‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 18 sur 33 · GOUT POUR LA GUERRE · texte numérisé non relu

GOUT POUR LA GUERRE

Qu'est-ce qu'un souverain né avec une valeur bouillante, et dont les éclairs brillent déjà de toutes parts dès ses plus jeunes ans, si la crainte de Dieu ne le conduit et ne le modère? Un astre nouveau et malfaisant qui n'annonce que des calamités à la terre. Plus il croîtra dans cette science funeste^ plus les misères publiques croîtront avec lui. Ses entreprises les plus téméraires n'offriront qu'une foible digue à l'impétuosité de sa course. Il croira effacer par l'éclat de ses victoires leur témérité ou leur injustice. L'espérance du succès sera le seul titre qui justifiera l'équité de ses armes. Tout ce qui lui paroitra glo-

lieux deviendra légitime* Il regardera les moments d'an repos sage et majestueux comme une oisiveté honteuse et des moments qu'on dérobe à sa gloire. Ses voisins deviendront ses ennemis dès qu'ils pourront devenir sa conquête. Ses peuples eux-mêmes fourniront^ de leurs larmes et de leur sang^ la triste matière de ses triomphes. Il épuisera et renversera ses propres états pour en conquérir de nouveaux. Il armera contre lui les peuples et les nations; il troublera la paix de l'univers; il se rendra célèbre en faisant des millions de malheureux. Quel fléau pour le genre humain! Et s'il y a un peuple sur la terre capable de lui donner des éloges^ il n'y a qu'à lui souhaiter un tel maitre.

Non^ Sire^ un prince qui n'a eu que des vertus militaires n'est pas assuré d'être grand dans la postérité. Il n'a travaillé que pour lui; il n'a rien fait pour ses peuples; et ce sont les peuples qui assurent toujours la gloire et la grandeur du souverain. Il pourra passer pour un grand conquérant; mais on ne le regardera jamais comme un grand roi. Il aura gagné des batailles; mais il n'aura pas

le cœur de ses sujets. Il aura conquis des proyiuGes étrangères; mais il atira épuisé' les siennes. £n un moi^ il aura conduit habilement des armées; mais il aura mal gouverné ses sujets.

Sire^ regardez toujours la guerre comme le plus grand fléau dont IHeu puisse affliger un empire. Clierchez à désarmer tos ennemis ^ plutôt qu'à les vaincte. Bieu ne tous 4i •confié le glaive que pour la sûreté d&:TOs peuples ^ et non pour le malheur, de vos voisins. L'empire sur lequel le ciel Toussa établi est assez vaste: soyez plus jaloux d'en soulager les !misères^que d^n étendre les limiieB. • Mettez iplutôt votre gloire à réparer les- malheurs des guerres passées^ qu^à en enir^rèridre de nouvelles. . Rendez vojlre rè^e immortel pan la félicité de vos peuples^ pius que par le nombre de vos qonquêles^ 4Ne inesuiëz |ia8 sur votre puiësancé la j^tioe de vos eiâreprises ; et n'oubliez jîiraais que^ dans les guerres les fta» justes^ les victoires trainenl toujours après «dltô autant de calamités ppur un éta^^ que les pkis éânglantes déi^ites.

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