CARACTÈRE DE L'AMOUR DÜ A DIEU
Un seul mot peut faire comprendre le vrai caractère de l’amour dû à Dieu par la religieuse, le mot souplesse—mot qui exprime d’une manière plus énergique et plus appropriées à la fin de la vie religieuse, l’idée chrétienne du mot dévouement (1).
1) Ce mot nous semble résumer pratiquement les différents caractères que les auteurs donnent à l'amour dû à Dieu. — La mère de Chaugy parle ainsi de Ste-
iction ne-pas
le vrai religi- > d’une brié2 à tienne
1 ent les l'amour de Ste-
Puisque la religieuse s’est donnée tout entière à Dieu, Dieu est devenu le propriétaire de tout son être.
Si Dieu est le propriétaire de cette âme, il peut donc se servir d'elle pour l'utiliser à tout ce qui peut contribuer à sa gloire.
Or, pour que Dieu puisse se servir de l’âme qui s’est donnée à lui, il faut que cette âme soit entre ses mains comme un instrument facile à manier —facile à se prêter à toutes les volontés du maitre ; se pliant, se courbant, se redressant, se remuant, se reposant, se laissant transporter ici ou là sans opposer aucune ré: sistance.
Voyez d’après ces quelques lignes, quel ue s'ouvre devant vous, âmes consacrées à Dieu :
Chantal. ‘“ L'amour de cette bienheureuse mère était un amour fort, généreux, détaché, indépendant de tous les goûts, sentiments et plaisirs spirituels, —un amour courageux à entreprendre des choses grandes pour la gloire de Dieu,—un amour constant parmi la longueur des travaux, — un amour hardi dans les difficultés, — un amour soumis dans les succès contraires, — un amour toujours adhérent aux volontés divines, —un amour sage el discrel, —un amour désapproprié et dé: sincéressé, — un amour qui la faisait vivre {oule abandonnée à la Providence, —un amour de simple confiance, —un amour d’épouse et de fille qui subsistait très ferme et très pur et sans propre recherche avec une crainte chaste et filiale, —un amour humble qui la portait jusqu’à un anéantissement total d'elle-même pour exalter son Bien-Aimé,—un amour qui l’avait constituée au parfail oubli {’elle-même par le continuel souvenir de Dieu, —un amour de conformilé qui la faisait. 8°
Dieu maître qui a droit de vous demander ce qu’il juge bon pour contribuer à sa gloire. ous servantes qui avez obligation de toujours lui obéir, d'accepter l’emploi qu’il vous destine, de le quitter, de le reprendre selon sa volonté ; de mourir, s’il le désire, alors que cet emploi devient au dessus de vos forces.
Dieu ouvrier qui a droit de faire par vous et avec vous tout ce qu'il veut.
Vous instrument qui avez obligation de ne jamais offrir de résistance ni pour le temps, ni pour le travail lui-même, n1 pour le mode de travail,ni pôur le lieu du travail ; qui devez vous user jusqu’à la dernière minute de votre vie.
Dieu propriétaire qui a droit sur votre être tout entier.
Vous livrées à lui qui avez obligation de
réjouir d’imiter Jésus-Christ dans son parfait dénûment, de vivre dans les angoisses sur le calvaire, dans les dérélictions sur la croix, ne goûtant que fiel et vinaigre en son intérieur et, quelquefois en son extérieur, quantité de mépris et de contradiction.—Bref, ce saint amour l’a fait persévérer jusqu'à la fin avec une fidélité toujours croissante au service de Dieu.” Tout cela n’est-ce pas la conséquence du don complet que l’âme a fait d'elle-même au Dieu qu'elle aime et le caractère de son amour n'est-ce pas la souplesse ? Etre souple, c'est, comme le recommande si souvent
St. François de Sales, étre pliable à tout et à lous. C’esÿ
avoir dans le caractère ce quelque chose de facile, de coulant, de maniable que possède la nappe d’eau qui, sans bruit et sans contrainte, prend la forme de tous les vases dans lesquels on la dépose, sans perdre sa
limpidité.
SC m
térieur, ce saint ne fidé-
complet aime et desse ?
souvent
s. C’esÿ
cile, de eau qui, de tous erdre sa
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vous laisser traiter selon qu’il juge utile à ses desseins. Dieu par exemple peut vouloir que quelques âmes expient pour les autres ; il pourra donc faire de vous une victime par les déchirements du cœur, et vous qui étes à lui vous accepterez ces souffrances en silence et même avec joie.
Oh! sans doute, ce serait une sujétion effrayante que celle-là si elle ne nous mettait pas sous la dépendance de l’étre sage et bon Dé excellence, de Dieu ; mais sous la dépen-
ance de Dieu, de Dieu que vous aimez et qui vous aime, y a-t-il quelque chose à redouter ?
Nous allons dire d’abord, les exigences ordinaires de ce bon maître et montrer ensuite comment ÿ les rend faciles.
1. Dieu veut que nous ne nous livrions pas aux choses extérieures de manière à perdre de vue qu’il est le maître des évènements et surtout de notre cœur. — Appliquons, sans doute, toute notre intelligence, toute notre industrie, toute notre activité à remplir chacun des devoirs qu’exigent de nous la règle de la communauté et l'emploi qui nous est confié ; cet emploi accomplissons-le, fidèlement minutieusement, complètement ; laissons encore notre cœur s'ouvrir aux sentiments de l'affection, de ia reconnaissance, de la compassion, — mais ne perdons pas de vue
ce doux regard de Dieu qui est fixé sur nous et qui nous suit avec la sollicitude et même la jalouse tendresse de la mère qui a toujours Éd que son enfant l’aime un peu moins.— ester ainsi sous le regard de Dieu n’est pas bien difficile quand on aime Dieu ; l’oraison du matin fidèlement et affectueusement faite conduit petit à petit à ce recueillement.
2. Dieu veut que nous ne résistions jamais à la grâce nous poussant à remplir un devoir de charité, à accomplir un acte d’obéissance, à accepter humblement une parole ou un accident pénible, à éviter surtout une faute ou une occasion de faute.
3. Dieu veut que nous acceptions en gardant notre dme en paix l’état dans lequel il nous laisse : état de maladie, état d'humiliation, état d’insuccès, état de nullité. Il veut bien que nous fassions extérieurement ce qu’il est raisonnable de faire pour nous soulager ou nous Juattiens mais si nos efforts paraissent inuti-
es, il veut que nous le bénissions, toujours et que nous l’aimions toujours. |
4. Dieu veut que nous soyons fidèles à le servir dans la mesure de nos forces, accompirsant simplement nos devoirs heure à
eure, sans préoccupation de l’heure qui va suivre, sans retour inquiétant sur l’heure qui vient de passer. Il veut surtout que nous comptions sur sa miséricorde infinie pour nous pardonner et pour nous aider, et que nous ne vivions jamais dans l'inquiétude.