‹ Le livre du compagnonage (volume 2)Chapitre 28 sur 67 · RECRUTEMENT, FORCE DU COMPÀGNONAGE · texte numérisé non relu

RECRUTEMENT, FORCE DU COMPÀGNONAGE

Beaucoup de gens ont cru que les Compagnons étaient des hommes qui n'avaient ni feu ni lieu, et menaient une vie toujours vagabonde, toujours insouciante.Ceux-là n'ont point connu le Compagnonage.

Les jeunes artisans des nombreuses contrées de la France, ceux surtout qui ayant le plus d'intelligence et de courage, sentent le désir , le besoin de voyager, de voir et de s'instruire, partent de leurs villes ou villages, vont s'affi-

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lier à «ne Société de Compagnons, font leur tour de France, et, après deux, trois, quatre ans de voyage, rentrent dans leurs foyers, auprès de leurs parents où ils s'établissent.

Le Compagnonage actif qui peuple les villes de Devoir, teiles que Lyon, Avignon, Marseille, Nimes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Paris, etc., etc., et tant d'autres villes plus ou moins grandes qu'on appelle villes bâtardes, par la raison que les Codes compagnonaux et sacrés n'y sont pas déposés, se compose , en grande partie, d'ouvriers de dix-huit à vingtcinq ans 11 se renouvelle sans cesse; c'est une filière, c'est un moule par où la classe ouvrière passe sans interruption; les formes bonnes ou mauvaises qu'elle contracte là ne s'effacent jamais entièrement; elles sont portées en partie par ceux qui les ont prises , dans les familles, dans les ateliers et dans tous les coins de la France.

La jeunesse qui se retire du Compagnonage actif, non de coeur, mais corporeUement, est remplacée par une nouvelle jeunesse qui vient continuer la tradition et les formes anciennes. Le Compagnonage est l'armée de l'industrie. Si l'armée française des champs de batailles, recrutée parmi les paysans, les artisans, les marchands et les rentiers, se compose en temps ordinaire de deux à trois, cents mille soldats, l'armée française des ateliers s'élève, quoique les congés soient là volontaires et par conséquent beaucoup plus courts, au moins à cent mille ouvriers. Ainsi on peut compter que tous les trois ans cent mille ouvriers passent par cette filière.

Le Compagnonage, quoiqu'on «n dise, est très*

flirt et très-vivace; il exerce une action puissante sur l'esprit et sur les mœurs de la France; et ne sont ni philosophes, ni politiques ceux qui, le connaissant, croient pouvoir le dédaigner comme une chose sans conséquence.

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