‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 37 · TIT · texte numérisé non relu

TIT

Votre titre de religieuse exige que vous

aimies le prochain } Le mot de prochain comprend toutes les créatures destinées :à connaître, à aimer et à glorifier Dieu dans le ciel ; toutes ont droit à ce ‘dévouement dont nous parlerons tout à l'heure, — mais parmi ces créatures, il en est qui sont plus proches de notre cœur ou de notre âme, et celles-là doivent être pour nous l’objet d’une affection et d’un dévouement tout particulier. | Ce sont, pour nous tous, nos parents, nos amis, nos bienfaiteurs ; c'est de plus, pour vous religieuses, chacun des membres de cette famille que vous vous êtes choisie, qui vous a acceptée, et au milieu de laquelle vous vous sentez chez vous tout aussi bien que vous vous sentiez chez vous autrefois, au milieu de ces êtres chéris que vous appeliez mon père, ma mère, mes frères, mes sœurs.

Donc famille spirituelle, famille de l’âme

même de la communion sacramentelle vous savez bien que par la grâce, cette personne demeure dans le Christ, qu’elle est un membre de son corps, qu’elle fait par conséquent partie de lui et lui emprunte sa dignité, sa valeur, sa vertu.” (Mgr Gay.)

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qui est devenue aussi la famille du cœur ; oh! celle-là, il faut l'aimer d’une affection bien tendre et bien dévouée parce que, selon l’expression de St François de Sales, elle est pour vous la plus aimable, la plus désirable ; elle est votre patrie, elle est la barque dans laquelle sue vous a placée pour vous conduire au ciel.

Et si votre titre de religieuse ajoute à votre titre de chrétienne un motif puissant pour vous dévouer au soulagement, au bien-être, au salut de tous, ce titre vous impose une obligation plus pressante pour vous dévouer au soulagement, au bien-être, au salut de toutes vos sœurs.

C’est de cette charité pour les vôtres, — si bien appelée charité fraternelle, — que nous voulons surtout parler ici.

1. Toute communauté religieuse est une famille ; elle représente cette grande famille des premiers fidèles du temps des Apôtres.

| Ils s’'appelaient entre eux du nom de frères et

de sœurs : c’est le nom que vous vous donnez ; —ils mettaient leurs biens en commun: c’est là ce que vous faites ; — ils n'avaient qu’un cœur et qu’une âme ; c’est ce que vous devez avoir, —on disait d'eux: voyez comme üls s'aiment ; c’est là ce que les anges du ciel doivent dire, ce que les étrangers qui pénètrent dans vos maisons doivent penser ; voilà aussi ce que vous devez pouvoir dire vousmêmes : Oh! comme nous nous aimons !

S'il n’y a pas tout cela parmi Let vous

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serez une association quelconque, vous ne serez pas une famille d’âämes chrétiennes ayant no ère le Sauveur Jésus-Christ, car il a it: qu'il ne reconnaîitrait pour siens que ceux qui s’aimeraient entre eux (1). | 2. Toute communauté est une famille qui sous la conduite de Dieu a une mission spéciale à remplir, mission qui demande la tendance de chaque membre vers un même but ; or cette tendance unique ne peut avoir lieu qu’autant que tous les membres s'aime.

ront non pas seulement d’un amour général qui fait qu’on se rend service à l’occasion et qu'or évite simplement de se n ‘re, mais de cet amour particulier qui pat à se faire plaisir l’un à l’autre dans toutes les occasions possibles, — non pas seulement de cet amour qui se supporte, maïs de cet amour qui se fortifie, qui se soutient, qui se communique l'un à l’autre les connaissances acquises, qui s'oublie soi-même pour penser au bien gé.

néral, qui enfin ne cherche ni sa gloire nji sa satisfaction personnelle, mais l'intérêt et la gloire de la communauté, 3. Toute communaüté est une famille dont les membres ne sont unis ni par le sang ni ar l'intérêt, mais par l'affection mutuelle, — Ôtez cette affection, chacun des, membres venu d’un pays différent ayant un caractère différent, cherchera par instinct à faire prévaloir ses idées, à satisfaire ses goûts, à pro-

(1) St Jean, xrri.

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curer son intérêt particulier, et la communauté sera comme un édifice dont le ciment est enlevé : la désunion s’y introduira, les forces sy feront opposition et se neutraliseront ; il y aura impuissance, souffrance, désordre, en attendant qu'il y ait destruction et ruine, selon la parole de Jésus-Christ :

Toute maison divisée et opposée à elle-même ne subsistera pas.

4. Toute communauté est une famille dans laquelle doivent se trouver réalisées les promesses que Jésus-Christ a faites à ceux qui,

our lui, ont quitté leur père, leur mère, eurs biens matériels ; et ces promesses sont, outre la vie éternelle, le centuple sur cette terre, — le sentiment de la douceur et de la suavilé du joug de Dieu, —]la manifestation de sa présence au milieu de ceux qui, réunis, prient en son nom.— Toute communauté avec les peines inhérentes à la nature humaine, doit offrir et être réellement un reflet du Paradis.

c'est la charité; c’est la charité aussi qui seule peut faire la joie d’une communauté.

Sans la charité, on soufïfre et on souffre beaucoup dans les communautés, on y souffre perpétuellement, on y souffre sans consolation et sans mérite, — et pour comble de malheur ce manque de charité, qui finit tôt ou tard ar être connu au dehors donne un scandaeux crédit à cet indigne propos des ennemis de l’état religieux, propos que nous ne transcrivons qu’en rougissant, mais qu'il est utile

Ce qui fait la joie du Paradis:

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cependant que toutes les religieuses connaissent : Dans les maisons religieuses on s'y réunit sans se connaître,—on y vit sans s'aimer, — on se quitte sans se regretter.

La charité c’est, avant tout, ce qui fait la réputation d'une communauté dans l'esprit des personnes du dehors. Y} a-t-il de l'union? C’est une des premières choses qu’on demande ; et ce qui amène des postulantes dans une maison, c’est toujours, sans doute, la pensée de faire son salut, mais c’est aussi la convicticn intime que dans la vie religieuse on s'aime, on se prévient, on se soutient, on s'excuse, on est réellement des sœurs les unes pour les autres.

Ne sentez-vous pas la force de toutes ces raisons ? Et ne comprenez-vous pas l’obligation d'aimer que vous impose votre titre de religieuse ?

Les punitions terribles réservées aux âmes qui violent 1e commandement de l'amour du prochain.

Nous empruntons à Bourdaloue si peu porté à l’exagération le développement de cette pensée.

‘ S1 je n'aime pas mon frère aussi parfaitement que Jésus-Christ me l’ordonne.

1. Il est de la foi que je n’ai pas la vie de la grâce : Celui qui n'aime pas son frère est dans ‘un état de mort.

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2. Il est de la foi que je suis dans le plus déplorable aveuglement : Celui qui n'aime pas son frère marche dans les ténèbres.

3. Il est de la foi que je me rends coupable d’une espèce de meurtre: Celui qui n'aime pas son frère est homicide.

Trois malédictions marquées par St Jean, et d'autant plus à craindre qu’elles sont plus communes. En voici le sens et l'explication :

I. Si je n'aime pas mon frère, je suis dans un état de mort, c’est-à-dire dans l’état de péché mortel; car il n’y a que le péché mortel qui puisse causer la mort à mon âme. Or, le péché où tombent plus aisément les personnes mêmes qui font profession de piété et les âmes religieuses, c’est celui qui attaque et qu: blesse la charité, puisque, pour pécher grièvement en ce point, 11 ne faut qu’un secret sentiment de haine ou de vengeance, volontairement conçu et entretenu. Péché qui se forme si prompternent dans le cœur, que, sans une grande rrécaution, il est trèsdifficile de l'arrêter. Péché qui se tourne “rès-aisément en habitude, et où l’on demeure quelquefois des heures entières. [1 y a certaines conditions qui, par elles-mêmes, nous mettent assez à couvert des autres péchés. de l'ambition, de l’avarice, de l’impureté ; mais il n’y a point de condition où l’on ne soit exposé à celui-ci.

C'est souvent dans les plus saints états qu’il M à avec plus d’empire et plus d’impunité.

. Si je n'aime pas mon frère, je marche

dans les ténèbres. Mais pourquoi en commettant ce péche suis-je plutôt dans les ténebres qu’en commettant les autres? En voici la raison, qui est évidente: c’est que les péchés contre la charité sont ceux où il est lus ordinaire et plus facile de se faire une ausse conscience, une conscience peu exacte, une conscience seion ses vues, selon ses desseins, selon ses inclinations, selon ses antipathies. Or, rien n’est plus sujet à l’illusion que nos vues et nos idées particulières, que nos antipathies et nos inclinations naturelles. C’est que l’article de la charité est celui où l’on se flatte davantage, et où l'on trouve plus de spécieuses excuses pour se justifier, quelque criminel que l’on soit. C’est qu’il arrive même tous les jours qu’on érige en vertus les actions, les sentiments, les discours où la charité est le plus visiblement offensée. On appelle zèle de la gloire de Dieu, zèle du salut des âmes, zèle de la vérité et de la pure doctrine, ce qu’il y a dans la médisance de plus outrageux et de plus calomnieux. Bien loin d’en avoir quelque peine, on s’en fait un mérite devant Dieu, et l’on s'en glorifie devant les hommes. | LIL. Si je n'aime pas mon frère, je suis homicide : et de qui ? de moi-même, de la charité et du prochain. De moi-même, puisque je tue mon âme par une des blessures les plus mortelles sie puisse recevoir. De /a charité, puisque j'éteins, autant qu’il est en moi, ce principe de toute société : de la société, hu-

maine, de la société chrétienne, surtout de la société religieuse. Du prochain, puisque je le fais mourir en quelque sorte dans mon cœur, où il devrait vivre, et où je devrais le porter. Quiconque saura bien pénétrer toutes ces vérités, oh ! comme il se trouvera redevable à la justice de Dieu, de Dieu l’auteur de la charité, qui doit prendre un jour sa

cause en main, et venger hautement ses intérêts!”

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