‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 28 sur 33 · PROTECTION · texte numérisé non relu

PROTECTION

lies lois qui ont pourvu à la défense des foibles ne suffisent pas pour les mettre à cou-» Tert de l'ii^justice et de l'oppression. La misère ose rarement réclamer les lois établies pour la protéger; et le crédit souvent leur impose silence.

C'est donc aux grands à remettre le peuple sous la protection des lois. La veuve ^ l'orphelin^ tous ceux qu'on foule et qu'on opprime^ ont un droit acquis a leur crédit et à leur puissance; elle ne leur est donnée que pour eux. C'est à eux à porter au pied du trône les plaintes et les gémissements de l'opprimé. Ils sont comme le canal de commu«

nication^ et le lien des peuples avec le sou- Teraîn^ puisque le souverain n'est lui-même que le père et le pasteur des peuples. Ainsi ce sont les peuples tout seuls ^ qui donnent aux grands le droit qu'ils ont d'approcher du trône, et c'est pour les peuples tout seuls que le trône lui-même est élcTé. En un mot, et les grands et le prince ne sont, pour ainsi dire, que les hommes du peuple.

Mais si, loin d'être les protecteurs de sa foiblesse, les grands et les ministres des rois en sont eux-mêmes les oppresisears; s'ils ne sont plus que comme ces tuteurs barbares qui dépouillent eux-mêmes leurs pupilles; grand Bien! les clameurs du pauvre et de l'opprimé monteront devant vous; vous maudirez ces races cruelles; vous lancerez vos foudres sur les géants; vous renverserez tout cet édifice d'orgueil, d'injustice, et de prospérité, qui s'étoit élevé sur les débris de tant de malheureux; et leur prospérité sera enaevelie sous ses ruines.

Aussi la prospérité des grands et des ministres des souverains, qui ont été les oppresseurs des peuples, n'a jamais porté que la

honte ^ rignominie^ et la malédiction à leurs descendants. On a tu sortir de cette tige d'iniquité des rejetons honteux^ qui ont été l'opprobre de leur nom et de leur siècle. Le Seigneur a soufflé sur l'amas de leurs richesses injustes^ et l'a dissipé comme de la poussive; et s'il laisse encore trainer sur la terre des restes infortunés de leur race^ c'est pour les faire servir de monument éternel à ses vengeances^ et perpétuer la peine d'un crime qui perpétue presque toujours avec lui l'affliction et la misère publique dans les empires.

La protection des foibles est donc le seul usage Intime du crédit et de l'autorité.

Sire^ les gens de bien sont la seule source du bonheur et de la prospérité des empires: c'est pour eux seuls que Dieu accorde aux peuples l'abondance et la tranquillité. S'il se fût trouvé dix justes dans Sodôme^ le feu du ciel ne seroit jamais tombé sur cette ville criminelle. L'état périroit^ le trône seroit renversé^ nos villes abymées et réduites en cendres^ et nous aurions le même sort que Sodôme et Gomorrhe^ si Dieu ne voyoit encore au milieu de nous des serviteurs fidèles^ s'il ne

nous laissoit encore une semence saiirte. Led princes sont donc intéressés à prot^er la yertn^ puisque les empires ^ et les monar-^ ehies^ et le monde entier ne subsistera, que tant qu'il y aura de la vertu sur la terre.

Mais ce n'est pas^ Sire, par un simple respect que les princes doivent honorer les gens de bien, c'est par la confiance: ils ne trou* veront d'amis fidèles que ceux qui sont fidèles à Dieu; c'est par les emplois publics: l'autorité n'est sûre et bien placée qu'entre les mains de ceux qui le craignent; c'est par des préférences: les grands talents sont quelquefois les plus dangereux, si la crainte de Dieu ne sait les rendre utiles; c'est par l'accès auprès de leur personne: la familiarité n'a rien à craindre de ceux qui respecteroient même nos rebuts et nos mauvais traitements; c'est enfin par les grâces: nos bienfaits ne sauroient faire des ingrats de ceux que le devoir tout seul et la conscience nous attachent.

Page 1