Noung kia-lieou , les laboureurs
9. Siao choue kia lieou , ceux qui font des compositions peu relevées.
Le Khang-hi Tseu tian, le Teking-tseu thoung , et les autres ouvrages que j’ai sous la main ne donnent pas d’autres éclaircissemcns sur les neuf üeou, pour lesquels il faut voir le fF en hian thoung khao , k. aog et suivans , jusqu’au deux cent vingt-neuvième.
Les sectateurs do la raison et de la vertu sont les Tao-sse.Wa se donnent ce beau titre, parce qu’üs reconnaissent , pour premier principe de
tontes choses , un être indéfinissable qn’ils appellent Tao , Raison. Le livre le plus respecté dans leur secte est le Tao te king , ouïe livre de la raison et de la vertu , ouvrage composé par Lao taeu,
(12) n Sironbonche ces trous qui sont dans la terre et où les fourmis vivent en société , ou ceux qui sont dans les maisons et où logent differentes sortes d’insectes , n’est-ce pas , dit le commentaire, comme si l’on tuait les insectes eux-mêmes ? Et si l’on détruit les nids que les oiseaux ont construits sur les arbres ou sur les toits, où veut-on que ces pauvres animaux aillent goûter le repos et pondre leurs oeufs ? ( Kiao tka ho tchhou ’an chin seng iou ; mot à mot, doce eos quonam loco reponant corpua opaque pariant). Tout eela est la marque d’un cœur sans pitié et dépourvu d’amour pour les êtres vivans. »
Il y avait autrefois un mendiant (♦) qui prédit à un Cha-mi qu’il mourrait dans sept jours ; il lui ordonna en conséquence de s’en retourner chez lui. Celui-ci vît en route une fourmillière qu’un courant d’eau était prêt d’inonder j en toute hâte il se dépouilla de ses habits , et les mkà terre pour arrêter l’eau. Il réussit à l’empêcher d’entrer dans la fourmillière , et sauva (*)
(*) Pi-khicou , mot sanskrit introduit en chinois par les Bouddhistes ; c’est le mSme mol (jue l’anglais Beggar. Ces personnages, qui mendient par un esprit d’hnmiliij et de déaotioD, sott Iris-honor^ à 1a Chiue et dans l’Iude.
par-là la tto à cent mille fourmis ; Luit jours apres il vitit revoir le mendiant. Celui-ci , effrayé et interdit de voir sa prédiction en défaut , lui demanda ce qu’il avait pu faire ; le Cha-mi lui raconta comment il avait empêché un filet d’eau d’inonder une fourmillière. Alors le mendiant lui apnonça que la durée de sa vie avait été prolongée par cette bonne action. — C’en est une aussi, et c’est la marque d’un bon cœur que de conserver les nids d’hirondelles qui sont dans une maison, u
Un homme avait eu toute sa vie la plus grande avenûun pour les mouches -, chaque fois qu’il en ^^ait une sortir d’un trou , si le trou était élevé, il prenait vite une échelle pour aller le boucher. 11 lui naquit deux fils , mais tous deux manquaient de celle des ouvertures naturelles que les Chinois appellent la yie du riz (^). On voulut y remédier avec un stylet rougi au feu ; mais les deux eufans moui-urenl. Voilà , ajoute très-naïvement le commentateur , la récompênse d’avoir bouché les trou.s des mouches.
Un petit garvon de Sou^lcheou n’avait d’autre plaisir que de monter sur les arbres pour dénicher des petits oiseaux. Un jour il fut prévenu par un grand serpent qui était entré dans le nid et avait dévoré les petits -, en l’apercevant , l’enfant, saisi de terreur, resta la boucho béante. Le serpent y entra ; le petit garçon tomba du haut de l’arbre et sc tua. Voilà, dit
(*} Kou-lao.
encore notre auteur, une récompense digne dei dénicheurs d’oiseaux.
( i3) Kon-jou, la chair et les os : cette expression désigne les parens qui doivent être le plus attachés les uns aux autres , le père et le fils , le frère aîné et le cadet , le mari et la femme. L’histoire rapportée dans le commentaire est en quelque sorte le canevas d’un petit roman , auquel il no manque que des développeraens et un style un peu moins simple pour être assez intéressant ; mais on sait que les Chinois recherchent peu les ornemens dans leurs romans , et qu’ils ne s’attachent pas même à laisser le lecteur dans l’attente du dénouement , qui est presque toujours indiqué d’avance.
» Un habitant de la province de Chen-si , nommé Yauan-koung , avait vu sa famille dispersée par des brigands qui avaient ravagé le pays; son fils lui avait été enlevé; lui-même était allé se réfugier dans la province dciVanking; Quelque temps après son arrivée, il lui piSt désir d’épouser une femme du .second ordre , afin d’avoir uu fils. Comme il était occupé d’en chercher une , il y avait un homme qui vendait sa femme ; Koung l’acheta pour trente onces d’argent. Arrivée chez son nouveau maître , cette femme tournait le dos i la lampe pour cacher sa douleur, et versait des larmes amères ; Koung lui en demanda la raison : Hélas ! dit-elle, la plus affreuse pauvreté et une extrême disette désolaient notre maison , et nous l’ont rendue insupportable ; à la lin , mon
mari a résolu de me vendre pour pouvoir vivre j mais je ne puis oublier les bontés qu’il a eues pour moi , et toute la journée je pense aux bienfaits dont il m’a comblée ; un jour , peut-être , ma douleur se calmera , et je pourrai m’habituera servir un autre homme ; mais permeltermoi de me livrer à mon chagrin. Koung eu eut compassion et ne voulut pas être cause de son malheur; dès le lendemain matin il la reconduisit à son mari , et non-seulement il ne voulut pas reprendre le prix qu'il avait payé, mais il leur fit encore présent de cent taels pour les aider à vivre. Le mari et la femme se jetèrent à ses pieds en versant des larmes de reconnaissance ; et en acceptant ses dons , ils résolurent de lui chercher une jeune fille qui pût lui rendre le fils qu’il avait perdu. En passant par Yang-tcheou ils virent plusieurs hommes qui menaient un jeune garçon pour le vendre ; en le voyant , le mari dit en lui même : nous n’avons pas encore trouvé de jeune fille comme nous en cherchons une, pourquoi n’achèterioAsnous pas ce jeune homme pour en faire présent à notre bienfaiteur ? Il s’informa donc du prix qu’on en voulait avoir : on lui répondit qu’on le vendrait à un tacl par chaque année de son âge -, il avait douze ans, cela fit douze taels que le mari paya ; ensuite ils allèrent conduire le jeune homme à Yuuan-koung, Celui-ci le regarda attentivement et reconnut son fils ; le père et le fils s’embrassèrent tendrement en pleurant , et leurs larmes furent 'bientôt suivies
des transports de joie les pins TÎfs. Telle fnt la récompense qu’il reçut pour n’avoir pas voulu désunir la chair et les os.
( i4) Couper ou déchirer des étoffes sans nécessité est .une mauvaise action à la Chine.
<1 Un morceau de soie d’un^MJuce demande la vie entière de mille vers à soie ; il en faut mille avec dix mille brins pour faire un morceau d’étoffe. » Telle est la raison que donnent les anciens pour engager les hommes à no pas perdre les (issus de soie.
(lâ ) 11 y a dans le chinois se mei-, mot i mot , belles voluptés. « Si un homme aperçoit une femme, dit le commentateur, il s’élève dans son coeur une pensée -, cette pensée une fois produite engendre deft desseins deshonnêtes qui )èteat l’homme dans le chemin de la méchanceté ; ses devoirs sont pervertis , il déshonore ses aïeux , il interrompt les lois de la morale céleste; il blesse les mœurs et brave les usages; enEn , il n’est rien dont il ne devienne capable. C’est pourquoi les lois de l’empire sont de la plus grande sévérité sur ces matières , car elles ont pour principe que l’adultère est la source de tons les maux. Il est dit aussi : Celui qui corrompt la femme d’un autre voit en récompense sa postérité détruite ; celui jui corrompt la fille d’un autre voit en récompense ses fils et ses petits-fils livrés à la débauche et à la corruption : il meurt , et sa maison est exterminée. »
Un certain Li-teng était i i8 ans second ba-
cliclicr Je sa province; on croyait qu’il ne lui serait pas Jiflicilc d’obtenir le grade de premier docteur (*). Dix ans après pourtant il n’avait pu prendre aucun degré ; il alla consulter un devin et lui demanda ce qui lui arriverait jusqu’à sa mort. Le ^vin était un homme du premier mérite; il se rendit à la cour céleste , et comme les portes n’étaient pas encore ouvertes, il s’arrêta auprès des juges incorruptibles qui se tenaient eu dehors , et il leur parla de l’affaire de Li-teng , et leur demanda ce qu’ils en pensaient. L’un des magistrats lui répondit: Le souverain seigneur avait marqué la naisr sauce de JLi-teng avec le sceau de pierre do tu. A l’ûgc de l 8 ans il devait être second bachelier ; à 19 , second doelcni*; à 53 ans il aurait été ministre de la droite. Mais par malheur , dans le temps qu’il était second bachelier , il aperçut à la dérobée. une fille de la maison voisine de la sienne ; il lui prit un violent désir de la posséder ; n’ayant pu s’arranger avec son père, il le ht jeter dans une prison. Par suite de cette action, il fut abaissé de deux pointa , et soit nom se trouva n’etre plus que le ag^. Il continua comme il avait commencé, et s’empara injustement de la maison do son frère aîné; il fut alors abaissé de trois points , et son nom fut le 38". Se troAvant à Tchang-’an ( Si- an-fou ) , au milieu de la foule , il aperçut une belle
(*) Vofci U note 8.
femme , et il réussit à la séduire ; puis craignant que le mari de cette femme ne vînt à l’appreU'^ dre, il sut le faire tomber cl aus un piège et succomber sous une fausse acciuation. En CK>nséqucnce, il s’est vu privé de ses revenus et de son emploi. A présent même il vient d’enlever tine demoiselle de qualité. Infatigable à faire le mal , il consume la vie qui lui avait été assignée ; comment peut-il espérer de monter en grade ? Le devin revint et rendit compte de tout ce qui lui avait été dit à Teng ; celui-ci fut couvert de confusion ; il versa des larmes de repentir, et la douleur le consumant, il mourut. »
« Il y avait à Nan-hing vfti jeune étudiant qui subissait ses examens , et dont la figure était agréable et distinguée. Dans la maison qui faisait face à la sienne, habitait momentanément un magi.strat en tournée avec sa fille ; il la vit et s’abandonna à la passion qu’elle lui inspira. Son examen fini, il reçut par une esclave une invitation de venir visiter la jeune dame. Mais faisant réflexion au risque qu’il allait courir, il craignit de se laisser entraîner à quelque mauvaise action , et résolut de ne pas aller au rendezvous. Un autre étudiant qui demeurait avec lui eut par hasard connaissance de tout. 11 eut la fantaisie d’aller remplir les engagemens de son compagnon. L’obscurité de la nnit empêcha l’esclave confidente de s’apei-ccvoir du changement de personne. Elle le fit entrer auprès de sa maîtresse j mais comme ils reposaient ensemble ,
le pire de la demoiselle revint et entra tout à coup dans la chambre de sa fille. 11 aperçut le )eune homme,et entrant en fureur, il les tua tous les deux. Le lendemain, quànd on proclama les noms des candidats admis , le second étudiant ne parut pas ; l’autre , qui avait obtenu un degré assez élevé, dit à ce sujet à ses amis ; Si j’étais allé à ce fatal rendez-vous , au lieu d être porté sur la liste des licenciés, je serais en ce moment couché sur la liste des esprits impurs, u C’est que , dans la doctrine des Tao-sse, les âmes des mëchans sont , après leur mort , condamnées à remplir les fonctions de mauvais génies ; ils sont même classés, distribués en différens ordres, chacun suivant le genre de les attributions, et l’on en tient des listes fort exactes (*).
Malgré la sévérité des lois et les perpétuelles déclamations des moralistes et des sectaires, la corruption des moeurs est aussi grande à la Chine qu’en tonte autre contrée. A la vérité, la plupart des écrivains poussent la modestie des expressions jusqu’à l’affectation la plus ridicule. Mais il y a aussi un bon nombre d’ouvrages où règne le cynisme le plus révoltant. Nous avons ici un recueil de contes qui peut être mis , sous ce rapport, à côté de Pétrone et de Martial. Je dois convenir pourtant que le lien conjugal n’y est presque jamais un objet de sarcasmes et de dérision. On pourrait en tirer une conséquence fa-
Voyes les Mémoires coucerasnl les Chinois, l. P a33 et suiTsulcs.
Diuiiiz
Torable anx moenn nationales, s’il en'était de même dans le Kin-p‘kingmeï, roman célèbre , qu’on dit au-dessus, ou pour mieux dire au-dessous de tout ce que Rome corrompue et l’Europe moderne ont produit de plus licencieux.
Je ne connaisqncde réputation cet ouvrage ,qui, quoique flétri par les cours souveraines de Péking (*) , n’a pas laissé de trouver un traducteur dans la personne d’un des frères du célèbre empereur Ching-tsou , et dont la version que ce prince en a fai le en mandchou passe pour un clief-d’oeuvre d’élégance et de correction.
(i6) J’ai recouru avec empressement au commentaire pour cet article, qui me semblait supposer quelques connaissances en chimie et en physiologie végétale. Mais )e n’y ai trouvé que ce qui suit : u Le méchant éprouve un sentiment d’envie, et cherche à détruire les arbres qui ne sont pas i lui. 11 emploie une eau empoisonnée pour les dessécher et les faire mourir. Un ancien a dit : Les arbres ont une vie très-longue , et ils servent de demeure à un grand nombre d’esprits. £n les coupant, on cause beaucoup de malheurs; à plus forte raison si on les fait mourir en les empoisonnant. Ou blesse le noeud de communication entre le ciel et la tciTc ; ou ruine la propriété d’un homme paisible. Comment tout cela ne scrait-il pas un péché? TVang-cliang- Uin, habitant de fVenrthsioiian , avait derrière
(*) Mémoij’es des mUsionnaircs de Pekiog , t. VUI ,
ta maison nn arbre trfes-élevë qni arait déjà vécu plus de mille ans. Comme il n’en tirait aucun profit, il résolut de l’abattre; mais il n’en put venir à bout , parce qu’il y avait un charme «nr l’arbre. 11 fit venir un magicien pour rompre le cJiarme, et pendant la nuit il enfonça dans l’arbre des dons empoisonnés. L’arbre mourut en effet ; mais Wang-chang-tsin ne lui survécut guère. »
(17) Il ne s’agit pas ici du de'réglemenl des mœurs, mais de l’abns des plaisirs légitimes. « Quoiqu’il y ait, dit le commentaire, une loi commune au mari et à la femme, cette loi cllcmeme est restreinte par certaines règles. Suivant le livre de Nieisengphian, il faut s'abstenir, Anna la lune qui répond au ï". et an 7*. caractère du cycle de 12; dans le demi-mois appc lé chaud, et dans celui qu’on nomme petit froid ; quand le soleil ou la lune sont couverts de nuages on éclipsés ; dans-lcs temps de grands vents, de grands brouillards, de grands tonnerres, de pluies excessives; le jour de .sa naissance , le jour Keng-chin, ou 5 ‘M. du cycle, le jour Kia-tseu on 1". du cycle, le ]ovkv Ping-ting , le l".
jour (le chaque saison, aux deux équinoxes, aux deux solstices , le jour de la conjonction, celui de la pleine lune, au premier et au dernier
{^* ) Ceci est Sans doute une faute : il a pas« dan& !• cycle «le de jour ainsi nommé j Ving et /in^sont denz caroctcrcs du cycle déoairr. On pourrait cntcudre le à*, et. Je 4*.your de chaque décade*
^narticr , le i 5 '. et le 28'. jour tie chaque mois > le 3 , le i 4 et le 16 de la première lune , le 211. de la 2**®. lune , le 9” . de la 3 °. lune , le 4 et le 8 de la 4 '. lune-, le 5 , le i 5 et le 25 de la 5 ". ; le 7 de la 6 e., qu’on nomme le jour des neuf poisons ; le 10 de la 10". lune , le 25 de la 1 U' lune ; enfin , le 7 et le 20 de la 12*. lune. Voilà les jours ou la règle prescrit de s’abstenir. Celui qui n’observe point cette abstinence ne sait ce que c’est que l’art de se conserver : il appelle sur lui une mort prèmatiu'ée. u
(18) Mot à mot: Doctrine .gauche. « Ce sont celles qui ne rentrent pas dans les trois vraies religions , et dans les neuf sectes (*). » Il est sans doute ^curieux et presque sans exemple de voir des sectaires stipuler pour leurs rivaux, et avancer en principe que trois religions qui n’ont presque aucun point de contact et dont les dogmes diffèrent autant que les cérémonies , soiit vraies toutes trois , et qu’on peut suivre indifféremment l’une ou l’autre. C’est que , suivant les Chinois, toutes les religions ont le meme but, et tous les cultes le même objet. San kiao i kiao, les trois religions n’en font qu’une , dit un de leurs proverbes. Mais une chose qui contrasta avec cette indifférence, c’est l’esprit de haine et d’intolérance avec lequel ils aceueiileul les prédicateurs de lois qui sont nouvelles pour eux. On en jugera par la suite de l’article où le commentateur explique ce qu’on doit entendre parles y<iMA-.s'e.ï lois. ,
Vo)ci plu* haut U note ii.
« Tehang-kio, sous la dynastie des Han{^'), et Lieou-fou-thoung , sun la fui de celle *des Youan (**), seLvrèrent ^la magie et rassemblèrent de grandes troupes de sectateurs qui causèrent des troubles violcns- Ils furent détruits par la suite ; mais dans des temps plus rapproches de nous , nous avons vu la secte des Samanéens , qui veut anéantir toutes les actions humaines (***) ; celle de l’auguste ciel , Hoang-thian ; celle du nénuphar blanc (*”**); celle du seigneur
(*) Toyct Histoire générale de la Chine , T. III , p. 5o8.
Voyei le même ouvrage y T. IX y p. 593.
Il y a dans le teite *wei kiao , la secte sans
action. Voici Tarticle du Tieu-tian qni prouve qu'il s'agit des Samanêeus: u CAn-me/s veut dire yui agit avec atten~^ tion. Suivant le livre en 4^ chapitres , qui contient les pa« rôles de Fo : Ceux qui renoncent â leurs proches y qui qtiittent leurs maisons pour aller demeurer dans des monastères, qui connaissent à fond la nature de la pensée , et qui expliquent la loi où il n*y a point d*action, se nomment Cha-men. Tseu-tian , an mot Cha.
On voit que la Nirwana , on l'extinction de la pensée ^ hnt ordinaire dea méditations des Bouddhistes , est 1a même chose que notre auteur désigne par l'expression de Vf^ou *wei\ Comme il a admis peu auparavant la doctrine des Bouddhistes au nombre des trois vraies religions / il entend sans doute parler ici d'une Secte de cette religion y qui fait du Nirwana sa seule occupation.
{****) Autre secte célèbre des Bouddhistes ; elle est en horreur à la Chine , bu on la considère plutôt comme une association secrète et politique que comme une religion. Ceux qui la suivent ne reconnaissent, dit-on , aucune autorité humaine , et se croient tous appelés au gouvernement Ae l'Etat. Les ennemis de la religion chrétienne ne manquaieat jamais* pour la décrier plus sûrement , de l'ewimiltr à U secte
^ciel(leclir!8tianisnie),et plusieursautres.Pour attirer des prosclites à ces sectes, on fait croire aux gen*i de distinction qu’ils deviendront Dieux ou génies tutélaires ; les autres obtiendront par la suite des nugislratures ou des emplois. On abuse ainsi de la crédulité des hommes, ou séduit des personnes des deux sexes, on en forme 'des rassemblemens, d’où résultent les plus gi'ands désordres. On leur prend leurs bi ens, on commet des adultères, des vols-, on renverse de fond en comble toutes les lois de la morale, et il en résulte de terribles calamités. Aussi du temps des anciens rois, si rin homme avait une doctrine gauche , on le faisait mourir ( tchu ). Plus récemment, on a fait défense aux magiciens de se servir de leurs pratiques mystérieuses et d’employer des paroles secrètes. Dans les montagnes qui sont auprès de Thsing tchhing , ville de la province du Sse-tchhouan, vivait un Tao-sse qui opérait des miracles magiques. Il attirait à lut des jeunes gens de familles riches ; on se rassemblait dans un monastère qu’il avait , loin de toute habitation. LA on brùlaitdes parfums. Lui seul se tenait assis sous un dais et ordonnait les cérémonies. On conjurait une nymphe des montagnes de venir avec ses compagnes , immortelles
du ^iénuphar bUoc . qui a causé beaucoup de révoltes dans diflërentet provinces. Il parait que les troubles actuels, qui semblent menacer Vempire d'une grande révolution , ont été fomentés par ces sectaires. Vojes Hist. de l'Edit de l'Emp. de la Chine , p. i5i. Hist. génér. de la Chine, T. XI, p. 378 et suivantes.
tnmme elle. Elles se rendaient à l’invitation ; <M1 buvait , on mangeait , on se couchait et on dormait comme de simples mortels (*). Le Tao-sse t)sa même venir dans la ville , et par un prestige qui trompa beaucoup de monde ^ y faire paraître une ville d’or. La populace était dans le plus gi'und enthousiasme. Le roi de C/iou ayant appris tous ces désordres , ordonna d’arrêter le Tao -sse. Pendant un mois , on ne put le trouver, parce qu’usant d’un nouveau sortilège, il avait arrosé la tciTc autour de lui avec du sang de chien ; mais toutes ses ressources ne purent le sauver ; il fut cnCn saisi et coupé en morceaux. L’ordonnance qui parut à ce sujet était conçue en ces termes : Etre pieux envers scs parens, bon frère, droit et fidèle, pur dans scs actioas, observateur scrupuleux des lois et attentif à toutes scs pensées, voilà cc qui constitue une bonne doctrine. Toutes les fois qu’on s’applique à la magie, on ne cherche qu’à séduire les hommes. Hélas! celui qui par de fausses doctrines trompe la multitude, n’est-il pas digne de dix mille morts? Les malheureux abusés laissent sortir de leurs maisons leurs femmes et leurs filles; elles vont dans les templts brûler des parfums; elles suivent les avis d’un docteur pervers , qui clicrchc à les faire tomber dans la
(*) Ifn, chi f thsin ,tchhou^ lu seng jln H>ou £. L'exprc&biou chinoise a quelque chose de piquant. IVou jans aucune dijjvrenve , signifie aussi que tout cela sc pas aail saua qu'il y eût aucun tuiracle.
débauche
DiglîizTS bÿ GOOglc
dcbauche , et elles finissent par s’abandonner à d’horribles désordres. Un chef de famille qui permet de semblables attentats croit-il être exempt de reproches? »
(i 9} On cite ici les belles paroles de Lao-tseit :
Il n'y a peu de plus grand péché que les désirs désordonnés ; il n’y a peu de plus grand malheur, que de n’itre Jamais satisfait r
Tsouî mou ta iü to yo ;
Kouo mou ta iu pou tekt ttou»
{10) Les supérienrs qu’on entend ici sont : le s
prince, par rapport aux sujets; Je père, par rapport au fils; le général, par rapport au soldat; le magistrat, par rapport an peuple; et enfin le maître, par rapport aux domestiques.
(21) « L’eau et le feu servent à la nourrituré des êtres yivans. Il y a des esprits qui président aux puits et au foyer. Si vous les franchissez en eautaiit , non»seulement vous insultez et vous Bouillez la demeure des esprits , mais vous marquez un mépris coupable pour ce qui fait la base de la vie de l’homme. Comment ne serait-oe pas un péché ? »
C’est par des motifs analogues qu’il est défendu d’allumer des parfums an feu du foyer , et de souiller le bois qui doit servir à. préparer des alimens. Quant au premier point , on eil donne une raison fott ridicule: c’est que la flamme et lés cendres du foyer étant vulgairement appelées Fou loung souï ( absconditi draconis urina ) , il serait très-choquant d’y allumer des parfums qu’on vent brûler en l’honneur
des autres Esprits. Pour le second , on fait observer que le bois souille peut , en brûlant, exhaler des vapeurs qui iront se fixer sur les aliniens qu’on prëpare ; ce qui , outre le danger qui peut en résulter pour les personnesqui s’en nourriront , a encore l’inconvénient d’irriter l’Esprit du foyer.
( 32 ) La , le dernier jour de l’an , est aussi lo nom d’un sacrifice que les Lettrés ibnt après le solstice d’hiver ; mais chez les Taosse , les cinq la sont cinq sacrifices qui leur sont particuliers : le premier est celui du Ciel, il se fait le premier jour de la première Ibne ; le second est celui de la terre > le cinq de la cinquième lune -, le troisième est celui de la raison et de la Vertu , le sept de la septième lilné ; le quatrième est celui de l'année , le premier de la dixième lune ; et le dernier celui des rois et des princes, le huit de la douzième lune. Ces jours-là , tous les Esprits sont au Ciel. C’est ce que dit le commentaire.
Le Tseu tian nomme le quatrième la , sacrifice du peuple et de l’année , et le fixe au douze de la dixième lune.
(23) Le mois commence parla nouvelle lune, et le jour par le matin. 11 est indigne d’un homme raisonnable de commencer le mois ou la journée par des actes indécens , tels que sont ceux dont il s’agit en cet endroit.
(24) « Le côté du nord est celui où est le Boisseau du nord , prince des étoiles. Le pôle
Ja nord e.t 1. g„,d da «el, où «
Ils Intelligences des trois mondes et des dix parties. C’est-Jà ce qui le rend si respectable, u
On peut remarquer, dans ce passage, un exemple de ces emprunU que les Tao^se ne cessent de Cure aux autres sectes. Les trois mondes sont une conception des Bouddhistes qui, dans leur métaphysique inextricable, disl
tinguent le monde des désirs , le monde dea formes, et le monde sans formes. Je vais, puisque 1 occasion s’en présente , placer ici la définition que donnent leurs livres sacrés. Cet échantillon de la doctrine indienne formera un con traste assez marqué avec ce que nous avons vJ jusqu à présent chez les Tao-sse.
mondes, extrait du livre intitulé ffoajran houng mou . c’est-à-dire, la pupille de l’oeil de la fleur de majesté (♦). »
« Kicu (monde), signifie proprement limite, séparation. Les trois mondes sont séparés et distingues les uns des antres ; ils n’ont aucune communication ; c’est pourquoi on les nomme Kiaî. »
« Le premier est le monde dea désirs II y a qimtre sortes de désirs : ceux des afiections motales , ceux des objets extérieurs , celui des alimens , celui des plaisi^8 charnels. Dans l’i- (*)
(*) C’est le nom cpi’on donne Si la grande collection dea Uerea aacret de Bonddhah. IDne partie aenlement de l./Teur Je a iU rirélés ; le reate , an nomtre de pluaieum
raïuiona de eolumet, eat encore dana le Ciel,
chelU det mondes superposés (*) , le monde on l’empire des désirs s’étend , en bas jusqu’à l’enfer nommé A-pi , et en haut jusqu’au sixième étage terrestre , où. est le Dieu qui convertit (**)• Les hommes et les femmes s’y multiplient par des désirs déshonnêtes^ c’est pour cette raison qu’on l’appelle le monde des désirs, n « [ Le mot sanskrit A-pi signifie sans inlerpalle. Le sixième degré , où s’opère la conversion en divinité , est le lieu où l’on éprouve une joie ineffable par le changement de sa nature. ] »
Le second est le monde des formes. Far forme , on entend la substance manifestée par la couleur. Dans ce monde, il n’entre rien decea
(*) On sait que presque tous les Hiodous placent les uns an>dessous des autres plusieurs enfers, plusieurs terres , pin- •ieurs cieux ou paradis. On peut Yoir à ce sujet Georgi , Alphabftum Tibetanum^-^. i%iytx,pas$im. — Bergmann, Homadische Streifereien unter dert Kalmuken > T. III. ^ P allai t Sammlungen hfstorisehsr Hachrichurt übêr die Blongolischcn yalkerschafïen , T. II.
(*'*) Ce dieu s'^appelle en Sanskrit Paranirmata¥acha^ vartita, ce qui, suivant la traduction Mandchou qu’eo donne un vocabulaire polyglotte que j^ai sous les yeux, signilie, mot à mot : esprit puissant chargé de faire changer autrui ^ Pf^eri be kôboulihoure toosenga abka ; cVst le 6'. et dernier esprit du monde des désirs. Les cinq premiers ont, dans le mime vocabulaire , les noms sanskrits suivaus : i. Tchatourmahdrddjdkdyikdy le grand roi des quatre esprits; a. Trayas^ trimehd , les 33 esprits \ 3. Pâma , IVsprit sans soldats ^ 4 . Touchitd , le joyeux ^ 5. Nimuaaratird , celui qui se plaît duM le changement.
formes impnres et souillées du monde des désirs , mais bien des formes pares et sans aucune tache, n commence avec les Bralimas de la première extase, et finit à l’esprit A-kiani-tcha. Il renferme en tout dix-huit Esprits , parmi lesquels il ne se trouve aucun corps féminin , et par conséquent aucune souillure ei aucun désir. Arrivé à ce monde par l’effet de la conversion , on conserve encore une substance corporelle -, et c’est pour cela qu’on l’appelle le monde des formes. »
K [Le mot sanskrit yf-L'o-ni-teAn (*) signifie borne qui s’oppose enfin à la substance corporelle^**). Les dix-huit Esprits que contient ce monde sont ; i . Les Brahmas ; a. les assesseurs des Brahmas *, 3 . le grand Brahma -, 4. l’Esprit de la petite lumière; 5. celui de la lumière sans bornes ; 6. l’Esprit à la voix lumineuse ; 7. l’Esprit de la petite pureté ; 8. celui de la pureté sans bornes ; g. l’Esprit toute pureté ; 10. l’Esprit sans nuages ; 11. l’Esprit de la vie heureuse; 12. l’Esprit vaste; 1 3. l’Esprit sans pensée; i4. l’Esprit sans tristesse; i5. l’Esprit sans chaleur; 16. l’Esprit bien, voyant;
(*) L« -vocabulaire déjà ciU donne cei moU plu nacto- ,ment , Aghanischtd, et le rend par demihrs bopke dt la forme , Sse kieou king thian. Les Mongols ont transcrit ce nom en Taltéraot un peu : AganUtati, Xses Tibétains rappellent Og~min, et les Mandchous Oudçhoulakha dergi Abka y l'esprit suprême couducteor.
Je traduis UttêraWment les motsfchs *aï kieou king*.
17- l’Esprit bien manifesté ; 1 8. l’Esprit born» de tontes formes (*][. ] »
( * ) Je Ttis donner ici les noms sanskriu de ces dix-huit dieux y STec les différences de signification que je trouve dans le vocabulaire polyglotte , ils y sont partagés en claues y snivant le degré d'extue nécessaire pour en avoir connaissance, l»*. EXTASE.
Brakmaparipaif^y Ironie des Brahtnas.
Brahmapourohdfa y ministres de BraKma.
Mahahrahdma y le grand Brahma.
a*. EXTASE.
Barirtdbha , petite clarté.
jtpramdndbha y clarté sans homes.
^bhdsouard y voix lumineuse.