CARACTÈRE DE L'AMOUR DÜÙ AU PROCHAIN
Si le mot souplesse renferme à lui seul tous les caractères que doit avoir Pamour de Dieu, il est aussi nn seul mot qui résume les caractères de l'amour du prochain; c’est le mot dévouement.
Nature du dévouement
Le dévouement c’est le don de soi pour le bien et l'utilité d’un autre.
Le dévouement c’est le sentiment qu'éprouvait St Paul quand il disait : Me voici prét à me donner moi et tout ce que j'ai pour les dmes (1).— Qui de vous souffre sans que je
(1) Cor, x, 15,
souffre moi-même (1).— Je me suis fait tout à tous pour vous gagner tous à Jésus-Christ (2).
Le dévouement c’est, à chaque instant, la mise en action de cette parole de Jésus-Christ : Je ne suis point venu pour étre servi mais pour servir (3).
C'est, comme Jésus-Christ dans le tabernacle, se tenir, à toute heure, à la merci de tous;
C’est, comme Lui, soupirer après le moment de pouvoir donner sa vie pour les autres, et en attendant cette heure qui. pour nous, vient rarement, c'est donner, dans la mesure du devoir imposé, son intelligence, son temps, son influence, ses richesses, sa santé, son être tout entier. |
“Le dévouement, dit le P. Lacordaire, c'est l’immolation de soi,et quiconque ne va pas jusque là n’aime pas. Qui aime se dévoue, c'est la conséquence (4).”
(1) 1x Cor. xt, 29.
(2) x Cor. 1x, 19.
13) St-Math. xx, 28.
(4) Si vous n’éprouvez pas d’une manière sensible ces senliments qui font oublier toutes les fatigues et toutes les peines et que l’auteur de l’Imiülalion de Jésus-Christ décrit si bien dans un langage que nul n’a surpassé (livre ur. C. 5.) nevous troublez pas; ces sentiments ne sont pas nécessaires pour accomplir la loi de la charité. |
Le dévouement réside dans /a volonté. C'est la volonté qui dominera vos antipathies naturelles et mettra vos facultés et vos membres au service du prochain.
C’est la volonié qui dirigera vos mains pour soigner
Voilà l’idée que tout chrétien, toute reli.
gieuse surtout, se fait du dévouement ; l'idée ue chacun de nous retrouve simplement au ond de son âme, quand cette âme s’est conservée pure ou que, par la pénitence, elle a reeouvré son innocence ; mais pour se donner, pour s’immoler ainsi, non pas à telle personne, non pas dans telle circonstance, mais toujours, mais à fous, mais en tout, chacun de nous sent aussi que dans l’état actuel de notre nature, gâtée par le péché originel et affaiblie encore par les péchés actuels, il faut être aidé par une grâce toute spéciale.
Cette grâce, sans doute, Dieu l’a répandue dans toutes les âmes parce que à toutes il a
le prochain malade dans lequel elle vous montre l'enfant de Dieu.
C’est la volonté qui inspirera vos paroles et les rendra compatissantes, fortes, lumineuses, selon que le prochain ra besoin de compassion, de secours ou de lumières.
C'est la volonié qui soutiendra votre dévouement contre l’ennui, le dégoût, l’ingratitude et lui donnera la constance, parce que cette volonté sera fortifiée par la parois et les promesses divines,. |
‘âme qui se dévoue et qui n’éprouve aucun de ces sentiments de sympathie, d'affection, de pitié, qui soutiennent et fortifient, souffre et souffre beaucoup en se dévouant. — Mais qu'elle ne se lasse pas, qu'elle continue et qu’elle attende. Dieu lui a promis une récompense qui dépassera toutes les récompenses de la terre: C’est mot, moi ion Dieu, qui serai la récompense, a dit le Seigneur. — Du reste il est rare que,
même sur la terre, Dieu ne fasse éprouver les joies du dévouement,
— ÀEh —
imposé ce précepte: Vous aimerez votre prochain, et que Dieu ne commande rien sans donner tout ce qui est nécessaire pour laccomplissement de son commandement ; — mais on peut dire que les dmes consacrées à Dieu par les vœux de reiigion s'étant données tout spécialement pour devenir entre ses mains divines les instruments de son inépuisable bonté pour les hommes, — les représentants de sa miséricorde, — les continuateurs de l’œuvre commencée par Jésus-Christ, —on peut dire que ces âmes ont reçu plusabondamment la grâce de la charité pour le prochain.
Puisqu'’elles devaient être les aides de Dieu et tenir en quelque sorte sa place, ne fallaitil pas que Dieu, qui est essentiellement charité, leur donnât une immense part de ce qui fait son être divin ?
Aussi le dévouement est l'atmosphère spéciale des maisons religieuses ; Jà tout le monde y est entré poussé par la pensée de se donner à Dieu et au prochain; là toutes les actions sont faites dans cet esprit de dévouement ; là toutes les souffrances sont supportées par dévouement. Le dévouement soutient dans les ennuis de l’âme, il soulage dans les fatigues corporelles, il fait patienter dans les douleurs physiques et morales. Une maison religieuse dans laquelle on n’aimerait pas ardemment Dieu et le prochain, dans laquelle la charité fraternelle surtout n’existerait pas à un degré suréminent, ne peut se concevoir aux yeux de la foi. : | |
Objet, motif, mesure du dévouement
1. L'objet de ce dévouement est toute créature capable de connaître Dieu, de l’aimer et de le glorifier dans le ciel; et dans cette créature, le dévouement tend surtout à faire du bien à son âme ; les soins donnés au corps ou à l’intelligence ne sont qu’un moyen pour arriver jusqu’à l’âme. ‘ Dès que nous aimons, nous qui voulons nous sanctifier par l'amour, dit le P. Lacordaire, nous voulons sauver l'âme que nous aimons; c’est-à-dire lui donner, au prix de notre vie: la vérité dans la foi, la vertu dans la grâce, la paix dans la rédemption, Dieu enfin, Dieu connu, Dieu aimé, Dieu servi.”
C'est là l’objet général du dévouement ; mais, comme nous l’avons dit, le dévouement de la religieuse a un objet spécial: c’est sa communauté, ce sont ses sœurs.
Sa communauté ! c’est pour elle et pour les œuvres qu'elle embrasse que la religieuse doit dépenser toc i ce qu’elle a d'activité, ds force, d'intelligence, de savoir faire.
Ses sœurs ! C’est pour leur soulagement et pour leur sanctification qu'elle doit dépenser tous les trésors que Dieu a mis dans son cœur.
2. Le motif et la fin de ce dévouement c’est Dieu, toujours Dieu, rien que Dieu. ‘ Ce n’est
as un mal sans doute, écrit St-François de es d'aimer quelqu'un parce qu'il nous fait
= ee te < RE
HAx CFE
Em,
SE
EP ge rE Ts. ES - ES SL =
du bien ou parce que nous voyons en lui de belles qualités, pourvu que nous l’aimions plus ar rapport à Dieu que pour ces motifs umains, cependant moins nous l’aimons à cause de ses qualités naturelles, plus notre amour est pur et parfait. Cet amour pur n'empêche pas que nous ne puissions aimer certaines personnes, comme n0s parents, nos bienfaiteurs et ceux qui sont vertueux, plus que les autres, quand cette préférence naît de la pius grande ressemblance que ces personnes ont avec Dieu et parce que Dieu le veut ainsi.” Le chapitre premier de l'Evangile de St-Jean nous expose avec clarté et précisions les différents motifs qui peuvent diriger nos pensées et nos actions. Ces motifs sont au nombre de quatre : le tempérament ou caractère, — la passion, — la raison, — la grâce enfin qui seule nous fait mériter le ciel et nous rend pour l'éternité les enfants de Dieu. Les enfants de Dieu, dit-il, sont ceux qui ne sont pas nés du sang, — voilà le tempérament ; ni de la volonté de la chair, — voilà la passion ; ni de la volonté de l'homme, — voilà la raison ; mais de Dieu même, — voilà la grâce (1). Et le même Apôtre enseigne que c’est par l’amour de charité qu’on reconnaît les vrais enfants de Dieu : celui qui aime est né de Dieu... car Dieu est charité (2). .
(1) St Jean 1, 13.
(2) St Jean, rép. 1v, 7. — L'application de ce principe est fécond en enseignements pratiques. Vous vous attendrissez à 12 vue d’un pauvre tout couvert
aime
intell
amo raiso même de la
Qu donné Dieu, ne pu cœur | toire ] Dieu :
prinous puvert
3. La mesure de ce dévouement est indiquée par Jésus-Christ : Vous aimerez votre prochain comme vous-même, dit-il, —non pas autant que vous, explique St Thomas, mais d’un amour semblable à celui que vous portez à vousméme, —et pour nous faire comprendre la portée et le sens de ce commandement il dit:
Vous lui ferez tout ce que vous voudriez qu'on
de plaies et vous en avez pitié. Quel esi cet amour ? Un amour lout naturel provenant de votre tempérament, et qui vous donnerait les mêmes émotions pour un animal que vous verriez souffrir ; cet amour est sans mérite parce que le mérite pour l'éternité ne saurait venir du sang : non ex sanguinibus. Vous aimez une personne parce qu'elle vous plait, qu’elle est gracieuse, aimable; vous en aimez une autre parce qu'elle vous est utile et que vous attendez d’elle quelque avantage. Quel esi cet amour? Un amour de concupiscence et. par conséquent sans mérite parce que le mérite pour l'éternité ne vient pas de la chair; non ex volunlale carnis.
Vous aimez une personne parce qu’elleest honnête, intelligente, vertueuse; une autre parce qu’elle vous
aime et qu’elle est une de vos pafentes. Quel est cet
amour ?. Un amour bon sans doule mais inspiré par la raison humaine et par conséquent sans mérite en luimême parce que le mérite pour l'éternité ne vient pas de la raison de l’homme : non ex volu.udale viri.
Quel est donc l'amour mérilaire ? Celui qui est donné par le cœur pour obéir à Dieu, — en union avec Dieu, — à cause de Dieu. Une âme pieuse disait ; Je ne puis aimer sans meltre Dieu entre mon cœur el le cœur de ceux que j'aime. Voilà l'amour qui est méritoire pour l'éternité, l'amour qui fait les enfants de Dieu: sed ex Deo nali sunt.