‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 37 · PRE · texte numérisé non relu

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pou qu'on dit volontiers tout ce que ‘on sait et ce qu'on en soupçonne? qu'on décide de l’estime ou du mépris qu’il mérite ? et qu’on juge, non seulement sa conduite extérieure, mais encore jusqu’à ses plus secrètes pensées, jusqu’à ses intentions les plus ca- Chées.

N'est-ce pas là qu’on parle avec légèreté, pour ne rien dire de plus fort, de la conduite des supérieurs et confesseurs ; qu’on interprête en mauvaise part leurs avertissements et tout ce qu'ils font ; qu'on les compare défavorablement les uns aux autres : de là l'esprit d’insubordination, d’arrogance, de parti dont les suites funestes sautent aux yeux.

‘On n’y épargne pas non plus la règle, dont on trouve certains points génants, minutieux, peu sages et mal assortis aux circonstances ;

e là le mépris des règles, le relâchement, et souvent l’infidélité à sa vocation.

Le monde trouve quelquefois sa place dans ces communications intimes. On se plaît à y raconter ce qu’on a vu dans le siècle, les habitudes ou amitiés qu’on y avait contractées, le genre de vie aisé et commode qu’on y menait, les occupations agréables auxquelles on y était appliqué, les espérances heureuses qui semblaient y annoncer un avenir brillant et flatteur. Tous ces discours, outre qu'ils -Caressent ce tendre moi-même, cet amourpropre qu’on a tant de peine à dompter, retraçant vivement à l'esprit l’image séduisante du monde, portent insensiblement à l'aimer,

rue à le regretter, à le rechercher, et ne peuvent on LE Pa du dégoût pour l’état religieux.

te ? 3. Il y a plus encore; on aime à commuex- niquer jusqu'à son propre intérieur à ses btes amies ; on n’a rien de caché pour elles : les Ca- confidences sont si douces! En conséquence, on déploie volontiers sous leurs yeux ses ‘eté, répugnances, ses peines, ses affections, ses uite goûts particuliers, souvent même jusqu’à ses nter- tentations et aux secrets les plus cachés de sa ents conscience ; et, comme l'amitié ouvre la » dé- voie à l’imitation, les façons de penser, les sprit manières d'agir, les peines intérieures, tout, dont jusqu'aux imperfections et aux défauts, pour ne rien dire de plus ici, devient un et commun. dont Si l’on en vient encore, et ce qui est bien ieUx, ordinaire dans ces sortes de liaisons, jusqu’à nces ; se rendre compte mutuellement des avis que nt,et LE l'on reçoit d’une supérieure, d’une maitresse,

d'un confesseur, on parvient à les rendre entièrement inutiles pour soi. Eh! quelle perte, quel abus des grâces! cette sainte semence que Dieu fait répandre dans notre cœur, ne peut y germer et y produire du fruit qu’autant que nous la conservons soigneusement, que nous l’échauffons au-dedans de nous, que nous la nourrissons par nos réflexions et notre travail intérieur. Si nous la mettons à découvert par l’indiscrète révélation que nous en faisons, tout sera fini, elle nous aura échappé ; elle sera sortie de notre cœur par la bouche qui en a fait une malheureuse confidence; nous n’en serons plus

touchés, affectés; nous ne nous en occuperons plus, ct puis encore, est-il bien ordinaire que celle à qui l’on fait part de ces avis, les respecte beaucoup! ne lui semble-t-il pas qu'on ne lui en fait part que pour les soumettre à son jugement et avoir son opinion ?

Aussi ne manque-t-elle pas de dire ce qu’elle en pense; elle les commente, elle les explique, elle les modifie ; et voilà des avis qui n'ont plus d'autre poids dans l'esprit de l'indiscrète qui en fait confidence, que celui que leur donne l'opinion de l’aveugle et téméraire amie qui l’a écoutée. Ainsi on arrête, dans sa source même, le cours des grâces que Dieu nous avait ménagées pour nous conduire à la perfection à laquelle des âmes religieuses doivent tendre toute leur vie.

4. Il est encore un piége contre lequel doivent se mettre en garde les personnes dont le cœur est si porté à se donner. Il est possible qu’elles trouvent un danger dans les rapprochements même qu'elles doivent avoir avec leurs supérieurs, et qu’au lieu de retirer de ces communications des fruits de grâce, des encouragements et des moyens d’avancement dans la vertu, se laissant aller au penchant d’une sensibilité humaine, elles ne

sachent goûter, dans les rapports d'une direction spirituelle, que les douceurs de la con-

fiance, les tendresses de l'amitié, les jouissances de l'intérêt qu’on inspire et des témoignages que l’on en reçoit, et qu’elles ne cor-

rompent encore de cette manière la source

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des secours que Dieu leur avait préparés. Ne redoutez donc pas un peu de sérieux, de sévérité même, dans ceux qui vous dirigent; c’est pour vous une sûreté. Hélas! telle est notre misère, que je ne sais si nous avons moins à redouter l’écueil de la confiance que celui da la prévention.

elles donc qui ont du zèle pour atteindre à la perfection de leur état, doivent apporter le plus grand soin à préserver leur cœur des surprises de tout attachement naturel, de toute amitié particulière, destructif de la charité telle que Jésus-Christ en a fait son précepte, et ne pas oublier que tous les maîtres de la vie spirituelle ont toujours appelé ces sortes d’attaches, /a peste des communaultés.

La Religiense sans charité pour le prochain

La tableau suivant que nous empruntons jau Guide du Séminariste résume en les complétant les avis que nous venons de donner.

Le cœur est le foyer de la charité. Quand . Bla charité n’y réside pas, il est froid; quand elle y règne, il est ardent et embrasé. Si donc nous descendons dans le cœur de la eligieuse peu charitable nous le trouverons coup sûr froid et insensible à l'égard du prochain : l’égoisme y tiendra la place de la harité. Non-seulement il n’aura point d’a- Rrour pour ses sœurs, mais il aura contre

elles des sentiments d’aversion, de jalousie, de rancune ou autres de cette nature.

La religieuse peu charitable ne pense point habituellement à ses sœurs avec affection et dévouement ; elle y pense plutôt avec un} ‘ certain fonds de malveillance, ou du moins d’indifférence et de froideur. :

Si elle a connaissance de quelque faute commise par une de ses sœurs, au lieu de chercher les moyens de l’excuser, elle prend B ?

plaisir à la condamner au tribunal de son Rk Ë mauvais cœur, elle noircit ses intentions et Se attribue à une malice réfléchie ce qui peut È : être n’a été que l'effet de la fragilité ou de 1. distraction. | +

S1 la coupable n’est pas connue, elle veut a la connaître, elle; elle examine, elle re, < cherche, elle fait des rapprochements, des S

suppositions et si elle ne Juge pas absolu ment, elle soupçonne äu moins et semble prendre plaisir à penser que ses soupçonk sont fondés.

Si surtout elle se croit elle-même atteinte parce qu'elle appelle un mauvais procédé, elle n’admet aucune excuse, aucune faiblesse, aucune légèreté. Son amour-propre froissé s’irrite vivement, et c'est alors qu’elle incrimine plus malignement que jamais les inter:

tions de celle qu’elle devrait traiter avec une indulgente charité. | Elle est jalouse, et sa jalousie nourrit el elle des sentiments d’aigreur qui re soil compensés par aucune jouissance. |

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