LA RUINE
Un pan de mur croulant, noirci par la fumée ;
La trace d’un foyer brûlant;
Un amas tiède encor de paille consumée,
Que la brise écarte en soufflant ;
Quelques tisons épars, restes de l’incendie ;
D'informes débris entassés,
Et sur la terre noire, à peine refroidie,
Des fragments d’outils dispersés;
Des charbons répandus sur des monceaux de cendre, Un soc labouré par le feu,
Une chaude vapeur qui là-haut va s’étendre Et forme au ciel un brouillard bleu ;
Une ruine sombre au fond d’un site agreste, Un nuage au calme horizon : —
Voilà ce qu’ils ont fait, voilà tout ce qui reste De l’heureuse et pauvre maison 1
La foule a piétiné l’herbe de la prairie
Où les agneaux paissaient, les soirs ; L’enclos est ravagé ; le clair ruisseau charrie, Avec les fleurs, des tisons noirs ;
Le zéphyr fait grincer la feuille sur la branche.
Et le saule, au tronc calciné,
Comme un arbre fantôme en frissonnant se penche Sur le noyer déraciné.