UN VICE
Comment la France, hélas ! pourrait-elle revivre, Quand ses fils égarés, qu’un fol orgueil enivre, Que la volupté charme ou qu’un songe séduit,
Se livrent au hasard, seul Dieu qui les conduit ?
— Notre époque révèle une fatigue étrange.
Chacun pour son repos à sa guise s’arrange.
Allant on ne sait où, le peuple insoucieux Suit des courants divers sans regarder les cieux ;
Parfois quelques rhéteurs, quelques pâles apôtre? Lui montrent un abîme en lui cachant les autres, Et dans cet océan, plein de sombres vapeurs,
Font briller à ses jeux des mirages trompeurs — Leur langage irrité trouble son indolence ;
A ces appels sans but la passion s’élance
Puis les esprits, lassés, retombent abattus.
O siècle décrépit, sans force et sans vertus !
Siècle où l’intelligence, en rallumant sa flamme. Semble avoir absorbé les feux sacrés de l’àme,
Où donc nous mènes-tu?' — Parmi tant de clartés.
Où trouver les lueurs des pures vérités?
Tu nous laisse inactifs, en tes élans multiples ;
Tes maîtres sont menteurs et n’ont point de disciples ; Tous, sans rien écouter, veulent forger des lois;
Tous parlent dans le bruit, tous mentent à la fois !
Par mille attractions l’âme sollicitée Abandonne l’épreuve après l’avoir tentée;
Elle oscille, incertaine, et ses rêves errants
Roulent sans volonté dans les flots des torrents
— Chacun lutte pour soi, chacun a son système,
Et sur celui d’autrui suspendant l’anathème