‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 10 sur 33 · CRAINTE DE DIEU · texte numérisé non relu

CRAINTE DE DIEU

Il 'est-ce pas en effet la sagesse et la crainte de Dieu tonte seule qui peut rendre les princes et les grands plus aimables aux peuples?

C'est par elle, disoit autrefois un jeune roi^ qae je deviendrai illustre parmi les nations; que les vieillards respecteront ma jeunesse; que les princes qui sont autour de mon trône baisseront par respect les yeux devant moi; que les rois voisins^ quelque redoutables qu'ils soient; me craindront; que je serai aimé dans la paix et redouté dans la guerre. ^ C'est par elle que mon règne sera agréable à votre peuple ; ô mon Dieu! que je le gouvernerai

1) Sap. VIII. 11, 13, 15.

jostoment, et €(ae je serai digne du trône de mon père. ^

Non^ Sire^ ce ne sera ni la force de vos années, ni l'étendue de votre empire, ni la magnificence de votre cour, qui vous rendront cher à vos peuples: ce seront les vertus (joi font les bons rois, la justice, Thumanité, la crainte de Dieu. Vous êtes un grand roi par votre naissance; mais vous ne pouvez être un roi cher à vos peuples que par vos vertus. Les passions qui nous éloignent de Bleu nous rendent toujours injustes et odieux aux honmies; les peuples souffrent toujours des vices du souverain. Tout ce qui outre l'autorité l'affoiblit et la dégrade. Les princes dominés par les passions sont toujours des maîtres incommodes et bizarres. Le gouvernement n'a plus de règle, quand le raaitre lui-même n'en a point. Ce n'est plus la sagesse et l'intérêt public, qui président aux conseils, c'est l'intérêt des passions. Le caprice et le goût forment les décisions que devoit dicter l'amour de l'ordre; et le plaisir devient le grand ressort de toute la prudence

1) Sap. IX. 12.

de l'empire. Oiii^ Sire^ la sag^esse el la piété du soayerain toate seule peut faire le bonlieur des sujets^ et le roi qui craint Dieu est toujours eher à son peuple.

Mais si la crainte de Dieu rend dans les princes et les grands l'autorité aimable^ c'est elle encore^ Sire^ qui la rend glorieuse. Tous les biens et tous les succès ^ disoit encore un sage roi^ me sont venvs avec elle^ et c'est par elle que l'honneur et la gloire m'ont toujours accompagné. ^ Dieu ne prend pas sous sa protection ceux qui ne vivent pas sous ses ordres.

Je sais que l'impie prospère quelquefois ^ qu'il paroit élevé comme le cèdre du Liban^ et qu'il semble insulter le ciel par une gloire orgueilleuse qu'il ne croit tenir que de luimême. Mais attendez: son élévation va lui creuser elle-même son précipice; la main du Seigneur Tsurrachera bientôt de dessus la terre. ' La fin de l'impie est presque toujours sans honneur 3 tôt ou tard il faut enfin que eet édifice d'orgueil et d'injustice s'écroule. La honte et les malheurs vont succéder icibas à la gloire de ses succès: on le verra peui-

H Sap. VIL 11.

être trainer une Tieillesse triste et déshonorée; il finira par l'ignominie. Dieu aura son tour, et la gloire de l'homme injuste ne descendra pas avec lui dans le tombeau.

Repassez sur les siècles qui nous ont précédés^ ^ comme disoit un prince juif à ses enfantS; et vous verrez que le Seigneur a toujours soufflé sur les races orgueilleuses^ et en a fait sécher la racine; que la prospérité des impies n'a jamais passé a leurs descendants; que les trônes eux-mêmes^ et les successions royales^ ont manqué isous des princes fainéants et efféminés; et que l'histoire des crimes et des excès des grands est en même temps l'histoire de leurs malheurs et de leur décadence.

Dieu de mes pères^ disoit autrefois un jeune roi; Dieu de mes pères^ vous m'avez établi prince sur votre peuple^ et juge des enfants d'Israël. Vous m'avez placé sur le trône; et en un âge où l'on ignore encore l'art de se conduire soimême ^ vous m'avez choisi pour être le conducteur d'un grand peuple. Vous m'avez environné de gloire ; de prospérité et d'abon-

1) ] Mach. IL 61.

dance^ mais la magnificence de vos dons sera elle-même la source de mes malheurs et de mes peines^ si vous n'y ajoutez l'amour de vos commandements et la sagesse. Envoyezla-moi du haut des cieux^ où elle assiste sans cesse à vos côtés. C'est eUe qui préside aux bons conseils , et qui donnera à ma jeunesse toute la prudence des vieillards et toute la majesté des rois mes ancêtres. Elle seule m'adoucira les soucis de l'autorité et le poids de ma couronne. ^ Elle seule me fera passer des jours heureux^ et me soutiendra dans les ennuis et les pensées inquiètes que la royauté traîne après elle. Je ne trouverai de repos au milieu même de la magnificence de mes palais^ et parmi les hommages qu'on m'y rendra, qu'avec elle. Les plaisirs finissent par l'aroërtiime; le trône lui-même^ grand Dieu! si vous n'y êtes assis avec le souverain ^ est le siège des noir« soucis; mais votre crainte et la sagesse ne laisse point de regrets après -elle: on ne s'ennuie point de la posséder; et la joie même et la paix ne se trouvent jamais qu'avec elle. *

î) Sap. IX. 1, 4, 5, 7, 10, 11. >) Sap. VIII. 9, 16.

Heureux donc le prince^ ô mon Dieu! qui ne croit commencer à régner que lorsqu'il commence à tous craindre ^ qui ne se propose d'aller à la gloire que par la vertu , et qui regarde comme un malheur de commander aux autres^ s'il ne vous est pas soumis lai-même!

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