de vous , et voyez : tous les partis ont eu tour a tour la puissance ; en avez-vous eu plus de bonheur et de gloire ? Y a-t-il eu un seul instant où Dieu n'ait point trouvé de plaintes sur vos lèvres , ni d'amertume dans votre cœur?
Ne vous attachez point outre mesure aux formes qui ne tiennent point au fond des choses , et que le temps use en passant sur elles. Regardez encore autour de vous. M n'est pas une forme de gouvernement que Dieu n'ait mise sous vos yeux et sous votre main. Ici c'est un roi qui gouverne , là c'est une constitution ; ici c'est une assemblée héréditaire , là c'est une assemblés choisie par le peuple ; à votre droite est une monarchie, à votre uauche s'élève une république. Vous avez vu des monarchies s'a-
bimer par l'excès du despotisme , vous avez vu des républiques se dissoudre par l'excès de la licence ; vous avez vu des peuples se fatiguer de l'autorité , vous en avez vu d'autres se fatiguer de la liberté ; vous avez vu du sang sur les marches des trônes , vous en avez vu sur les mains des peuples ; vous vous avez vu des rois violer leurs sermens , vous avez vu des peuples trahir leurs promesses ; mais il y a une chose que vous n'avez jamais vue : c'est qu'une nation ait mis sa confiance en Dieu et ail été trompée ; c'est qu'un peuple ait été riche de vertus et pauvre de libertés et de gloire ; c'est que des peuples unis dans le bien et pour le bien aient perdu leurs droits et soient devenus esclaves.
Vous êtes faibles parce que vous êtes divisés ; vous êtes divisés parce que vous n'avez point de lien commun qui vous unisse ; et vous n'avez point de lien commun , parce que vous n'avez que des intérêts et point d'amour ; et vous n'avez point d'amour, parce que vous n'avez point de foi. Croyez , et vous aimerez ; aimez , et vous serez unis ; soyez unis , et vous serez forts.
Où que vous jetiez vos regards , vous n'apercevez que des peuples malades et affaiblis , que des nations humiliées qui se traînent languissamment le long «1rs voies douloureuses qu'elles se sont frayées elles-mêmes ; des royaumes dont l'histoire reste en-
foncée dans une ornière , sans qu'aucun effort humain puisse les en tirer ; des républiques qui sautent d'un bond de la liberté au despotisme, et du despotisme à la liberté ; des peuples asservis qui se soulèvent avec grande peine vers l'avenir pour y saisir une espérance qu'ils croyaient voir luire dans le lointain , et qui retombent plus fatigués dans leur immense misère ; d'autres qui se sont tués de leurs propres mains ; et qui , au moindre bruit , croient entendre sonner la trompette qui les appelle à la résurrection ; mais la main de Dieu les repousse dans leur sépulcre , et les recouvre de leur triste linceul.
Les peuples sont punis parce qu'ils ont abandonné la justice ; les nations sont humiliées parce qu'elles se sont élevées dans l'orgueil , et le monde est posé dans l'angoisse parce qu'il s'est ôté de Dieu.
Ne demandez donc point à ceux qui vous gouvernent des formes qui passent , mais des choses qui restent ; demandez-leur de la lumière pour votre esprit , de la chaleur pour votre âme , de la foi pour votre cœur, de la liberté pour faire le bien , des droits pour garantir votre liberté , des devoirs pour appuyer vos droits ; demandez-leur des temples où vos prières puissent habiter ensemble , des
écoles pour vos enfans , des salles d'asile el des hospices pour vos pauvres , des hôpitaux pour vos malades , du pain pour ceux qui n'en ont point, du travail pour les bras qui ont encore de la jeunesse et de la force , du feu pour ceux que le froid transit , des routes pour votre commerce, des encouragemens pour votre industrie, des inspirations pour vos artistes , de bonnes lois et une égale juslice pour tout le monde.
Demandez ces choses , non le glaive à la main , mais l'amour dans le cœur ; demandez-les en commun ; car la voix qui sort de la poitrine de tout un peuple est toujours entendue : et si les hommes ne Pécoutent pas, elle ira frapper le cœur de Dieu; et les peuples n'ont rien à craindre quand leur cause est eu scs mains.
Les rois se sont détachés de vous, ô mon Dieu ! parce que votre loi les gênait; et les peuples se sont détachés d'eux , parce que leur joug les fatiguait.
Les princes se sont révoltés contre votre Christ et votre Église , parce que la vanité est entrée dans
leur cœur; et les peuples se sont révoltés contre eux , parce que l'orgueil les a enllés.
Les rois ont jeté le droit comme une arme inutile, parce que le droit ne fait qu'obliger ; et ils ont préféré la force , parce qu'elle contraint.
Et ils ont dit à la force : Tu es mon sceptre ; et à la violence : Tu es mon glaive ; et c'est par vous que je régnerai , parce que nul ne vous résiste.
Et les peuples les ont entendus, et ils ont appelé la force, en lui disant : Sois notre épée et notre bouclier ; et la force les a écoutés , cl elle s'est alliée avec eux contre les rois.
Et la lutte entre les peuples et les rois n'est plus dans les régions de la justice et du droit ; mais elle est descendue bien plus bas , dans l'arène de la force et de la violence.
Les rois ont abjuré votre loi , parce qu'elle leur était supérieure; et les peuples leur ont imposé une loi plus dure , afin que leur puissance ne soit pas sans bornes, et qu'ils se souviennent qu'ils sont hommes.
Les rois ont refusé de régner par vous , o Seigneur ! et les peuples leur ont dit : Vous régnerez par nous , car l 'est à nous qu'est la force.
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Et de grands maux se sont jetés sur le monde , parce que les peuples et les rois ont perdu l'unité.
Et les rois ont dit aux peuples : C'est vous qui êtes coupables ; et les peuples ont dit aux princes : C'est de vous que vient le mal.
Les peuples et les rois sont également coupables devant vous, ô Dieu ! parce que l'orgueil les a également aliénés de votre loi.
Les rois, en séparant de vous leur pouvoir, l'ont humilié; et les peuples , ne reconnaissant plus en eux voire image, ont refusé de leur obéir.
Car l'homme sait qu'il ne doil obéir qu'à vous , et que nul n'a le droit de lui commander qu'en Votre nom.
Et le joug de l'homme lui pèse et l'humilie , parce que vous êtes son maître; et il se révolte contre la force, parce qu'il a une âme immortelle créée à votre image.
Donnez voire crainte aux rois , ô Seigneur ! afin qu'ils régnent selon la justice ; et donnez aux peuples voire amour, afin qu'ils observent votre loi.
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