AUX PRINCES ALLEMANDS
Ah! vous croyez, tyrans trompés par la victoire, Aller jouir en paix du fruit de vos exploits î Vous croyez qu’éblouis par une vaine gloire Les peuples vont subir vos orgueilleuses lois î
Vous croyez emporter de la Ville pillée L’or qui doit réparer votre blason terni,
Et, teignant dans le sang votre pourpre souillée, Retrouver un pouvoir dont le règne est fini ?
Détrompez-vous ! Le temps vous creuse un précipice. Au jour fixé par Dieu, les crimes sont jugés.
Nous entendrons sonner l’heure de la justice,
Et nous pourrons mourir, car nous serons vengés !
— Lors même que la France à jamais désarmée Trahirait en cédant les élans de son cœur,
Quand même nous verrions notre dernière armée S’acheminer, captive, au-devant du vainqueur;
Lors même que Paris, la noble capitale,
Viendrait à se livrer pour un morceau de pain, Préférant au milieu de la horde brutale L’affront de sa présence aux horreurs de la faim ;
Lors même que l’aspect de nos moissons brûlées, De nos champs dévastés, de nos sillons sanglants, De nos femmes, fuyant nos maisons désolées.
Nous laisserait toujours timides et tremblants ;