‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 37 · SL · texte numérisé non relu

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qu’elle se regarde comme une petite divinité

qui ayant droit de vie et de mort sur tout le

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monde, veut être respectée de ceux même qu’elle immole.

Les médisances, quoique parfois assez notables, sont à ses yeux des bagatelles insigni- G fiantes, elle dit tout ce qu’elle sait, sans à ménagement et sans contrainte ; sa mauvaise d

langue produit au grand jour de la publicité se les fautes les plus cachées, et son habitude à lo cet égard est si bien formée qu’elle n’a pas Æ 8° même la pensée de retenir les indiscrétions D du qui lui échappent. ù

Si elle ne trouve pas matière suffisante à M le: ses médisances dans l'enceinte du couvent, du elle fait des excursions hors de cette enceinte: ?ra elle relève les fautes que ses anciennes com. à 1} pagnes ont commises et blesse la reputation Æ. F de quelques personnes du monde qui ne se doutent guère qu’une religieuse les déchire. disc

Non contente de débiter ce qu’elle sait, elle veut qu’on lui dise ce «elle ignore, pour avoir le plaisir de l’appre ire à d’autres. Elle fréquente à dessein celles qui lui ressemblent, espérant toujours en tirer quelque chose, et elle s’isole des religieuses pieuses et charitables qui n’ont jamais rien à lui dire de ce qu'elle veut savoir.

Apprendre du nouveau contre le prochain, voilà son plaisir. Si on ne lui dit rien, elle interroge; si on lui dit quelque chose, elle écoute avec avidité, et fait voir par des signes certains qu’on l’intéresse et qu’on l’amuse.

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Sa conscience a beau protester contre ces licences elle la traite de scrupuleuse et ne tient aucun compte de ses réclamations et de ses murmures.

Encore si elle était véridique dans ses récits contre le prochain, mais malheureusement il n’en est pas ainsi, aveuglée par la manie du dénigrement, elle ne calcule pas la portée de ses paroles et, si elle ne se permet pas des calomnies formelles, elle donne dans des exagérations qui blessent la vérité et la charité du même coup.

Sénat elle de ces exagérations après que le mot est lâché ? elle ne revient point sur ce qu’elle a dit, se persuadant que le fond est vrai et qu’on a d’ailleurs oublié déjà la parole imprudente qu’elle vient de proférer.

Faut-il s'étonner si, ne mettant aucun frein à sa langue elle fait à chaque instant des indiscrétions, quelquefois assez graves en ellesmêmes et dans leurs résultats ?

Aussi n'est-ce pas à elle que l’on confiera des secrets importants ; on sait trop bien que celui qui révèle sans scrupule les fautes du prochain ne se reprochera guère la révélation d'une confidence. Et puis, on peut lui déplaire quelque jour ; or comment croire que, le cas échéant, elle respectera les secrets de celle qui aura encouru sa disgrâce. ;

Par ses discours plus que légers, elle inroduit la division dans la communauté. Elle brouille des amis par des coups de langue, et elles qui sont déjk froides les unes envers les

autres, elles les refroidit encore davantage |

par d’imprudents RE N'attendez point d'elle ce qui s'appelle pré.

venance, égards, complaisance, service d'amie:

ce sont des fruits de la charité, et la charité 1 est une vertu dont elle ne connaît que le nom. Ô Qu'on ne se permette pas de lui manquer; elle ne l’oublierait jamais ; l'amitié la plus Ci étroite ne serait rien pour elle ; elle la brise. es rait à l'instant même comme Île verre et la ne remplacerait par un mauvais levain de ran- qi cune amère et vivace. nt Non-seulement elle ne revient point la R première quand elle a quelque ressentiment Æ rx

contre une de ses sœurs, mais elle l’accueille C’: froidement si elle fait de charitables avances. un

On pourrait presque demander s'ilyaplacE lig pour une affection véritable dans son cœur ( froid et sec. La charité ne l’animant pointdeÆ pli sa flamme, elle ignore la douceur d’un tendre Æ ma attachement, et si elle aime quelqu'un, c’est elle-même et elle seule.

Quelle différence, quel contraste entre un cœur ainsi disposé et le cœur de Jésus qu aimait tout le monde, et ses propres bourreaux comme les autres, et qui disait d'eux : Mor Père pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu'ils font.

Derniers avis.

La vertu ne s’apprend jamais mieux, diser!

les Saints. qu’en la réduisant en pratique

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oint la ntiment coueille avances.

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Mais aussi, ne l’acquiert-on pratiquement qu’en proportion du désir qu’on a de l’acquérir.

Ce désir de la vertu n'existe que lorsqu'on . l'aime et on n'aime ia vertu qu’en proportion de l’estime qu’on en fait, |

Ce que nous avons dit jusqu’à présent, est, ce nous semble, bien propre à nous faire estimer, aimer et pratiquer la charité fraternelle ; nous allons cependant indiquer encore : quelques pensées qui fortifieront les résolutions que Dieu nous a inspirées.

1. Sachez bien, avant tout, que sans la charilé fraternelle il est impossible de vous saurzr. C'est le précepte de Jésus-Christ lui-même, un des plus essentiels de notre sainte religion.

On peut sans doute, dit St-Thomas, accomplir le précepte de la charité de différentes manières et pourvu qu'on l’accomplisse, que ce soit d’une manière ou de l’autre, cela suffit à la rigueur, mais faut-il cependant réellement Paccomplir (1).

Il y a des degrés dans la vertu. de charité fraiernelle : quelques-uns sont purement de conseil ; par exemple : préférer toujours notre prochain à nous-mêmes, — ne se refuser jamais à faire ou à supporter quoique ce soit pour ’amour du prochain, — donner sa vie, s'il le fallait, pour protéger celle du prochain.

Mais, il est un degré de charité d’une né-

(1) Quælibel charilas sufficil ad salutem.

cessité absolue, ce degré, c’est d'aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Rien de plus clair. Si donc vous aimez le prochain d’un amour semblable à celui que vous avez pour vous-même, vous êtes en sureté de conscience, mais si vous n'avez pas cet amour, vous violez la loi de charité dans ce qu’elle a d’essentiel.

2. Chaque vertu soit théologale, soit morale, tend à nous faire acquérir la charité, et c'est dans la charité dit St-Thomas, que consisle la perfection de la vie chrétienne. (1) Prenez donc garde, vous qui vous faites scrupule de manquer quelquefois de ponctualité, — d’omettre, même par une raison de charité, quelques-unes de vos prières, — vous si zélée à reprendre vos sœurs pour un léger man-

uement, — si tenace à refuser l’autorisation

e faire gras un jour d’abstinence,—vous qui vous montrerez si rigide pour de petits détails, —mais qui êtes sciemment et volontairement

sévère dans vos jugements, — obstinée à garder rancune et à ne pas parler à une sœur qui vous a manqué, — raide pour conserver votre dignité, —impérieuse pour sauvegarder vos droits, — méprisante pour celles qui ont moins de talents que vous, — jalouse envers celles qui réussissent mieux que vous, — habile à relever les travers et les défauts des autres, — prenez garde ; et voyez si vous n€

(1) Per se et essentialiler consislil perfeclio chrislianzæ vitæ in charilate. (2. 2: q. 184.).

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faites pas plus de cas de ce qui est de conseil que de la charité qui est de précepte.

3, La charité de précepte réside principalement dans le cœur et comme on ne peut jamiis dire, quoiqu’on fasse, qu’on aime trop le bon Dieu, jamais non plus on ne peut dire qu'or aime trop le prochain parce que l'amour chréiien n’a point de bornes. On pourra bien aller trop loin dans les démonstrations extérieures de l’amour, on n'ira jamais trop loin dans l'amour lui-même qui ne peut se séparer de la bienveillance du cœur. Aïmons donc notre prochain autant que nous le pouvôns nous ne dépasserons jamais les bornes du précepte et nous devrons toujours répéter les paroles de l'Evangile : Je ne fais que ce que je dois faire (1).

4. Revenons encore, une dernièÿe fois, mais plus explicitement, sur la nécessité de surnaturaliser notre charité fraternelle. Cette dernière page est surtout essentielle pour : ces âmes qui ont une nature plus aimante et plus dévouée, qui s’attachent à leurs sœurs avec une extrême facilité, et pour qui se donner, étre affectueuses, témoigner leur affection semble quelque chose d’inhérent à leur nature.

Ce n’est pas simplement l’amour, c’est-a-dire, Paffection et le dévouement qui est commandé par la loi évangélique, mais l'amour de charité qui a Dieu pour but final et qui aime le prochain parce que à travers lui et en lui il

(1) Le P, de Bergame.

aperçoit toujours Dieu et parce que, en laimant, il obéit à Dieu et il contente Dieu.

Qu'on aime tant qu’on voudra le prochain de cet amour d’instinct que donne Îa nature et qui est un besoin irrésistible pour certiines âmes plus délicates, un tel amour ne set de rien pour le ciel.

L'amour qui mène au ciel est une impression du Saint-Esprit par laquelle notre volonté se livre au service du prochain pour l'amour de Dieu, de telle sorte cependant que ce n’est pas la volonté seule ni le Saint-Esprit seul qui opère cet amour, mais la volonté prévenue, excilée par le Saint-Esprit et agissant d’après cette impulsion.

et amour esl un don de Dieu; et, dit St- Augustin, il faut le demander instamment au Seigneur. Charitas a Deo est ; oremus ergo ut ab illo detur a quo jubetur. Si nous n'aimons pas comme il faut, c’est que nous ne demandons presque jamais à Dieu d'armer comme il veut que nous aimions.

ARTICLE QUATRIÈME

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