‹ Le livre des ruinesChapitre 2 sur 27 · UN VICE · texte numérisé non relu

UN VICE

Comment la France, hélas ! pourrait-elle revivre, Quand ses fils égarés, qu’un fol orgueil enivre, Que la volupté charme ou qu’un songe séduit,

Se livrent au hasard, seul Dieu qui les conduit ?

— Notre époque révèle une fatigue étrange.

Chacun pour son repos à sa guise s’arrange.

Allant on ne sait où, le peuple insoucieux Suit des courants divers sans regarder les cieux ;

Parfois quelques rhéteurs, quelques pâles apôtre? Lui montrent un abîme en lui cachant les autres, Et dans cet océan, plein de sombres vapeurs,

Font briller à ses jeux des mirages trompeurs — Leur langage irrité trouble son indolence ;

A ces appels sans but la passion s’élance

Puis les esprits, lassés, retombent abattus.

O siècle décrépit, sans force et sans vertus !

Siècle où l’intelligence, en rallumant sa flamme. Semble avoir absorbé les feux sacrés de l’àme,

Où donc nous mènes-tu?' — Parmi tant de clartés.

Où trouver les lueurs des pures vérités?

Tu nous laisse inactifs, en tes élans multiples ;

Tes maîtres sont menteurs et n’ont point de disciples ; Tous, sans rien écouter, veulent forger des lois;

Tous parlent dans le bruit, tous mentent à la fois !

Par mille attractions l’âme sollicitée Abandonne l’épreuve après l’avoir tentée;

Elle oscille, incertaine, et ses rêves errants

Roulent sans volonté dans les flots des torrents

— Chacun lutte pour soi, chacun a son système,

Et sur celui d’autrui suspendant l’anathème

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