ILS S'EN VONT
De l’argent et de l'or, — peut-être de la gloire, — Mais la gloire se gagne, on ne la vole pas !
Cet or, de vos succès a taché la mémoire Comme le sang marquait vos pas !
Vous partez, chargés d’or; voilà votre conquête, Voilà le fruit honteux d’attentats inhumains ; — C’est à vous de rougir et de baisser la tête,
Car cet or-là salit vos mains !
Il vous fallait de l’or, et vos maîtres avides Ont changé la victoire en lingots monnayés.
Que voulez-vous de plus? Tous nos coffres sont vides. Allez, puisqu’on vous a payés !
Le salaire est pour vous, phalanges mercenaires ; Mais la gloire ? Allons donc ! — Vous avez assez pris ; Allez. — Ne vantez point vos exploits sanguinaires, Vous en avez reçu le prix.
Cachez-les, vos exploits, puisque votre avarice S’endort tranquille au bruit des imprécations ! — Qui sait ! La France un jour peut demander justice Au tribunal des nations....
Cachez-les avec soin. — Déjà l’heure s’annonce Où se réveillera tout un monde irrité. —
Leur éclat métallique et sanglant vous dénonce Aux coups de la postérité !
Oui, cachez-les à tous, car le crime se cache, Car c’est pour le voleur que le vol est affront ; En les cachant, peut-être oubliera-t-on la tache Qui s’imprima sur votre front !
Enterrez-les bien loin, plus loin que les victimes Dont la terre a couvert les cadavres, là-bas !
Yos exploits sont encor souillés de bien des crimes, Gardez-les, mais n’en parlez pas.