AUX INSTITUTEURS
Bienheureux celui dont l'enfance a été remise en des mains pures , et dont le cœur n'a point été souillé de bonne heure par la contagion des mauvais exemples!
Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui conduisent la jeunesse dans les voies de la piété ! Qu'elles sont saintes les mains de ceux qui portent l'enfance dans ks sentiers du bien !
Qu'elle est noble la vocation de ceux à qui Dieu a confié le soin d'élever les âmes et de former les
cœurs ! car c'est dans leurs mains que sont les germes de l'avenir et les espérances de la société.
Bénie soit la maison qui sert d'asile à l'innocence, et où les païens peuvent conduire sans crainte les eni'ans que Dieu leur a confiés !
Où la science et la piété marchent d'un pas égal en se donnant la main, et où leslumières de l'esprit ajoutent encore à la chaleur du cœur !
Que votre œil veille toujours , ô vous qui nourrissez l'enfant de vérité ! Que votre paupière ne s'abaisse point , ô vous qui portez son cœur dans vos mains !
Rendez la vérité aimable en la rafraîchissant aux sources de l'amour; et n'oubliez point que le cœur a sa science, et l'amour sa lumière.
Accoutumez la volonté de l'enfant au joug du devoir; donnez un œil à ses affections, et une lumière à son obéissance
Xe cherchez point à enchaîner sa volonté par les liens de la force; car la force contraint; mais la raison commande, et l'on n'obéit qu'à l'amour.
La force n'est point un remède , mais une punition; l'amour doit en diriger remploi, et la prudence en déterminer la mesure,
N'attaquez point l'orgueil de l'enfant avec votre propre orgueil, et n'intéressez point votre vanité dans les réprimandes que vous lui ferez.
Car l'orgueil ne guérit point l'orgueil dans les autres, et la vanité de celui qu'on corrige s'aheurtc à l'amour-propre de celui qui inflige la correction.
Que l'enfant ne doive rien à ses défauts, et n'obtienne jamais rien de votre faiblesse; car un défaut devient cher dès qu'il est utile , et d'injustes condescendances engendrent le mépris.
Respectez la droiture et le bon sens naturel de l'enfant ; défiez-vous de la souplesse de son caractère, et craignez son aptitude à saisir les ridicules de l'esprit et les faiblesses du cœur.
Appliquez-vous plutôt à développer en lui les qualités qu'il possède qu'à produire celles qu'il n'a pas encore ; car sa nature doit être la base de tout ce que vous voulez édifier, et il n'y aura de bien pour lui que ce qui sera conforme aux dispositions de son caractère.
Déracinez en lui l'orgueil qui élève l'esprit et enfle le cœur, mais n'oubliez pas que l'orgueil ne se déracine dans les autres qu'à force d'humilité et d'amour.
Que la foi donne une base à ses pensées et un
fondement à ses espérances , et que la croix du Christ soit le pivot de ses actions et de sa vie.
Qu'un directeur charitable et prudent ait la clef de ses vertus et de ses fautes , afin qu'il ne s'enorgueillisse point des premières , et que les secondes ne le découragent point.
Que le temple où Dieu habite ne lui soit point étranger, et que l'autel où il dispense ses grâces le voie souvent agenouillé sur sa pierre.
Que le besoin soit la règle et la mesure de ses repas ; que la frugalité en lasse les apprêts , et la gaieté tous les charmes.
Que la lecture des romans n'affadisse point son imagination ; mais que la mémoire des hautes actions et des nobles dévouemens enflamme ses désirs, et exalte son cœur.
Enchaînez les souvenirs des enfans au passé glorieux de la patrie : attachez leurs espérances à son avenir; associez leurs sympathies à ses intérêts, leurs craintes à ses dangers , et toutes leurs affections à sa gloire.
Qu'un exercice fréquent assouplisse leurs membres et fortifie leurs corps, afin que leur volonté soit servi»- par des organes dociles et bien constitués.
Que le jeune homme aime à plonger au fond des lleuves , ou à lutter corps à corps avec la vague de l'Océan , afin que la vue du danger ne consterne point son âme et n'abatte point son courage.
Que sa main aime à caresser la crinière du cheval , et à llatter l'orgueil de son col ; que ses pieds pressent ses flancs robustes et dociles à l'éperon.
Que sa main n'aille point voler à l'oiseau les œufs qu'a couvés son aile , afin que la nuit ne soit point veuve de ses chants, et que son silence n'attriste point l'aurore.
Qu'une mâle et sainte amitié réjouisse ses os , afin que les affections du cœur le disposent au sacrifice de la volonté.
Que sa tête ne se trouble point dans les vertiges de la valse , et que ses pieds ne chancellent point comme ceux d'un homme ivre dans les tournoiemens de la danse.
Détournez sa pensée des hasards tourmenlansdu jeu , et ses pieds des maisons où l'homme oisif va chercher la liqueur qui enivre et les ennuis qui tuent.
Que sa voix puisse se marier à celles de ses frères, pour chantei' les louantes de Dieu et les gloires de la patrie; et que sa bouche ou ses doigts puissent
prêter une voix à la naliire pour l'aider à bénir son auteur.
Car la musique porte l'âme en haut , et détourne l'esprit des pensées mauvaises ; et l'harmonie calme et gouverne les passions du cœur.
Que ses larmes appartiennent aux malheurs de ses frères , ses sourires à leurs joies , son indignalion et ses colères à leurs vices, et sa compassion à leurs faiblesses.
Que les doigts de la jeune tille s'appliquent aux travaux qui sont utiles plutôt qu'à ceux qui plaisent ; et qu'après avoir erré sur les touches d'un piano ou sur le canevas soyeux d'un métier, ils ne dédaignent ni l'aiguille , ni le fuseau.
Accoutumez ses yeux au spectacle de la misère ; car une femme doit avoir le courage de la douleur, et sa vocation sur la terre est de compatir au malheur d'aulrui.
Qu'elle ne craigne point de monter dans le réduit du pauvre qui souffre , et que ses mains ne dédaignent point de retourner le malade dans son lit.
Que ses pieds ne s'empressent point aux lieux où la folie des hommes se réunit et s'agite , et que son àme ne hennisse point après le plaisir qui amollit les sens et dissipe le cœur.
Ne permettez point à un inconnu de mettre son bras autour de sa taille dans la danse ; et que l'haleine impure du libertin n'approche jamais de ses lèvres , de peur qu'il n'en chasse les modestes sourires.
Que les aveux équivoques d'un étranger ne caressent point son oreille, et que de trompeuses confidences ne séduisent point son cœur.
Ne la conduisez point aux lieux où les passions qui amollissent sont représentées , de peur qu'elle n'y trouve le secret de ses vagues désirs et de ses mystérieux instincts.
Faites ceci ; et croyez que , si vous avez gagné une âme à Dieu , un cœur aux malheureux , une intelligence à la foi , un bras à la patrie , vous avez assez vécu , et que les bénédictions de Dieu vous attendent.