‹ Le livre des récompenses et des peines, traduit du chinois, avec des notes et des éclaircissemens par m. Abel RémusatChapitre 5 sur 9 · SUIVANT LA 6UBLIMB DOCTRINE · texte numérisé non relu

SUIVANT LA 6UBLIMB DOCTRINE

La sublime doctrine dit : Le mnlheur et la fclicilë ne sont point indifféremment abordables (i).'L’liommc seul le»attiresur sa tête. La récompense du bien et la punition du mal sont comme l’ombre qui suit le corps, et se ' proportionne à sa forme et à sà grarideur. ^ •

C’est pour cela qu’il y a dans le ciel et sur la terre des "esprits qui président aux péchés, et qui 9e>èglént sur la légèreté et la gravité des fautes des hommes pour leur retrancher dés périodes de vie ’( a ). Le nombre de cès ^tériodes qui leur étaient assignées par le destin est diminué ; la pau-

vreté les consume ; mille infortunes se pressent sur leurs pas ; tous les autres hommes les haïssent ; les calamités et les supplices les poursuivent ; le bonheur et les heureu&es influences les fuient ; les étoiles malignes leur versent des torrens de maux, et quand les périodes de leur vie sont épuisées , ils meurent.

U y a au ciel trois miuistres (5) , et le Boisseau du nord^ prince des Esprits (4).

Les esprits , placés sur la tête même de l’homme , tiennent im registre exact de ses fautes, lui retranchent en conséquence, soit des périodes de cent jours, soit des espaces de douze ans (5).

U y a aussi trois, larves ( 6 ) qui hahiteut dans le cçrps tnénae de l’homme. Chaqtie fois <ju’on arrive au cinquante -'Sepliènae '

iour du cycle de soixante , elles montent au conseil des magistratacélestes, et y reU' dent compte deslàutea.et de&péchéa de l’homme. ,

Le jour où la lune est privée de lumière, l’esprit du foyer ( 7 ) fait la même chose.

Quand un homme commet une faute , si elle est grave , on hù retranche douze années de sa vie; si eHe e-sl légère, on lui ôte cent jours seulement. ' ;

On compte plusieurs cenlaÎDCs de ces pêchés , tant graves que légers. Que celui qui désire obtenir une longue vie , s’étudie à les éviter scrupuleusement.

Suivre la raison , c’est avancer ; s’en écarter , c’est reculer.

On suit la raismy quand on ne foule point le sentier de la perversité.

Quand on ne s’aveugle pas sur ce qui est mal , et qu’on ne se repose pas sur le secret de sa maison.

Quand on &it des amas de vertus et des monceaux de mérites.

Lorsqu’on a un cœur compâtissant pour tous les êtres vivans (8). • '

Qu’on est sincère, pieux , bon ami , bon frère.

Qu’on se corrige soi-même, et qu’on s’efforce de convertir les autres.

Quand on est plein de tendresse pour les orphelins , et de commisération pour les veuves.

Quand on évite de faire dn mal aux insectes, aux herbes et aux arbres.

Quand on sait être compâtissant pour le mal d’autrui, se réjouir de son bonheur , aider ses semblables dans leurs née^âtés, les délivrer de leurs périls, voir le bien

qui leur arrive comme obtenu par soiméme, et ressentir les pertes qn’ilséprouvent , comme si on les faisait soi-méme.

Lorsqu’on ne montre point au grand jour les imperfections d’autrui , et qu’on ne se targue pas de ses propres perfections; qu’on met obstacle au mal , et qu’on publie le bien.

Quand, dans les partages, on cède beaucoup aux antres , et qu’on se réserve peu à soi-même ; qu’on rie s’irrite point en recevant mi affront , et qu’on éprouve une crainte salutaire en recevant une grâce.

Qu’on répand des bienfaits sans attendre de récompense, et qu’on donne sans re> grets.

Alors on est révéré de tout le monde, protégé par la Raison céleste*, accompagné par le bonheur et les richesses ; toute impureté s’éloigne d’un homme qui agit ainsi.

Les esprits et les intelligences lui composent une garde ; ce qu’il entreprend s’achève: il peut prétendre à devenir esprit , ou du moins Immortel.

Pour devenir Immortel du ciel , il faut avoir effectué mille trois cents bonnes actions ; pour être Immortel de la terre , il faut en avoir fait trois cents (9).

Mais se mouvoir contre la justice , et marclier en tournant le dos à la Raison ; être puissant et habile pour le mal, cruel et malfaisant , dans les ténèbres j nuire aux hommes vertueux , et être en secret irrévérent pour son prince et pour ses pai’ens.

Ne point honorer ceux qui sont plus âgés que soi , et se révolter contre ceux qu’on devrait servir.

Abuser de la crédulité des simples, injurier ses compagnons , répandre de vains mensonges, et se plaire dans l’imposture.

Attaquer ceux qui reconnaissent les memes ancêtres que soi.

. Être farouche , dur , et sans humanité ; se conduire avec cruauté et barbarie j ne s’embarrasser ni du juste ni de l’injuste.

Etre toujours en-deçà ou au-delà des convenances.

Maltraiter ses inférieurs, et usurper leurs mérites; flatter ses supérieurs, et se jeter au-devant de leurs volontés. '

Recevoir des grâces sans en être louché, et nourrir des ressemimens implacables.

Mépriser le peuple du ciel (lo) ; troubler l’administration du royaume.

Accorder des récompenses à des hommes indignes; envoyerlesinnocens au supplice;

faire périr les hommes pour s’emparer de leurs richesses ; renverser ceux qui sont en place pour s’emparer de leurs dignités.

Immoler ceux qui se soumettent , et punir de mort ceux qui se rendent à discrétion.

Humilier les hommes honnêtes et déplacer les sages ; déshonorer les orphelins et réduire les veuves aux dernières extrémités.

Transgresser les lois et recevoir le prix de ses prévarications j faire le juste cb l’injuste, et l’injuste du juste ; s’emparer d’une faute légère pour l’aggiaver. , . .«t a

Redoubler de fureur à la vue des snpplices. , , , ÿ AOiui/cr'J.i'

Counaitre ses vices et ne point smager à s’ en corriger ; connaître la vertu , et ne point penser à la pratiquer.

Embarrasser les autres dans ses propres

S’opposer aux bons effets des arts libéraux et magiques; être dur et injuste envers les sectateurs de la Raison et de la Vertu ( Il ).

Tirer des flèches aux êtres qui volent dans les airs; poursuivre ceux qui courent sur la terre; détruire les trous des insectes; effaroucher les oiseaux qui sont sur les arbces;boucher les ouvertures où les oiseaux

vont uicher ; renverseï' les aids déjà coi^ traits ( I a); blesser les femelles qui portent et casser les oeufs.

Souhaiter des pertes aui autres elles em> pêcher de &irc de bonnes actions; compromettre leursalut pour sa propre tranquillité; leur retrancher pour s’ajouter à soi-même; changer le bien en mal ; ruiner le bien public pour son bien particulier ; usurper les btAuies actions d’autrui; mettre au jour ses imperfections ; divulguer ses secrets ; s’efforcer .de diminuer ses richesses, et de disperser la chair ei /es os ( i5) ; s’emparer de ce qui fait le bonheur des autres , et les aider à hiire le mal.

Se plaire à en imposer et à épouvanter ; railler ou insulter , et vouloir toujours avoir le dessus en tout.

Disperser les épis naissans'ou ceux qui sont déjà mûrs.

Brouiller les ménages ; être insolent dans l’opulence.

Si l’on obtient un pardon , n’ètre touché d’aucune honte ; endurer patiemment les bienfaits , et se décharger sur autrui de scs

Vendre le mal cl (aire épouser l’inf or-.

tune ; dans le commerce , exagérer le mérite de ce qu’on veut vendre.

Garder dans son sein un cœur pcrGde ; rabaisser ce que les autres ont de bon , et défendre ce qu’on a soi-même d’imparfait.

En imposer et gêner par une vaine affectation de majesté; s’abandonner à sa férocité ; se plaire dans le meurtre et au milieu des blessures.

Couper et tailler sans nécessité (i4).

Immoler et préparer les victimes , sans avoir égard aux rites établis.

Jeter et perdre.les cinq sortes.de grains; nuire et faire du mal aux animaux.

Briser la maison d’autrui ; prendre ce qui s’y trouve de précieux ; lâcher les cour rans d’eau , et jeter du feu pour inpendier les maisons du peuple.

Troubler les lois pour ruiner lej mérites des hommes. Disperser les meubles pour appauvrir les ménages. Souhaiter la chute de ceux qu’on voit florissans et honorés, et la mine de ceux qu’on voit , riches et bpulens.

Concevoir de mauvais désirs , en jetant les yeux sur les femmes .qui appartieiipent à autrui (l5).

Souhaiter la mort deceuxà qui l’on doit, ou dont on retient le bien.

Quand on n’obtient pas ce qu’on demande, vomir des imprécations et concevoir des resseulimens.

* Quand on voit quelqu’un éprouver un malheur, l’attribuer sur-le-champ à ses vices.

Se moquer des infirmités corporelles ; dissimuler les bonnes qualités qu’on aperçoit dans les autres.

Procurer le coebemar ; se servir de poisons pour Faire mourir les arbres ( i6).

S’indigner contre les traditions des sag^.

Résister à son père et à ses frères, et exciter leur courroux-

Arracher par la violence ; aimer la rapine et se plaire dans le brigandage. Fonder sa richesse sur ses larcins. S’avancer par la flatterie et le mensonge.

Être inégal dans les récompenses qu’on accorde et dans les punitions qu’on décerne.

S’abandonner sans mesure à la joie et au repo& Tourmenter et punir injustement ses surbordonnés. Imprimer la terreur; maudire le ciel et accuser les hommes.

Insulter le vent et s’irriter contre la pluie.

Animer les querelles et susciter des pro-

nés. Porter le met^songc jusque dans la société de ses amis. Ecouter les caquets des femmes , et agir contre les instructions de son père et de sa mère.

Oublier l’antiquité pour les nouveautés ; dire oui ,de bouche , et non du fond du cœur.

Être avide de biens mal acquis. Tromper ses supérieurs. Être artisan de calomnies et insulter les hommes paisibles. Collomp re la droiture. Blasphémer le nom des Esprits.

Rejeter toute soumission , et prendre pour règle l’esprit de contradi(îtion.

• Quitter ses proches paréos pour ceux qui sont plus éloignés. Rendre le ciel et la terre témoins des plus viles pensées, et mettre sous les yeux des Esprits deâ actions inlàmes.

Faire des largesses et s’en repentir ensuite; emprunter et ne pas rendre. Avoir des prétentions au-dessus de son état , et entreprendre au-delà de ses moyens;

S’adonner sans mesure aux plaisirs (17)-

Avoir le poison dans le cœur , et le visagé plein de bienveillance.

Souiller les alimens et affamer les hommes. Les embarrasser par de fausses doctrines (18). Employer une aune trop courte^

Diaii;.'

défaussés mesures, une balance trop légère, un petit boisseau.

Mêler la vérité de mensonges j recueillir le lucre de la prostitution.

Subjuguer les bons , et les humilier.

Monter fièrement à cheval sur le dos des amples.

Désirer avidement sans jamais être satisfait (19). Faire des imprécations et adresser aux esprits des prières impératives.

S’énivrer , se révolter ensuite , et donner lieu à des troubles. Souffrir, de la division et des querelles entre sa chair et ses os {*). Homme , être sans droiture et sans bonté ; femme , sans douceur et sans complaisance. *

Vivre mai avec sa femme j ne point respecter son père.

Aimer à se “vanter , et être continuellement dévoré d’envie.

Ne pas* agir vertueusement envers son épouse et ses fils ; manquer an devoir envers ses oncles et ses tai tes ^ se conduire d’une manière légère et despectueuse visà-vis des âmes de ses aïeux défunts ; résister aux ordres de ses supérieurs (aoj.

(■*) Voyes U note iS.

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N’apporter aucune utilité en agissant.

Avoir un cœur double ; se maudire soi et les autres. Haïr et aimer par intérêt.

Fouler aux pieds les puits , et sauter par dessus le foyer (ai) ; enjamber sur les alimeus ou sur les hommes.

Faire du mal aux eufans, et maltraiter les nouveaux-nés.

IMetlre du mystère et du mal à tout.

Chanter ou danser le jour de la conjonction , ou le dernier jour de l’an (aa).

Pousser de grands cris et se mettre en colère dans la nouvelle lune ou le matin (aS).

Cracher , se moucher , ou rendre son urine du côté- du nord (a4). Soupirer , chanter ou pleurer en face du foyer. Allumer des parfums au feu du foyer. Souiller le bois avec lequel on prépare les ali— mens. Se lever et marcher nu la nuit. Ordonner des supplices dans les huit époques principales de l’année (a5). Cracher contre les étoiles tombantes. Montrer au doigt les trois clartés célestes. Fixer long-temps le soleil ou la lune (a6).

Mettre au printemps le feu dans les herbes des montagnes , et aller y chasser.

Proférer des injures du côté du nord; sans

motif

motif tuer les tortues ou frapper les serpens (37).

Voilà autant d’actions qui, ainsi que d’autres semblables , méritent d’être punies suivant leur gravité ou leur légèreté. Celui qui préside à la vie, retranche à l’homme qui s’en rend coupable des espaces de douze ans, ou de cent jours seulement. Le nombre qui lui en avait été assigné étant épuisé f la mort vient. Et après la mort, s’il y a encore un surplus de châtiment à recevoir , le malheur tombe sur ses fils et ses petits* fils.

Quand on prend injustement le bien d’autrui, on court risque de voir sa femme séduite, ses domestiques trompés. La mort vient pour récompensé. Ou si la mort ne vient pas, on voit sa maison ravagée par des inondations ou des incendies j ses meubles enlevés par des voleurs j on est acca* blé de maladies, et tous ces maux sont la juste récompense du tort qu’on a fuit.

Celui qui tue un homme injustement ressemble à des soldats qui se frappent à coups d’épée.

Celui qui prend les richesses d’autrui, est comme un homme qui veut se nourrir av ec de la chair corrompue, ou se désaltérer

avec du vinempoisouné. La mort le frappe au moment où ii se croit rassasié.

Si ie cœur a une bonne pensée, quoiqu’elle ne soit pas mise à exécution , les esprits l’ont saisie, et la font suivre de leurs heureuses influences. S’il en a ime mauvaise , les mêmes esprits la font suivre de leurs malignes influences.

Si l’on a fait une mauvaise action , qu’on se corrige et qM’on se repente, qu’on quitte la mauvaise voie et qu’on pratique la vertu; on ne manquera pas d’obtenir le bonheur.

C’est ce qu’on appelle le retour du mal au bien.

Aussi l’homme véritablement heureux dit le bien , voit le bien , fait le bien. En un jour il réunit trois sortes de biens. En trois ans le Ciel lui envoie infailliblement le bonheur. Le méchant dit le mal , voit le mal , fait le mai. En un jour il amasse trois sortes de maux , et en trois ans , le Ciel ne manque jamais de lui envoyer le malheur.

Comment peut-on donc ne pas pratiquer la venu ?

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