‹ Le livre des ruinesChapitre 8 sur 27 · LA RUINE · texte numérisé non relu

LA RUINE

Un pan de mur croulant, noirci par la fumée ;

La trace d’un foyer brûlant;

Un amas tiède encor de paille consumée,

Que la brise écarte en soufflant ;

Quelques tisons épars, restes de l’incendie ;

D'informes débris entassés,

Et sur la terre noire, à peine refroidie,

Des fragments d’outils dispersés;

Des charbons répandus sur des monceaux de cendre, Un soc labouré par le feu,

Une chaude vapeur qui là-haut va s’étendre Et forme au ciel un brouillard bleu ;

Une ruine sombre au fond d’un site agreste, Un nuage au calme horizon : —

Voilà ce qu’ils ont fait, voilà tout ce qui reste De l’heureuse et pauvre maison 1

La foule a piétiné l’herbe de la prairie

Où les agneaux paissaient, les soirs ; L’enclos est ravagé ; le clair ruisseau charrie, Avec les fleurs, des tisons noirs ;

Le zéphyr fait grincer la feuille sur la branche.

Et le saule, au tronc calciné,

Comme un arbre fantôme en frissonnant se penche Sur le noyer déraciné.

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