‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · ITI · texte numérisé non relu

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L'esprit de propriété.

L'esprit de propriété est aussi une des causes de l’affaiblissement de la charité et une cause d'autant plus dangereuse que cet esprit semble raisonnable.

On n’est réellement propriétaire de rien en communauté, mais on à soin des objets qui sont attachés à l'emploi que l’obéissarice nous a confié :

C'est la lingerie, — c’est la sacristie, — c’est une classe, — c’est la bibliothèque, — c'est l’in-

firmerie, etc.

Et ce soin, exagéré quelquefois, finit par faire naître une certaine attache et pour l'emploi et pour tout ce qui sert à l’einploi et avec cette attache naît un défaut qu'on n'ose pas appeler de son nom propre mais qui s’appelle l’avarice.…. et j'avarice tue la charité.

Si c'est Dieu qu'une sœur a en vue en soignant tous les objets qu’on lui a confiés, en les tenant dans l’ordre, en les conservant brillants de propreté ; si toute la peine qu’elle se donne à pour but de Roe à Dieu qu’elle ressent profondément l'honneur qu'il lui a fait en lui confiant un emploi dans sa maison ; si le bonheur de plaire à Dieu domine tout autre sentiment personnel, la charité restera dans son cœur et une compagne peut aller lui demander ce dont elle a la charge, elle prêtera tout volontiers. :

Mais si cette sœur n’est attachée à son emploi que par goût et aussi par amour propre et parce qu'elle a des succès ; si elle se complait dans ce succès, si son âme en recueille une jouissance toute naturelle, si elle pro:

nonce dans un sens de propriété personnelle ces mots : ma salle, ma classe, mon linge, ma sacristie, mes enfants. Hélas ! dans ce cœur, sans qu'il s’en doute, ce n’est plus la charité qui règne c'est l'esprit de propriété, c’est l’avarice. Qu'une compagne se gard bien d’oser déranger quelque chose à l’ordre qu’elle a établi, ou de lui faire quelque observation, ou de lui donner un conseil, bien moins encore de lui demander un des objets dont elle a la garde!

Cette compagne sera sévèrement grondée, elle sera repoussée.,elle sera accusée de mettre le désordre partout, de ne jamais rien rendre, : de ne savoir rien faire.

La charité cependant donne tout si volon-

tiers ; la charité vient si joyeusement en aide à tout le monde !

La Sensnahté

Ce mot de sensualité désigne ici le sentiment qui nous porte à nous attacher d’une manière toute naturelle à une compagne qui nous plaît. Nous ne supposons rien de mal tout d’abord ; c'est une simple sympathie à laquelle on s’est laissé aller, — une conformité d’idée qui a rapproché les cœurs, — une amitié formée subitement ou petit à petit qui n’excluait pas Dieu mais qui n’y pensait que secondairement et n’avait pour unique but que de contenter le besoin de son cœur.

C’est là ce qu’on appelle amitiés particulières dont les effets ordinaires sont de détruire la charité universelle qui doit unir entr’elles toutes les sœurs, — de troubler l’ordre de la communauté, — de scandaliser les autres, — de rendre indocile à l’obéissance, — d’accoutumer à agir en cachette, — d'empêcher l’âme d'arriver à la perfection de son état, — de dessécher le cœur pour les choses de Dieu et d'y produire ce qu’on a appellé si bien lennui de Dieu, — d'exposer à une foule de tentations

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violentes, — quelquefois et trop souvent, de conduire à des chutes humiliantes. ‘ Je puis bien dire, écrit un prélat, comment ces sortes d’amitiés débutent ; je ne puis pas, je n’oserais pas dire comment elles ont quelquefois fini.

Mais si une religieuse commence d'aimer ainsi qui que ce soit ou de se laisser aimer ainsi par qui que ce soit, qu’elle sache bien qu’elle commence de mourir à l’amour véritable.

Elle quitte le ciel pur et paisible de la charité pour descendre dans une région de nuages et de tempêtes. Elle s’empoisonne, et, qu’elle le veuille ou non, travaille à empoisonner ses sœurs. Satan peut s’en aller d’une communauté où de telles amitiés subsistent : son œuvre s’y fera sûrement et d'elle-même.” ({)

Nous allons citer ici; d’un *uteur ancien, quelques pages que nous croyons propres à éclairer les âmes sur ce sujet important.

1. Tout ce qu’il y a d’excès dans l’attachement que l’on à pour une sœur, est nécessairement pris sur la portion que l'on en doit à toutes les autres. Le cœur rempli, satisfait par cette unique jouissance, n’en demande plus d’autres ; ce n’est plus un besoin pour lui d'aimer toutes ces sœurs et d’en être aimé ;il est rassasié. Plus cette amitié est concentrée dans un seul objet, et plus elle est vive ; plus elle apporte de contentement à l’âme, et plus, par conséquent, l’âme s’y attache ; elle est toute dans cet objet, et c’est précisément

(1) Mgr Gay.

de encore là ce qu’on appelle une passion. Tout ais ce qui 1 } ramène, lui plaît; tout ce qui l’en tes distrait, lui est à charge. Quand deux amies is sont réunies et s’entretiennent ensemble, il est ini. aisé de présumer quel sera l'accueil que re- Ensi cevra l'indiscrète qui tentera de les aborder. nsi Bientôt et infailliblement les pensées, les senelle timenis, les petites antipathies, les griefs, les ble. sujets de plaintes, et tous les défauts de l’une, rité deviendront communs avec lautrc. Il faut 8 et l'avouer avec humilité : en nous A RRÉSQNS le le trop, surtout quand c’est contre l’ordre de . ges D Dieu, nous nous communiquons plus faciletr ment nos défauts que nos vertus. On épouse son aveuglément les intérêts de ceux avec qui on vt se lie; ils ne peuvent jamais avoir tort, ni cien. ceux qui leur sont .opposés, avoir raison. res à Hélas ! nous avons déjà tant de peine à par-

donner au prochain ses torts envers nous ; que sera-ce quand nous aurons fait cause commune avec une amie? Les manquements envers elle deviendront des manquements envers nous; nous verrons ainsi se doubler nos tentations contre la charité, et il faudra, ou doubler aussi nos pénibles efforts de résistance, ou s'attendre à voir se doubler nos fautes contre cette principale vertu. Et sans aller jusqu’à une amitié particulière bien décidée, tel sera le résultat de tout intérêt trop raturel que nous prendrons pour quelqu'un.

2. N'est-ce pas encore dans les petites réunions, formées par l’amitie, qu’on se permet de: parler avec toute liberté sur le compte du

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