‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 37 · CAUSES DES FAUTES QUI SE COMMETTENT CONTRE LA CHARITÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

CAUSES DES FAUTES QUI SE COMMETTENT CONTRE LA CHARITÉ FRATERNELLE

La charité est si attrayante par elle-même, % — elle est si bonne pour le cœur, — elle est si ve méritaire pour l’âme, — elle est si nécessaire ie pour aller au ciel, — elle est si facile à tout le 1

monde et à tous les instants, --elle rend si LUE douce la vie de communauté qu’on se de- À mande comment il est possible qu’on puisse HA ne pas l’aimer avec enthousiasme et ne pas ‘1 sadonner de toutes les puissances de son âme à la pratiquer.

Et cependant les plaintes qui s’échappent !

de presque toutes les communautés se résument toutes dans cette seule parole : Nous ne 4 nous aimons pas assez ! | f: 4

C’est que la pratique de la charité demande pet de l’abnégation, du dévouement, de l'oubli LÉ de soi-même ; elle demande une lutte pénible, douloureynse, incessante contre les penchants

mauvais de notre pauvre nature viciée par le

péché. d De ces penchants naissent : 1 L’indifférence qui nous porte à mépriser ou le

à négliger au moins nos sœurs, et L’égoïisme qui nous porte à ne penser qu’à se

nous, — à ne nous occuper que de nous — et ce

nous rend jaloux, médisants, rapporteurs, es: L'esprit de propriété qui nous resserre le qu

cœur et tarit en nous la générosité que mi

demande Jésus-Christ, | La sensualité qui nous porte à nous attacher qu

d’une manière toute naturelle à une com- pié pagne qui nous plait, à concentrer sur elle son notre affection et par conséquent à nous (

refroidir pour toutes les autres.

Tout autant de causes qui affaiblissent et détruisent en nous la charité due au prochain.

L’indifférence

L'indifférence naït, dans une religieuse, de l’affaiblissement en elle de l'esprit de pété.

Elle néglige ses prières, elle fait mal son oraison, elle ne vit plus unie à Dieu ; et petit Æ qui à petit elle ne voit plus ses sœurs dans le cœur Æ qui de Dieu, sa communauté n’est plus sa famille, E Ya m ses compagnes ne sont plus à son âme ce E salu qu'étaient à son cœur les membres de sa famille naturelle et elle se surprend à se dire : ‘ Cette compagne ne m'est rien; il n’y a

entre elle et moi aucun lien ni de parenté ni d'amitié ; je serais fâchée sans doute qu'il lui arrivât du mal, je lui souhaite même tout le bien qu’elle peut désirer; mais voilà tout et c’est bien assez. Pourquoi m'inquiéter de ses peines, et m'informer, ou même m'’apercevoir si elle est triste ou joyeuse ? Si elle est contente, tant mieux ; si elle ne l’est pas, que puis-je faire ? elle à son travail, j'ai le mien ; elle a ses peines, j'ai les miennes...”

Nous n’exagérons rien et les religieuses qui se sont relâchées dans leur devoir de piété reconnaîtront bien là les pensées qui sont venues troubler leur cœur.

Oh ! n'est-il pas vrai, maintenant que vous lisez cette page devant le bon Dieu, que ces pensées sont bien mauvaises et que lesnourrir c'est vous rendre bien coupable ?

Indifférente ! Cette compagne à qui vous donnez le nom le plus doux qui existe sur la terre après le nom de mère, le nom de sœur!

— avec qui vous priez tous les jours et près de qui, tous les matins, vous recevez dans la sainte Communion le même Dieu qui vous dit à toutes deux : mes enfants !

Indifférente ! Gette compagne plus ancienne, qui vous a reçue dans la communauté, — qui vous a matériellement initiée à la vie de la maison et qui s'intéresse si vivement au salut de votre âme !

Indifférente ! Cette compagne avec qui vous avez fait votre noviciat, — que vous avez | réellement aimée et qui vous aime encore,—

qui si souvent vous a soutenue dans vos À ennuis, — qui prie tous les jours pour vous ; et que vous attristez par votre visage froid et F votre silence affecté ! |

Indifférentes ! Toutes ces compagnes en fa- 3 veur de qui Dieu a fait tant de miracles, qu’il 4 aime tant et dont il est tant aimé! — ces Fa compagnes si saintes, malgré tout ce que se peut dire votre imagination, si vertueuses, si | charitables, si régulières ! — ces compagnes LS dont les prières peut-être empèchent Dieu de à" vous punir, —ces compagnes enfin à qui ell Dieu demandera, avant de vous ouvrir les I portes du Ciel: Vous a-t-elle aimées toutes! de

Ne voyez vous pas que cette indifférence À] à déjà si coupable, puisqu'elle fait de vousnne J oublieuse, une ingrate, une injuste et qu’elle . force Jésus-Christ à être indifférent pour .

‘vous, ne voyez-vous pas qu'elle vous con- E D duira peu à peu à l’antisathie, puis à l’aversion È et qu'elle mettra votre âme dans un état habituel de péché ?

Lisez attentivement les deux réflexions sui- | vantes :

l. La profession, renouvelant, fortifiant et complétant les vœux du baptême a fait de vous toutes une nouvelle famille, c'est comme uue naissance nouvelie qu’elle vous a donnée, et vous voilà devenues membres d’un même corps, obligées — sous peine de manquer à un devoir rigoureux — de vous servir les unes les autres, de vous soulager, de vous protéger au même titre, dit St Paul, que les

VOS vous id et

An faqu'il — Ces > que ses, Si agnes ieu de à qui rir les tes !

férence us ‘ne qu'elle t pour s Conversion in était

ons sui-

fiant el fait de

comme 0 onnée, même 1quer à ir les de vous que les

membres du corps doivent se servir, se soulager, se protéger. L'œil ne dit pas à la main : je n'ai pas besoin de votre secours. La tête ne dit pas aux pieds : vous ne m'éles point nécessaires (1).

2. La profession a fait de vous toutes des âmes aimées particulièrement de Dieu, des âmes à qui Dieu s’est communiqué et qui se montrent à nous, portant chacune d'elles gravé dans leur âme, mais bien visible au regard de la Foi, {a marque ou le sceau du Dieu à qui elles appartiennent et au nom de qui elles agissent.

Demandez à un négociant pourquoi il ouvre ses trésors à un inconnu; pourquoi il lui remet, sans hésiter, une somme d'argent considérable ? Il n’est ni son parent, ni son ami, ni son bienfaiteur ; il n’attend de lui ni récompense ni même un remerciement. — Pourquoi donc cet acte de confiance à un étranger, à un homme qui ne fait que passer et qu'il ne verra plus ? C’est que cetétranger est porteur d’une lettre de change qu’il a acceptée ou d’un billet qu'il sait dûment signé par un ami. — Voilà bien ce qui doit se passer entre nous. Chaque âme chrétienne, chacune de nos sœurs surtout, n’est-elle pas porteur d’une lettre de change tirée par Jésus-Ghrist sur vous ?. Cette lettre ainsi conçue : Ce que vous ferez à l'un des miens vous me le ferez à moi méme n'est-elle pas signée et scellée du sang

(1) 1. Cor. xu, 12 et 5,

de Jésus-Christ ? Chaque sœur ne la porte:telle pas comme imprimée sur son front ? Ne l’avez-vous pas acceptée en devenant chrétienne, et n’en avez-vous pas renouvelé et ratifié l’acceptation par votre profession religieuse ?

Parmi les sœurs qui portent ce sceau spécial de Dieu, il en est en qui cette marque divine se montre plus spécialement. Ce sont les sœurs dgées et les sœurs infirmes, dont nous avons déjà parlé.

Ah ! celles-là ! elles ont droit à votre respect le plus profond et à vos attentions les plus délicates !

Les sœurs dgées! Respectez-les. ces vieilles servantes de Dieu, qui se sont usées à son service et à qui vous devez, en grande partie, le bien-être dont vous jouissez dans la communauté. Remontez à quarante ou à cinquante ans, demandez-leur les peines qu’elles ont eues, le travail auquel elles se sont livrées pour mettre la maison dans l’état où elle est, et vous serez étonnée de toutce qu’elles ont fait.

Elles ne peuvent plus travailler à cette heure, mais elles sont encore le soutien de la communauté, et leur seule présence retiènt, commande, avertit, empêche beaucoup de fautes et beaucoup de relâchement.

. Elles sont les gardiennes de la règle, le conseil

permanent des jeunes sœurs qui sentiront réellement un vide autour d’elles quand elles ne seront plus là, ces chères anciennes si édifiantes,

e-t- Et lesinfirmes sur qui la main de Dieu semble Ne s'être appesantie! celles-là, par leur résigna- 1ré- tion, par leur patience et par leur humilité, , et — car il faut beaucoup d’humilité pour supreli- porter en paix de se voir ainsi énutile quand on est encore jeune surtout, — expient pour écial vous, — vous épargnent des punitions mévine ritées, — éloignent de vous des tentations t les auxquelles vous risqueriez de succomber. nous Ne soyez pas indifférentes pour ces pauvres sœurs ou âgées ou infirmes,; entourez-les de spect soins ; elles sont si sensibles à une attention plus délicate ; elles ont tant besoin de services ! Ecoutez-les patiemment, ne vous montrant eilles pas: fatiguées de leurs redites; allez quand n ser- vous le pouvez, leur tenir compagnie et tie, le gardez-vous de leur faire entendre qu'elles mmU- donnent beaucoup de peines et quelles sont ruante inutiles !

ss ont Ne soyez pes non plus indifférentes les unes é aux autres. Vous prierez tous les jours pour

toutes vos sœurs, demandant instamment à Dieu qu’elles se sanctifient et que vous les aimiez bien. — Vous accepterez simplement, bonnement et joyeusement un service et vous le rendrez de même. — Sans jamais laisser en souffrance l'emploi dont vous êtes chargée, vous saurez cependant prêter le concours de votre expérience et de votre aide pour le succès de l'emploi des autres. — Vous serez disposée à avoir pour vos sœurs ces pelites attentions qui font plaisir et adoucissent la vie. — Vous vous rendrez mutuellement ces mille

petits services qui indiquent une affection sincère et dévouée et enrichissent les autres sans appauvrir la personne qui les rend, et fallûtil vous gêner un peu pour arranger les autres, vous n’hésiterez jamais: Un peu de di mal supporté n’est pas comparable à beaucoup ;

de bien fait à quelqu'un. Pa II sur

not

L’égoisme con

pré:

L’égoïsme, ce sentiment exagéré de l'amour arl de soi-même — l’orgueil du dedans, comme on P l’a si bien appelé — est l'ennemi mortel de Æ la charité due au prochain. Faisant de sot le : centre de tout, la fin à laquelle on rapporte tout, la règle selon laquelle on juge de tout, EE, À l’égoïsme remplit tellement le cœur de l’amour ti de soi qu'il n’y reste, dans ce pauvre cœur, ’ plus de place pour le prochain. Claquemu.é dans son individualité, l’égoïsme est étranger E ° à toute affection dont il n’est pas l'objet direct Ep, et il finit par devenir l'être le plus à chargeiE,; 7e lui-même et partant le plus malheureux. On Fe a peine à l’avouer à. soi-même’ ce hideux Justic défaut ; mais si l’on examine, avec un peu de soin, d'où proviennent la plupart des fautes que l’on commet contre la charité, on reconnaîtra facilement qu’elles viennent presque toutes de l’égoisme.

.. 4. Voyez par exemple si /a jalousie, ce sentiment pénible qui, semblable à un ver, ronge

t10n le cœur et ne lui laisse aucun repos, n’est pas

aires À un fruit de l’égoïsme ?

d, et Une préférence accordée à un autre qu’à

r les nous, nous semble une injustice et nous in-

eu de dispose tout à la fois contre celle qui en est

COUPE l'auteur et celle qui en est l’objet : égoïsme, jalousie.

Un avantage qu’une de nos compagnes a sur nous, un succès qu’elle remporte et auquel nous prétendions, nous offusquent, nous mécontentent et nous disposent à manquer de prévenances envers eile et peut-être à mal

amouT LE parler d’elle : égoïsme, jalousie.

me on Une attention que nos supérieurs ont pour tel de L'une de nos compagnes, un emploi qui lui est > soile À donné et auquel nous aspirions, nous portent pporte LE à croire qu’elle est plus aimée, plus estimée e tout, Ê que nous, et fait naître, en notre cœur, un 'amouT E sentiment pénible qui, à la première occasion, cœur, Rse manifestera par des murmures, par des emu€ E plaintes, par des bouderies : égoïsme, jalousie. rangel LR Une louange donnée en notre présence: à L direct Ê l'une de nos compagnes nous froisse. nous harge à Raigrit, et se montre à nous comme une in-

X. On justice qu’on nous fait : égoïsme, jalousie. hideut L' Un avis qu’on nous donne, une observation peu de Equ’on nous fait, ne s'offrent à notre esprit s fautéS Due comme une marque de la prévention rec Eov’on nourrit contre nous et du défaut d’afpresque Efection dans ceux qui nous parlent: égoïsme, . Malousie. | esenil-E [a charité ne peut pas habiter dans un , 006€ Ecœur ainsi ravagé par la jalousie. Oh ! pauvre

âme, qui éprouvez ces sentiments, qui vous

Æ apntté modem. > rs

en trouvez si humiliée et qui désirez si À mé | x LM ardemment en être délivrée, allez souvent ] E LC devant le Très-Saint Sacrement et vous adres- ot

AT sant au Cœur de Jésus répétez-lui, des heures | k 4 entières, avec toute l’ardeur dont vous serez £ (4 À capable : Jésus doux et humble de cœur rendez Æ san Ÿ mon cœur comme le vôtre ! — Jésus oublié et Æ co | {: : méprisé, apprenez-moi a étre oubliée etcompiée LE sais a: pour rien ! — Jésus qui vous étes fait le servi E con Lai teur de tous, faites que je devienne la servante Æ fon! Hi de toutes nos sœurs ! — Jésus, si bon pour tous, Æ mor ES si dévoué pour tous, accordez-moi la grâce de Æ qu | | | fu me donner, de me dévouer comme vous ! tuer L''TEMRS 2. Voyez encore comme il vient de l’égoïsme Æ c’est | | 4 ce péché si facile à commettre, si répandu Æ raba LRQME dans toutes les classes de la société, si com- Æ qu’o LEFER mun — il faut le dire en rougissant — parmi Æ des : HUE les personnes. adonnées à la piété: la médi Æ JL: HEC sance. quo:

| 11 D’après les Livres Saints la médisance rend Æ n’est | ù celui qui la commet un étre abominable (1), et Æ heur LE elle a pour résultat ordinaire de détruire Æ lorsq || I! | totalement la charité dans une communauté. Æ lorsq RUE La charilé, en effet, unit les âmes et les Æ caché FE cœurs, — la médisance les désunit. lorsq | La charité supporte et cache les faiblesses est ré et les fautes, — la médisance découvre au Æ croit grand jour le mal qu’elle voit. La La charité guérit les plaies de l’âme et du E qu’on cœur, — la médisance les envenime. le din rieux

(1) Prov., xxiv, 9.

| VOUS La charité ne respire que la paix, — la ez Si À médisance allume partout la discorde. uvent La charité porte au respect et à la soumission adres- our l'autorité, —lamédisance fait tomber petit eures etit l’auréole qui entoure les supérieurs. s serez ttout ce mal que fait la langue médirendez Æ sante par ses révélations est le résultat d’un yblié et BE cœur égoïste. Pourquoi, en effet, cette sœur omptiée à saisit-elle toutes les occasions de dénigrer ses e servi ne 1 re Pourquoi épie-t-elle le mal que ervante Æ font les autres et va-t-elle le redire à tout le r tous, E monde ? — C’est qu’elle ne peut souffrir râce de E qu’une autre dans la maison soit plus ver- ! tueuse, plus favorisée, plus estimée qu’elle ; égoïisme Æ c'est qu'il lui semble qu’elle se grandit en épandu LE rabaissant les autres; c’est qu’il lui semble si com- E qu'on lui enlève à elle tout le bien qu'on dit parmi È des autres.

a médi- La médisance se commet directement lorsqu'on impute au prochain un crime dont il ce rend À n’est pas coupable, c’est alors calomnie, péché le (1), et & heureusement rare dans les communautés, — létruire lorsqu'on exagère une faute commise, — unauté. à lorsqu'on découvre sans nécessité une faute s et les cachée on un défaut qui n’est pas connu, — lorsqu'on interprète en mal une action qui iblesses E est réeilement bonne ou que tout le monde vre au E croit bonne.

La médisance se commet indirectement lorsne et du Equ'on nie le bien qu’un autre a fait, — qu’on

le diminue, — qu’on garde un silence injurieux alors qu’on devrait approuver ou confrmer les éloges que d’autres donnent à

quelqu'un, — lorsqu'on loue l’action âu prochaïn avec tant de froideur qu’on diminue l'estime qu’il a méritée.

La médisance devient plus ignoble quand, dit St Bernard, elle se couvre du manteau de l'hypocrisie. Quelquefois elle affecte des manières humbles. un air modeste, une voix pleine de compassion et de tendresse, laissant tomber des paroles comme celles-ci : ‘ J’éprouve une réelle douleur de voir ma sœur tombée dans un si grand désordre; je l'aime tant! je voudrais bien n'être pas obligée à dire ce qu’elle a fait, mais tout le monde le sait. Pauvre compagne si bonne cependant!

Voyez jusqu'où elle en est venue. etc.

Ecoutez les paroles pleines de sens et de raison que le P. Valuy met sur les lèvres de

la victime de la médisance : ‘ Vous vous É

dites mes sœurs et je ne suis par personne au monde moins estimée et moins respectée que par vous. Est-ce que ma qualité de religieuse et la majesté de Jésus-Christ dont je suis devenue l’épouse, au lieu de m’ennoblir m'aurait flétrie et uégradée ? Vous vous garderiez de toucher à mon or, si j'en avais; et vous me ravissez mon honneur mille fois plus précieux! sésus-Christ n’a-t-il donc pas encore, par tant de communions, déposé sur votre langue un peu de douceur et dans votre cœur un peu de charité ? En mangeant l’Agneau deviendrez-vous des loups, comme le reprochait St Chrysostôme au clergé d’Antioche ? Et vous, qui fuyez si scrupuleuse-

1 proninue

quand,

eau de

les MAe voix aissant . we J'éa sœur > J'aime ligée à onde le endalit

sonne au citée que de reli-

dont Je ennoblir g VOUS n avais;

ille fois donc pas ogé sul ans voire angeani comme gé d'Anpuleuse-

ment les vices grossiers du monde, n'avezvous nul souci de vous damner par vos médisances ? ” (1)

Un mot seulement du jugement téméraire qui est la médisance préparée et élaborée lentement dans le cœur. Ilest défendu par Dieu, vous le savez bien.— Il est le plus souvent injuste parce qu'il se forme sur de simples apparences, — il est le produit de l’envie, de l'aversion, de-l’intérêt, — il vous expose à être jugé par Dieu sans aucune miséricorde. Suivez donc le sage couseil de St François de Sales qui dit : Si une action avait cent visages je la regarderais toujours par celui qui est le plus beau; et pensez que cette compagne que

(1) On a dit que pour ne pas tomber dans le vice de la médisance, il fallait être aveugle, sourd el muet. — Aveugle pour ne pas voir le mal où il est, loin de le soupconner où il n’est pas, — sourd pour ne point écouter les rapports, — muel pour ne pas répandre ce qu’on aurait été contraint de voir ou d'entendre.

Et cette parole est vraie. Si nous sommes humbles nous serons cet heureux aveugle qui ne voit pas le

| mal dans les autres parce qu’il ne se croit pas le

droit d'examiner ni de juger, — nous serons cet heureux sourd qui ne comprend pas la gravité du mal qu’on lui rapporte parce qu'il a asssz à faire à s’occuper du ma] qu’il commet lui-même, — nous serons cet heureux muet qui ne parle pas du mal qu'il connait parce qu'il se sent plus coupable lui-même que tous les autres et qu'il a besoin qu’on ne parle pas de ses fautes.

Et si nous sommes charilables, nous excuserons 108 sœurs, nous les défendrons, nous cacherons leurs

| défauts afin que personne ne les voie.

vous jugez mal est peut-être à cette heure pl: agréable à Dieu que vous. Il y a beauco:, L de choses, dit St Bonaventure, qu’on regar(: F comme mauvaises parce qu’on ne les compreï es pas et qu’on ne les voit que d’un côté; «e! ‘

quand on les a comprises elles paraissent Gt justes et-raisonnables et nous font rougir «: à notre légèreté. | h 3. Voyez enfin s'ils ne viennent pas de .

l’'égoïsme, ces rapports imprudents semés çà ci re là dans une communauté, comme on sème qu l’ivraie dans un champ, et qui y produise! Lo la fioideur d’abord, nuis le soupçon, puis /: “es discorde, puis l’inimitié, puis enfin laisser: Er dans les cœurs ce quelque chose de haineur KE, qui fait qu’on ne peut plus se voir. Cest,l: KE, plus souvent, par légèreté d'esprit qu'une sœur va ainsi redire à une compagne c ss n qu’elle a entendu dire sur son compte, ces ER quelquefois aussi par malice, par jalousi Æ surtout, c’est toujours avec cette pensée do Æ minante : Moi, je ne ferais pas ainsi, — moi, j: Æ . bit ne dirais pas cela, — moi, je sais lout ce qui s KE

passe! Egoïsme, orgueil !

Oh! qu’il est détestable, dans les commu nautés surtout, où on ne peut s’éviter, où 1 faut toujours vivre ensemble et travaille:

ensemble, ce vice si bien appelé le vice spécial du démon! Le mal qu'il peut y faire es!

incalculable et il suffit de quelques mois pour u’une maison, dans laquelle le démon à ait entrer une langue médisante et rappor teuse, soit entièrement bouleversée !

e pl: o uCO" gar (|° preli té, €!

isserit gir d

pas de 3 ça eL . sème Luisen!

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ommu , Où i availle:

> Spécia dire esl Dis pou!

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Dieu, dit le St Esprit, hat six sortes de péheurs mais \w en est une autre sorte qu’il «bhorre spécialement, ce sont ceux qui suscitent les discordes parmi leurs frères (1).

Les rapports imprudents et irréfléchis, dit St Thomas, sont plus coupables que la médisance. Un péché, ajoute-t-il, est d’autant plus grave et plus opposé à la charité qu'il cause plus de dommage au prochain; ce dommage est d'autant plus grave que le bien qu'on lui ravit est plus précieux; or, le simple médisant ravit au prochain sa répulation, son honneur, chose bien précieuse sans doute, mais le rapporteur imprudent lui ravit l'ami qui l'aimait; il brise pour toujours peut-être les liens pieux et tendres qui lui “endaient la vie si douce. Dieu n’a-t-il pas dit :

| que rien n’est comparable à un ami fidèle ? (2)

Rappelez-vous donc, pauvre religieuse qui

vous sentez portée à aller divulguer ce que.

vous voyez et ce que vous entendez, rappelez-

L vous cette parole énergique : le démon se sert

le vous comme d’un jouet envenimé ; c’est lui qui vous lance ici, puis là ; c’est lui qui vient sasseoir sur votre langue et par votre moyen ‘épand la discorde ; c’est lui qui, le soir, quand

() Fama ipsa quæ per detraclionem lollilur, ad hoc mazimè necessarra esl, ul homo idoneus ad amiciliam habeatur ; et ideo susurralio est majus peccalum quam delraclio, quia amicus est melior quam honor, el amari quam honarari… Undè dicilur : amico fideli nulla esl

comparalio. Sum. 2. 2. Q. 74.

(2) Prov., vi, 19.

deux ou plusieurs cœurs ont été refroidis, ou divisés, vous remercie et vous dit : Tu as bien mérité de moi !

4. Mais ne peut-on jamais découvrir les fautes du prochain sans blesser la charité et par conséquent sans offenser Dieu ?

C’est ici le lieu d’exposer avec soin la doc. tripe sur la révélation des fautes du prochain. Il est des cas où une religieuse pêcherait, et quelquefois grièvement, si connaissant les fautes d’une de ses compagnes, elle n’en parlait pas.

Cas où la révélation est commandée.

Lorsque par là on est à peu près sûr de procurer l'avantage spirituel au temporel de la coupable parce qu’elle sera ou corrigée ou retenue.

Lorsqu'on est à peu près sûr de procurer l'avantage spirituel ou temporel de ceux à qui on fait connaître la faute parce qu'ik

prendront des précautions et éviteront par ki |

un mal qui les menaçaii.

Lorsque l'autorité légitime nous ordonne ceite révélation.

Lorsque par cette révélation on 1 peut pré: venir un désordre public ou | empecher un mal particulier.

Précautions à prendre en faisant la révélation.

Si on connaît la faute commise, sous le sceau du secret, il faut d’abord en parler à l:

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seule coupable afin qu’elle se corrige et qu’elle remédie aux suites de sa faute; ce n’est qu'après, si la correction est mal prise ou si la coupable ne veut pas remédier au mal qu'elle a fait, qu’il faut en parler aux supérieurs.

Il n’est jamais permis en révélant une action coupable de le faire par un motif dé haine ou d’aversion,—d’exagérer le mal,—d’interprêter en mauvaise part ce qui peut souifrir quelqu’excuse— de donner enfin ce qui est douteux pour certain.

La religieuse qui se croira obligée de révéler la faute d’une de ses compagnes fera bien de demander conseil au confesseur de la maison, de ne pas agir au moins sans avoir

prié le bon Dieu de la garder prudente et Charitable.

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