‹ Le livre des ruinesChapitre 16 sur 27 · L’ANNEXION · texte numérisé non relu

L’ANNEXION

Oh ! Détournons les yeux ! Leur œuvre est accomplie... France, tu vas subir leur triomphe insolent!

A quoi sert tout le fiel dont ton âme est remplie ?

Un de ces déshonneurs que nul peuple n’oublie Doit marquer pour toujours, ainsi qu’un fer brûlant, D’un stigmate honteux ton front pâle et sanglant !

C'était peu que traîner leurs torches enflammées Sur tes riches moissons, sur tes riants hameaux ! Tu voyais sans faiblir tes villes écrasées,

Et Paris, devenu l’objet de leurs risées,

Isolé comme un tronc privé de ses rameaux.... Un affront plus cruel devait combler tes maux !

Ils vont te mutiler ! Leur fortune éphémère Attaque avec fureur tout ce que tu défends....

O France, ma patrie, ô France, notre mère.

Vois comme ils sont joyeux de ta douleur amère, Entends leuçs cris affreux , leurs rires triomphants, Ils osent t’arracher tes plus nobles enfants!

Croient-ils donc, ces bandits, que leurs hordes serviles Ne laissent pas assez de traces sur leurs pas?

Us ont souillé tes champs, ils ont brûlé tes villes.

Tes trésors, tes bijoux ont rempli leurs mains viles.... Que réclament-ils donc? Ne leur suffit-il pas De récolter de l’or en semant le trépas ?

Ne sont-ils point repus ? Qu’ils fassent le partage De cet or pour lequel tant de sang a coulé !

Qu’ils aillent réunir à leur maigre héritage Ce qu’ils emporteront des fruits de leur pillage ;

l’annexion.

Qu’ils laissent pauvre et libre un pays désolé, Qu’ils gardent sans retour ce qu’ils nous ont volé !

Qu’il leur serve, cet or, à conquérir le globe,

A punir l’imprudent qui rit de nos malheurs !

Qu’ils s’arrachent les biens qu’un crime nous dérobe Comme des Juifs impurs s’arrachèrent la robe Qui revêtait le Christ abreuvé de douleurs.

Qu’ils prennent ta dépouille ; ainsi font les voleurs.

Mais qu’ils n’implantent point sur la terre sacrée Où nos héros sont morts leur drapeau noir et blanc ! Malheur aux Allemands, si leur race exécrée S'attache un seul lambeau de la sainte contrée 1 Car ce lambeau vengeur du noble pays franc Serait comme un poignard enfoncé dans leur flanc !

Mars 1871.

LES MILLIARDS

Emporte ces trésors, despote au cœur avide !

Enrichis tes états !

La France, vers le ciel tournant son front livide, Ne les regrette pas !

Emporte ces trésors ! Que tes coffres se rompent Sous ce triste présent !

Ils sont faits pour les rois : les peuples se corrompent A leur contact pesant 1

Elles n’éveillent rien, ces richesses souillées,

En nos coeurs abattus !

C’est en les amassant qu’un jour se sont rouillées Nos antiques vertus;

Nous l’avons en horreur, cet or qu’on nous envie.

Qu’il nous laisse, aujourd’hui !

Assez longtemps la France, aux tyrans asservie, N’a convoité que lui

C’est lui qui, transformant notre force en mollesse, A brisé nos efforts ;

L’amour honteux de l’or engendre la faiblesse : Emporte ces trésors !

LES MILLIARDS

Ecoute.... Nous étions victorieux et libres....

Mais l’or vint nous trouver....

Il glaça de nos cœurs les plus secrètes fibres, Il sut nous énerver....

Les uns pour l’acquérir ont courbé jusqu’à terre Un front lâche, avili....

D’autres ont renié jusqu’au nom de leur père Après l’avoir sali !

L’homme d'état faisait de l’honneur un négoce, Un jouet du serment;

Le soldat même était d’un dictateur féroce Le docile instrument ;

La foi, dégénérée et prête à disparaître, Faiblissait en tout lieu....

Pour dorer ses autels on aurait vu le prêtre Trafiquer de son Dieu !

Hélas! Dans l’avarice, implacable ennemie De toute liberté,

La France était plongée et semblait endormie Dans sa prospérité !

Emporte ces trésors, qui firent notre perte En bornant notre essor !

Arrache d’une terre encor de sang couverte Le culte du veau d’or !

Tes hordes, si ce peuple a cessé d’être esclave Après ce dernier vol,

Sont pour nou3 le torrent qui détruit, mais qui lave Les souillures du sol I

Femmes, apportez-leur vos bijoux et vos bagues, Vous, marchands, vos écus....

Livrez à ce torrent qui nous bat do ses vagues L’or, qui nous a vaincus !

LES MILLIARDS

Soyons pauvres. — Et toi, Guillaume, roi-vampire Ouvre tes coffres-forts ;

Va semer ce poison dans ton nouvel empire, Emporte ces trésors !

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