‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 18 sur 79 · CONDUITE DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

CONDUITE DE GRENOBLE

Cette conduite se fait, dans une Société, à un de ses membres qui a volé ou escroqué; c^est le châtiment qu'on lui infliçe dans une chambre ou dans les champs. Celui ^ui a reçu la con-duite de Grenoble est flétri moralement ; il ne peut plus se présenter devant la Société qui l'a chasse comme indigne d'elle. Quand on a tu faire cette conduite, on n'est pas tenté de la mériter; elle n'attaque pas le physique brutalement, mais rien n^est si humiliant : il y a de quoi mourir de honte!

J'ai vu , au milieu d'une grande salle peuplée de Compagnons, un des leurs à genoux; tous les autres Compagnons buvaient du vin à l'exécration des voleurs et des scélérats; celui-là buvait de l'eau; et quand son estomac n'en pouvait plus recevoir, on la lui jetait sur le visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avait bu , on brûla ses couleurs à ses yeux ; le Rouleur le fit relever, le prit par la main et le promena autour de la saUe ; chaque membre de la Société lui donna un léger soufflet; enfin la porte fut ouverte, il fut renvoyé, et quand il sortit, il y eut un pied qui le toucha au der« rière. Cet homme avait volé.

A ÂTÎgnon , un individu , après avoir subi la 4X>nduite de Grenoble, porta plainte à Tautorîté, qui prit des informations minutieuses sur les l causes d'un tel traitement. Le plaignant devant ^ la justice fut convaincu de vol, et condamné à ' un an de prison : mieux eût valu pour lui ne > point porter plainte , et ne point provoquer uùe ■ seconde punition.

Page 1