AIMER
La première obligation de l’âme consacrée à Dieu — celle, nous l'avons dit, d’où découlent toutes les autres, — celle qui bien comprise et pratiquée, même avec les imperfections inséparables de notre nature, suffirait pour faire de toute communauté une image, imparfaite sans doute, mais une image animée et vivante du ciel, — celle que toute religieuse sent en elle puissante, forte, et qu’elle s’est engagée par ses vœux à ne violer jamais sous aucun prétexte, c'est l'obligation d'aimer Dieu. |
Or aimer Dieu, c’est se donner tout entière
à Dieu et à Dieu tout seul — puis, par ordre de Dieu, et de la manière et dans la mesure que Dieu veut — puisque l’âme qui s’est donnée ne s’appartient plus mais appartient à Dieu — c’est se donner au prochain.
Aimer Dieu, c’est lui donner sa volonté our vouloir, comme il le veut lui-même, le ien de Dieu,
C’est lui donner sa puissance d’agir pour la
mettre a la disposition de Dieu,
Cette obligation d'aimer Dieu, que les vœux
acrée écou- | COMerfecffirait mage, e anitoute te, et violer jgation
entière ordre esure st donient à
solonté me, le
pour la
vœux
de religion ont pu faire comprendre avec plus de netteté et plus de force mais n’ont pas créée, est clairement exprimée par ces paroles si formelles de Jésus-Christ : Vous aimerez Dieu de tout votre cœur, de toute votre dme, et de tout votre esprit; c’est le plus grand et le premier commandement. — Et voici le second qui est semblable au premier: Vous aimerez votre prochain comme vous-même (1).
(1) St Math. xx, 37, 38, 39. — Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, c’est l’aimer pour lui-même et par dessus tout ; c’est être dans la disposition de tout sacrifier, la vie même, plutôt que de commettre le péché mortel qui est essentiellement contraire à la charité. L'amour de Dieu doit donc être souverain dans le sens que nous venons d'indiquer, mais il peut être souverain sans être aussi fort, aussi ardent, aussi intense qu'il peut l’être absolument. L'amour de Dieu, sur la terre, dit St Thomas, est susceptible d’accroissement et ceux qui aiment véritablement Dieu de tout leur cœur et par dessus tout peuvent toujours sur la terre l’aimer davantage. La religieuse n’est pas rigoureusement obligée à autre chose qu’à tendre à cel amour souverain et les trois vœux de religion sont un moyen pour y arriver, mais la reconnaissance qu'elle doit à Dieu pour les grâces spéciales qu'il lui a faites ne la pousse-t-lle pas à aimer plus que les simples chrétitns ?
‘ La charité esi parfaite dans le sujet aimant, dit St Thomas, quand il aime autant qu'il peut aimer.
« Elle est parfaite d’abord lorsque notre cœur tout entier est toujours incessamment élevé vers Dieu ; mais cette perfection n’est pas possible sur la terre, où à raison de notre faiblesse et des nécessités de Ja
Dieu d’abord, Dieu aimé pour lui, à cause de sa beauté, de sa bonté, de ses perfections infinies — Dieu de qui nous tenons tout et à qui nous devons tout donner sans réserve.
Le prochain ensuite, a‘mé parce que Dieu le commande et parce qu'il est l’image de Dieu, l'enfant de Dieu, l’xmi de Dieu et que l'aimer c’est faire plaisir à Dieu, mais aimé à cause de Dieu, en vue de Dieu, en union avec Dieu (1); de telle sorte que si ce prochain aimé nous faisait, nous ne disons pas oublier totalement Dieu, maïs, un seul instant, laisser volontairement Dieu et violer même légèrement et volontairement un commandement de Dieu, cet amour serait coupable.
Ce commandement est fait à tous les chrétiens, à tous sans exception ; il faut que
vie, l’homme ne saurait penser sans cesse \ Dieu ni lui attacher toujours actuellement son cœur.
‘ La charité, en second lieu, est parfaite quand une âme se dévouc tout entière à Dieu et se consacre aux choses divines, négligeant tout le reste, autant que le permet la vie présente ; cette perfection est possible en ce monde quoiqu’elle ne soit pas dans tous ceux qui ont la charité.
‘“ La charité enfin 2st parfaite chez celui dont le cœur est habituellement attaché à Dieu, de telle sorte qu'il ne pense ni ne veut aucune chose contrairé à l'amour divin; c’est la perfection commune à tous ceux qui ont la charité.” (Sam, 2, 2 Q. 24,8.)
(t) Omnia creala dilige ut, subjecla, ut famulantia, ul arrham sponsi, ut munera amici, ut beneficium Domini. (St Aug.) l
ause ions età e.
Dieu re de que aimé nion pros pas tant, ne léande-
chréque
Dieu ni
d une e aux que le ssible ceux
ont le sorte tiré à
tous
anlia, m Do-
toujours, en tout temps et à toute heure, le disciple de Jésus-Christ puisse dire en toute sincérité : Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces et par dessus toutes choses. Maïs ceux qui vivent dans le monde, que de difficultés ne rencontrent-ils pas pour remplir ce devoir de l'amour de Dieu par dessus tout, même dans ce qui n’est que rigoureusement exigé !
C'est bien parce que vous les avez comprises ces diflicultés naissant et de l'attrait des créatures et de la faiblesse de votre cœur, que, pour remplir dans toute son étendue le précepte de l’amour de Dieu et du prochain, vous, âmes plus généreuses que les autres et aussi plus aimées de Dieu, vous avez quitté
le monde et vous êtes enfermées dans la s0- ‘
litude, et que, vous avez voulu, pour vous mettre dans l'impossibilité d'aimer jamais quelqu'un plus que lui, vous engager par les Liens les plus forts, les vœux de religion.
Cest pour vous faire comprendre dans toute son étendue, dans toute sa grandeur et dans toute sa beauté cette douce obligation d'aimer Dieu que, devant une image de Jésus crucifié par amour pour nous, nous écrivons ces humbles päges. |
Nous allons parler séparément de l’obligation d'aimer Dieu et d'aimer le pon dans ce que surtout elle a de spécial pour les religieuses, et nous dirons : |