RAPPORTS DES COMPAGNONS AVEC LES
MAiTRES.
Un maître ne peut occuper que les membres d'une seule Société. Il s'adresse au premier Compagnon qui, par l'intermédiaire du Rouleur, lui procure les ouvriers dont ii a besoin. Si m
maître n'est pas content d'un ouvrier, il s'en plaint au premier Compagnon. Si un ouvrier n'est pas content du maître, il s'en plaint éga* lement au premier Compagnon, qui cherche à contenter tout le monde autant qu'il le peut* Si un maître est trop brutal et trop exigeant envers Jes ouvriers, la Société qui le servait cesse de lui en donner; il s'adresse alors à une autre Société; mais s'il ne corrige pas ses manières , il perd encore ses ouvriers. Quand un maître cherche à diminuer toujours le salaire des ouvriers, les Sociétés s'en alarment, carie mal est contagieux. Alors elles s'entendent, et mettent sa boutique en interdit pour un nombre d'années ou pour toujours. Celte interdiction cause un grand dommage au maître; quelque* fois elle le ruine; mais les Compagnons n'en sont point touchés, et ils disent hautement : -^ Il a voulu retirer le pain aux ouvriers; cependant sans eux il ne pouvait pas vivre j il fut un égoïste^ un exploiteur sans miséricorde; nous l'avons abandonné à ses propres ressources, qui ont été insuffisantes. Avis à ceux qui voudraient l'imiter !
Le salaire ressemble au poids qui donne le mouvement à l'horloge, ce poids descend de lui-même et naturellement; mais il faut, quand il est assez bas, user d'une force intelligente, sans quoi il arriverait jusqu'à terre, et les rouages ayant cessé d'avoir de l'action les uns sur les autres, l'horloge s'arrêterait. Les ouvriers sont quelquefois obligés, non d'user d'une force brusque , mais d'une certaine force d'inertie ; s'ils n'avaient jamais eu recours à cet expédient, le salaire serait tellement descendu,
que la machine industrielle se serait arrêtée, et le maître lui-même en eût horriblement souffert.
Si la vente des denrées fait monter Fardent en haut, la yente du travail des bras doit le faire descendre en bas, afin quMl puisse encore remonter pour redescendre encore. C'est ce flux et reflux qui fait vivre les classes placées aux extrémités sociales^-et les classes intermédiaires» Cette question des salaires, traitée souvent à la . légère , mérite des réflexions bien sérieuses.