AUX PRETRES
Qu'elles sont belles les mains du prêtre qui évangélise le pardon , quand il les étend sur le pécheur pénitent pour l'absoudre !
Qu'elle est auguste la voix du prêtre qui proclame la rémission , quand il dit au pécheur humilié : Je t'absous !
Qu'il est grand, quand son âme irradie la miséricorde, et que les pardons émanent de son cœur, comme les rayons de lumière de leur foyer !
Qu'il est puissant , quand, d'un signe de sa main, il fait descendre dans l'âme du pécheur Dieu et ses anges! Qu'il est fort quand il étouffe dans le cœur
du coupable le péché et les remords déchirans et ses amertumes cuisantes, pour y faire refleurir l'innocence avec ses doux repos et ses chastes quiétudes !
Qu'il est bon, quand il bénit le pécheur , parce qu'il a péché ; quand le pécheur lui dit : Mon père, et qu'il lui répond : Mon fils !
Qu'il est glorieux , quand sa charité plane sur le pécheur pardonné, comme l'aigle sur sa proie , et qu'il emporte son cœur dans l'aire éternelle où il a déposé lui-même ses désirs et ses prières !
Qu'il est triomphant , quand il réjouit Dieu , les anges et les saints par la conversion d'un pécheur, et que le ciel tout entier s'épanouit dans un sourire de joie et d'amour !
Qu'il est admirable , quand il offre son cœur pour appui à l'homme qui se sent défaillir ; quand il tend la main au faible qui va tomber ; quand il verse sa parole et ses prières sur l'àme qui va se flétrir !
Qu'il est riche, quand son àme s'enrichit des trésors d'iniquité que le pécheur y répand, et que, pour chaque péché qu'on lui donne , il rend une larme, un conseil , un acte d'amour et un pardon !
Gloire au prêtre . parce qu'il a le pardon ! Qu'il soit béni , parce que Dieu l'a l'ait l'aumônier de ses miséricordes et de son amour !
Votre esprit est un esprit de douceur et de charité , ô mon Dieu ! et vous l'inspirez à tous ceux à qui vous communiquez votre puissance.
Vous revêtez vos ministres de votre miséricorde, et vous imprimez votre charité dans leur âme ; et c'est là le caractère auquel le monde les reconnaît.
Si quelqu'un n'aime pas le pécheur, qu'il n'entre point dans le sanctuaire. S'il s'étonne du crime ou s'impatiente contre la faiblesse , qu'il n'approche pas de l'autel .
Si sa bouche n'a point de paroles de consolation pour le coupable; si ses yeux n'ont point de larmes pour ses fautes; si ses mains n'ont point de pardon pour ses crimes, qu'il ne prenne point sur soi la puissance et la justice du Seigneur ; car sa puissance est amour, et sa justice est toute miséricorde.
La sévérité du prêtre décourage et repousse le pécheur; et sa rigueur multiplie les péchés, et aliène les peuples du service de Dieu.
La dureté du prêtre brise les cœurs , et son ignorance des miséricordes de Dieu perd les âmes.
Car où ira le pécheur que repousse le ministre du pardon? Que fera-t-il , si le tribunal de Dieu est sévère comme la justice des hommes?
L'enfer est près du tribunal du prêtre sans miséricorde , et le pécheur qu'il repousse y tombe comme de soi-même.
L'orgueil endurcit le cœur du prêtre contre le pécheur ; et il s'étonne des fautes de celui qui s'accuse, parce qu'il ne s'humilie point devant Dieu.
L'indulgence envers soi-même rend sévère à l'égard des autres , et les faiblesses que l'homme se pardonne plus aisément sont celles qu'il condamne avec plus de rigueur dans autrui.
La facilité des prêtres augmenle les péchés, et leur sévérité diminue la foi.
Les prêtres Irop faciles font les peuples corrompus , et les prêtres trop sévères font les peuples impies K irréligieux.
Ministres du Christ , ne soyez point avares de miséricorde , et ne retenez point le pardon captif dans vos mains ; mais versez-le avec abondance sur le pécheur qui s'accuse.
N'humiliez point celui qui s'humilie, de peur que vous n'accusiez de mensonge votre maître , quand il a dit : Celui qui s'humilie sera exalté,
La main du médecin qui panse les plaies doit être légère , de peur qu'elles ne s'enveniment et deviennent incurables.
Quand le pécheur vous dit : Mon père , bénissezmoi , parce que j'ai péché , ne le maudissez point ; et quand il s'accuse , ne le condamnez point.
Que votre âme vive de prière et de foi , et l'âme du pécheur fondra comme de la cire sous votre parole.
Conservez tout le jour le divin parfum dont votre âme s'est imprégnée dès l'aurore , et vous en embaumerez (ous ceux qui approcheront de vous.
N'engagez point vos pensées et vos espérances dans le labyrinthe des événemens humains , car les sentiers étroits et détournés du monde ne conviennent point à l'âme grande et droite du prêtre.
Le prêtre vit dans l'atmosphère du ciel , et l'air pesant de la terre lui est funeste et mortel.
Si un géant veut prendre les vêlemens d'un nain , il les déchirera, parce qu'ils sont trop étroits pour lui ; si le prêtre veut introduire son âme dans les combinaisons étroites de la politique , il s'aper-
eevra qu'elles ne lui vont point , parce qu'il est trop grand pour elles.
L'oiseau ne sait point marcher sur la terre, parce qu'il a été fait pour voler ; et le prêtre ne sait point gouverner les choses terrestres , parce que celles du ciel lui ont élé confiées.
Dieu livre au vertige l'esprit du prêtre qui met la main aux choses du monde, afin que le monde voie que la vocation du prêtre est plus haute et plus sainte.
Quand le prêtre met la main sur le sceptre , et que le roi touche l'encensoir , l'Église et l'État sont en souffrance , et le monde marche à reculons.
Malheur au prêtre qui ne prie pas ! C'est un loup dans le bercail , et le troupeau sera ravagé.
Les péchés du prêtre sont puissans, car ils se fortifient par le sacrilège ; et son iniquité croît outre mesure, carie sang du Christ l'arrose et le nourrit tous les jours.
El la malédiction entre dans son âme avec le pain mystique de l'autel , et la réprobation entre dans son corps avec la divine liqueur du calice.
Et le corps du Christ garde son corps pour l'enfer , et le sang du Christ garde son âme pour la mort éternelle.
Dieu crucifie son esprit aux affreuses certitudes de sa foi. Il cloue son cœur aux terreurs de l'avenir.
Ses pensées sont des remords , ses affections des péchés , sa foi est un bourreau , sa prière un blasphème , et toute sa vie est un apprentissage de l'enfer.
Et les belles prières de l'Église sont dans sa bouche comme le verbiage du charlatan, et ses pieuses solennités sont pour lui comme les parades d'un saltimbanque.
Et le bien lui devient mal, et le sacré lui devient sacrilège, et la vie lui est mort, et il s'empoisonne avec le sang du Christ.
Et le péché l'entoure comme une atmosphère maudite , et l'iniquité est rivée dans son âme et dans son corps.
Sa vie est pleine de trouble , son passé plein de remords, son avenir plein de terreurs, son présent rempli d'iniquités , sa mort pleine d'angoisses , el son éternité pleine de désespoir.
Malheur au prêtre qui perd le sens de la lettre ! parce que la prière lui est une énigme et la piété une forme morte.
Malheur au prêtre qui se fait une habitude extérieure des fonctions de son ministère ! car il s'ennuiera de Dieu, et ses actions seront sans fruit.
Le prêtre crie : Le monde ! le inonde ! et il a le monde dans son cœur : et ceci est une grande misère et un grand aveuglement.
Le prêtre rappelle sans cesse aux temps de la primitive Église , et il ne vit pas comme les chrétiens d'alors ; el ceci est une contradiction et un mensonge.
Malheur au prêtre qui dit et ne fait pas! car il sera pour plusieurs un objet de scandale.
Malheur ! malheur à la terre à cause des péchés du prêtre! parce qu'il en entraînera plusieurs dans sa ruine.
Mais le bon prêtre sera placé avant les anges , et ceux qu'il a sauvés lui feront cortège dans le ciel.
Quand Dieu veut punir un peuple , il lui envoie des prêtres tièdes ou paresseux; et quand il veut élever une nation , il multiplie chez elle les prêtres de foi et de prière.
AUX ÉVÊQTJES.
Lorsque Jésus-Christ institua sou Église , il la forma sur le modèle du ciel : il y établit des degrés, afm que l'homme puisse monter plus facilement jusqu'à lui ; et à chacun de ces degrés il plaça des hommes revêtus de sa puissance ; et plus ces degrés se rapprochent de lui , plus la puissance qu'il communique est étendue.
Et il y a sept degrés dans l'Église de Dieu ; et chaque degré est représenté par un ordre ; et il y a sept ordres sur la terre , comme il y a neuf chœurs d'anges au ciel; et les ordres qui composent la hiérarchie de l'Église sont comme les chœurs d'anges de la terre.
Dans l'Église il y a des temples ; dans ces temples il y a un autel ; sur cet autel s'accomplissent d'ineffables mystères ; et dans le tabernacle qui le surmonte, il y a , sous la forme commune du pain que nous mangeons tous les jours , quelque chose de divin que les yeux ne peuvent voir, que la main ne peut toucher, que l'esprit ne peut comprendre,
et qui échappe à tous nos sens , afin de n'être sensible qu'à notre cœur.
Et le tabernacle de l'autel est l'asile de toutes les joies de lame , le foyer de toutes les lumières de l'esprit , la source de tous les saints amours du cœur, le rendez-vous de tous les pieux désirs, le but de toutes les espérances ; et toutes les pensées, et tous les sentimens qui veulent voler plus haut que la terre s'arrêtent là un instant pour se reposer et prendre des forces , comme l'aigle , avant de se perdre dans les nuages , se repose dans l'aire qu'il s'est bâtie sur le sommet inaccessible d'un roc.
Là les hommes rencontrent les anges et parlent avec eux des félicités du ciel ; là les plaintes de l'exil se marient aux joies de la patrie , et les joies du ciel s'unissent aux douleurs suppliantes de la terre ; là les souvenirs de ceux qui ne sont plus rencontren t les espérances de ceux qui son t encore ; là les amitiés s'alïinent, les passions se purifient , les haines s'effacent, les pensées s'élèvent, les cœurs s'élargissent pour donner passage à l'immense charité qui y habile ; là les aines s'embrassent, les anges du ciel et les anges de la terre s'enlacent dans de saints baisers; et l'homme, enivré de délices et d'amour, s'endort dans l'extase de la prière sur le cœur de lésus et de l'Église : là est le
lieu le plus élevé de la terre , et uu pas plus haut, c'est le ciel.
Or, sept degrés conduisent a l'autel ; sept ordres d'anges sont occupés autour du tabernacle ; et à mesure que ces ordres en approchent de plus près, la puissance se multiplie et se concentre davantage; et arrivée à son dernier degré , elle prend de telles dimensions qu'il faut que ce degré se partage en deux pour la contenir; et c'est pour cela que dans le septième ordre sont compris les prêtres qui ont une partie du sacerdoce du Christ , et les évoques qui en ont la plénitude.
Et il n'y a point de sacerdoce là où il n'y a point de tabernacle, ni de sacrifice ; et ceux qui ont nié le sacrifice ont détruit le sacerdoce; et leur temple n'est plus qu'une maison ordinaire ; et leurs prêtres ne sont que des hommes ; et leur cœur ne peut plus aller apprendre à l'au Ici le sacrifice et les saints dévouemens de la charité.
Et les évêques sont les chérubins de l'Église ; ce sont eux qui , placés plus près du cœur et de l'esprit du Christ , y aspirent la lumière et l'amour, et les distribuent ensuite aux prêtres qui viennent après eux ; afin que ceux-ci en nourrissent par toute la terre les âmes qui ont faim de foi et de charité.
El les évèques s'appellent ainsi , parce que , placés à une grande hauteur, leur regard peut s'étendre au loin sur le troupeau qui leur est confié , et leur cœur peut embrasser dans sa charité l'Église de Dieu ton! entière.
Et tout, dans les orneinens qu'ils portent, est symbolique, et exprime ou leur puissance ou les devoirs qu'elle leur impose. lis portent des sandales à leurs pieds, afin de se souvenir qu'ils ne doivent point marcher sur la terre, mais que leurs voies sont plus haut. Ils ont des gants dans les mains pour se rappeler qu'ils ne doivent point toucher aux choses du siècle. Et le bâton pastoral signifie qu'ils sont pasteurs des peuples, et qu'ils doivent les nourrir de vérité et d'amour. Et l'anneau qui brille à leur doigt est un signe de leur mariage avec l'Église. Et ils sont assis sur un trône, parce qu'ils gouvernent spirituellement les peuples de la terre; et partout où ils passent , leur main s'ouvre pour bénir, parce qu'ils sont les dispensateurs des grâces el de la charité du Christ.
Et ils sont les successeurs des apôtres, et ils doivent liériler de leur vie et de leur esprit comme de leur puissance : ei le monde ne croira point à leur puissance, s'ils n'en confirment la divine origine par des miracles de foi , de dévouement et d'amour ; car l'homme qui ne croit pas demande, pour croire,
des miracles qui frappent son esprit ou qui exaltent son cœur, et qui le forcent à s'écrier : Dieu est là ; l'homme tout seul ne fait rien de pareil.
Et les évêques des premiers siècles faisaient revivre en eux les apôtres : et leur esprit était un foyer de lumière ; et leur cœur était un foyer d'amour ; et leur corps était un foyer de douleur, et la seule pensée du martyre faisait frémir leur âme et leur chair d'espérance et de bonheur.
Et jamais encore le monde n'avait vu une aussi grande niasse de vertus , des cœurs aussi larges , des têtes aussi fortes , des caractères aussi vigoureux , des âmes aussi tendres, une vie aussi pure : jamais il n'avait vu autant d'oubli de soi-même, autant de désintéressement dans le sacrifice, aillant d'expansion dans la charité; et la vie tout entière de ces hommes était un miracle de dévouement et d'amour, terminé par un miracle de patience et de foi.
Et un seul de ces hommes aurait suffi pour illustrer un siècle et une nation ; et leur nombre était infini , et il n'est point de ville épiscopale qui n'ait été illustrée par la vie ou par la morl de quelques uns de ces évéques.
Us étaient à tout et à tous ; leur pensée allait de la terre au ciel; leur amour allait de Dieu aux
hommes, et retournait des hommes à Dieu; leur cœur, toujours ouvert dans toute sa largeur, aspirait ce qui était grand , ce qui était beau , ce qui était saint et divin ; ils étaient les hommes de Dieu et des peuples ; ils avaient un bras dans le ciel et l'autre sur la terre; ils étaient les conseillers des peuples , les dépositaires de leurs secrets , les confidens de leurs douleurs , les interprètes de leurs plaintes et de leurs prières auprès de Dieu et des rois de la terre : et les intérêts de l'Église ne leur faisaient point négliger ceux des nations dont ils étaient les pasteurs; et ils savaient qu'aimer les hommes et se dévouer pour eux, c'est plaire ta Dieu et glorifier l'Église.
Leur charité multipliait le temps; leur esprit était à la science , leur âme à la prière, leur bras h l'action , leur corps à la souffrance, et tout leur être à Dieu : et pendant que leur esprit pensait , leur âme priait ; et pendant que leur corps était en proie à la souffrance , leur bras agissait ; et l'étude , chez eux , ne nuisait point à la prière ; et la douleur ne les empêchait pas d'agir, parce que le Christ vivait en eux.
Le pauvre trouvait chez eux des aumônes qui ne l'humiliaient point ; le faible avait dans chacun d'eux un appui , le vice un censeur, la vertu un guide et un témoin. Ils se mettaient comme un mur
entre l'oppresseur et l'opprimé ; ils prenaient dans leurs mains les droits et les libertés des peuples; et plusieurs furent martyrs pour avoir été trop courageux et trop termes envers les tyrans.
Les apôtres devaient prêcher l'Évangile à un monde corrompu par le luxe , perverti par l'égoisme , énervé par la volupté , dévasté par l'abus de la science. Le Christ ne leur dit point : Pour ramener à la simplicité de la vie chrétienne les hommes perdus dans le luxe et dans l'amour du bienêtre , vous vous conformerez à leurs habitudes extérieures ; et pour ne point effrayer le riche qui nage dans les délices, vous paraîtrez riche et somptueux comme lui ; mais il leur dit : Voici ma croix, prenez-la et marchez ; et le riche et le pauvre , et le savant et l'ignorant, et les rois et les esclaves seront convertis par elle ; et c'est par elle que vous vaincrez le inonde, que vous détruirez le luxe, que vous émousscrez la volupté, que vous étoufferez l'égoïsme <'! que vous abattrez l'orgueil.
Pasteurs de l'Lglise du ( ihrisl , ce n'est point par le luxe et l'éclat extérieur que vous devez soutenir et rendre respectable aux yeux du monde une puissance et une dignité qui ne sont pas de ce inonde : et si le tas le est nécessaire à ceux qui ne sont que les rçprésenlans du Christ, de quel éclat devait
donc s'environner le li!s de Dieu lui-même , quand il daigna desrendre parmi les hommes !
Ne craignez pas de diminuer le prix de votre présence , en la prodiguant aux fidèles. Les sourires et les tendresses de la mère sont toujours présens au cœur de ses enfans, et chaque jour leur donne de nouveaux charmes et ajoute a leur prix. Tous les jours le Christ descend sur l'autel , et l'autel ne cesse point pour cela d'être cher et précieux aux cœurs qui croient et qui aiment.
i\e laissez point l'adulation épaissir autour de vous ses nuages d'encens, de peur que vous ne puissiez plus voir votre néant , et que vous ne soyez lentes de vous croire quelque chose.
Ne permettez point à ceux qui vous sont soumis de vous témoigner leur respect et leur obéissance par des formules qui éveillent la vanité de celui qui les accepte , el qui disposent à la bassesse ou a l'hypocrisie celui qui les emploie.
Laissez aux prêtres qui gouvernent sous votre aulorilé assez de liberté pour qu'ils puissent être toujours lianes avec vous; et vous connaîtrez mieux leurs dispositions et leur caractère : et vous jugerez mieux quel poste et quelles fonctions leur conviennent ; car les évêques qui sont trop exigeans sur le respect qu'on leur doit, et qui mettent
toujours leur dignité entre leur cœur et celui de leurs prêtres, ne connaissent que rarement la vérité ; et , pendant qu'ils croient gouverner euxmêmes , ils sont gouvernés sans le savoir par ceux qui les flattent , et ils deviennent le jouet de mille intrigues qui se nouent et se dénouent autour d'eux à leur insu.
Les évêques doivent enseigner et juger ; ils sont les gardiens de la foi et de la doctrine dans l'Église. La chaire et l'autel, voilà les deux symboles les plus élevés et les deux points culminans du christianisme. Là le Verbe de Dieu est distribué aux hommes sous la forme de la parole humaine , ici il se communique à eux sous la forme du pain qui les nourrit ; là il alimente leur esprit de vérité , ici il rassasie leur cœur d'amour. La vie d'un évêque doit se partager entre la chaire et l'autel , et tout le temps qu'il est obligé de passer ailleurs devrait être sans charme pour son àme.
Il n'y a pas long-temps encore , tous les peuples de l'Europe parlaient à Dieu le même langage , lui exposaient leurs besoins , lui exprimaient leur amour, et lui demandaient ses grâces dans les mêmes termes. Dès qu'ils entraient dans la maison du Seigneur pour le prier, toutes les différences d'origine, de langue, de pays et de climat dispa-
laissaient, et il ne restait plus au pied de l'autel que le chrétien enfant de Dieu et de l'Église.
Et l'homme du Nord versait son âme dans la même prière que l'homme du Midi ; et celui qui habite les pays où naît l'aurore n'était point étranger h la prière des peuples que le soleil éclaire de ses derniers rayons ; et il y avait dans ces prières un parfum de foi et de charité qui embaumait l'àme , une saveur du ciel qui les rendait plus douces que le miel aux lèvres qu'elles effleuraient ; et les saints, en les entendant, reconnaissaient dans la patrie les prièresqu'ils avaientpriées dans l'exil etqui avaient sanctifié leur âme ; et ils s'inclinaient avec plus d'amour vers ceux qui priaient ; et l'Esprit saint reconnaissait les prières qu'il avait inspirées, et que les saints pontifes ou les martyrs avaient exhalées dans une extase d'espérance et d'amour ; et ces prières allaient plus droit et plus vite au cœur de Dieu , parce qu'elles connaissaient depuis des siècles le chemin du ciel , et qu'elles avaient passé mille et mille fois par le cœur et la bouche des élus de Dieu.
Et il y avait une tradition dans la prière comme dans la foi dont elle est l'expression ; et pour cha- <|nr prière on pouvait compter les générations qui l'avaient priée ; et en remontant les siècles , on arrivait à quoique saint évêque ou à quelque grand
pape dont l'àme l'avait exhalée pour la première fois.
Mais, hélas! il n'en est plus de même aujourd'hui : et le mal est si grand dans une partie de l'Église, que le frère qui va visiter son frère ne peut unir sa prière a la sienne ; car la prière , en tombant du cce ur de l'Église , s'est brisée en mille pièces comme du verre , et il est à peine possible aujourd'hui d'en réunir les fragmens dispersés.
J'ai vu encore un autre mal parmi les successeurs des apôtres : j'ai vu des évêques se faire hommes de partis, et compromettre l'Église éternelle du Christ, en voulant l'emprisonner, elle si haute et si large , dans les formes étroites et changeantes des gouvernemens de la terre, ou en l'attachant comme une captive aux a dédions de leur àme , et aux souvenirs et aux espérances de leur cœur.
Soyez, apôtres par le cœur et par la vie, ô vous qui gouvernez l'Église de Dieu ! Gardez soigneusement le dépôt de la foi qui vous a été confié : aimez l'unité ; et que vos pensées et vos espérances s'élèvent souvent vers ce siège où est assis votre chef, et d'où viennent voire puissance et votre force. Votre soumission au successeur de Pierre disposera les prêtres et les fidèles que vous gouvernez à l'obéissance envers vous ; et vous ne pourrez vous
piaindre de leur indocilité, si vous leur en avez donné l'exemple vous-même dans voire conduite et dans vos rapports envers celui qui esi votre pasleur à vous comme à eux.
Votre force est là où est votre principe et votre centre; tenez-y fortement , et vous serez inébranlables. Mais si vous laissez* se relâcher les liens qui vous attachent au centre de l'unité chrétienne, votre puissance s'affaiblira, le respect pour votre autorité diminuera parmi les peuples; et, pour n'avoir pas voulu vous humilier devant celui qui possède l'autorité suprême dans l'Eglise , vous serez forcés de vous abaisser devant les princes de la terre , qui fouleront aux pieds tous vos droits.
Car partout où les évêques se sont séparés de leur centre , ils sont devenus esclaves du pouvoir séculier : tout ce qui s'est détaché du siège de Pierre a été absorbé par l'autorité temporelle ; et nulle part la puissance épiscopale n'est aussi grande et ne s'exerce aussi librement que là où elle s'appuie davantage à la pierre sur laquelle Jésus-Christ a bâti soji Eglise.
Kegardez autour de vous, et voyez s'il est une humiliation égale à celle des Églises qui ne tiennent plus au centre de l'unité; s'il est une abjection comparable à celle où sont tombés les évêques dont
la puissance n'est plus soutenue par la suprême autorité rie l'évêque de Rome.
Que sont devenues ces Églises illustrées par les vertus et le génie des Alhanase , des Basile et des Chrysoslôme? Ce n'est plus que des ruines dans lesquelles le despotisme et la barbarie ont établi leur nid , comme ces oiseaux lugubres qui vont chercher un asile dans les masures abandonnées ; et le schisme qui a déchiré le sein de l'Église et brisé son unité menace aujourd'hui le repos de l'Europe, et s'est proclamé ouvertement l'ennemi de tous les droits et de toutes les libertés des nations.
Ne soyez point étrangers à l'histoire de votre patrie; ne soyez point indifierens à sa gloire : aspirez à pleine poitrine tout ce qu'il y a de grand dans les idées qui la gouvernent, tout ce qu'il y a de saint dans ses désirs, de divin dansses instincts et de légitime dans ses espérances.
Que l'ordre trouve toujours en vous un appui ; que tous les droits vous soient précieux ; que toutes les libertés vous soient chères ; que le despotisme , de quelque coté qu'il vienne, vous trouve toujours devant lui comme une barrière ; que l'injustice et la violence viennent se briser contre vous , comme
les Ilots de la mer contre la digue qui arrête leur fureur.
Ne laissez point vos pensées se mêler dans les questions incertaines de la politique ; mais conduisez-les vous-même jusqu'au fond de ces questions qui ne dépendent ni du temps , ni des hommes , et qui sont de tous les pays et de tous les siècles, parce que partout et toujours elles intéressent la gloire de Dieu et de l'Église , le repos de la société et le bonheur des peuples.
Ne laisse/, point vos espérances se poser sur les hommes , et ne rendez point votre ministère complice des affections même les plus légitimes de votre cœur. Laissez passer les hommes, et tenez-vous aux choses, et ne confondez jamais les dernières avec les premiers. Que le bruit des troncs qui tombent, parce que Dieu a oté sa main de dessous eux, n'étourdisse point votre àme ; que le fracas des révolutions ne consterne point votre cœur; et conduisezvous de manière que votre ministère n'en souffre pas, et que les hommes de tous les partis puissent se regarder comme vosenfans, et soient sûrs de trouver en vous un père. Ne demandez point aux hommes de quel parti ils sont , mais s'ils sont de bonne foi dans celui qu'ils ont embrassé , et s'il ne les a jamais rendus injustes ou violens envers leurs adversaires.
Si l'indépendance et l'honneur de votre patrie sont menacés, que votre patriotisme s'enflamme au foyer de la religion. Mettez tous vos désirs, vos espérances et vos prières du côté de ceux qui combattent pour elle : que votre parole plane sur eux ; qu'elle couve et réchauffe leur courage , comme l'oiseau couve ses petits sous son aile. Que votre voix allume en eux la valeur et l'audace avant la bataille ; qu'elle réveille après la victoire toutes les compassions de leur cœur, ou qu'elle les porte à la résignation si le succès n'a pas couronné leurs efforts.
Faites ceci , et vous rendrez voire ministère glorieux à Dieu et à l'Église, utile aux autres et consolant pour vous-mêmes ; et les peuples vous honoreront, et ils viendront se ranger d'eux-mêmes sous votre autorité , et vous diront : Bénissez-nous, car vous êtes notre père.
El les médians vous craindront , les bons vous aimeront , le riche vous respectera , le pauvre vous invoquera, le pécheur ne tremblera point devant vous , le juste se sentira plus pieux en votre présem e, l'ignorant lèvera les yeux vers vous afin d'avoir la lumière, le savant ne vous méprisera point, parce qu'il verra en vous quelque chose qui est plus que la science ; les trésors du riche s'inclineront vers vous et couleront de vos mains dans celles du
pauvre ; les rois vous honoreront , et tous seront disposés à croire à votre parole en voyant votre vie.
Et quand vous passerez , les mères se mettront à genoux , et elles vous présenteront leurs enfans , pour que vous les bénissiez , et elles se diront les unes aux autres : Voici l'homme de Dieu qui passe. Et tous les visages s'épanouiront, et la prière se remuera au fond de toutes les âmes, et une vertu secrète s'échappera de votre personne, et tous ceux qui vous verront croiront être plus près de Dieu.
El votre mort sera douce , parce que votre vie aura élé pleine. Les prières des fidèles ne manqueront point h votre aine , et la pousseront plus vite aux lieux où vous n'aurez plus besoin de prières , mais où vous prierez vous-même pour les autres. Et du ciel vous veillerez encore sur le troupeau que vous:uirex coriduit pendant votre vie: votre amour le gouvernera ; votre prière l'attirera; et plusieurs seront sauvés par vous, et devront à votre charité le bonheur de leur vie, le calme de leur mort et les joies de leur éternité.