AI X MINISTRES DES THLNCES
Les mauvais conseils des ministres séduisent et corrompent le cœur des princes, et leur ambition appauvrit et ravage les peuples.
Dieu seul peut compter les étoiles qui brillent la nuit au firmament ; lui seul aussi peut nombrer les péchés et les crimes qui se sont commis dans le cabinet d'un ministre sans loi ni conscience.
La violence habite sous le toit du brigand et de l'assassin ; la < ■upidilé et la perfidie séjournent dans
la maison du voleur; le vice établit sa demeure dans le réduit de la femme impure qui livre son corps pour de l'argent; le remords et le désespoir sont assis autour du tapis vert sur lequel se jouent le bonheur et l'avenir des familles ; et le crime est assis à la table du ministre qui aime l'or.
Tous les péchés qui souillent ou abaissent le cœur se sont donné rendez-vous dans le cabinet où il tient ses conseils; et il n'y a point de lieu dans le monde qui soit aussi près de l'enfer.
C'est là que tout se pèse avec l'or, que le talent s'achète, que la conscience se vend, que le dévouement et le courage se marchandent comme des choses que l'argent peut payer.
Là se tient exactement le tarif des consciences, avec toutes les modifications de hausse et de baisse qu'elles éprouvent, selon qu'il s'en offre plus sur le marché ; et le prix de l'homme diminue tous les jours, parce que tous les jours s'augmente le nombre de ceux qui se vendent.
C'est là que Judas continue de vendre le Christ pour trente deniers ; et après l'avoir vendu , il le trahit par un baiser, pour le livrer plus sûrement.
C'est là que la simonie chassée de l'Église s'est
réfugiée , et qu'on achète pour de l'argent le droit d'opprimer le peuple et de vivre de ses sueurs.
Là , s'accomplissent ces hideux marchés qui , sous le nom de traités, livrent à des étrangers un sol où habita long-temps la gloire d'une nation , et vendent à un ennemi , comme un vil bétail , des peuples entiers avec leurs souvenirs, leurs espérances, leur langue, leur histoire et leur foi.
Et les peuples passent en frémissant sous le joug détesté d'une nation qu'ils ne connurent jamais que par le mal qu'elle leur fit ; semblables à ces troupeaux qui s'en vont tristement dans des champs inconnus, et dont le fouet ou l'aiguillon d'un nou- \ eau maître presse les pas tardifs.
El le maître à qui ils viennent d'être livrés sait qu'il ne doit attendre d'eux ni reconnaissance ni amour ; et il dit dans son cœur : Je les haïrai comme ils me haïssent, et la force achèvera ce que la force a commencé.
Et les baines de l'enfer entrent dans son âme; l'orgueil de Satan dévore son intelligence ; et la haine invoque la haine ; et l'orgueil appelle la violence , et il n'y a plus d'autre lien que la force.
Il met leur conscience sous la pointe de ses baïonnettes, parce que leur foi le gène ; et il met à
leur bouche le frein odieux d'une langue étrangère qui les fait écumer de rage.
Et c'est un crime pour eux de se souvenir de leur gloire passée , et ils ne peuvent pas même se rappeler qu'ils eurent jadis un nom.
Et le coupable ministre qui les a vendus dort en paix sous ses rideaux de velours , et aucun souci ne trouble la joie de ses sourires.
Les hommes l'envient de loin et l'honorent de près , mais celui qui a racheté le monde par son sang lui réserve un jugement terrible.
Le ministre corrompu sert d'entremetteur entre les vices du prince et les faiblesses du peuple ; H flatte l'orgueil du premier, et encourage le second dans ses abaissemens ; et il les perd également tous les deux.
C'est par lui que la corruption descend des hauteurs de la société jusqu'aux conditions les plus humbles , comme l'eau sale et terreuse des montagnes se répand dans la plaine couchée à leur pied.
Ses faveurs et ses grâces plcuvenl sur les lâches qui ne savent point s'appartenir à eux-mêmes ; sa main communique a celui qui la prend la corruption de son Ame ; son sourire dissout le courage des
cœurs les plus affermis, el sa parole abaisse les plus hautes pensées.
Son or souille celui qui le touche. Peu d'hommes sorlent d'auprès de lui indépendans et courageux.
11 ne connaît les hommes que par leurs passions et leurs faiblesses; il ne les touche que parleurs vices , et ne compte que sur leur immoralité.
11 prend la nature humaine telle que le péché Ta laite; et jamais il ne porta ses regards vers la croix du Calvaire. 11 croit au péché; il espère en lui, mais il ne croit pointa la rédemption des hommes.
Il est l'aine de ces grands bras qui se font signe l'un à l'autre dans les airs. Et ces messagers immobiles, qui devraient porter aux peuples la pensée des peuples , et parler aux nations un langage que tous comprennent , parlent une langue obscure et hiéroglyphique dont lui seul a la clef.
11 en fait des courtisans et des flatteurs, qui annoncent avec pompe qu'un prince est arrivé dans une ville-, et qu'il a daigné sourire à ses habitans; ou des courtiers de ses intérêts et de sa sordide avarice , (pli lui transmettent au préjudice des autres les mystères du temple de Mammon.
Semblable à ce sale insecte qui tisse à l'angle des murs ses toiles insidieuses, il attache au coin du
foyer domestique le fil de ses intrigues et de ses perfides manœuvres.
Comme l'araignée , l'espion que paie son or guette les plus intimes épanchemens de la famille ; et la pensée ne peut voler de la bouche de l'époux au cœur de l'épouse , sans se prendre à ses filets.
Malheur a ceux qui pensent ! malheur a ceux qui aiment ! malheur à ceux qui craignent ! malheur à ceux qui espèrent! parce que le regard hideux de l'espion est Là qui les surveille.
Malheur à ceux qui parlent! car il entendra leur voix ; malheur à ceux qui se taisent ! parce qu'il interprétera mal leur silence ; malheur à ceux qui soupirent! car son oreille est appuyée sur leur cœur.
Que le père parle basdevantson fils ; que la mère ne se fie point à la simplicité de sa fille ; que l'ami ne s'abandonne point à son ami ; que l'époux se détourne des embrassemens de son épouse , paire que l'espionnage a tout corrompu, et que l'or a tout flétri.
L'espion est l'associé du ministre sans conscience; il est l'ami de ses pensées, le confident de ses plus intimes projets.
Aussi ne craint-il point de se baisser trop bas
pour le ramasser ; il va le demander à la prison, où ceux qui avaient l'instinct du vice en apprennent la science, et au bagne , où la volonté s'endurcit dané le crime.
Le ministre corrompu corrompt les mandataires du peuple , et achète leur conscience et leur mandat pour de l'or ou des faveurs.
11 empoisonne leur conscience dans ses festins somptueux , et donne la couleur qui lui plaît à la boule qu'ils doivent jeter dans l'urne.
11 met un bâillon d'or à la bouche éloquente et courageuse de l'orateur qu'il craint , et attache à sa main , par des rubans qui flattent la vanité, les pensées et la plume de l'écrivain dont il redoute l'indépendance.
Il vend aux villes les édifices qu'elles réclament, aux peuples les roules qu'ils demandent , et les ponts qu'ils veulent jeter sur leurs fleuves : et toujours il a la main tendue pour donner à ceux qui le servent , ou pour recevoir de ceux qu'il sert luimême.
Le ministre fidèle , au contraire , craint Dieu , aime les hommes, et s'oublie lui-même ; les vertus fi la prospérité des peuples augmentent également sous son administration.
Il est médiateur entre le roi et le peuple ; il ne recherche la faveur ni de l'un ni de l'autre , mais il n'est esclave que de son devoir.
Quand l'indépendance du caractère s'efface ou diminue chez un peuple , et que l'intérêt personnel gouverne toutes les actions de la vie, c'est un signe infaillible que de mauvais ministres sont à la tête des affaires , et que l'or et l'espionnage sont les grands ressorts de leur gouvernement .
Un esprit public bien compact et bien prononcé, un égal attachement à ses droits et a ses devoirs , et un saint amour pour toutes les fonctions de la vie sociale , sont les signes d'une bonne administration.
Al'X AMBASSADEURS.
Peuples , ouvrez les yeux , afin de n'être point trompés , et soyez attentifs aux démarches de vos ambassadeurs ; car les nations étrangères ne vous connaissent souvent que par eux.
La diplomatie , qui devrait être la conversation et l'entretien familier des peuples entre eux , est
devenue l'espionnage des cours ; et parmi les diplomates , celui-là souvent est le plus habile , qui corrompt le plus adroitement , et qui sait le mieux mentir.
Que faites-vous , envoyés des rois et des peuples, dans le poste éminent où Dieu vous a placés? Que deviennent en vos mains les hautes fonctions qui vous ont été confiées?
Tenez-vous vos doigts appuyés sur le pouls des peuples , afin de savoir ce qui le fait battre , ce qui le retarde ou ce qui l'accélère ?
Allez-vous mêler vos prières à sa foi dans les temples où il se réunit?
Epiez-vous l'intelligence du savant , le cœur du poète et rame de l'artiste, et initiez-vous votre âme aux mystères profonds et solennels de la pensée humaine?
Suivez-vous avec attention le mouvement de l'industrie , afin d'enrichir votre pays des lumières et des expériences des pays étrangers?
Attachés par des liens invisibles à une volonté qui vous pousse et vous meut à son gré , vous parlez , et d'autres pensent et veulent pour vous. Vous
vous agitez , mais vous n'agissez pas; car le principe de vos actions n'est pas en vous.
Les ambassadeurs corrompus et pervers ont fait un pacte avec le mensonge. Ils connaissent l'art de voiler une larme sous un sourire, et de jeter sur les joies de l'àme le masque de la tristesse.
Leur regard accoutumé à l'espionnage sait merveilleusement entrer jusqu'au fond de l'âme de ceux sur qui il s'attache, tout en paraissant inattentif et inoccupé.
Leurs lèvres exercées à la duplicité se prêtent docilement aux sinuosités de leur esprit ; et leur pensée peut nager long-temps invisible sous un lleuve de paroles , comme ces hardis plongeurs qui peuvent rester long-temps sous l'eau sans être aperçus.
Ils connaissent les ingénuités du mensonge , et ils savent donner à l'astuce la plus profonde l'air de la candeur et de la simplicité.
Dans les cercles brillans , théâtre de leurs exploits, la vérité n'est comptée pour rien; la conscience est sans frein , le cœur sans règle , cl la parole humaine n'est qu'un jeu d'où celui qui met le plus de mensonges sur le tapis est sûr de sortir victorieux.
Là le mensonge répond au mensonge , la finesse appelle l'astuce, la ruse lutte contre la perfidie, les termes du langage humain n'ont point de sens , et l'homme ne croit plus ni à ce qu'il entend ni à ce qu'il dit lui-même.
D'autres conquêtes attendent les jeunes hommes au regard frais , aux lèvres roses et aux joues pâles ; l'espionnage des boudoirs leur est confié ; et on les a choisis pauvres de sentimenset de pensées, mais riches de vanités et d'attraits, pour aller attaquer la vertu des femmes et tendre des pièges à leurs sourires.
Faut-il découvrir la pensée long-temps épiée, mais jamais saisie , d'un ministre trop profond et trop dissimulé, ils chercheront à séduire la femme qu'il aime pourvoir s'ils ne trouveront point sur ses lèvres ou sur son cœur quelques traces du secret qu'ils cherchent.
Le maître qui les paie leur comptera, comme autant de trophées , les cœurs qu'ils auront souillés ; de même que les chefs des armées barbares paient à leurs soldats les tètes d'ennemis qu'ils ont coupées : et celui qui aura dompté la vertu de beaucoup de femmes est sur d'un rapide avancement.
Voilà pourtant , ô mon Dieu ! les hommes à qui sont confiés les plus chers intérêts de vos peuples , qui doivent entretenir la paix et l'harmonie dans votre famille, et unir toutes les nations dans un même intérêt , comme votre Église les unit dans la même foi.
Il n'en est pas ainsi de l'ambassadeur dont le cœur est droit, les intentions pures et la conscience bien réglée ; les bénédictions du ciel et la reconnaissance des peuples l'attendent.
Il est sur la terre l'image du médiateur qui a racheté le monde, et il continue l'œuvre de la rédemption , en servant de lien entre les intérêts et les espérances des nations.
Il est chez les peuples étrangers , comme le reflet de la gloire des peuples qu'il représente. Sa conduite irréprochable et son noble caractère dissipent les préjugés défavorables à son pays que le temps avait enracinés , et dispose les étrangers à la bienveillance, à l'admiration et à l'amour.
Son ministère est un sacerdoce de conciliation et de justice ; il est comme un jugé de paix entre les peuples, et l'arbitre des différends qui les divisent.
Sa parole rend inutile la voix meurtrière du canon ; et ?a médiation pacifique , en prévenant ta
guerre loujours désastreuse , épargne aux mères bien clos larmes , et bien des malheurs à son pays.
Si deux peuples , ne pouvant s'accorder , tirent le glaive l'un contre l'autre , et remettent à la force l'arbitrage de leurs droits , il leur tend les mains , et les fait s'embrasser sur son cœur.
Il est parmi les nations comme un arc-en-ciel de paix et d'amour ; et tant qu'elles le voient au milieu d'elles, elles se disent : Espérons; car le signe de la paix et de l'espérance est encore parmi nous.
Son absence attriste les sœurs et consterne les mères : car là où il n'est plus , le ciel se couvre de nuages et est gros de tempêtes.
Mais quand , après une guerre longue et désastreuse , il reparaît chez un peuple , sa présence est saluée comme les premiers rayons d'une belle aurore, et connue l'heureux présage d'un jour calme et serein.
Son nom protège ses compatriotes contre l'injustice et l'arbitraire ; il abaisse les barrières qui séparent les peuples, et leur rappelle qu'ils sont frères.
L'inviolabilité de son asile couvre et protège les droits de son pays ; et ses concitoyens , en entrant dans sa demeure , croient retrouver leur patrie.
11 ne se croit point l'homme d'un homme , mais l'homme d'un peuple ; et c'est ce qui donne à toutes ses démarches une aisance que l'indépendance seule peut produire.
Les étrangers l'estiment ; ses compatriotes l'honorent ; et il est aimé de tous ceux qui ont réclamé son ministère , ou invoqué sa bienveillance.