‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 19 sur 33 · GRANDEUR · texte numérisé non relu

GRANDEUR

. Jloiis n'ayons de grand que ce qui nous vient de Dien. Oni^ mes Frères ^ que les grands se Gantent d'aroir des princes et des rois parmi leurs ancêtres: s'ils n'ont point d'antre gloire que celle de leurs aïeux; si tonte leur grandeur. est dans leur nom; si leurs titres sont leurs uniques vertus; s'il faut rappeler les siècles passés pour les trouver dignes de nos hommages^ leur naissance les avilit et lès déshonore , même sdon le inonde. On oppose sans cesse leur nom a leur personne; le souvenir d6 leurs èSoux ctevient leur opprobre; les histoires ou sont écrites les grandes actions de leurs pères ne

sont plus que des témoins qui déposent contre eux. On cherche ces glorieux ancêtres dans leurs indignes successeurs; on redemande à leurs noms les vertus qui ont autrefois honoré la patrie; et cet amas de gloire dont ils ont hérité n'est plus qu'un poids de honte qui les flétrit et qui les accable.

Cependant la plupart portent sur leur front Porgueil de leur origine. Ils comptent les degrés de leur grandeur par des siècles qui ne sont plus^ par des dignités qu'ils ne possèdent plus^ par des actions qu'ils n'ont point faites ; par des aïeux dont il ne reste qu'une Vile poussière y par des monuments que les temps ont effacés; et se croient au-dessus des autres hommes ^ parce qu'il leur reste plus de débris domestiques de la rapidité des temps ^ et qu'ils peuvent produire plus de titres que les autres hommes de la vanité des choses humaines.

Sans doute une haute naissance est une prérogative illustre à laquelle le consentement des nations a attaché de tout temps des distinctions d'honneur et d'hommage; mais ce n'est qu'un tilre^ ce n'est pas. une

vertu. C'est on engagement à la gloire 3 ce n'est pas elle qai la donne. C'est une leçon domestique et un motif honorable de grandeur; mais ce n'est pas ce qui nous fait grands. C'est une succession d'honneur et de mérite 3 mais elle manque^ et s'éteint en nons^ dès que nous héritons du nom sans hériter des vertus c[ai l'ont rendu illustre. Nous commençons^ pofur ainsi dire ^ une nouvelle race; nous devenons des hommes nouveaux; la noblesse n'est plus que pour notre nom ^ et la roture pour notre personne.

Hais si^ devant le monde même^ la naissance sans la vertu n'est plus qu'un . vain titre qui nous reproche sans cesse notre oisiveté et notre bassesse^ qu'est-elle devant Bieu^ qui ne voit de grand et de réel en nous que les dons de sa grâce et de son esprit qu'il y a mis lui-même?

C'est donc notre naissance selon la foi qui fait le plus glorieux de tous nos titres. Nous ne sommes grands^ que parce que nous sommes enfants de Bieu; et que nous soutenons la noblesse et l'excellence d'une si haute origine. C'est elle qui élève le chrétien au-

dessus des rois et des princes de la terre.

C'est par elle que nous entrons dans tous les droits de Jésns-Ghrist; qne toat est à nous; que tout l'univers n'est que pour nous^ que les patriardies et tous les élus des siècles passés sont nos ancêtres; que nous deTcniMis héritiers d'un royaume étemel; que nous jugerons les anges et les hommes; et que nous Torron» un jour a nos pieds toutes les nations et les puissances du siècle.

Telle est la pr^x)gatiTe des enfants de Dieu. Mais^ Sire^ ce n'est pas assez /dit saint Jean^ d'en porter le nom^ il faut l'ôàre en effet. ^ Si les enfants des rois^ d^nérant de leur auguste naissance^ n'aroieni que des inclinations bs^ses et Tulgaires; s'ils se proposoient^ia fortune d'un yil artisan comme l'objet le plus digne de leur comuT; et seul capable de remplir leurs grandes destinées; «, perdant de vue le trône où ils doivent un jour être élevés ^ ils ne connoissoient rien de plus grand que de ramper dans la boue, et d'être confondus par leurs sentiments et leurs occupations avec la plus vile pojpulace:

1) 1 Joan. IIL U

quel opprobre pour leur nom et pour la nation qui attendroit de tek maîtres!

Tc^Is^ et encore plus coupables^ Sire^ sont les mifants de Dieu, quand ils se dë^pradent jusqu'à yiyre comme les enfants du siècle.

La g^race de Totre baptême tous a élevé encore plus haut que la gloire de votre naissance^ quoiqu'elle soit la jilus auguste de l'univers. Par ceUcrci vous n'êtes qu'un roi temporel; l'autre vous rend héritier d'un royaume étemel. La première ne vous fait que l'enfant des rois; par l'autre vous êtes devenu l'enfant de Bien.

Or^ par tout ce qu'exige une naissance royale^ jugez ^ Sire^ de ce que doit exiger une naissance toute divine. Si les enfants des rois doivent être au-dessus des autres hommes; si la moindre bassesse les déshonore; si le plus léger défaut de courage est une tache que flétrît tout l'éclat de leur naissance; si on leur Mi un crîme d'une simple inégalité d'humeur; s'il faut qu'ils soient plus vaillants^ plus sages ^ plus circonspects^ plus doux^ plus affables ; plus humains, plus grands que le reste des hommes; si le monde exige tant

des enfants de la terre: qu^estH^e que Dieu ne doit pas demander de» enfants da ciel!

quelle innocence ^ quelle pureté de désirs ^ quelle élévation de sentiments^ quelle sapériorité au-dessus des sens et des passions ^ quel mépris pour tout ce qui n'est pas étemel!

Qu'il faut être grand pour soutenir l'éminence d'une si haute origine!

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