GLOIRE
11 y a long-temps qae les hommes^ toujours vains ^ font leur idole de la gloire. lU la perdent la plupart en la cherchant^ et croient l'avoir trouvée quand on donne à leur vanité les louanges qui ne sont dues qu'à la vertu.
Il n'est point de prince ni de grand^ malgré la bassesse et le dérèglement de ses mœurs et de ses penchants, à qui de vaines adulations ne promettent la gloire et l'immortalité y et qui ne compte sur les sufirages de la postérité^ où son nom même ne passera peutêtre paS; et où du moins il ne sera connu que par ses vices.
Il est vrai que le monde ^ qui avoit élevé ces idoles de boue, les renverse lui-même le lendemain^ et qu'il se venge à loisir dans les âges suivants^ par la liberté de ses censures ^ de la contrainte et de l'injustice de ses éloges. Il n'attend pas même si tard: les applau« dissements publics qu'on donne à la plupart des grands pendant leur vie^ sont presque toujours à l'instant démentis par les jugements et les discours secrets. Leurs louanges ne font que réveiller l'idée de leurs défauts^ et à peine sorties de la bouche même de celui qui les publie^ elles vont, s'il m'est permis de parler ainsi, expirer dans son cœur qui les désavoue.
Mais, si la gloire humaine est presque toujours dégradée devant le tribunal même du monde, auroit-elle quelque chose de plus réel aux yeux de Dieu, devant qui il n'y a de véritables grands que ceux qui le craignent ?
Non, Sire, il n'y a de grand dans les hommes que ce qui vient de Dieu. La droiture du cœur, la vérité, l'innocence et la rè^le des mœurs, l'empire sur les passions, voîlà
la véritable grandeur, et la seule gloire réelle que personne ne peut nous disputer. Tout ce que les hommes ne trouvent que dans eux-mêmes, est sali, pour ainsi dire, par la même boue dont ils sont formés. Le sage tout seul, dit un grand roi, est en possession de la véritable gloire^ celle du pécheur n'est qu'un opprobre et une ignominie. ^
La religion, la piété envers Dieu, la fidélité à tous les devoirs qu'il nous impose à l'égard des autres et de nous-mêmes ; une conscience pure et à l'épreuve de tout; un cœur qui marche droit dans la justice et dans la vérité , supérieur à tous les obstacles qui pourroient l'arrêter, insensible à tous les attraits rassemblés autour de lui pour le corrompre, élevé au-dessus de tout ce qui se passe , et soumis à Dieu seul : voilà la véritable gloire, et la base de tout ce qui fait les grands hommes. Si vous frappez ce fondement, tout l'édifice s'écroule, toutes les vertus tombent; et il ne reste plus rien, parce qu'il ne reste que nous-mêmes.
Sire, votre règne seroit plein de merveil-
t) ProT. III. 35.
les; vous porteriez la gloire de voire nom jusqu'aux extrémités de la terre; vos jours ne seroient marqués que par vos triomphes; vous ajouteriez de nouvelles couronnes à celles des rois vos ancêtres; l'univers entier reten* tiroit de vos louanges: si Dieu n'étoit point avec vous; si l'orgueil^ plutôt que la justice et la piété ^ étoit l'ame de vos entreprises^ vous ne seriez point un grand roi; vos prospérités seroient des crimes; vos triomphes des malheurs publics; vous seriez l'efiroi et la terreur de vos voisins; mais vous ne seriez pas le père de votre peuple; vos passions seroient vos seules vertus; et^ malgré les éloges qu6 l'adulation ^ la compagne immortelle des rois^ vous auroit donnés ^ aux yeux de Bieu^ et peut-être même de la postérité, elles ne parmtroient plus que de véritables vices.