‹ Le livre des peuples et des roisChapitre 17 sur 43 · A LA FRANCE · texte numérisé non relu

A LA FRANCE

Lorsque l'esprit de la foi animait les peuples île l'Europe , et que leurs constitutions et leurs usages n'étaient qu'un reflet de la doctrine du Christ , le

temple où ils honoraient Dieu était un asile pour le malheureux : et le coupable , une fois qu'il avait touche l'autel où s'accomplit le sacrifice , devenait lui-même une chose sainte ; et l'homme qui mettait la main sur lui , pour le livrer à la justice , était regardé et puni comme sacrilège.

Et l'Église qui comprend si merveilleusement la miséricorde , et qui a un instinct si profond de tous les mystères de la charité du Christ , était fière et orgueilleuse de ce privilège ; et dès qu'on essayait de le violer ou de le lui enlever , elle devenait terrible comme une lionne à qui on veut arracher ses lionceaux : elle prenait le coupable dans ses bras ; et le pressant avec étreinte sur son cœur, elle défiait la puissance et la force des rois de la terre , et combattait avec un incroyable acharnement , pour le droit qu'elle avait de protéger le coupable qui se réfugiait dans son amour.

Réjouis-toi , ô ma belle et douce patrie! et que tous tes enfans se glorifient avec toi. Car Dieu a fait de ton sol un temple , où le malheureux est sûr de trouver un asile ; et quiconque met le pied sur la terre de France est quitte à l'instant envers la justice des hommes, si souvent injuste dans ses arrêts.

Si quelque loi barbare arrache à leur patrie des

hommes dont tout le crime est de l'avoir trop aimée, ils tournent aussitôt les regards vers la France; et prenant le bâton du voyageur a la main , ils viennent lui demander un lieu où ils puissent reposer leurs têtes, et s'entretenir librement de leurs communes espérances.

Un peuple tout entier se lève comme un seul homme , pour défendre sa foi , et reconquérir sa gloire humiliée : mais la victoire lui est infidèle ; et il retombe plus humilié et plus malheureux qu'auparavant sous un joug exécré. Vous voyez aussitôt ces nobles guerriers , vaincus , mais non découragés , s'acheminer vers la France , attirés comme invinciblement par sa compassion pour le malheur, et par son enthousiasme pour la gloire.

Si les factions enivrées d'orgueil et d'ambition déchirent un pays par leurs divisions funestes , et le plongent dans les horreurs de l'anarchie , vous voyez tous ces partis accourir vers la France , à mesure que le malheur les frappe , ou que l'injustice les poursuit ; comme on voit accourir les uns après les autres vers le rivage les Ilots que le souffle de la tempête chasse devant lui.

Franco , élargis ton amour , et dilate tes entrailles , car voici qu'il t'arrive des malheureux et des opprimés de toutes les parties de la terre. L'homme

du Nord et celui du Midi viennent te demander à la fois un asile : et tous les peuples de l'Europe se reconnaissent pour frères sur ton sol ; et ne forment plus qu'une seule et même famille , sous la puissante protection de tes lois et de ta gloire.

Je me réjouirai , ô Dieu des nations ! de ce que vous avez choisi la nation française entre toutes les autres, afin d'y établir un lieu de refuge pour tous ceux que le malheur poursuit ; et je me glorifierai d'appartenir à ce peuple que vous avez fait comme le Samaritain des autres peuples , et que vous avez chargé de panser toutes les plaies , et de verser l'huile et le baume sur toutes les blessures.

Vous n'avez pas voulu que sa compassion se bornât à un peuple ou à un parti , de peur que le monde n'y vît qu'un calcul d'égoisme ou d'intérêt ; mais vous lui avez amené des hommes de tous les partis et de toutes les contrées , afin de désintéresser sa miséricorde, et de l'accoutumer à faire le bien pour les autres , et non pour lui-même.

Soyez donc fidèles , ô mes frères ! à la mission que Dieu vous impose. Quand l'exilé vient frapper ii votre porte , ne lui demandez point pour quelle cause il souffre ; qu'il vous suffise de savoir qu'il est malheureux. Mesurez votre compassion , votre respect et vos bienfaits à la grandeur de ses infor-

lunes. Que le plus pauvre et le plus abandonné soit toujours préféré par vous. Consolez par votre respect et votre bienveillance les infortunes que vous ne pouvez secourir. L'homme n'a pas toujours de l'argent à donner au malheureux , parce qu'il est quelquefois pauvre lui-même ; mais il est toujours riche , s'il le veut , de miséricorde et d'amour ; et il peut toujours donner à celui qui souffre l'aumône de sa compassion et de ses larmes.

Malheur à l'homme qui, égaré par l'esprit de parti , refuse à l'exilé les secours ou les consolations qu'il lui peut donner ! Dieu ne l'aime pas; et au jour de l'adversité , il trouvera dans les autres le même égoïsme qui rétrécit son âme.

Malheur à celui qui contriste par un refus humiliant ou par une pitié hautaine le cœur de ces nobles réfugiés qui ont tout sacrifié à leur patrie , et qui n'ont plus d'autre richesse que le glorieux souvenir de leur dévouement et de leur vie! Malheur à lui ! car il outrage la France , et fait maudire son pays par ceux qui sont venus y chercher un asile.

Entourez de soins , de respect et d'amour, ces admirables victimes d'une injuste oppression. Ouvrez à ces hommes de cœur et de courage vos maisons et vos familles. Honorez en eux la cause qu'ils ont si noblement défendue, et laites-leur ou-

blier par vos hommages et votre charité qu'ils ont perdu les biens les plus précieux que Dieu ait donnés à l'homme sur cette terre , l'amour d'une famille , et la gloire d'une patrie florissante.

Souvenez-vous que le vent des révolutions a dispersé , il n'y a pas bien long-temps encore , vos pères sur toute la face de la terre ; et qu'en accueillant avec bienveillance les malheureux que l'exil a poussés vers vous , vous ne faites que rendre aux autres ce qu'ils vous ont donné , et attirer sur votre patrie les bénédictions de Dieu , et celles de tous les peuples du monde. Car les nalions sont glorieuses par le bien qu'elles font, et parla confiance et l'amour qu'elles inspirent. L'égoisme frappe les peuples d'impuissance et de stérilité , et la gloire ne prend point parmi ceux qui n'aiment et ne recherchent qu'eux-mêmes.

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