AVANT LA CHUTE DE LA COLONNE
— Pour l’ombre dont la gloire affronte De nos douleurs le choc fatal, N’était-ce pas assez de honte Sans lui voler ce noir métal?
Qui que tu sois, aigle ou vampire, Ce monument fut ton écueil !
Tu n’as subi qu’un long martyre Sur ce trône de ton orgueil 1
Qu’as- tu vu des hauteurs immenses D’où ton spectre nous apparut?
L’impur torrent de nos démences S’égarer sans ordre et sans but ;
Ton culte tomber en poussière, Attaqué par des vers rongeurs ;
Tes grandeurs crouler pierre à pierre Comme sous des marteaux vengeurs !
Que disais-tu, quand, immobile, Du passé fantôme imposant,
Tu regardais ce nain débile Soulever ton sceptre pesant?
Et quand monta jusqu’à ton faite Ce cri : Prisonnier et battu !
Toi qui fus grand dans la défaite, O colosse, que disais-tu?