‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 19 sur 79 · FÊTES PATRONALES · texte numérisé non relu

FÊTES PATRONALES

Les tailleurs de pierre fêtent FAscension , .^ les charpentiers saint Joseph, les menuisiers sainte Anne, les serruriers saint Pierre, les maréchaux saint £loi d'été, les forgerons saint Eloi d'hiver, les cordonniers saint Crépin. D'autres corps d'états fêtent d'autres patrons.

Le matin du jour de la fête, les Compagnons TOût à la messe; de retour chez la mère, dans •«pitelqufô Sociétés, on élit le nouveau chef, puis après il y a le festin de corps. Dans la plupart des Sociétés de Compagnons du Devoir, les Compagnons et les Aspirants ne sont ni aux mém(es tables ni dans la même pièce; il y a le bal des îlompagnons et le bal des Aspirants ; ils s'invitent quelquefois réciproquement. Dans les Sociétés des Compagnons du Devoir de liberté.

Compagnons et Affiliés sont aux mêmes tables, et mêlés autant que possible. Chez les Compagnons étrangers, même mélange.

Enfin, dans tous les cas, la gatté règne dans ces fêtes de Compagnons; on boit, on chante, les imaginations s'exaltent, chacun est vraiment heureux et se croit transporté dans un paradis. Le lendemain ils donnent un bal où ils îoint

dàfiser les màttres et les mattresseè qui les oo-» cnpent. Ces jours de fêtes sont des jonrs de rap-> prochement et de sympathie entre ctes g^ens tro^ souTent divisés d'intérêt.

ERTERRESIENTS.

Soit qu^an Goinpagfnon meure dans une maison prirée ou dans un hospice, sa Société se charge presque toujours de son enterrement «t de tous les frais quMl peut occasionner.

Le défunt est porté dans un corbillard, ou par quatre ou six Compagnons qu'on relève de temps en temps. Le cercueil est paré de cannes «n croix, d'une équerre et d'un compas entrelacés, et des couleurs de la Société. Chaque Com^'pagnon a un crêpe noir attaché au bras gauche^ un autre à sa canne, et de plus, quand les autorités le permettent, il se décore dés couleurs, insigne deson Çompaignonage. Les Compagnons «ont placés sui* deux rangs, marchent dans uà Urandrecueillettientet vont ainsi à l'église, puin au cimetière; arrivés à ce dernier lieu, ils défotstûi le cercueil sur le bord de la fosse, et l'entoureeit par le cercle vivant qu'ils ibrmeût. Si les Compagnons en cérémonie sont des mëfiuièierii soumis au Devmr de Salomon, Vixà «t'eùx prend la parole, rap^lle à haute voix lès ^alites, les vertus, les talents de oeliii qeii a «êssë et vivre, et tout ce qti'on a fait pour lè 490BServer à la vie. Il pose enfin uiï genou è terre, tous ses frères l'imKent^ et adresse à l'Etre sopfèftiè une courte pfrière en faveut du Com-

rf non qui n'est plus; il recommande son âme sa miséricorde et à sa douce justice, kpi^ ^

prononcé de cette prière toujours si éloquente^ on descend le cercueil dans ta fosse, et l'on place aussitôt, près de la tombe, sur le terrain le plus uni , deux cannes en croix ; deux Compa-r gnons, en cet endroit, près Tun de Pautre, le côté gauche en avant, se tixent, font demi-tour sur le pied gauche , portent ie droit en ayant , de sort« que les quatre pieds puissent occuper les quatre angles formés par le croisement des cannes; ils se donnent la main droite, se parlent à Toreille et s'embrassent. Chacun passe, tour à tour, par cette accolade \ jpour aller de le prier ^ genoux sur le bord de la rosse, puis jeter trois pelletées de terre sur le cercueil. Quand la fosse est comblée les Compagnons se retirent en bon jordre.

La cérémonie funèbre des menuisiers du Devoir de maître Jacques, diffère peu de celle que je viens de décrire.

Dans beaucoup de corps d'états, on remplace le discours par des cris lamentables aujsauels le public ne peut rien comprendre. Quand on a descendu le cercueil dans la fbsse, un Compagnon descend se placer à son côté; on pose aus*sitôt, à fleur de terre, un drap qui dérobe à tous ies yeux le vivant et le mort, aes lamentations partent de dessous terre, lamentations aux- 4]uelles les Compagnons qui entourent la tombe répondent par d'autres lamentations. Si cette cérémonie a lieu pour un charpentier de Soubise, il se passe à ce moment quelque chose dont je dois ne point parler.

Il est rare que les Compagnons fassent ua

1 Des eorpf d'rtau appdlent cela la sollbrette, d'antres t'aiipeHe&t raeeolade.

enterrement sans a^ler, en sortant du cimetière, choquer le verre ensemble. Les enfants de Salomon vont, Compagnons et non-Compagnons, fraterniser dans le même cabaret . On n^en use pas ainsi chez les enfants des autres fondateurs. Tai assisté en 1839 à ('enterrement de mon ancien ami Dutaud, dit Jean le Gascon^ Compagnon menuisier du Devoir : il avait, peu avant de mourir, pensé à moi» et recommandé à ses confrères de ra'inviter à raccompagner jusqu'à sa tombe. Je satisfis à son vœu si calme et si courageux. £n sortant du cimetière du Père-Lachaise par la grande porte, je remarquai avec surprise, et, il faut le dire, avec un sentiment pénible, les Aspirants prendre à gauche, les Compagnons à droite. Ceux-ci m'invitèrent à al^er cnoquer le verre avec eux, ce que j'acceptai avec plaisir et reconnaissance, mais je désirerais les voir sympathiser davantage avec leurs Aspirants, ils en seraient plus dignes et plus heureux les uns et les autres.

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