‹ Le livre des peuples et des roisChapitre 30 sur 43 · A CEUX QUI PLEURENT QUELQUE DÉFUN T · texte numérisé non relu

A CEUX QUI PLEURENT QUELQUE DÉFUN T

Heureux l'homme à l'œil de qui Dieu n'a point encore demandé de larmes pour le tombeau d'une mère ! Heureux celui dont la main n'a point eu à fermer la paupière d'un ami ! Heureux celui dont les pieds n'ont point dû suivre à sa dernière demeure le corps inanimé d'un frère !

Ne donne/, point de repos à votre loi ni à votre prière , o vous qui ne pouvez plus vous appuyer sur la tige d'où vous avez fleuri ! et que le nom de votre mère revienne sans cesse sur vos lèvres dans vos entreliens avec Dieu , puisque vous ne pouvez

plus causer d'elle Qu'avec lui , puisque vous ne pouvez plus la trouver qu'en la cherchant au ciel.

Après voire nom , ô mon Dieu ! et celui de la Vierge qui vous a enfanté, il n'est point pour l'homme de nom plus doux que celui de mère : rien ne ressemble plus à votre grâce que son amour; et il n'est point de lumière qui puisse remplacer le feu sacré de son regard.

Son amour affilie vers nous de toutes les parties de son être : sa pensée , son regard , sa main , sa chair et son sang , tout nous chérit et nous aime , el l'amour que son corps nous donne est aussi pur et aussi saint que celui qui nous arrive de son cœur.

Le dernier baiser d'une mère pieuse doit laisser pour toujours l'empreinte de la piété et de la vertu sur le Iront d'un fds , et le parfum de sainteté qui s'exhale de ses dernières paroles doit embaumer de grâce et de loi le cœur des enfans qu'elle laisse après elle.

L'angoisse a rétréci toutes les joies de mon àme, el la douleur a dévaslé ma vie , parce que je n'ai plus ma mère; et le sourire s'esl fané sur mes lèvres , depuis qu'elles ne sont plus rafraîchies par la douce rosée de ses baisers.

Heureux l'homme à l'œil de qui Dieu n'a point

demandé de larmes pour le tombeau d'une mère ! Heureux celui dont la main n'a point eu à fermer la paupière d'un ami ! Heureux celui dont les pieds n'ont point dû suivre à sa dernière demeure le corps inanimé d'un frère !

Que le souvenir de votre père ne s'éteigne point dans votre cœur, ô vous qui ne pouvez plus marcher à la lumière de sa pensée , ni enrichir votre àme des trésors de son expérience et de ses conseils ! et que sa tombe soit encore pour vous après sa mort comme un jalon piaulé sur la roule de votre vie , pour vous montrer le chemin que vous devez suivre et le but auquel vous devez arriver.

L'amour d'un père fortifie le cœur et corrobore la volonté de ses enfans : son travail les enrichit; et il se fatigue pendant sa vie , pour leur laisser après sa mort le repos dont il n'a pas voulu jouir lui-même.

Gardez avec soin dans votre cœur la dernière bénédiction de votre père, et ne contristez point son âme qui vous regarde d'en haut , par des actions qui vous ôlent l'amour de Dieu ou l'estime des hommes.

Heureux l'homme à l'œil de qui Dieu n'a point encore demandé de larmes pour le tombeau d'une mère ! Heureux celui dont la main n'a point eu à

fermer la paupière d'un ami ! Heureux celui dont les pieds n'ont point dû accompagner à sa dernière demeure le corps inanimé d'un frère !

Revêlez votre àme de deuil , o vous qui n'avez plus sur la terre que la moitié de vous-même ! et que l'amour et la prière vous attirent sans cesse vers le ciel pour vous rejoindre à la moitié que Dieu vous a prise, et qui est là comme un messager venu de votre part pour annoncer votre prochaine arrivée.

Le salut d'un époux déjà rendu au ciel est comme un gage de salut pour celui qui est resté sur la terre : car le premier venu parle sans cesse à Dieu et aux anges de celui qu'il attend : et quand celui-ci arrive, il n'est point inconnu; mais les anges vont audevant de lui et le saluent comme un frère qu'ils connaissent et qu'ils aiment depuis long-temps.

Souvenez-vous qu'être veuf, c'est être vide : vide de joies, de plaisirs frivoles, d'espérances terrestres; et n'allez pas mentir à votre nom et à votre état, en remplissant votre cœur de vanités et de misères.

Aimez l'époux que vous avez perdu dans les enfans qu'il vous a laissés et qui sont son image, et que leur vue rafraîchisse sans cesse en vous le souvenir de son amour et l'espérance de vous réunir

bientôt à lui , là où le cœur peul se dilater et se mettre au large, dans l'éternité.

Heureux l'homme à l'œil de qui Dieu n'a point encore demandé de larmes pour le tombeau d'uti<mère ! Heureux celui dont la main n'a point eu à fermer la paupière d'un ami ! Heureux celui dont les pieds n'ont point dû accompagner à sa dernière demeure le corps inanimé d'un frère !

Ne laissez point vos désirs s'égarer et se perdre dans le tumulte des plaisirs qui flattent les sens , ô vous qui avez vu tomber sous vos yeux le frère qui s'est nourri avec vous de la même tendresse, ou la sœur avec qui vous avez partagé les sourires de votre mère ! et ne troublez point la tristesse de votre père par la dissipation de votre vie.

Car un frère ou une sœur de moins dans une famille , c'est une fleur de moins sur une branche , c'est un fruit de moins sur un arbre, une espérance de moins pour l'avenir, un souvenir de plus pour le passé , une larme de plus pour ce calice que Dieu tient ouvert sous l'œil de chacun de nous , ci que nos douleurs doivent remplir jusqu'aux bords.

Heureux l'homme à l'œil de qui Dieu n'a point encore demandé do larmes pour le tombeau d'une

mère! Heureux celui doul la maiu n'a poiut eu à fermer la paupière d'un ami ! Heureux celui dont les pieds n'oni poiut dû accompagner à sa dernière demeure le corps inanimé d'un frère!.

Conservez précieusement le parfum de tristesse dont Dieu a imprégné votre vie , ô vous dont l'âme est veuve d'un ami ! et que les traces de son dernier soupir ne s'effacent jamais de vos lèvres. Séparez-vous du plaisir, comme on se sépare d'un traître; et que la joie n'entre plus dans votre cœur qu'enveloppée dans le voile du souvenir comme dans un vêlement de deuil.

Tendez votre main vers le passé et demandez-lui souvent qu'il vous parle de l'ami qui n'est plus ; et allongez vos espérances au-delà de celte vie , afin qu'elles puissent entrevoir dans l'autre celui qui vous appelle , et dont la prière vous fait signe de venir.

Pour qui n'a plus d'ami , la vie esl sans charmes, le plaisir sans bonheur, le jour sans lumière, la nature sans beauté ; parce qu'il n'a plus avec lui le cœur par lequel il voyait tout, par lequel toutes les joies el loules les espérances arrivaient à son âme.

Heureux l'homme à (pli Dieu n'a [joint encore demandé de larmes pour le lombeau d'une mère!

Heureux celui dont la main n'a point eu a fermer la paupière d'un ami ! Heureux celui dont les pieds n'ont point dû accompagner à sa dernière demeure le corps inanimé d'un frère !

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