‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 30 sur 33 · SAGESSE · texte numérisé non relu

SAGESSE

Il étoit nécessaire à la gloire et au triomphe de la religion^ que les plus grands génies et toute la force de la raison humaine se fût épuisée pour rendre les hommes vertueux. Si les Socrate et les Platon n'avoient pas été les docteurs du monde avant Jésus- Christ^ et n'eussent pas entrepris en vain de régler les mœurs et de corriger les hommes par la force seule de la raison ; l'homme auroit pu faire honneur de sa vertu à la supériorité de sa raison^ ou à la beauté de la vertu même; mais ces prédicateurs de la sagesse ne firent point de sages; et il falloit que les vains essais de lâ philoso-

phie préparassent de nouveaux triomphes a la grâce.

C'est elle enfin qui a montré à la terre le véritable sage^ que tout le faste et tout l'appareil de la raison humaine nous annonçoit depuis si long-temps. Elle n'a pas borné toute sa gloire^ comme la philosophie^ à essayer d'en former à peine un dans chaque siècle parmi les hommes; elle en a peuplé les villes, les empires^ les déserts; et l'univers entier a été pour elle un autre Lycée, où^ au milieu des places publiques, elle a prêché la sagesse à tous les hommes. Ce n'est pas seulement parmi les peuples les plus polis qu'elle a choisi ses sages; le Grec et le Barbare, le Romain et le Scythe, ont été également appelés à sa divine philosophie. Ce n'est pas aux savants tout seuls qu'elle a réservé la connoissance sublime de ses mystères; le simple a prophétisé comme le sage, et les ignorants eux-mêmes sont devenus ses docteurs et se« apôtres. Il falloit que la véritable sagesse pût devenir la sagesse de tous les hommes.

Que dirai-je? Sa doctrine étoit insensée

60 apparence; et les philosophes soumirent leur raison orgueilleuse à cette sainte folie. Elle n'annonçoit que des croix et des souffrances; et les Césars devinrent ses disciples. Elle seule vint apprendre aux hommes que la chdsteté, l'humilité^ la tempérance^ pouvoient être assises sur le trône ^ et que le siège des passions et des plaisirs pouvoit devenir le siège de la vertu et de l'innocence: quelle gloire pour la religion !

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