AUX JEUNES GENS
Heureux celui qui n'a point livré sa jeunesse au vice , et dont le cœur n'a point été flétri de bonne heure par la volupté !
( lar lorsque le temps d'aimer sera venu pour lui , il apportera à la femme que son cœur aura choisie des os encore verts , des désirs jeunes et chastes , de fraîches espérances et des amours non encore attiédis.
Son àme s'épanouira sous le regard de sa bienaimée , comme la (leur sous l'œil de feu de l'aurore ; et toutes les affections de son cœur, et toutes les pensées de sa tête , exhaleront un parfum d'innocence et de paix.
Kl leurs yeux pourront s'aimer sans faire rougir leurs fronts ; et leurs âmes pourront se comprendre sans pécher ; et le remords ne se glissera point dans leur cœur, après que les premiers aveux se seront échappés de leurs lèvres.
Mais leurs amours et leurs pensées reposeront
en paix au fond de leur âme , et leurs chastes désirs tressailleront sous l'aile des anges.
La sainte tendresse de la vierge bénit et purifie l'homme , et l'amour de l'homme chaste contient et appuie le cœur de la femme.
Pose ton âme sous l'aile de Dieu , jeune homme dont le cœur se lève pour aimer ; et approche tes désirs de sa sainte lumière , de peur qu'ils ne s'égarent dans les ténèbres , ou ne se perdent dans 1p vague.
Rafraîchis ton amour dans la prière et la foi ; et mets les résolutions de ta volonté autour des affections de ton cœur, afin qu'elles ne se dissipent point, comme une eau sans rivages.
Pense et prie avant de choisir; choisis avant d'aimer, et ne confie à tes lèvres le secret de ton cœur qu'après en avoir causé long - temps avec Dieu et avec ceux qui t'aiment.
Et si Dieu et ceux qui t'aiment approuvent ton amour, noue-le par le lien de la promesse au cœur de ta fiancée , de peur qu'il ne tombe de ta main , comme les choses qui ne tiennent point.
Et quand tu lui auras donné la foi, et que tu auras reçu la sienne ; que ton âme ne craigne point de se réchauffer a la douce lumière de son regard ,
<{ de se délecter dans les chastes suavités de son sourire.
Ne ferme point les lèvres aux pensées de ton cœur, et laisse ta fiancée appuyer sa vie sur ton bras et ses espérances sur ton amour.
Que Dieu soit toujours présent dans vos entretiens et dans votre amour, et que vos cœurs ne se rencontrent jamais hors de sa penser.
Adorez-le ensemble, afin que vous reposiez dans la même prière , comme deux colombes reposent dans le même nid ; et parlez souvent ensemble le langage que parlent les anges.
Et Dieu descendra au milieu de vous , et il viendra, comme aux premiers jours, se promener dans té paradis de votre amour, et il causera familièreii m nt avec les pensées et les désirs de vos âmes.
El le eiel où l'on aime sans iin ni mestire s'inclinern vns vous, et 1rs anges prendront Vos cœitrs «l.ins leurs mains , et les aideront a s'aimer.
Malheur à l'homme qui souille la virginité du li oui dr sa liaurrr par iih baiser sans chasteté , et qui Inquiète les timides pudeurs de son regard par un regard trop hardi !
Jeune homme, n'effeuille point les chastes grâces qui lleurissent sur les traits de la bien-aimée par
des paroles indiscrètes , et ne fais point défleurir les saintes beautés de son sourire par d'équivoques plaisanteries.
Choisis ton serviteur entre cent, ton ami entre mille , ta femme entre dix mille ; car vous serez attachés toute votre vie au même joug.
Aime-la , non à cause de la beauté passagère et fragile de son corps , mais à cause des précieuses vertus de son cœur et de la douce piété de son âme ; car son corps ne te sera pas toujours présent, mais son âme t'accompagnera partout.
Détourne- toi de la femme qui n'a point de simplicité ; car elle pèsera comme un fardeau sur ta vie : ses paroles seront sans charmes pour toi , et tous les mouvemens de son corps impatienteront ton âme.
Ne donne point ton cœur à celle qui aime le luxe et la parure ; car le culte du corps diminue l'âme , et la femme qui aime plus son corps que son âme marche sur des abîmes.
Si ton épouse est esclave de la mode , tu seras esclave de ses caprices ; et l'inconstante multiplicité de ses désirs multipliera les soucis et appauvrira tes enfans.
Les hommes oisifs et corrompus entourent la
femme qui aime la toilette et le plaisir, comme les mouches s'abattent sur un cadavre ; et les pensées de son mari ne reposeront point en paix.
La femme qui ne quitte point son père et sa mère au jour de son mariage ne rendra pas son époux heureux , et la maison dont le gouvernement est partagé entre la femme et la mère ne prospérera point.
Si tu as trouvé une femme selon le cœur de Dieu et le tien , ne cesse point de bénir la Providence ; car elle a tiré pour toi de ses trésors le trésor le plus précieux.
Aime son âme de loutes les forces de la tienne ; respecte son corps; car le corps de la femme est plus près de l'âme que celui de l'homme , et le voile qui enveloppe l'esprit est chez elle d'un tissu plus délicat et plus fin.
Garde-loi la foi que tu lui as jurée : et si lu veux préserver tes sens et les siens du dégoût et de l'inconstance qui le suit, tiens-les enchaînés au devoir, et qu'aucun excès ne les en détache.
N'exige point de ta femme de coupables complaisances ; car sa faiblesse la dispose à l'adultère , cl te prépare le déshonneur.
Qu'il est coupable L'homme qui méconnaît la
dignité de la femme , et qui souille le corps qu'elle a confié a sa garde , h son respect et à son amour !
La femme n'a point été créée pour le plaisir de l'homme ; elle doit en faire le bonheur, en élevant son cœur par l'amour, et en contenant dans les limites du devoir les passions de son corps.
Ce n'est point dans la prospérité que la femme est nécessaire à l'homme ; car il trouvera toujours quelqu'un qui consente à partager son bonheur, et h entrer de moitié dans ses jouissances.
Mais c'est surtout dans le malheur et la peine qu'il sent le besoin d'une compagne pour sa vie ; car Dieu a remis entre les mains de la femme les douleurs du genre humain , et il lui a confié le soin de les porter ou de les guérir.
11 a attendri son àme, afin que la douleur puisse y pénétrer plus avant ; et il a fait son cœur plus large , afin qu'il y lionne plus de larmes.
11 lui a donné un corps plus faible et plus flexible aux impressions de l'âme, afin que, comme le roseau, il se courbe sous les coups du malheur,
et que l<1 souille de la douleur l'assouplisse el I» ploie.
Et les grandes douleurs qui brisent et renversent le corps de l'homme , parce que sa volonté
se dresse contre elles, semblent nourrir celui de la femme , et donner plus de grâce à ses mouvemens.
Et les larmes semblent rafraîchir sa vie , et font refleurir la vigueur de son âme ; et semblable au roseau qui ne s'agite que lorsque le vent de la tempête l'incline, elle ne paraît forte et active que quand l'orage de la douleur fléchit son àme.
Et la femme a plus d'amour, parce qu'elle sait souffrir davantage ; et c'est parce qu'elle sait souffrir que Dieu lui a confié les pénibles honneurs de la maternité.
L'intelligence et la volonté de la femme sont dans son cœur : malheur à l'homme qui lui met le cœur dans les sens ! car ses déréglemens seront sans mesure , parce que son cœur est sans fond.
Mais l'homme corrompu ne comprend point ces choses : il détourne la nature de la femme de sa véritable lin ; et au lieu de demander des consolations à son àme et de l'amour à son cœur, il demande du plaisir à son corps et des jouissances à ses sens.
Il éteint la vigueur de son àme dans l'ivresse de la volupté ; et plus tard , il la trouve sans force
pour compatir à ses maux, et pour porter ses douleurs.
Il ouvre tous ses sens ; et par eux s'exhale le parfum d'innocence et de vertu dont Dieu avait embaumé son cœur , et bientôt son corps porte l'empreinte des flétrissures de son âme.
Ses pieds deviennent impatiens et ennemis du repos , et sa démarche est vague et incertaine comme les désirs de son cœur.
Ses doigts s'amollissent et s'effilent dans l'oisiveté; et le sang, qui aime l'action et le travail , s'engourdit sous la peau de ses mains désœuvrées.
Le voile de pudeur que la nature a abaissé sur son œil se soulève , et découvre aux étrangers les mystères de sa pensée et les nudités de son regard.
La bouche , cette porte du cœur, que la modestie n'entr'ouvrait que pour y laisser passer de douces paroles et de chastes sourires , se dilate ; et les paroles accourent et tournoient sous sa langue, comme les eaux appauvries d'un ruisseau peu profond sous la roue du moulin qui les bat.
Les traits de son visage , les attitudes et les mouvement de son corps semblent demander et chercher quelque chose qui lui manque ; et tout en
elle, et hors d'elle, annonce une grande indigence de cœur et une immense pénurie de pensées.
Elle se répand au dehors, parce que son cœur, rélréci par l'amour-proprc , ne peut plus contenir les pensées de son esprit et les désirs de sa volonté ; et son âme, si riche autrefois , ne vit plus que de misérables aumônes qui ne la remplissent jamais.
Et elle finit par prendre en haine l'homme qui a vidé son cœur des trésors d'amour et de compassion que la main de Dieu y avait amassés , et qui a humilié le chaste orgueil de son corps en en faisant l'esclave de ses passions déréglées.
Dès que les pluies de l'automne ont amolli la terre , le laboureur conduit le long des champs le soc aigu de la charrue , et sa main répand sur les sillons qu'il a tracés le grain qui doil lui fournir plus tard des moissons abondantes.
Le temps des semailles , c'est la saison de l'espérance et des désirs. Une pluie qui attendrit le sol , un rayon de soleil qui le réchauffe , une nuit qui le rafraîchit , quelques flocons de neige qui le cou-
vrenl d'un léger voile blanc , c'en est assez pour éveiller la confiance clans l'ànie du laboureur.
11 est aussi dans la vie une saison où l'homme jette les germes que le temps doit mûrir , et d'où sortiront plus tard des épis pleins de grain. A cet âge tout est joie , confiance et désir dans l'âme. Tel on voit , par une belle matinée de printemps , l'oiseau dont l'aile a frémi sous le premier rayon de l'aurore , s'agiter sur la branche , et répandre sous le feuillage ses amours et ses chants ; tel on voit k jeune homme avide d'espérance, s'agiter jusqu'à ce qu'il ait trouvé un objet où poser ses désirs inquiets, et jouir par avance de tout le bonheur que lui promet l'avenir.
La vie Hotte vague et légère , comme un nuage doré au-dessus de sa tête ; et son âme , tout occupée à espérer , n'aperçoit pas sous ce nuage la foudre qu'il cache , et les orages qu'il recèle.
Oh ! qui me rendra les jours de mon adolescence? alors que j'avais tout ce qui enrichit la vie : un long avenir devant moi , de fraîches illusions , des atlW lions calmes et pures , de gracieuses espérances qui jouaient avec mon cœur ; et par-dessus tout cela les tendresses de ma mère qui pleuvaient sur moi chaque matin comme une rosée, et les
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conseils lorliiians d'un père qui se fatiguait pour me donner un peu d'aisance et de repos?
Qui nie rendra les jours que j'ai perdus, les germes que j'ai étouffés , les Heurs que j'ai flétries, les fruits que j'ai dévorés avant qu'ils fussent mûrs, les espérances que j'ai trompées , tous les trésors que j'ai dissipés?
0 vous qui êtes encore riches de jeunesse et d'avenir , écoutez la voix d'un homme qui fut jeune comme vous, et ne préparez pas à votre àme d'inutiles regrets pour un âge plus avancé.
A votre âge , jeunes gens , on peut tout, parce qu'on peut tout vouloir : on est fort , parce qu'on peut tout espérer ; on est riche , parce qu'on peut tout tenter , tout apprendre. Vous avez tout ce que vous croyez avoir. A votre âge , travailler c'est acquérir ; agir, c'est gagner ; penser, c'est s'enrichir; désirer, c'est tendre vers le but ; vouloir, c'est l'atteindre.
Ne dites pas que vous êtes faibles, pauvres et impuissans. Vous serez faibles , quand votre cœur se sera fatigué à lutter contre les passions, ou aura été subjugué par elles. Vous serez pauvres , quand vous aurez donné à de faux amis, ou à des femmes sans pudeur toute la substance de votre âme. Vous se-
rez impuissans , quand votre intelligence aura perdu sa vigueur et sa force dans le commerce factice du monde , et que l'espérance ne pourra plus trouver en votre cœur un lieu où se poser.
Mais maintenant vous êtes riches , car vous avez l'avenir. Vous êtes forts , car vous n'avez pas encore été vaincus. Vous êtes puissans , car vous pouvez espérer. Poussez vers un but noble et saint ces désirs que vous dépensez inutilement , et qui vous appauvrissent ; et vous verrez bientôt tout ce qu'un cœur de jeune homme renferme de trésors.
Si Dieu vous a donné l'intelligence , livrez- vous à la recherche du vrai , ou à la contemplation du beau. Le domaine de la science est infini ; et la plus noble profession est celle de l'homme qui distribue la vérité à ses semblables , et qui les rapproche de Dieu , en les élevant.
Si vous sentez votre cœur s'élargir pour embrasser de grandes choses , ou s'attendrir à la vue de l'infortune et du malheur, marchez, marchez dans le sens de votre nature. Une voie infinie est ouverte devant vous. Partout et toujours vous trouverez des pauvres à secourir , des malheureux à consoler , des faibles à fortifier , des blessures à guérir. Une belle récompense vous attend ici-bas, car rien n'est doux comme de faire le bien ; et les bénédic-
tions de ceux que vous aurez consolés vous porteront au ciel comme d'elles-mêmes.
Si vous êtes riches , vous avez des frères qui n'ont ni nain pour se nourrir , ni vêtemens pour se couvrir, ni toit pour s'abriter, ni feu pour se réchauffer. Il y a des enfansqui n'ont point de père, des femmes qui n'ont plus de mari dont le travail puisse leur fournir les choses nécessaires h la vie , des vieillards qui n'ont point d'enfans , des familles sans soutien , sans espérance.
Oh ! qu'il est doux d'être riche quand le pauvre vous tend la main , quand la mère vient implorer votre compassion pour son enfant malade , quand l'orphelin vient vous prier de lui servir de père ! Comparez les ineffables jouissances de la charité avec ces plaisirs trompeurs qui vous distraient un moment, et ne vous laissent ensuite que le remords et l'ennui.
Si vous n'avez d'autre richesse que le temps , ne vous découragez pas ; car avec le temps et la patience , on peut tout faire et tout acquérir. Soyez avares de l'unique trésor que vous possédez , et ne le dépensez point dans les inutilités d'une vie frivole et mondain»'.
N'aimez pas le monde , ni ce qui est dans le
monde; car les misères dont il est plein appauvrissent le cœur, et en flétrissent tous les senlimens. Rien n'est aussi dangereux que le monde à votre âge , parce que le mal qu'il cause est insensible et caché, et qu'il attaque de préférence les germes du bien que Dieu a déposés en vous. Il conserve l'apparence du bien , et en ronge la substance ; ne laissant au cœur qu'il a vidé que les déceptions de la vanité et les illusions de l'orgueil.
Le monde ce n'est , ni ceci , ni cela en particulier ; mais c'est tout ce qui vous amuse , tout ce qui vous distrait. C'est ce qui amollit en vous le caractère , ce qui affaiblit la volonté , ce qui émousse l'intelligence , ce qui vous arrête ou vous retarde dans la poursuite du bien ou dans la recherche du vrai , ce qui vous rend le bien plus difficile et l'action plus pénible.
Lorsque , rentrant chez vous le soir, vous trouvez votre imagination toute peuplée d'images amollissantes ou d'inutiles souvenirs ; lorsque votre cœur laisse errer sur vos lèvres les paroles de la prière , sans chercher à en savourer le sens ; lorsque votre esprit est incapable de s'élever à une pensée grave et sérieuse ; lorsque les bons désirs de votre âme sont attiédis , et que vous ne sentez plus en vous ces élanceinens vers le bien , cette audace de volonté , cette témérité d'espérance
qu'on éprouve à votre âge : c'est que le monde était aux lieux d'où vous sortez; et vous l'avez emporté avec vous.
Le monde, ce sout ces lieux où s'agitent toutes les petites passions qui diminuent le caractère et flétrissent le cœur : ces lieux où l'on réussit, non parce qu'on est , mais parce qu'on paraît ; où l'on plaît , non par le bien , mais par le mal qui est en nous; par la vanité , par le mensonge , par l'intrigue et la dissimulation. Ce sont ces lieux où tout ce qui est grand doit se rapetisser ; où ce qui est noble et généreux doit s'effacer et se dissimuler , afin que la médiocrité tienne en paix le sceptre qu'elle y a usurpé. Ce sont ces lieux où l'on ne regarde et où l'on n'admire que ce qui est extérieur dans l'homme : la fortune , la noblesse , le luxe et la magnificence des habits , la perfection des manières; et où presque toujours l'impudence est un titre de considération.
Là vous trouverez ces femmes dont la jeunesse s'est tance de bonne heure ; et qui , n'ayant plus assez d'attraits pour séduire les hommes accoutumés au plaisir , comptent sur l'inexpérience des jeunes gens , et savent les attirer à elles par tous les moyens que la vanité et le désir de plaire mettent à leur disposition .
C'est là , jeunes gens , que sont pour vous les grands dangers. Fuyez , fuyez ces lieux , si vous voulez conserver le goût du bien et du vrai , et l'amour des grandes choses. Craignez moins les fautes qui exaltent le caractère que celles qui le diminuent. Celles qui renversent la volonté d'un seul coup , et qui humilient le cœur par la grandeur même de leur dérèglement , sont moins funestes que ces fautes plus légères en apparence qui la minent et la détruisent sourdement. Car après les premières , elle est consternée et étourdie un instant ; mais reprenant bientôt sa première vigueur, elle se redresse , et trouve dans l'humiliation qui les suit un préservatif contre de nouvelles chutes : tandis que les secondes , ne laissant ni confusion , ni remords après elles , deviennent presque nécessairement des habitudes , et entrent jusque dans le fond même de la nature de l'homme.
L'ouragan qui renverse le toit d'un édifice fait moins de mal que l'eau qui , s'inûltrant dans ses murs , en dissout le ciment , en disjoint les pierres et lui prépare une ruine entière. La foudre qui frappe le sommet d'un arbre , et le dépouille de son verdoyant feuillage, fait inoins de ravages que ces insectes qui se logent sous son écorce et en détruisent la sève. Et quand le cœur n'a plus de sève, quand le caractère n'a plus de vigueur , l'homme
n'a plus aucun prix ; et il y a quelque chose de si fadeet desi repoussant dans les tiédeurs de son âme , qu'elles vontjusqu'h provoquer les dégoûts de Dieu.
XLYl
\l\ FEMMES.
Le cœur de la femme est un abîme d'amour ; son àme et son corps ont été livrés à l'amour comme une proie , et elle semble n'avoir été créée que pour vivre et mourir d'amour.
Les mystères de la pensée ont été confiés à l'homme , et Dieu a attaché l'action comme un bracelet à son bras; les mystères de l'amour ont été confiés à la femme , et Dieu a attaché toutes les affections comme un collier sur son cœur.
C'est un grand fardeau pour l'homme qu'une femme qui s'aime et se recherche ; et toutes les combinaisons de son esprit seront impuissantes contre elle ; car la femme qui se cherche se trouve toujours ; et elle manque rarement d'arriver à son but, parce qu'elle y court avec son cœur.
Mais aussi, c'est un précieux trésor pour l'homme
qu'une femme qui l'aime. Il n'y a point de cœur d'où l'amour tombe déplus haut., et a flots plus larges et plus pressés , que du cœur de la femme. La tendresse n'a point de source plus profonde , le dévouement n'a point d'abandons plus sublimes , le sacrifice n'a point d'actes plus saints et plus complets que chez elle.
La placidité de son regard apaise les tempêtes qui bouleversent le cœur de l'homme , et l'éclair qui jaillit de ses yeux fait descendre une lueur d'espérance dans les sombres abîmes de la douleur.
Le chaste baiser de la femme éclaircit le front obscurci par la colère; il rafraîchit les ardeurs cuisantes de l'angoisse , et attire les saintes pensées comme l'aimant attire le fer.
Le souille de sa bouche réchauffe l'âme que l'égoïsme des hommes a glacée, et en mûrit les saintes espérances; et sa main est pour celui qui, abandonné de tous , allait tomber dans l'abîme , ce qu'une branche d'arbre est pour l'homme qui se noie.
Les vertus de son aine empêchent l'homme de douter du bien : sa foi fa il croire à Dieu ; son espérance fait croire ù l'autre vie ; les inépuisables trésors de sa charité font croire au ciel el en donnent
ôli
lin avaht-goût, et sa prière s'étend comme un ouiprotecteur sur toutes lesvertus delà famille.
Malheur à l'homme qui méprise la femme! car il n'y a plus de sève ni de jeunesse dans son cœur, et le vice dévore son âme comme une plaie.
Malheur à l'homme qui souille le cœur de la femme et qui lui enlève le précieux trésor de l'innocence ! l'infamie l'enveloppera comme un vêtement ; et , aux yeux de Dieu , le forçat qui traîne le boulet pour avoir volé quelques pièces d'or, sera moins coupable que lui.
J'ai vu le libertin planer au-dessus de l'innocence de la jeune fille , comme l'épervier sur sa proie, et couver sa chaste beauté de ses infâmes désirs ; je l'ai vu guetter sa victime comme un assassin , et tendre des pièges à sa faiblesse, et j'ai dit dans mon cœur : Maudit soit cet homme , car son nom seul est un opprobre , et il n'y a point dans le cœur humain assez de mépris pour lui.
Maudit soit l'homme qui de propos délibéré marque d'un sceau d'ignominie le front d'une femme , et livre peut-être pour toujours son corps au vice , son àmc au remords , et son cœur au désespoir.
Car L'homme qui a perdu son innocence peut la
recouvrer aux yeux de Dieu et des hommes par le repentir; mais bien souvent les repentirs de la femme n'ont que Dieu pour témoin , et les hommes ne lui pardonnent point la faute que les douleurs de son âme ont expiée.
Et les hommes sont sévères pour la femme, parce que sa mission est grande et sublime; et ils exigent beaucoup d'elle, parce que les fonctions de son cœur sont d'une importance infinie.
C'est que Dieu veut faire de grandes choses par elle ; c'est par son cœur qu'il veut faire passer la moitié des biens qu'il accorde aux hommes , et qui doivent sanctifier le monde.
L'homme est chaste , la femme seule est vierge ; et Dieu a imprimé la virginité jusque dans son corps : et il a voulu qu'il y ait comme quelque chose d'irréparable dans les faiblesses de son cœur; afin qu'elle comprenne jusqu'à quel point elle doit veiller sur elle-même, pour conserver le précieux trésor dont Dieu a enrichi son âme et son corps.
Deux choses forment les peuples et constituent les nations : ce sont les mœurs et les lois. Les mœurs viennent du cœur et croissent dans la famille; les lois descendent de la tête, et prennent naissance dans l'état. Aux femmes , Dieu a confié
la sainte mission de former les mœurs ; aux hommes, il a abandonné celle de faire les lois.
Lorsque la tète de l'homme est haute , et que le cœur de la femme est large, la société repose dans une admirable harmonie , et est riche de gloire et de prospérité. La famille verse de bonnes mœurs dans l'état, l'état enrichit la famille de bonnes lois. Les mœurs appuient les lois , et les lois soutiennent les mœurs ; et la société se développe de tous les côtés , et dans toutes ses parties.
Quand les mœurs sont corrompues , les lois sont impuissantes : l'état souffre et languit quand la famille est dépravée ; et l'esprit de l'homme s'élève dans l'orgueil , à mesure que le cœur de la femme s'abaisse dans la volupté ; et la loi la meilleure ne saurait jamais réparer le mal que l'adultère produit dans la société.
0 femmes! reconnaissez votre dignité et votre mission ; elle est empreinte dans toutes les facultés de votre âme, et jusque dans les formes de votre corps.
Dieu a placé au-dessus de vous une femme qui doit être votre modèle ; et cette femme est bénie entre toutes les femmes ; et son nom est Marie , et le nom de son fds est Jésus.
Et sa vie doit être l'exemplaire de lu vôtre ; et sa pureté immaculée doit se réfléchir dans votre chasteté ; et votre douceur doit fleurir de la sienne , et votre charité doit être un jet de l'immense charité de son cœur.
Quand le Verbe a voulu se revêtir de chair pour sauver les hommes , il a passé par le sein de Marie, comme le rayon de lumière passe à travers le cristal sans en ternir l'éclat.
Marie est devenue mère; Marie est restée vierge : celui qui est sorti de son sein n'a pas voulu qu'elle perdît rien en devenant sa mère , et qu'elle achetât au prix de sa virginité les honneurs de la maternité divine.
Et vous aussi , en devenant mères , vous ne devez point cesser d'être chastes. Les saints désirs et les pieuses espérances doivent se réfugier dans les hauteurs de l'âme, pour y chercher un abri contre l'inondation des sens , comme on voit les habitans d'une maison que menacent les Ilots chercher sur les toits un asile contre leur fureur.
C'est dans la prière que Marie conçut C'est à la voix d'un ange que Jésus s'épanouit de la fleur de son sang. Que le grand mystère de la maternité n'interrompe point la prière de votre àme; et, peu-
dant qu'il s'opère , possédez assez votre cœur, pour ne point cesser d'entendre la voix de votre ange.
Marie conçut dans son sein, abrita sous son cœur, nourrit de son lait le Verbe fait chair qui devait racheter les hommes ; et long-temps Jésus resta caché et comme enveloppé dans les saintes tendresses de Marie.
L'avenir de la société se prépare dans la famille ; et souvent l'idée qui doit sauver un peuple n'a de témoin que le cœur de la femme , de chaleur que sa prière , et de rosée que ses pleurs.
Toute pensée qui n'a pas pris racine dans la famille , ou qui n'a pas été entée sur elle , croîtra difficilement dans un peuple ; et l'idée que la femme n'a point mûrie sous le souffle de son âme, ne donnera que des fruits verts et sans saveur.
lé -us abandonné des hommes qu'il venait sauver, ne fui point abandonné de Marie. Dans ses désolalions, son cœur n'avait que lo cœur de Marie sur lequel il put se poser ; et lorsqu'il fut élevé sur la croix , il n'avait à ses pieds que Marie et Jean. Or, Marie était sa mère , et Jean son ami ; ci c'est depuis ce lempsque l'amour maternel et l'amitié sont les deux senhiuens les plus saints et les plus profonds du cœur humain.
Et la femme doit se trouver au pied de toutes les croix ; sa compassion doit assister à tous les sacrifices , afin qu'ils ne soient pas sans consolation ; et il n'est point de douleur qui ne doive rencontrer la sienne et être adoucie par elle.
L'homme souffre, et la femme compatit; l'homme travaille , et la femme prie ; l'homme pleure , et la femme espère; et le cœur de la femme s'abat de soi-même sur toutes les douleurs , et se prend à toutes les infortunes , comme l'oiseau se prend aux pièges qu'on lui tend.
Ce furent des femmes qui ensevelirent le corps du Christ et veillèrent près de son tombeau ; et ces mêmes femmes furent les premiers témoins, et les premiers messagers de sa résurrection. Bien des fois , les saintes pensées qui doivent sauver la société, poursuivies parle inonde, étouffées et comme mises à mort par les lois impies des nations , sont ensevelies par les saintes femmes dans le tombeau de la famille , embaumées dans les divins parfums de leurs prières et de leurs espérances ; et quand elles ressuscitent des ombres de la mort , pour apparaître glorifiées et plus pures au milieu des peuples , elles sont saluées, à leur réveil , par la joie et les sourires de celles qui veillèrent dans la prière et la confiance près de leur tombeau.
Qu'elles sont admirables ces armées de femmes enrôlées sous une pensée commune de charité, dont le mot d'ordre est amour et prière! Qu'elles sont fortes et puissantes ces troupes de vierges marchant avec une intrépidité de héros à la conquête des maladies du corps humain , et liguées par un vœu solennel contre toutes les douleurs de l'homme !
Que leur regard est radieux quand il apporte au cœur conlristé un rayon d'espérance ! Que leurs mains sont belles quand elles retournent le malade dans son lit , et qu'elles l'enveloppent de leurs soins et de leur compassion , comme on enveloppe un enfant dans des langes !
Que leurs pieds sont légers quand elles se hâtent vers la demeure du pauvre , pour consoler sa misère ou adoucir ses douleurs ! Que leur bouche est divine quand les paroles de foi et d'amour coulent comme du miel de leurs lèvres purifiées le matin par les saints baisers de l'hostie !
Que leur bras est fort quand il soutient l'homme
qui écume et se débat dans les convulsions de l'épilepsie , ou quand il appuie comme un bâton le bras du vieillard qui ne peut marcher seul !
Qu'elles sont fécondes dans leur pieuse chasteté lorsque chaque jour, sans cesser d'être vierges ,
elles deviennent mères de ces pauvres enfans que leurs mères abandonnent! Qu'elles sont louchantes quand elles bercent leur sommeil sur leurs genoux, et qu'à force de soins et d'amour elles leur font croire qu'elles sont leurs mères !
Et les hommes ingrats reprochent à ces femmes le vœu qui en fait des anges ! Et ils ne comprennent pas que la charité ne s'emparerait point ainsi de leur cœur, si elles livraient leur corps aux jouissances permises du mariage ! lis ne comprennent pas que le mariage emprisonnerait leurs affections dans le cercle de la famille , et les empêcherait de verser sur le monde les Ilots de leur charité infinie.
Le soldat qui marche au combat ne prend rien avec lui , pour être plus prompt dans l'attaque et plus agile dans la défense ; il laisse tout ce qu'il possède , et ne prend dans sa main que l'arme avec laquelle il espère vaincre. Ainsi , la vierge qui veut assiéger la douleur et la mort dans le corps de l'homme , où elles se retranchent comme dans une forteresse , ne doit point embarrasser son âme des soins de la famille. Pour être plus libre et plus légère , elle quitte tout volontairement: elle renonce aux biens extérieurs, afin de n'être riche que d'espérance et de foi ; elle se dépouille de son corps , comme d'un vêtement incommode qui gênerait sa
charité dans son vol ; elle renonce même à sa volonté , aûn de marcher plus vite, portée dans la volonté des autres ; et ne prenant avec elle que sa prière et son amour, elle s'avance , le cœur plein d'audace , aux combats réservés à son zèle. Avec son amour, qu'alimente incessamment sa foi , elle attaque la douleur partout où elle la trouve ; et avec sa prière, elle se défend elle-même contre les séductions qui pourraient amollir son courage et attiédir son ardeur.
Elle s'enferme volontairement dans ces modestes casernes, où une discipline sévère soumet perpétuellement au joug son àme et son corps, et les fortifie l'un et l'autre par un exercice continuel. C'est là qu'elle apprend la sublime tactique de la charité, les évolutions si nombreuses et si variées du zèle et du dévouement , et les admirables résignalions du sacrifice.
Insensés que nous sommes ! nous entretenons à grands frais des armées destinées souvent à nous opprimer ; et nous contrarions par nos mœurs et par nos lois le zèle et la piété de ces paisibles armées de vierges dont la fonction est de panser nos plaies , de guérir nos douleurs et de nous arracher à la mort.
En vérité, en vérité ! le monde est pris de ver-
tige; et il ne comprend pas même ce qui est utile ou glorieux pour la nature humaine. Gloire à Dieu ! à cause de la purelé de la femme. Honneur aux hommes ! à cause de sa charité. Que les malades espèrent , à cause de ses sublimes dévouemens ; que les orphelins se consolent , à cause de sa virginité ; que les pauvres aient confiance , à cause des richesses de son amie ; que les hommes , les anges et Dieu se réjouissent , à cause des profondes abnégations de son cœur.