‹ Le livre des peuples et des roisChapitre 4 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

J'ai encore aperçu une grande misère sous le ciel, et j'ai compris quel grand néant c'est que le cœur humain.

J'ai vu des peuples également châtiés par la Providence , et qui se criaient les uns aux autres : Je suis meilleur que toi ; et leurs malheurs ne m'ont point étonné , parce qu'ils ne se sont point humiliés sous votre justice , ô mon Dieu !

J'ai vu des peuples que votre main avait protégés et élevés , et qui disaient aux autres : Je vaux plus que toi , parce que je suis plus heureux ; et j'ai tremblé pour eux , car l'orgueil des nations monte jusqu'à votre trône et provoque votre justice.

Trois maux dévastent les nations, et le quatrième les détruit ; ce sont le luxe des femmes , la lâcheté des juges , l'orgueil des rois , et l'impiété des peuples.

Le monde repose sur quatre bases; le lit des époux , le siège du juge , le trône du souverain , et l'autel du prêtre. Malheur au monde quand l'une

de ces bases est ébranlée ! Cent fois malheur quand toutes chancellent a la fois !

Quatre choses sont abominables aux yeux du Seigneur ; le lit de la femme adultère , le siège du juge qui vend la justice, le trône du souverain qui opprime le peuple , et l'autel du prêtre sacrilège.

Malheur au riche qui pille le pauvre, au fort qui pèse sur le faible, au juge qui condamne l'innocent, au prêtre qui repousse le coupable, au roi qui aime plus sa famille que son peuple !

Deux choses déplaisent à Dieu , et la troisième est abominable à ses yeux : c'est le prêtre qui craint la science , le roi qui redoute la liberté , et le peuple qui a peur de la piété.

Quand le roi s'appuie sur la force , le prêtre sur l'ignorance , et le peuple sur la violence , Dieu retire sa main , et le monde chancelle.

Malheur au prince qui ne s'appuie que sur la force I car elle lui tombera des mains, et le peuple la ramassera et la tournera contre lui.

La terre travaillée par des mains esclaves sera asservie, et la nation dont les lois violent la justice sera humiliée.

Car l'injustice déplaît à Dieu , et la servitude élude sa rédemption.

La première richesse d'une nation consiste dans la valeur des hommes qui la composent , et l'homme vaut plus par les forces de son intelligence et de sa volonté que par celles de son corps.

La foi affranchit l'intelligence du doute et de f l'erreur, et la charité affranchit la volonté du joug des passions et de l'amour de soi-même.

La foi est le chemin qui mène à la science ; et la charité conduit les hommes à la liberté , après les en avoir rendus dignes.

La science sans la foi engendre le doute , l'erreur et la folie; la liberté sans la vertu enfante le libertinage et le crime.

Sans la foi , la science , c'est l'orgueil ; et sans la vertu , la liberté n'est que la licence.

Si vous voyez un peuple jeter sa foi comme un vêtement usé , et s'exposer nu à l'àprc froid de la science , tremblez pour lui , car la science habile des hauteurs où règne un froid éternel.

Si vous voyez un peuple impie ou corrompu crier : liberté ! liberté ! écartez-vous de sa route , car c'est un animal furieux qu'aucun frein ne peut retenir.

Le peuple endure beaucoup , parce qu'il est bon ; il est patient, parce qu'il a la force.

Le lion se repose fièrement dans sa force et dans sa majesté , et les insultes ne l'irritent point : prenez garde de le pousser à bout ; car son réveil est terrible , et ses colères sont redoutables.

Celui qui refuse de se soumettre à la nécessité est comme un homme qui regrette les traces que forme sur la mer le sillage du vaisseau , et celui qui demande à l'avenir des choses impossibles ressemble à un enfant qui veut saisir son image dans un ruisseau.

Celui qui arrange ses pensées et sa vie d'après des événemens éloignés et incertains est comme un homme qui court après le vent ; et celui qui néglige le bien qu'il peut faire actuellement, pour se ménager l'occasion de le faire plus tard , est comme un homme qui joue à des jeux de hasard, et qui tente Dieu.

Aujourd'hui est à vous , parce que Dieu vous le

donne ; l'avenir est dans sa main , et il le garde pour lui seul.

Celui qui lutte contre la nécessité est comme un homme qui veut renverser une montagne qu'il trouve sur son chemin. L'homme sensé se détourne , et prend le sentier qui la côtoie.

Soumettez -vous h la nécessité, à cause de la Providence ; ne vous irritez point contre les événemens , parce que Dieu les gouverne.

Ne regrettez point immodérément les hommes qui passent et les choses qui s'en vont ; car Dieu seul est éternel , et sa parole seule est immuable.

Ne dites point , parce que les hommes disparaissent : Tout est perdu ; car Dieu n'attache point aux hommes les institutions qui doivent durer, parce qu'il sait que les hommes passent.

Soyez pourtant fidèle aux souvenirs de votre cœur ; et ne mentez point à vos affections , comme des hommes légers et inconstans.

Mais que votre douleur soit toujours accompagnée de résignation , et que vos regrets ne diminuent point votre confiance en Dieu.

Car Dieu tient les hommes et les choses dans sa main , et il les gouverne avec sagesse et amour.

Si quelqu'un vous dit : Venez à moi et faitesvous mon disciple , et je vous ferai comprendre ce que c'est que Dieu et comment le monde est sorti de ses mains , ne l'écoulez point : mais détournez votre oreille et votre cœur; car c'est un insensé qui vous trompe et qui ment à soi-même.

L'esprit ne sait que ce qu'il a fait; il ne comprend que ce qu'il a pris en soi ; ce qu'il trouve hors de soi lui est plus ou moins étranger.

Dieu sait tout, parce qu'il est la cause première ; et il se comprend , parce qu'il est son propre principe.

Lui seul sait comment le monde est sorti de ses mains , parce que c'est lui qui l'a fait ; lui seul comprend l'homme, parce qu'il est son créateur.

Et l'homme ne peut comprendre Dieu, parce qu'il est sa créature ; et il ne comprend point l'origine du monde , parce que ce n'est point lui qui l'a fait.

L'origine et la fin de toutes choses sont cachées

dans un mystère , parce que Dieu est leur principe et leur fin; et l'homme n'en voit que le milieu, parce que son esprit est borné.

Et celui qui veut voir le principe des choses est comme un homme qui veut regarder le soleil , et celui qui veut en connaître la fin ressemble à un homme qui regarde dans un abîme sans fond.

Si vous rencontrez de ces hommes sur votre route , détournez-vous ; car ils ont l'orgueil dans l'esprit et la vanité dans le cœur.

Prenez-les en grande pitié ; car ils sont aliénés de la vérité : et Dieu , pour punir leur orgueil , les a livrés au délire de leur esprit.

Et ils ne savent rien , pas même la première chose que l'homme doit savoir : c'est-à-dire qu'il y a des choses que l'esprit de l'homme ne peut comprendre ; et qu'il en est d'autres qu'il doit croire.

Dans leur folie, ils se sont jetés sur leurs propres pensées , et ils les ont étreintes dans des embrassemens incestueux.

Ils ont dit à l'erreur : Tu es ma fiancée , et ils se sont prostitués à elle ; et ils ont dit au mensonge : Tu es mon père . e( ils lui <>ui obéi.

Ils se sont regardés dans leur nudité , et ils sont devenus amoureux d'eux-mêmes.

Dieu les a attelés à l'erreur comme des bœufs à une charrue , et ils bouleversent la terre ; mais aucune main ne jette la semence dans leurs sillons.

Il les a enchaînés a leur propre esprit comme des forçats à leur boulet, et les malheureux ne peuvent plus se détacher d'eux-mêmes.

Et ils meurent d'inanition dans le vain labeur de leur pensée , car la vérité ne sustente point leur vie et ne nourrit point leur cœur.

Dieu a fait l'homme libre ; et il a voulu que tous les actes par lesquels il tend vers lui soient des actes de volonté : et dans cette vie souvent longue et difficile qui mène à Dieu , et dont le ciel est le terme , chaque pas que l'homme fait est un mouvement libre de sa volonté , pour lequel Dieu l'assiste sans jamais le contraindre.

Va la foi est le premier pas que l'homme fait danscettevoie; <'i leprincipe dr la vie chrétienne ,

c'est la foi : et depuis le moment où l'homme commence à connaître Dieu jusqu'à celui où il le voit face à face , il vit et se nourrit de foi ; et la foi ne cesse que lorsque , n'ayant plus rien à mériter, la liberté ne lui est plus nécessaire.

Et Dieu n'a pas voulu que la science fût le principe de la vie surnaturelle de l'homme , parce que l'acte de la science n'est pas libre. L'homme qui sait , de même que celui qui voit , chercherait vainement à se débattre contre l'évidence qui le frappe et le subjugue : il est entraîné ; il est vaincu ; il faut qu'il cède.

Et la sagesse des nations a merveilleusement compris et exprimé cette vérité ; car, pour nommer l'acte de la science , elle a été chercher un mot qui rappelle l'idée d'une défaite; et elle appelle convaincus , c'est-à-dire vaincus , ceux dont la science a subjugué l'esprit.

Ne vous étonnez donc plus si la raison qui n'a que la science est si courte dans ses vues , si faible dans ses moyens, si inconstante et si variable dans ses mouvemens , si impuissante dans ses résultats : elle est là sous le coup de l'évidence qui l'a frappée , tranquille et comme morte ; mais dès que cette évidence devient plus faible, la raison se relève et s'agite dans le doute , jusqu'à ce qu'elle

retombe vaincue et humiliée sous le joug d'une évidence plus forte et plus impérieuse.

11 n'en est point ainsi de la foi. Croire, c'est aimer, vouloir et choisir ; et parmi tous les actes de la volonté humaine , il n'en est pas un qui soit aussi libre, aussi puissant et aussi solennel que celui de la foi.

Dès que mes yeux ont aperçu la lumière du jour, vous avez voulu donner à mon âme , ô Seigneur, une lumière bien plus précieuse. Un homme qui croyait déjà m'a présenté à votre Église. Elle m'a demandé si je croyais à votre doctrine ; et comme je ne pouvais répondre, cet homme a répondu pour moi. Il m'a prêté sa foi ; il m'en a comme enveloppé ; et alors votre ministre a versé de l'eau sur ma tête , en prononçant de mystérieuses paroles. A ce moment , vous avez versé W foi dans mon àme; elle y est devenue comme une habitude ; et dès que ma raison s'est éveillée , je me suis aperçu que je croyais déjà , et que j'avais eu moi quelque chose qui m'inclinait doucement vers vous.

Et quand nia mère, me prenant sur ses genoux, prononçait votre nom, ce nom ne mêlait pas étranger; et quand elle me parlait de vos bienfaits et de votre amour, elle ne faisait qu'éveiller en

mon esprit des pensées qui y étaient assoupies , et l< mies les prières et tous les amours de mon cœur se levaient à la fois au moindre rayon de votre lumière.

Et ma mère me parlait si doucement de vous , que je vous aimais en l'aimant, et que je croyais en vous , parce que j'avais confiance en elle. Les mêmes lèvres qui me nourrissaient chaque jour de baisers et de caresses me nourrissaient de foi et d'amour ; et encore aujourd'hui il me semble, ô mon Dieu ! que ma foi serait plus vive , que je vous aimerais davantage , et que votre nom me serait plus doux si je vous entendais nommer par la bouche de ma mère.

Devenu plus grand , j'entendais dire autour de moi qu'il y a des hommes qui ne croient point à votre doctrine ni à votre Église. Bientôt les raisonnemens par lesquels ils cherchaient à justifier leurs doutes retentirent à mes oreilles. Plus d'une fois je sentis mon à me chanceler ; et si je n'avais eu que la science pour me guider, je me serais tôt ou tard égaré dans les voies du doute et de l'erreur.

Et je comprends aujourd'hui que la foi n'est pas seulement un acte de l'esprit , mais qu'elle est encore un acte de la volonté ; que pour croire il faut vouloir, que pour vouloir il faut lutter, et que,

si dans la science la volonté est vaincue et humiliée , elle est , au contraire , victorieuse et triomphante dans la foi.

Je crois en vous , o Dieu ! parce que je le veux ; et si je ne le voulais pas , de quelque lumière que je fusse ébloui , je ne croirais point. Et vous ne sauriez jamais me forcer à croire ; car vous vous êtes engagé à respecter notre liberté , et vous nous traitez avec une souveraine révérence.

Vous avez voulu que le premier acte de la vie chrétienne fût un acte de sacrifice , de liberté , de force et de puissance: et c'est pour cela que la volonté de ceux qui sont fermes dans la foi est si stable et si persistante ; c'est pour cela que les hommes et les peuples de foi font de si grandes choses; c'est pour cela que le sentiment de la liberté est si profondément empreint dans le cœur de vos fidèles , et que leur vie est si riche de sacrifices et de dévouement ; tandis que nous voyons l'égoïsme et la tyrannie s'établir si facilement parmi les nations qui ne sont point soumises à l'autorité de votre Église.

L'intelligence n'est pas la même chez tous les hommes ; et si la science devait leur servir de flambeau dans la voie qui mène à vous, le salut serait plus facile pour les uns que pour les autres,

el il n'y aurait plus d'égalité parmi nous a vos yeux. Le joug de l'homme s'établirait nécessairement dans le monde , car ceux qui savent davantage seraient naturellement les maîtres de ceux qui savent moins. Votre autorité serait affaiblie , et votre Eglise ne serait plus une société ; mais une école sans lien ni fixité , où la doctrine changerait perpétuellement selon le caprice de quelques uns.

Mais il n'en est point ainsi , grâce à vous , ô mon Dieu ! Chez nous , il n'y a point de maîtres. Nous sommes tous, depuis le premier jusqu'au dernier, vos disciples. Chez nous, il n'y a point d'inventeurs ; mais tous apprennent et connaissent la vérité de la même manière, par la foi. Tous croient, tous doivent croire; et celui-là doit avoir plus de foi , plus d'humilité et plus de docilité , qui est plus élevé que les autres.

Et ceux que vous avez établis juges de la foi n'inventent pas la vérité , comme les philosophes ; ils l'apprennent, ils l'écoutent, ils la reçoivent; ils approchent leurs oreilles de cette voix puissante delà tradition qui, partie de vous, se prolonge de siècle en siècle comme un écho majestueux, et ils ne font que nous rapporter les divines paroles qu'ils ont entendues. Ils ne nous disent pas : Voici ce que nous avons vu et découvert,

mais : Voici ce que nous croyons et ce qu'on nous a dit. Et s'ils voulaient nous donner pour règle leurs propres pensées , toute votre Église se soulèverait contre eux, et leur dirait : Vous mentez.

C'est ainsi que la foi est en même temps un acte de souveraine liberté et d'égalité parfaite , et qu'elle pose comme base de toute la vie chrétienne ces deux principes de liberté et d'égalité qui travaillent si puissamment aujourd'hui toutes les nations catholiques , et qu'elles ont si malheureusement exagérés plus d'une fois. Le sentiment de ces deux choses est si profondément gravé dans leur cœur, que tout joug les blesse, que tout privilège injuste les irrite. Et tandis que nous voyons les peuples séparés de l'Église se courber comme naturellement sous le joug qui les opprime , et accepter avec résignation les privilèges les plus exorbitans ; il a fallu que la voix du Père commun des fidèles vînt donner aux peuples soumis à son autorité de graves avertissemens , et les prémunir contre l'excès ou l'abus des senlimens que la foi leur inspire ; car les premiers pèchent en exagérant l'obéissance , et les seconds pèchent en abusant de la liberté.

Bienheureux les peuples qui vivent de foi ! ils voudront et feront de grandes choses. L'avenir est à eux. Dieu les contemple avec amour, et ils

feront refleurir la justice et la charité sur la terre.

Mais l'humiliation et la tyrannie sont réservées aux nations qui ne croient pas. Tout se fera contre elles ou sans elles, et elles sont condamnées à combattre partout pour la cause de l'injustice et de l'iniquité.

Tout est orgueil , égoïsme et vanité sur la terre ; et le monde ne marche point , parce que chacun s'arrête en soi-même.

Il n'en est pas un seul qui ne soit esclave de ses pensées ou qui ne soit captif de ses propres désirs.

Or, le plus triste esclavage , c'est celui de soimême; et il n'est point de prison plus étroite que celle d'une volonté dominée par l'amour-propre.

I tieu s'est retiré des peusées des hommes , parce que leurs cœurs se sont retirés de lui ; et sa lumière n'est point entrée dans leur esprit, parce qu'ils ne se sont point humiliés.

Les hommes ont méconnu la Providence , et ils ont dit : Nous nous suthsons à nous-mêmes, et

nôtre providence est en nous ; et Dieu s'est vengé en les laissant agir seuls.

Et on a vu qu'il n'y a plus dans le monde que des hommes ; car ce que les hommes ont élevé aujourd'hui tombera demain , et ce qu'ils ont abattu hier se relève aujourd'hui.

Et plusieurs , en voyant ces choses , se sont demandé : Où sommes-nous ? et où allons-nous? Mais personne ne pouvait leur répondre , parce que les voies de l'homme abandonné à lui-même sont plus inscrutables encore que celles de Dieu.

Et les hommes ont cru qu'ils agissaient librement, parce que Dieu n'agissait plus avec eux ; et ils ne se sont pas aperçus qu'ils étaient emportés par une force aveugle qui les dominait.

Car il n'y a plus de liberté pour l'homme dont l'action n'est pas soutenue par la main de Dieu , et il se forme dans son propre cœur un destin qui le pousse et le gouverne.

Et ce destin, ce sont les appétits de sa chair, les passions de son cœur, les folies de sa pensée et l'impuissance de sa volonté.

Et le destin qu'adoraient les peuples d'autrefois n'était ni plus honteux ni plus oppresseur que celui

qui se forme dans une âme qui s'est vidée de Dieu et qui a secoué sa providence.

Les hommes ont abusé de vos dons , ô mon Dieu ! et ils ont blasphémé votre sagesse et votre amour.

Ils ont invoqué la liberté de mal faire et de vous offenser , et ils ont mis partout des entraves au bien , parce qu'ils se délient de vous , et qu'ils sont pleins de confiance en eux-mêmes.

C'est l'orgueil qui enlle les esprits et endurcit les cœurs , et c'est la vanité qui déprave le jugement et affaiblit les volontés.

La vanité se préfère aux autres ; l'orgueil s'égale à Dieu .

L'homme vain s'aime et se recherche dans les antres ; l'orgueilleux n'aime rien , et se repose en lui-même.

I /homme vain a besoin des autres ; la louange !<• touche , la llatteric le séduit; l'orgueilleux se ( suffit , et il n'est sensible qu'aux louanges qu'il se • loiiiie.

L'homme vain sent qu'il lui manque quelque chose qu'il ne peut trouver que hors de lui ; l'orgueilleux n'a point besoin de sortir de lui-même ,

car rien ne lui manque ; il trouve tout dans son espril et dans son cœur.

L'homme vain plaît souvent aux hommes , parce qu'ayant besoin d'eux , il les recherche ; l'orgueilleux est maudit des hommes et de Dieu.

La vanité vit de flatterie , l'orgueil se nourrit de soi-même.

La vanité corrompt le cœur et affaiblit le caractère , l'orgueil ravage l'intelligence et dévaste la volonté.

L'homme vain peut encore prier, parce qu'il n'a point perdu le sentiment de son impuissance ; l'orgueilleux n'a plus le secret de la prière , parce qu'il s'est appuyé sur lui-même.

La vanité rend esclave du monde , l'orgueil asservit au démon et imprime son image dans l'âme.

L'homme vain se recherche dans les petites choses, parce que les grandes lui coûtent, et qu'avant tout il s'aime ; l'orgueilleux se cherche dans les grandes choses , et il ne recule point devant les sacrifices, parce qu'avant tout il a une haute idée de lui-même.

La vanité est une faiblesse , l'orgueil une folie. La première conduit au péché , le second mène à

l'impénilence finale. Celle-là est rimpurelé de l'esprit, celui-ci en est le sacrilège et le blasphème.

A vous appartient l'honneur et la gloire , ô mon Dieu ! et il n'est point permis à l'homme de se glorifier devant vous.

Le sage exprime avec humilité et douceur les pensées fortes et élevées , et il ne rend point désagréables aux autres les sentimens énergiques de son àme par des paroles âpres ou emphatiques.

L'insensé parle comme s'il étaitseul , mais le sage parle pour les autres.

Le premier dit ce qu'il sait ou ce qu'il croit savoir ; le second dit ce que les autres peuvent comprendre , ou ce qui peut leur être utile.

L'imprudent s'imagine que la sincérité consiste à dire tout ce que l'on pense ; mais le sage sait que l'homme franc ne dit que ce qu'il pense, et qu'il ne doit toute sa pensée qu'à ceux qui ont son cœur.

La meule qui tourne sans moudre fait plus de bruit que celle sous laquelle il y a du grain. La

langue sur laquelle il n'y a point de pensées donne plus de paroles que celle du sage.

Les paroles de l'homme qui se vante sont comme le bruit d'une scie qu'on aiguise , elles agacent l'esprit de ceux qui l'écoutent.

Ne vous asseyez point près de l'homme qui aime à semer la désunion parmi ses frères ; car ses paroles sont aigres comme le verjus sous la dent , et elles feront frissonner votre âme.

L'homme vain dit : Je ferai ; le sage ne dit rien , mais il fait ; et après qu'il a agi , les autres disent : Voyez ce qu'il a fait.

Celui qui parle beaucoup est comme ces petits moulins qu'on place dans les champs ensemencés pour effrayer les oiseaux par leur bruit , et les âmes qui ont des ailes s'éloigneront de lui.

Celui qui est pressé de dire le bien qu'il a fait ressemble à une poule qui crie après avoir pondu , et le bien qu'il a fait ne viendra point à maturité.

Le secret que vous lâchez est comme un ennemi à qui vous donnez la liberté. A peine échappé, il se tournera contre vous.

L'indiscret manque de discernement. L'homme sensé discerne ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire.

Ne donnez point votre confiance à celui qui parle beaucoup ; car il vous trahira , et vous attirera la haine de plusieurs.

N'admettez point dans votre intimité celui qui dit beaucoup de choses inutiles ; car sa conversation affadit l'âme, émousse l'intelligence, et rend la volonté paresseuse.

N'approchez point de l'homme qui aime à prononcer des paroles déshonnêtes ; car son cœur est un fumier, et ses paroles sont comme l'odeur qui s'exhale d'un marais stagnant.

Ne vous liez point avec l'homme qui blasphème ; car son âme est dévastée , et son cœur est revêtu des malédictions de Dieu.

L 'impatience rend la langue imprudente ; la vanité la rend indiscrète; l'orgueil, arrogante ; et la colère pousse le blasphème et l'injure sur les lèvres , comme le vent chasse la poussière devant lui.

C'est par la bouche que l'homme mange et qu'il parle ; c'est par elle qu'il nourrit son corps d'alimens matériels , et qu'il nourrit de sa pensée le cœur des hommes ses frères.

Le sens du goût a été attaché à la langue et au palais, et les saintes paroles ont aussi une saveur agréable pour celui qui les dit.

Un bon conseil ou une parole de consolation est comme un baiser de l'àme au cœur, et c'est par les lèvres que l'homme envoie à l'homme les baisers de son âme et de son corps.

La bouche est comme le palais de la pensée. C'est là qu'elle vient comme une reine donner ses audiences à ceux qui veulent l'écouter.

Celui qui parle domine celui qui écoute ; et celui qui écoute est sujet de celui qui parle, et relève de lui.

Et la sagesse des nations a compris cette vérité , car elle est empreinte dans la langue de la plupart des peuples.

Mais dans la prière , celui qui parle s'humilie devant celui qui écoute et qui l'exauce ; et c'est pour cela que la prière est si puissante auprès de Dieu et des hommes.

Ne parlez pas trop, de peur que vous ne paraissiez vouloir vous élever au-dessus des autres; mais écoulez à votre tour, de peur que les autres ne soient humiliés.

Celui qui écoule tient a celui qui parle ; et lorsque chacun écoule et parle à son lour, tous se tiennent entre eux.

N'élevez pas trop votre voix , afin que les autres ne croient point que vous les méprisez ; ne l'abaissez pas trop non plus , de peur qu'ils ne viennent à penser que vous craignez autre chose que Dieu.

L'homme parle haut aux animaux qui le servent ; et il parle bas à Dieu , aux anges et aux saiuts clans la prière , et au prêtre devant qui il s'humilie dans la confession.

Le verbe est le fils de la puissance , et de lui procède l'amour ; et Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance.

Une pensée forte et puissante produit une parole claire et lumineuse ; et des paroles de vérité procèdent toujours la paix , la charité , la concorde et l'amour.

La parole qui désunit et divise n'a point les splendeurs de la vérité , elle est le fruit d'une intelligence faible et impuissante.

Heureux celui dont la bouche n'a jamais laissé passer un mensonge, et dont les lèvres ont été souvent effleurées par la prière !

Son intelligence habitera dans le calme et la force , et son cœur se reposera dans la paix et l'amour.

Ne tenez point trop au passé vieilli qui chancelle, de peur qu'il ne s'écroule sur vous et ne vous ensevelisse sous ses ruines.

Lorsque la main de Dieu lance le monde sur une pente rapide , et le pousse impétueusement vers un lointain avenir, ne regardez point les objets qui fuient , de peur que vous n'ayez des vertiges.

Mais ne détachez point vos yeux du but vers lequel vous marchez ; car c'est là qu'habitent le repos , la confiance , la paix et la sécurité.

Ne donnez point trop de regrets au passé , comme ceux qui n'ont point d'espérance ; et ne craignez point trop l'avenir, comme un homme qui se défie de Dieu.

Et lorsque tout est obscur autour de vous , ne tremblez point comme un enfant qui pleure quand il marche dans les ténèbres ; car les voies de Dieu sont lumière et amour, et sa providence veille toujours.

Ne craignez point trop le passé, comme ceux qui

ont peur des revenans ; car sa voix est puissante et ses avertissemens sont salutaires.

Ne maudissez point ce qui n'est plus ; car ce qui fut a préparé ou produit ce qui est , et tous lesévénemens sont sortis de la main de Dieu.

Ne méprisez point les institutions , les lois et les mœurs de vos pères ; car chaque siècle vit et agit d'après la mesure de lumière et d'expérience qui lui a été départie : et le midi ne méprise point l'aurore, et la fleur ne dédaigne point la racine qui l'a produite.

Quand les révolutions agitent le monde, ne désespérez point du salut des peuples que Dieu précipite au milieu des événemens ; car il y a moins de danger dans la tempête pour le vaisseau qui vogue en pleine mer que pour celui qui navigue la long des côtes.

Le chant de la vague qui porte jusqu'au ciel le vaisseau qu'elle bat de ses fureurs est mélodieux ; la voix du vent qui dépouille en automne les arbres de leurs feuilles jaunes et desséchées est pleine d'harmonie : celui qui s'applique à pénétrer les desseins de Dieu, et qui s'abandonne à sa providence , trouve du rhyllmic et des accords jusque dans le bruit confus des tempêtes qui bouleversent le monde.

Le Ilot qui monte du fond de l'abîme s'élève ambitieux et fier, comme s'il voulait menacer le ciel : la main de Dieu le touche ; et soudain il redescend dans les profondeurs de la mer, comme un voyageur épuisé. L'orgueil qui s'élève du fond du cœur de l'homme est bientôt à bout , et s'abaisse sous le doigt de Dieu de toute la hauteur dont il est monté.

Voulez-vous plaire à Dieu et aux hommes? humiliez-vous devant l'un , et ne méprisez jamais les autres : car ce que Dieu hait le plus , c'est l'orgueil ; et le mépris est ce que les hommes pardonnent le moins.

Ne vous enorgueillissez point devant Dieu : ne vous abaissez point devant les hommes qui sont audessus de vous; et ne méprisez point celui qui est pauvre , faible et malheureux.

Si vous méprisez le pauvre et le malheureux , il se détournera et murmurera contre vous quelque imprécation dans son cœur.

Et ce murmure que vous entendrez à peine montera jusqu'au ciel, et il y fera un grand bruit ; et les saints le rediront aux saints, et les anges le rediront aux anges ; et les colères de Dieu se réveilleront de leur sommeil , et elles éclateront sur vous comme un tonnerre.

Kl vous vous écrierez éperdu : Qu'ai-je fait, mon Dieu ! pour que vous armiez contre moi votre bras ? et vous oublierez que vous avez méprisé le pauvre , et que Dieu a juré de le venger.

Malheur au peuple qui néglige ses devoirs ou qui oublie ses droits ! car les uns et les autres viennent de Dieu , et il ne les donne point inutilement.

Un homme sans devoirs est un fléau pour la société, et l'homme sans droits est un fardeau pour elle.

L'esprit curieux et indiscret ressemble au papillon. Comme lui , il vole d'un objet à l'autre , sans jamais s'arrêter : la lumière même de la vérité lui devient funeste ; et au lieu de s'éclairer à ses bienfaisantes clartés , il se brûle à ses feux.

La lumière n'éclaire qu'à une certaine distance et dans une certaine mesure. Si vous vous approche/, trop près d'elle , ou si ses rayons vous arrivent concentrés dans un foyer trop plein, elle vous consumera.

Que d'âmes faites pour voler bien haut ont laissé à ses feux leurs ailes , pour avoir voulu on approcher de trop près !

I i lui ijui attaque dans l'ombre la réputation du

prochain ressemble à ces sales insectes qui sucent le sang de l'homme dans l'obscurité de la nuit, et pendant qu'il est enseveli dans le sommeil.

Ne dormez point dans une chambre pleine de fleurs , de peur que leur parfum ne vous enivre : ne laissez point votre âme s'endormir près des plaisirs et des voluptés de la vie , de peur qu'elle ne se laisse séduire, et qu'elle ne s'alanguisse dans les jouissances.

Je croirai en vous , ô mon Dieu ! parce que vous êtes la vérité : je vous aimerai , parce que vous êtes la beauté par essence ; et je vous chercherai de toutes les forces de mon âme , parce que vous êtes l'unique bien.

Et c'est parce que vous êtes la vérité même que le besoin du vrai nous tourmente ; c'est parce que vous êtes la beauté que tout ce qui est beau nous attire ou nous subjugue , et c'est parce que vous êtes le bien que tout ce qui est bon incline notre cœur.

Vous avez abandonné notre esprit comme une proie à la vérité ; vous avez livré notre âme au

bien comme une victime , et vous avez enchaîné nos yeux au beau comme des captifs.

Et notre esprit a tellement faim de vous, ô vérité sainte ! que tout ce qui n'a même que l'apparence du vrai nous soumet et nous captive ; et notre cœur a tellement soif de vous , ô souverain bien ! que tout ce qui n'a que la semblance du bon nous séduit et nous gagne ; et nos yeux sont tellement épris de votre beauté , ô mon Dieu ! que le simple extérieur du beau nous enchante.

Dieu a gravé son empreinte jusqu'au fond de notre nature , et c'est pour cela que le divin seul peut en assouvir les nobles désirs.

Nous avons été faits sur le modèle de Dieu ; il a jeté notre nature dans sa pensée comme dans un moule , et le sentiment de notre origine ne périt jamais au fond de notre cœur.

Le principe de l'homme n'est point en lui , et sa fin est hors de lui ; et l'homme ne peut agir conformément à sa nature qu'en sortant de soi-même , pour tendre vers autre chose que soi.

Malheur à l'homme qui a laissé ses yeux s'obscurcir, et qui, perdu dans les voies de l'erreur ou du péché , ne connaît plus ni son principe ni sa fin!

Car il s'en va chancelant et incertain , heurtant contre tout ce qu'il rencontre , saisissant avidement chaque objet , et lui criant avec anxiété : Es-tu mon principe ? Es-tu ma fin ?

Mais chaque objet lui répond : Non ; et dans l'indigence de son cœur , il ne sait plus où poser ses pensées ni où arrêter ses désirs.

Son àme se tourne et se retourne dans son corps comme un malade dans son lit , pour y trouver une place où elle puisse être à son aise ; mais de quelque côté qu'elle se tourne , elle se blesse et saigne.

C'est en vain que l'homme veut échapper à Dieu : Dieu ne le lâche jamais ; il le tient toujours par quelque endroit , et c'est par là qu'il l'attire sans lui donner de repos.

Et le pécheur, suspendu entre le ciel et la terre, tiré en haut et en bas, ne pouvant être toutrà-fait, ni à Dieu qu'il abandonne , ni au péché qui l'entraîne , souffre d'incroyables douleurs dans son esprit et dans son cœur.

Ses pensées sont des cris d'angoisse , ses désirs sont des rugissemens ; et il en vient à ne plus connaître, ni l'espérance , ni la prière, qui en est la forme la plus douce et la plus belle.

Heureux l'homme dont le cœur est tout h Dieu ! car ses pensées reposent dans l'unité , et ses affections ne sont point divisées.

Dieu a versé l'a nie dans le corps ; et le corps s'imprègne des pensées et des affections de l'àme , comme un vase des parfums qu'il contient.

Heureux l'homme aux hautes pensées et aux saints désirs ! son corps lui sera docile ; ses sens ne lui seront point rebelles , et son sang ne submergera point son âme.

Heureux celui qui n'a point été engendré dans l'ivresse , et qui n'a point été conçu dans les convulsions du plaisir !

Heureux celui dont le père n'a point épuisé ses flancs dans la débauche , et dont la mère n'a point rétréci sa poitrine par les tortures du luxe et les supplices de la mode !

Bienheureux celui qui a vécu les neuf premiers mois de sa vie sous un cœur chaste comme sous un toit , et dont le premier repos n'a point été troublé par les fatigues du plaisir ou par les abattemens de la tristesse !

Bienheureux celui que sa mère a porté dans la prière et l'amour, et que les anges de Dieu ont vu souvent à l'autel avant qu'elle l'ait mis au inonde !

Heureux celui qui n'a point reçu de son père un sang pauvre et décoloré , et à qui sa mère n'a point donné des sens plus forts que Pâme et des nerfs plus prompts que la volonté !

Un cœur chaste donne une chair souple et ferme, et la pureté de l'esprit éclaircit le regard.

L'innocence et la candeur de l'âme dilatent la paupière ; la finesse et la ruse rétrécissent l'œil , et lui laissent arriver moins de lumière.

La prière épanouit les traits du visage et dispose les lèvres au sourire , l'impiété contracte la face et endurcit l'expression.

La patience et l'humilité aplanissent les traits du visage, et les rendent clairs et limpides comme Peau d'une source ; la colère les enfle , et l'orgueil creuse des rides profondes comme les vagues d'une mer agitée.

L'habitude des hautes pensées élève le front et en dilate les os , mais l'esprit qui se traîne sur la terre comprime le cerveau et en abaisse la hauteur.

La sobriété rend le bras plus fort et le pied plus

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agile, l'intempérance appesantit la marche et rend la main tremblante.

La miséricorde et la charité étendent la poitrine , et donnent aux battemens du cœur plus de rhythme et d'accord ; l'égoïsme et la haine rétrécissent le sanctuaire de la vie ; et le cœur enfermé dans sa prison bat plus fort et plus vite , comme un captif qui se débat dans ses liens.

L'air que Dieu a répandu autour de nous, comme un fleuve de vie , aime ceux qui vivent dans la pureté et l'innocence ; il entre plus abondant dans leur poitrine , et se verse plus volontiers dans leur sang.

La mollesse bleuit les veines, et l'oisiveté relâche le tissu de la peau ; le courage grossit les artères, et le travail brunit et endurcit l'épiderme.

L'orgueil ébranle le cerveau et y fait affluer le sang , et le sang inonde la pensée , et la raison périt dans ce déluge de la vie corporelle.

L'âme se réfléchit dans le corps comme le soleil dans un lac. Nos passions deviennent des souffrances , nos vices des douleurs , et les maux de notre âme produisent les maladies de notre corps.

Et le péché porte toujours la mort avec soi ; et dès qu'il entre dans l'âme, il se fait jour dans quel-

qu'un de nos organes , et y dépose le germe de mort qu'il contient.

A chacun de nos vices , Dieu a donné un organe pour proie ; et les péchés de notre aine usent et rongent notre corps , comme le ver dévore le dedans du fruit dans lequel il s'est logé.

Quelquefois le péché monte au cerveau , et les illusions de l'orgueil produisent les hallucinations de la folie.

D'autres fois il se glisse dans le sang ; il le décompose ou l'altère; il en précipite ou en retarde le cours : ou se mettant en embuscade , comme un ennemi , dans quelque coin de notre corps , il l'arrête subitement au passage , et lui barre le chemin.

Tantôt le péché se jette sur le cœur ; il le dilate ou le rappetisse outre mesure ; il le secoue comme s'il voulait le briser, ou il en diminue les mouvemens comme s'il voulait éteindre en lui la vie.

Tantôt il pénètre dans les os; il en dessèche la moelle , ou il les courbe comme un arc : ou il les rend mous et ilexibles comme ceux d'un enfani , ou fragiles et cassans comme du verre.

Ici , c'est aux nerfs qu'il s'attaque; il leur ôte leur vigueur et leur énergie , et les rend sourds à

la voix de l'homme intérieur : ou bien il les irrite , et les arrache à l'empire de la volonté.

Là , il se retire dans quelque viscère , et il y amasse des humeurs qui disposent le corps aux fièvres , aux maladies et à la mort.

Quelquefois la contagion du péché produit la contagion de la maladie ; et l'homme qui n'a pas voulu se mettre en garde contre l'aine du pécheur est obligé de se prémunir contre son corps, et d'éviter tout contact avec lui.

Car c'est dans le temps des grands scandales que lêS pestes désolent le monde , et que le contact de l'homme devient un scandale corporel pour ses amis et ses frères.

Des pestes fréquentes annoncent une société désorganisée, et des épidémies nombreuses sont les signes d'une grande contagion morale.

( le sont les péchés du monde qui infectent l'air , 61 ce Sont nos crimes qui scandalisent là nature, • i qui la rendent vicieuse et corrompue connue nous.

Heureux celui qui meurt dans l'amour du Seigneur, et qui s'endort doucement dans la prière de l'Église !

Il se réveillera dans la lumière de Dieu , et il ressuscitera dans les splendeurs de la gloire du ciel.

Le trépas du juste est une bénédiction pour le monde , et une consolation pour l'Église ; car en augmentant le nombre des élus , il accroît la masse des prières , et grossit la somme des mérites qui enrichissent l'épouse du Christ.

Le calme habite dans les traits de l'homme juste qui vient de mourir ; et son âme semble avoir laissé sur son visage un reflet de sa justice et de son innocence.

Son corps sanctifiera la terre , et déposera dans son sein de nouveaux germes de vie , parce qu'il a servi d'instrument à la grâce du Christ , et que Dieu y a habité comme dans un temple.

Car le sang du Christ rafraîchit les os , et les sacremensde l'Église déposent dans la chair un germe de gloire.

Les vertus de l'âme disposent le corps à la résurrection des élus , et les saintes pensées de l'esprit embaument la chair d'un parfum de sainteté.

Ne passez point devant le cercueil que la croix couvre ou surmonte sans donner à celui qu'il renferme une pensée ou une prière ; et ne troublez point les prières que l'Église prie pour lui par votre irrévérence et votre légèreté :

De peur que vous ne prépariez des injures à votre cercueil, et que vous n'appeliez l'ignominie sur votre tombeau.

Ne troublez point les cendres des morts par des entretiens curieux et indiscrets , et n'entrez point dans le lieu de leur repos pour satisfaire vos yeux par le vain spectacle du luxe qui le profane.

Car l'asile des morts est consacré aux regrets , à l'espérance et à la prière : les ris et les jeux y offensent à la fois , et ceux qui ne sont plus, et ceux qui les pleurent.

Que votre pied ne foule point irrespectueusement la terre qui s'élève , car là toute élévation recouvre les cendres d'un homme.

Ne jouez point dans le champ de la mort , car la place que vous foulez aux pieds sera peut-être un jour votre dernière demeure.

Les hommes se pressent à ce rendez-vous commun des enlans d'Adam , el partout la terre qui doit recevoir leurs cadavres a plus de prix et de valeur que le sol sur lequel ils bâtissent leurs palais.

Les tombes touchent aux tombes ; les croix s'appuient sur les croix : vous diriez un champ labouré par la mort , creusé de sillons où la main de Dieu sème avec profusion les corps des hommes pour le grand jour de la résurrection.

C'est là que notre chair est déposée comme une graine féconde. C'est là qu'elle se décompose en s'imprégnant des sucs de la terre , qu'elle germe et qu'elle mûrit pour les gloires de l'éternité.

Et quand le jour de la moisson sera arrivé , le moissonneur prendra sa faux , et il coupera les épis qu'a mûris le temps , et il les ramassera dans ses greniers.

Et il jettera au feu les mauvaises herbes et les épis qui n'ont point mûri ; et il n'y aura plus alors que des joies éternelles , et d'éternelles douleurs.

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