‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 24 sur 33 · LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ

Je dis la liberté, non celle qui ftiTorise les passions et la licence: c'est un nonveau joug et nne servitude honteose que ce funeste libertinage; et la irègle des mœurs est le premier principe de la félicité et de l'affermissement des ^npires. Ce n'est pas celle encore, ou qui s'élève contre l'autorité légitime, ou qui veut partager avee le souverain celle qui réside en lui seul, et, sous prétexte de la modérer, l'anéantir et l'éteindre. 11 n'y a de bonheur pour les peuples que dans l'ordre et dans la soumission. Pour peu qu'ils s'écartent du point fixe de l'obéissance, le gouvernement n'a plus de règle; chacun veut

être à lui-même sa loi; la confusion^ les troubles^ les dissensions, les attentats, l'impunité, naissent bientôt de l'ind^endance ; et les souverains ne sauroient rendre leurs sajets heureux qu'en les tenant soumis à Paatorité, et leur rendant en même temps l'assujettissement doux et aimable.

La liberté, Sire, que les princes doivent à leurs peuples, c'^t la liberté des lois. Vous êtes le maître de la vie et de la fortune de Tos sujets; mais tous ne pouvez en disposer que selon les lois. Vous ne coànoissez que Dieu seul au-dessus de vous, il est vrai; mais les lois doivent avoir plus d'autorité que vousmême. Vous ne conmiandez pas à des esclaves; vous commandez à une nation libre et belliqueuse, aussi jalouse de sa liberté que de sa fidélité, et dont la soumission est d'autant plus sûre, qu'elle est fondée sur l'amour ^'elle a pour ses maîtres. Ses rois peuvent tout sur elle, parce que sa tendresse et sa fidélité ne mettent point de bornes à son obéissance; mais il faut que ses rois en met* lent eux-mêmes à leur autorité, et que plus son amour ne connoit point d'autre loi qu'une

ficmâiissioii aTeugld, plus ses rois n'exigent •de sa soumission que ce que les lois leur permettent d'en exiger: autrement ils ne sont plus les péares et les protecteurs de leurs peuples, ils en sont les ennemis et les oppresseurs; ils ne régnent pas sur leurs sujets, ils les subjuguent.

Ce n'est donc pas le souverain, c'est la loi, Sire, qui doit régner sur les peuples.

Vous n'en êtes que le ministre et le premier dépositaire. C'est elle qui doit régler l'usage de l'autorité; et c'est par elle que l'autorité n'est plus un joug pour les sujets, mais ime règle qui les conduit, un secours qui les protège, une vigilance paternelle qui ne s'assure leur soumission que parce qu'elle s'assure leur tendresse. Les hommes croient être libres quand ils ne sont gouvernés que par les lois. Leur soumission fait alors tout leur bonheur, parce qu'elle fait toute leur tranquillité et toute leur confiance. Les passions, les volontés injustes, les désirs excessifs et ambitieux que les princes mêlent à l'usage de l'autorité, loin de l'étendre, l'affoiblissent. Ils deviennent moins puissants, dès qu'ils veu-

lent l'être plus que les lois; ils perdent ea. eroyant gagner. Tout ce qui rend l'autorité injuste et odieuse^ Pénerve et la diminue.

La source de leur puissance est dans le cœur de leurs sujets; et quelque absolus qu'ils paroissent^ on peut dire qu'ils perdent leur véritable pouvoir, dès qu'ils perdent l'amour de ceux qui les servent

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