‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 51 sur 79 · DES · texte numérisé non relu

DES

GOMPAGNOIVS AVEC l' AUTEUR.

Lettre de Bourguignon la Fidélité à-

l Auteur. j

Escamp, le 25 décembre 1839.

Monsieur , I

J*ai reçu avec une vive recoDnaissaace le livre de Compagnonage que vous avez eu la bonté de m*envoyer; ma confusion, cependant, a été grande en voyant quelques faibles chants que j*ai composés, occuper une place dans ce livre à côté de ceux que vous avez cadencés av.ec tant d'harmonie, de verve et de raison. J'attribue donc Thonneur que vous me faites à votre indulgence et non à mon mérite. Gomme vous , mon cher pays , j'avais conçu , étant Compagnon, le projet d'une réforme , ou plutôt d'un rapprochement nécessaire à toutes les sociétés du Compagnonage ; mais étant encore jeune lorsque je quittai la Société , je n'ai pu avoir que la pensée de l'œuvre qui parait vous occuper tout entier.

C'est à vous qu'il appartient de donner, par des chants mélodieux et par des historiettes intéressantes , les leçons de morale et de tolérance dont tant de Compagnons ont besoin. Si ces corporations d'ouvriers , attentives à vos conseils , pouvaient abjurer leurs misérables querelles et fonder des écoles pour leur instruction , elles amélioreraient leur sort et acquerraient l'estime et la, considération pu^ blique.

Malgré mes occupations multipliées , si quelqueois je peux trouver des expressions assez nettes «ur rendre mes pensées intelligibles aux Compagnons , je les ferai couler sur le papier et vous les erai parvenir.

Usant de cette liberté , je vous adresse le chant icrit ci-dessous, vous permettant de donner à ces iouplets ainsi qu'à la présente lettre , la publicité [u'il vous plaira.

Agréez l'assurance de la parfaite considération et te la singuli^e estime avec laquelle j'ai l'iionneur l'être ,

Monsieur ,

Votre affectionné serviteur , Thétekot, du Bourguignon la Fidélité.

l'union des ouvriers.

CHANSON-IMPROBfPTV.

jiir du Chant des oupHên, •

BEFBAIN.

, Chantons , chantons , unissons nos voix ,

Vivons heureux sous les mêmes lois,

Soyons tous sincères ,

I Aimons-nous en frères , bU.

I Chantons . chantons , unissons nos voix.

Réunissons nos voix.

Sur le tour de France Avec confiance Que chacun s'élance La paix va régner.

Le Compagnonage En devra l'hommage A cet homme sage Nommé Perdiguier.

Chantons, etc.

Compagnons aimables Soyons raisonnables

Et bien plus aif^les Que parle pa^së; Fi de la grimace Et de botoîé grâce Vite qu'on s'embrasse la guerre a cessé.

Cfiàntons , etfe.

Laissons le rebellé Qui par un faux zèle Trop souvent <|iiereUe AU nonï du Devoir!

Prenons pour devise Union, franchise Et que chacun dise Du matin au soir :

Chantons, etc».

Familles nombreuse»

Nous serons heureuses Et bienplasr joyetises En nous accordaift; Sans haine et sans piques Soit (lans nos boutiques Ou dans nos fabriques :

Nous dirons souvent :

Ghantofi»., etc.

Dans nos jours tfairquifles Des travaux utiles Et bien difficiles S'exécuteront ; Souvent à l'ouvrage Remplis de courage le corps tout en nage , Nous répéterons :

Chantons, etc.

loin d'être frivoles Fondons des écoles Où chacun s'enrôle , Et par tout pays ,

Taleûtsr et science Sur le tour de France Avec abondance Seront recueillis; dïantons , etc.

Letti^ de Nanfytis Prêt êo Bien Faire à

VAutèur.

AVftTây; 2iSrdéeèiiAret839.

BTomieUr,

J'ai reçu votre lettre avec le Livre du Compa^nonage. J'aurais dû vous remercier pkis t6t, knus je voulais auparavant lire à loisir votre seientiâque ouvrage qui doit être du goût de tous les amis de roi*dre social , dès arts et de la^pË^x,

La tâche que vous vous imposez est grande et pénible: vous parlez à des hommes- qui souvent n'^ coûtent guère la voix de la raisottet s^oat peutêtre méconnaissants des soins que vous prenez pour leur donner un plan de vie plus doux et plus judicieux que celui qu'ils ont suivi jusqu'à ce jour. léais^ votre tâche n'en sera pas moins glorieuse, et je pourrais dire avec un grand homme : « 11 est grand , il « est beau de faire des ingrats. » En effet , arracher l*hoaime de ses bois , c'est-à-dtire le retirer de son état sauvage, fut l'objet spécial de nos premiers législateurs : Numa , par s^ sages lois , rendit le» Romains plus civilisés, plus doux^ et plus humains; je désire qu'il en soit de même du Gompa^nonage ; que tous les hommes qui le comp^s^at puissent entendre votre voix , entrer dans les idées libérsdësque vous voulez inculquer dans leur esprit; au'ils apprécient les sentiments qui vous portent a les rendre heureux: et phis instruits des douces lois quidoivent gouverner les hommes qui veulent vivre ^i société. Qu'ils comprennent par votre voix oe que c'est qu'humanité, fraternité, justice, et qu'ils voien'

enfin (pour me servir d*une de vos expressions) les diverses associations Compagnonaies dans le Jour du siècle où nous vivons.

Quel bonheur , en effet , quelle sécurité , quelle jouissance pour toute une intéressante jeunesse de parcourir toyte la France en se serrant la main , et de ne trouver partout que des amis et point d'ennemis.

Oh! Monsieur, quelle gloire pour vous si votre sagesse pouvait opérer une réformation si belle et si utile aux Compagnons de tout état et de toute as* sociation. Oh ! je vous invite à prendre courage , à ne point cesser d'être ce type neureux que vous TOUS êtes fait pour le bonheur de tant de sociétés. Tous en recevrez la récompense ; votre nom sera consigné non-seulement dans le» annales du Compa!^ gnonage, mais dans celles de la civilisation; car vous feriez spécialement ce que n'a pu faire jusqu'à ce jour le pouvoir des lois et des magistrats.

Mais comme vous le dites fort bien : « C'est aux « Compagnons à parler aux Compagnons ; » je pense aussi qu'ils écouteront mieux votre voix que celle des magistrats ^ui parlent avec autorité. Elle aura pour eux une impression plus douce et plus persuasive, et vous triompherez peut-être des obstacles qui les ont tant de fois rebutes.

Si j'étais jeune encore , si comme vous j'avais de l'éloquence et de la littérature, j'unirais mes efforts aux vôtres, je travaillerais avec vous au bonheur commun de tous nos frères ; je leur ferais voir le tour de France comme un paradis terrestre où étant unis sans aucune distinction par les lois de la fraternité, de l'humanité et deTamitié, ils pourraient trouver dans cette régénération une source pure et toujours nouvelle de prospérités et de vrais plaisirs. Mais j'ai vieilli , le tour de France n'a plus d'attrait pour moi. Jadis je faisais les mêmes songes que TOUS ; je rêvais aux mêmes moyens de ramener tous nos frères dans la carrière du vrai mérite où ils auraient trouvé des mœurs et une vie plus douce , plus humaine que celle qu'ils ont eue jusqu'à ce jour (gé--

néralement parlant) et qui leur aurait attiré la bien- Teillance de tous les hommes de bien.

Mais pourquoi faut-il que la plupart se soient obstinés à demeurer dans la sphère des vieux systèmes» dans ces anciennes et dégoûtantes habitudes de ne voir toujours les Compagnons d'une autre société que comme des ennemis qu'il faut écraser sans misiéricorde parce qu'ils ne pensent pas comme eux. Oh 1 quand sortiront-ils donc de cette léthargie profonde? Est-ce à votre voix, sage Perdiguier, qu'ils se réveilleront! qu'ils ouvriront les yeux aux lumières que vous leur présentez ! qu'ils deviendront intimement persuadés des grands avantages qui résultent d'une association générale, basée sur des lois sages, libérales, raisonnées et qu'ils comprendront enfin la raison et leurs véritables intérêts.

C'est dans tous ces doutes que je demeure et que je suis , etc.

Desbois, dit Nantais Prêt à Bien Faire.

P, S. Votre nouveau système a réveillé ma muse si long-temps assoupie et je vous envois , sans prétention, ses derniers et inexacts soupirs.

GHAlfSON ALLÉGORIQUE.

Air : Batdier , dit LiieUe.

Pays , le tour de France

Est un vaste jardin

Dont l'inexpérience

Conçut mal le dessin ;

Compagnons de tout âge

Et de tous les états (bis)

Pour refaire l'ouvrage

Accourez à grands pas. {bis 3 fois.)

* Arrachez la semence De la division ,

Fàftè^'en abondance Des semiff'd^union; Do souci qui Veut nattre N'ayez pomt de pHié, Mkîs' laisse* partout croître tes-flènrs de Tamltié.

L'arbre de la scieflce Partout ser$ planté, De^ fleurs dé jouissafiee Naitro&t à son côté ; I^lantez en allégresse Tarbre dé la raison , Les fruits de la sagesse Sont de toute saison.

€es plans atrabilaires Otez-le9 de ces lieux , ,J[eints du sang de vos frères ilè^ yous'sont odieu x ; Le pacifique ombrage »e rolivier divin- Bent plaire davantage Dans ce riast jantin.

Qu'on expulse et qu'on ôte De ces lieux si charmants, Cette nuisible tope Qui détruit tous nos plans ; La sensible déesse . Qui glt dans chaque fleur , Â l'instant qu'on la blesse Nous marque sa douleur.

Des beaux lieux où l-atirore Montre son sein vermeil , Un cri puissant , sonore Provoque le réveil :

« Enfants de la lumière <f Déchirez vos bandeaux, « Ce siècle vous éclaire « Ne soyez plus rivaux.

ce Rcfmplissèz'Siirla terre c Chacun vos misions, c Le guerrier fait la guerre « y artisan les maisons ; * c Aux héros le courage , « La force , la valeur , <c Aux* Compagnons rouyrage , « La science et Thoaneur. »

Baùscelieudëdfétîoë Quiserfei jardiriîer?

Suivant raison , justice, Ce.serîaPefrdîgurer; Il connaît cbacpie plante Et ses douces vertus , Son talent nous enchante^ Sod amour encor pllis.

Le» deox Compaghotis du Dévorr de Liberté, BbttrguîgtKra la Fidélité et Nantais Prêt à Bien Fairéf, sont parfaitement d'accord. S'ils étaient habitant du même pays on croirait qu'ils se soiït consulté» avant d'écrire, tant leurs lettres et leurs ehansons impromptu se ressemblent par Parrançemcint et par les idées de réforme et d?aiaâicNniti(m qu'elles renferment. Ils s'abaissent eiîèorc égalenient, et cela pour nr'élever davantage; mais je comprends leur modestie et leur bon vouloir et je ne m'aveugle pas.

Pourtant je suis fier de l'approbation et du concours que je reçois de deux homme» aussi estimables sOttS'tous lès rapport».

One les Compaçnotts de toutes les Sociétés médîtcWt avec soin Icurir paroles de paîx et^ d'arenir.

Lettre de la Fertu de Bordeaux à

VAuteur.

Paris, le 9 JanTier 1840.

Monsieur , Un heureux hasard m*a rendu possesseur d'un li^re dont vous êtes Tauteur. Un livre de Compagnonage écrit par un Compagnon peut se signaler comme ua événement heureux , et c'est avec un plaisir bien sincère , je vous l'assure , que j'ai parcouru les quel-

fues pages qu'il renferme, un regret seulement excusez ma franchise , ce n'est pas de la critique , je n'en doute point , vous reconnaîtrez la vérité de mes observations ), un regret, dis-je» c'est celui de voir mis en évidence l'origine et la foikidation , par vous présumée , de quelques sociétés qui vous sont étrangères. Pourquoi jeter au public ces doutes mensongers sur presque tous les points ? et que lui ne peut traiter que de fables. Pourquoi lui apprendre ces paroles calomniatrices , méprisables, renfermées sous le titre de chansons satiriques? Laissons la muse de ces poètes à la Boileau dans un engourdissement léthargique ; chantons plutôt ces chants qui célèbrent les vertus et les bienfaits d'une union d hommes qui sont heureux de pouvoir s'adjoindre le titre de frères. Pourquoi intercaler dans votre œuvre ces deux dialogues qui n'offrent aux lecteurs méconnaissant les ouvriers que matière à risée? Oh I pourquoi ne pas avoir couvert ces deux cent cinquante pases de cette prose , de ce style vrai et agréable que l'on trouve dans la rencontre de deux frères? mais je m'arrête; car peut-être je serais importun; carn'avezvous aussi peut-être offert votre ouvrage qu'à vos confrères. Alors, Monsieur, veuillez bien m'excuser de cette liberté , de ce droit que je m'arroge de vous faire des observations. Mais s'il en était autrement, et que le public eût droit à cette publication , je crois avoir un titre, celui de Compagnon, voire même celui d'adversaire (^ue je vous cite ici , mais qu'en réalité je foule aux pieds avec les abus et les préjugés).

•Ces deux titres peuvent alors me permettre ces quel-

2ues mots , que je me plais à croire , vous ne prenrez pas en mauvaise part.

Le dix-neuvième siècle est une ère brillante de lumière . et dans notre intérêt général , dans celai du monde , et en un mot , pour suivre le progrès , il serait d'urgente nécessité que cette matière lût exposée avec autant de clarté que le permettent la sagesse et la discrétion. Car hélas 1 que sommesnous aux yeux du monde? un groupe d'ouvriers de mœurs douteuses^ et dont le principe semble fondé sur l'ignorance et le fanatisme , et ne marchant à travers ce siècle de lumière qu'appuyé sur la brutalité. Telle est la pensée de ce monde qui ne nous a Jamais compris , et qui nous méprise trop souvent ; telle est l'idée générale qu'il se fait du Gompagnonage.

Mais nous touchons au terme, brisons ce doigt

3u'Harpocrate nous impose, déroulons aux yeux u monde des pages de vérité et écrites avec ce style d'impartialité qui doit caractériser tout homme d'iionneur.

Ici je m'arrête , car peut-être ne serait-ce que de la persévérance dans l'importunité de vous entretenir plus long-temps ; et aussi ne puis-je renfermer dans ces qiielques lignes tout ce que je sens en moi d'idées d'amélioration générale» Toutes en foule* elles se présentent , et aucuqe , peut-être , ne pourra sortir de ma plume avec netteté. Un moment meilleur viendra , je n'en doute pas , où toutes ces rivalités s'évanouiront par l'éloignement de leur principe, et les progrès de l'intelligence se donneront la main pour former , non pas une fusion , mais bien un pacte d'union humaine marchant vers un même but , le bien-être et l'émancipation intellectuelle.

Veuillez, Monsieur, agréer l'hommage de ma considération distinguée.

H. Perodeaud, dit la Yertu de Bordeaux .

Compagnon Passant, tailleur de pier

S^cofide Lettre de la Fertu deBorécfma^

au même.

ParU,le22ja»ierl8<IO.

Monsieur ,

Le silence que vous manifestez à mon égard seraitil le prix de la liberté que je me suis appropriée de vous adresser une lettre ? ou bien serait-ce pour cause de la qualité que j'ai émjse dans cette. même lettre? Si c'était à ce titre4à^ Monsieur, vous jetteriez uo démenti à la face de yotre livre I Mais non ! loin de niiei la pensée que vous démentissiez aiyourd'lmi yotre œuvre ; je vous crois homme d'honneur autant qu'homme lettré! un oubli seulement est la cause par moi présumée, le motif auquel j'attribue le retard mis aans une réponse que j'attends avec anxiété. Car cette réponse , Monsieur, m'est due , ne seraitce qu'en raison des deux titres émanés de ma lettre. Ainsi je com^e sur votre, franchise en yotre écrit et £ur votre loyauté pour me satisfaire.

igréez, etc.

H. Perodbaud, dit la Vertu de Bordeaux.

Képonse de V Auteur à la Ferta de

Bordeaja^.

Paris, 24jpylerl8^.

Monsieur , J'ai reçu vos deux lettres , et gardez-vous de pejiser que ce soit votre qualité de Compagnon Passant qui m'ait empêché de répondre à votre i>r.emiëre; ce n'est, pas l'oubli non plus , car je pensais À vous. La cause donc de mon silence à yotre éj^rà. éUit dans la multitude de lettres qui me sont .arrivées en même temps. Je suis ouvrier, j ai besoln.cjlê tçavailler, et Je ne pouvais, faute de temps, répondre tout de sut.e à tous ceux qui s'étaiçjat donné ia peine de

— ISiQ^écrire; mais v^us insistez, vous d^iasujulç^E une prompte réponse, la voici :

Vous me dites qu'un livre de Compagnonage , écrit par un Compagnon , peut se signaler comme un événement heureux , et que vous avez lu oe livre avec un plaisir bien sincère. Après cet aveu , bien doux pour moi , viennent des observations ou plutôt des questions, telles aue celles-ci : « Pourquoi mettre «en évidence la rondation et Torigine, par vous «.présumée , de quelques sociétés qui vous sont < étrangères ? Pourquoi jeter au public des doutes a mensongers sur presque tous les points , et que lui cne peut traiter que de fables? Pourquoi lui ap- « prendre ces paroles calomnfatrices , méprisables , « renfermées sous le titre de Clumsons satiriques.» Quant à la fondation, quant à l'origine , quant aux doutes mensongers , je ne vous comprends pas. Je ne sais réellement pas ce que vous trouvez de mau- Tais en tout cela , car vous ne précisez rien. Si je Hie suis trompé vous auriez dû dire où et comment

J*e me suis trompé, et je vous en aurais remercié d'un tien bon cœur. Mais si pourtant le public ne peut traiter que de fables cette fondation, cette origine et ces doutes mensongers, il deviendrait inutile par plusieurs raisons de s'y arrêter plus lonç-temps. Quant aux chansons satiriques , je les ai mises sous les yeux de tous et cela pour faire voir que s'il y a tant de fureur chez les jeunes gens , la faute, en est à nos poètes qui sont natur^ement les plus Instruits et souvent les directeurs des sociétés. Donc ,$i les

ÎilvLS instruits d'entre les Compagnons et les chefs de eurs sociétés produisent de telles chansons , peuton supposer que les conseils qu'ils donnent vaillent beaucoup mieux ? Non. Alors ne soyons plus.surpris 4e voir des sociétés fanatiques, et miitaies, si ceux qui les gouvernent font tout ee qu'ils peuvent. pour les rendre ce qu'elles sont. Mais lés temps sont .cbanj|^és,.etles ComjKignons poètes ne peuvent plus continuer un genre infâme et brutal sans se cou- Trir.d,'odienx et de ridicule, et $ans passer, p<^w

tisons de la discorde et les instigateurs des crimes les plus affreux. Les chansons dont il est ici question sont horribles , pernicieuses ; mais je les donne comme telles. —Oui, répondez-vous, mais que dira le public ? — Eh ! Monsieur, pourquoi s'en alarmer? fïe dites-yous pas vous-même quelque part que le public nous regarde comme des gens donl le principe semble fondé sur l'ignorance et le fanatisme. Ce ne sont donc pas ces quelques couplets que nous blâmons énergiquement qui pourront nous nuire davantage dans l'esprit de celui qui nous juge déjà avec tant de sévérité.

Tous me dites agssi : « Pourquoi intercaler dans « votre œuvre ces deuiL dialogues, qui n'offrent aux c lecteurs méconnaissant les ouvriers que matière ti à risée? » Si vous parlez du dialogue sur l'architecture , je ne vois pas ce qui peut faire rire , si ce ne sont quelques ex pressions simples et populaires ; ' et, du reste, on sait bien que les ouvriers généralement ne sont pas des académiciens. Si vous parlez du dialogue entre le partant et l'inconstant , je ne vois pas non plus ce qui peut faire rire. Je donne aux Interlocuteurs le langage qu'ils doivent avoir. L'action de l'inconstant est mauvaise certainement ; mais, que voulez-vous , j'ai vu sur le tour de France des Compagnons faire ce qiie je fais faire à celui-ci , et, malheureusement, beaucoup de jeunes eens les regardaient comme des héros d amour. Eh bien I j'ai voulu flétrir cette action et changer le jugement des ouvriers voyageurs à ce sujet Je savais que je ferais crier, mais j'étais sûr aussi de produire un effet salutaire ; je suis de ceux qui ne craignent pas de découvrir une plaie pour la brûler s'il le faut , afin de la cicatriser et de la guérir. Vous répondriez sans doute qu'il ne faut pas découvrir de telles plaies aux

Ïreux du monde ; mais ne dites-vous pas dans votre ettre « Que sommes-nous aux yeux du monde ? ua « groupe d'ouvriers de mœurs douteuses , etc. » On pourrait vous répondre que si nous sommes ce q^'" vous dites à ses yeux , nous n'avons rien à perc

dâilS son estime ; mais je veux mieux justifier ce que TOUS attaquez ; je tous ferai remarquer que celui • des deux mterlocuteurs qui a commis une faute la reconnatl et veut la r^arer autant qu'il est en lui dé le faire , ce qui prouve que sa mauvaise action n'était que le fait d^in faux jugement. Remarquez encore que celui qui le moralise en l'éclairant n'est iuî-mème qu*un travailleur, vous comprendrez alors que ce dialogue peut faire quelque bien et ne peut «n rien déconsidérer les ouvriers.

Tous dites que le monde n'a jamais compris le Compagnonage et qu'il le méprise généralement; mais le monde n'a pas tout à fait tort, ne soyons pas trop fiers et convenons de la vérité : le Compagnonage est complètement en arrière , ses mœurs , ses coutumes , ne sont plus celles du peuple. Sans aucune raison il se bat dans les champs , dans les rues et sur les places publiques qu'il arrose de son sang ; 11 étale journellement et publiquement ses vices et «on aveuglement ; aussi j'ai cru pouvoir, sans danger

vice éminent. Les journaux qui ont parlé du Gom* pagnonage à propos de mon petit livre , ont prouvé ee que j'avance.

Oui , le Gompagnonage était stationnaire depuis des siedes , il dormait loin de la civilisation ; j'ai lancé une bombe , puisse-t-elle réveiller, l'émouvoir et le faire avancer ; mon intention n'est que bienveillante , car j'aime tous les hommes ; pour moi un enfant de Saïomon , de maître Jacques ou du père Soubiae sont trois frères que j'aime également. Si je* parle plus aux uns, il faut tenir compte de ma posi-^ " n et penser que je devais nécesBairement m'ap- ^er sur quelque chose peur me soutenir d'aberd , is pour m'élever et m'etendre de plus en plus. Je 1 que la tâche que je me suis imposée est difficile ; sais que malgré mes bons désirs^ je fais des méitents dans toutes les sociétés , et dans celle q

yai fréquentée comme dans les autres. Mais je sais aussi qu1l y aura partout des hommes qui m*enteii— dront et me comprendroct ; que quelques-uns d'entre eux voudront bien unir leurs efforts aux miens et concourir selon leur force à la réalisation de l'œuvre immense que j'ai entreprise. La Vertu de Bordeaux sera sans doute de ce nombre , car il veut le progrès. Il a pu me combattre sur quelques points , mais il a senti et compris le fond de mon ouvragée , et il l'approuve. Je l'engage donc, quand il aura occasion dépasser au faubourg Saint-Antoine , à me faire une visite , nous causerons ensemble et nous nous entendrons , je l'espère.

Agréez , etc.

Pebdigdieb ( Avignonais la Vertu ).

Lettre de Vendôme la Clef des Cœurs â^

l'Auteur.

Monsieur ,

J'ai lu avec intérêt votre Livre du Compagnonage que le hasard m'a procuré pour quelques instants , et à part quelques passages que je trouve un peir erronés ou peu charitablement exposés, j'avoue qu'il est tout à fait conforme à mes sentiments , et je ne doute point que dans chaque société du Com* pagnonage il ne se trouve des hommes qui ne partagent mon opinion.

Mais vous seriez dans l'erreur si vous prétendiezque vos idées soient entièrement neuves pour tous les corps indistinctement ; car j'en connais plusieurs^ et notamment celui auquel j'ai l'honneur d'appartenir, qui les professent depuis bien long-temps, et in,niarchent sensiblement de pair avec les progrès

Coi^ vous , Monsieur, je désire de tout mon cœu|Ue vos principes soient généralement admis >

et contribuent à détruire entièrement cette ridicule antipatiiie qui nous divise tous. Mais quelque bons et justes qu'ils soient , je crains bien que Tostentation n'apporte quelque obstacle à leur propagation , par cela même qu'en fait de réforme chaque société a toujours la prétention de se croire assez éclairée pour opérer elle-même sans l'intervention d'autrui.

Pardonnez-moi , Monsieur, ces réflexions que j'ai rbonneur de soumettre à votre jugement ; c^r ce n'est point pour commenter votre ouvrage que je prends la liberté de vous écrire , mais bien au sujet d'une de mes chansons qui se trouve au nombre de celles que vous reproduisez à l'endroit de votre livre où vous parlez des querelles qui naissent des chansons provocatrices. Ce n'est pas que j'en ressente aucune peine , la manière dont elle est reproduite et surtout sous un autre nom , ne peut nullement blesser mon amour-propre ; mais vous me feriez bien plaisir de ne plus la reproduire sans démontrer le ridicule de ceux qui s'attribuent les productions d'autrui.

Bien plus, vous pourriez encore, à propos de

Suerelles , parler de celles qui naissent de ces sortes e fraudes, querelles d'autant plus scandaleuses qu'elles sont le plus souvent excitées entre corps amis , et quelquefois entre les membres d'une même société.

Je juins à ma lettre la chanson dont Je vous parle avec un petit cahier de celles que j'ai fait imprimer, afin que les ayant confrontées vous puissiez me croire vrai sur ce que j'ai l'honneur de vous avancer. Agréez la parfaite considération avec laquelle je suis , Monsieur,

Votre tout dévoué, PiBoif , dit Vendôme la Clef des Cœurs , C. Blancher-cbamoiseur.

Paris, 31 Janvier 1S40.

P, S. Mes compliments à votre muse^ car j*ai aussi parcouru vos chansons.

Je reproduis ici déui ebaiisons extraites dit cabier que Tendôme a joint à sa lettre ; elles sont fort jolies.

rates Afrmrt 10 Tdim tfE f&inêb.

Air: Otseati saeré de la patrie.

Cercle sacré que la prudence Traça pour rhonueinr des beaux-arts , Source de talents , de science y Sur toi sont mes derniers regards ; Sentier chéri que je regrette , A Texemple de mes aïeux ; Tour de France , je le répète , Ma muse te fait mes adieux, [àis).

NoMes berceaux de rindtistrie Devenus ceu^ des Detoirants, Vous qui devez à leur génie Les plus beaux de vos monuments ; Paris , Lyon , Marseille , Nantes , Bordeaux , Toulouse et autres lieux , Belles cités , villes charmantes.

Ma muse vous fait mes adieux.

Sites divers du tour de France Qu'avec orgueil j'ai visités :

Dans la Gascogne , la Provence , Le Languedoc , le Dauphiné ; Coteaux dorés dont se fait gloire Le Bourguignon franc et joyeux ; Beaux pays qu'arrose la Loire , Ma muse vous fait mes adieux.

Des plaisirs dû Compagnonage Pour moi la coupe se tarit, Je n'en goûterai davantage , Mais Je souvenir me suffit.

O vousl qui m*étiez si fidèles , Poux plaisirs au front radieux ,

Pour d*autces agitez .yjOs ^Sh^ , Ma imise vous fait oies adieux.

Echos , un peu de . . ,

Portez aux blancher-cbamoiseuES Les adieux faits au tour de Frauce Par Yend^me la Clef des Cœurs , Et quand la Pargue trop sëvëre Tiendra pour lui fermer les yeux Fasse le ciel que plus d'un frère Entende ses derniers adieux.

Air : Reodez-moi mon léger l>aieaa.

Chers Compagnons , trente ans du tour de France Ont vu mes pas fouler le sol flatteur , Ils ne sont plus ces jours pleins de bonheur Que .nourrissait la plus douce espérance;

Mes amis , m0;n Jonc se ternit ,

Mes cheveux blanchissent ,

Mes couleurs pâlissent;

Mes amis , mon jqqc ^ ternit

Et ma vielle gourde moisit.

Le coeur épris du plus noble courage Pour voyager je quittai mes parents ; Bienjeuneencor je me mis sur les champs :

J'y ai vieilli dans le Compagnonaye.

Mes amis , etc.

En ce temps-là , la chèvre la. plus belle Couvrait mon sac , meuble alors précieux ; Son poil usé ne fait plus d'envieax Et fnon vieux sac n*a plus qu'une bretelle..

Mes amis , (Q te.

A mon Devoir je fus toujours fidj^le , Plus d'une fois j'ai combattu pour lui ; Gnome un César je lM*avais L'eiineBii; liais aujourd'hui devant lui ié chancelle. Mes amis, etc.

Combien de fois j'ai bravé l'arrogance Du bourgeois fier du titre de bourgeois ; Cruel destin ! Maintenant je me vois Forcé par fois de garder le silence. '

Mes amis , etc.

Bien boire était autrefois ma devise , 'J'étais alors un vrai Grégoire deux ; Vous buvez bien , je buvais encor mieux ; Mais quand je bois maintenant je me grise.

Mes amis , etc.

Pourquoi faut-il que ma frêle existence Ne puisse plus partager vos plaisirs ?

Pourquoi faut-il que d'heureux souvenirs Soient désormais ma seule jouissance ?

Mes amis y etc.

Mes chers amis , Vendôme l'interprète Du vieux Francœur s'exprime ainsi pour lui.

La Clef des Cœurs déjà son vieil ami , Comme Francœur avec peine répète :

Mes amis , mon jonc se ternit ,

Mes cheveux blanchissent,

Mes couleurs pâlissent ,

Mes amis , mon jonc se ternit

Et ma vieille gourde moisit.

Il n'est pas possible qu'un poète comme Vendôme la Clef des Cœurs puisse réclamer comme sienne une chanson qui ne lui appartiendrait pas. La chanson en question commence par le vers : L'alouette a chanté Paurore^ et est reproduite aux pages 167 et 168 de la première Sartie de cet ouvrage; on peut voir que son ernier couplet porte le nom de Jacques le Chambéry, Compagnon menuisier du Devoir.

J'invite celui-Hci à réclamer au sujet de la chan-<

son qu'on lui conteste, et à appuyer sa réclamation par des chansons aussi poétiques que «elles de Vendôme.

Réponse de l'Auteur à Fendante la Clef * des Cœurs,

Paris, 6 féTrier 1840.

Monsieur ,

J'ai reçu la lettre et le cahier que vous avez eu la bonté de m'envoyer; j'ai lu et relu vos chansons, ainsi que votre lettre dont le poli n'exclut pas la franchise.

Vous me dites que vous avez lu le livre du Compagnonage , et qu'à part quelques passages , vous le trouvez tout à fait conforme à vos sentiments. Je n'attendais , d'aucun côté , une approbation entière. Il se trouve, dans ma Société même , des hommes qui ne me sont pas , à beaucoup près , si favorables que vous ; ils ne m'ont pas compris ; ils comprendront plus tard , je l'espère. Ainsi , malgré des réticences , je conviens franchement que vos aveux me flattent ; puissent , comme vous le pressentez , des hommes de chaque Société partager votre opinion !

Vous dites que je serais dans l'erreur si je prétendais que mes idées fussent absolument neuves pour tous les corps indistinctement ; que vous en connaissez plusieurs , et notamment celui auquel vous avez * l'honneur d'appartenir, qui les professent depuis bien long-temps. Ce que vous m'apprenez-là ne peut que me contenter: plût à Dieu qu'il en eût été de même de tous les corps sans exception ! et je me serais bien gardé de faire un livre. Mais nous n'en sommes pas encore là : vous le. savez , la plupart d'^entre eux sont stationnaires dépuis bien long-tejnps , et pourtant la civilisation marche toujours , elle march'' * et ils restent immobiles et la perdent de vue.«*

de les émouvoir et de les faire avancer. Vous désirez que je puisse réussir : mais vous craig;nez que 'ros* tentation n*ai>porte des obstacles à la propagation -de mes principes , et vous me faites à ce sujet &scl)servations fort justes aue j'apprécie. Malgré cela , monsieur , je continue a croire que mes efforts ne seront pas vains. Il y a dans chaque Société des honunesquî ont des yeux, des oreilles et un noble cœur. Ils m'entendront, ils s'adresseront à leur tour à leurs Socié-> tés, qui, étant fortement ae^itées, se lèveront émues» et marcheront ; il le faut , Te siècle Texigpe impérieu-> sèment.

Quant à la chanson qui fait Tolget prlncip^d de votre lettre , je la tiens des Compagnons menuisiers du Devoir; cette chanson me plût quoique un peu défigurée , et je l'insérai dans mon livre telle qu'elle . me fût donnée. D'après votre lettre et votre cahier » je ne doute pas que vous n'en soyez Fauteur : celui qui a mis au jour mes Jdieux au Tour de France^ Je Fieux Francœur , VJbeille ^etc, , n'a pas besoin de s'attribuer les productions d'autrui , les siennes l'honnorent assez. Cependant je crois qu'il faudra que le nom de Jacques le Chambéry ne soit point déplacé. Je me bornerai à mettre au bas de la page où [l se trouvera , une petite note qui renverra à l'en^ droit du volume où votre lettre et quelques autres se trouveront rassemblées ; si , d'après cela , Jacques le Chambéry ne réclame pas , il sera tout jugé , et , en punition de son larcin , nous laisserons son nom attaché à votre chanson , comme à une sorte de;pllof i.

Je pense que cet arrangement pourra vous convenir, dans le cas contraire, vous ^vez mon adresse, écrivez-moi, ou, si vous le pouvez, honorez-moi d'une •Visite ,.nous causerons ensepible etcelavaudramie.ux.

Recevez, etc.

PBBDKmBn (Avignonais la Yerto).

Lettre des Compagnims menuisiers de Bordeaux à l' Auteur leur confrère.

.Mrdeaaz, ee 20 janyier 1640.

Notre cher pays ,

La présente est au sujet de votre dernier ouvrage que vous nous avez fait parvenir il y a déjà quelques temps ; nous aurions du vous faire cette réponse plutôt, mais il nous en coûtait de déUuire dans votre esprit rillusion qu'un travail si compliqué avait dû ^ sans doute , y faire naître ; aussi avons-nous voulu méditer, etc'est après mûres réflexions qu'enfin nous nous sommes* décidés. Attendu par tous avec impa* tience , ce livre n'a pas entièrement répondu à Tiaée que Ton s'en était formée , il a fait bien des mécon* lents, cependant nous l'avons distril^ué, chose qui n'a pas encore été faite à Toulouse et qu'on se refuse de faire.

Certe , la notice sur le Compaq nonage est peut- 0tre un peu trop détaillée. Mais ce qui , surtout , ne saurait trop être blâmé , c'est que d'après vos premiers ouvrages , nous pensions que vous vous seriez attaché à démontrer là beauté de notre Société et la fraternité qui doit exister chez tous les Compagnons doués de sentiments humains et qui ont quelque éducation : voilà ce que nous n'avons point trouvé , qu du moins imperceptiblement.

Des fautes graves et que des gens bruts seuls peuvent commettre, sont détaillées par vous, et assurément un lecteur étranger à toute Société les ferait tomber sur nous comme sur les autres; dans son esprit nous serions confondus menui^ers, maréchaux» forgerons , charpentiers, etc. , etc. En un mot, tous les corps d'états se trouvent ici posséder à peu près la même organisation sociale ; certe , cette confrontation ne nous est en. rien favorable. Il nous semble .que nous possédons déjà assez d'amélioration pour ne .pas nous attribuer V les fausses conduites , dans les- Quelles nous ne saurions reconnaître un but moral ,

la citation ne peut que nous nuire , aussi pensonsnous qu'elle ne devait point trouver place dans cet ouvrage, dans lequel vous ne deviez point vous attacher à faire ressortir les vices , mais au contraire, à les cacher. Du reste , votre impartialité connue et appréciée vous aura seule fait commettre de telles fautes ; 2^ l'histoire du Partant et de l'Inconstant , pour ne pas dire voleur, se trouve dans la même catégorie , car la conduite de ce dernier n'offre , non-seulement point d'exemple , mais elle ne serait jamais le fait d'un homme de cœur. Mais ce qui nous choque le plus , et que nous souhaitons ne pas voir remarquer par les Dévorants , c'est à l'origine des sobriquets au suiet du nom de Chien. Vous dites : « Ceux qui se séparèrent de ceux qui avaient tué Hiram portèrent ce nom par la suite. » Donc , vous concluez tout naturellement que les Compagnons de liberté sont les meurtriers d'Hiram I Nous n'avions jamais eu à soutenir une semblable accusation.

Au résumé , nous aurions préféré V à la place de ce dialogue de Provençal et de Languedoc^ beaucoup trop étendu pour le parti que l'on peut en tirer; 2o de cette notice sur le trait inutile pour ceux qui ont commencé à dessiner , et beaucoup trop avancée pour que ceux qui n'en ont aucune connaissance puissent en tirer avantage; 3® de ces réflexions sur tous les hommes illustres , en un mot , de ces scènes dialoguées qui tiennent beaucoup de papier sans renfermer beaucoup d'idées ; nous aurions donc préféré y voir classer quelques bonnes feuilles de géométrie , quelques notes sur les premiers principes à suivre en commençant à étudier le dessin; de plus, des anciennes chansons oubliées depuis long-temps , ou du moins souvent tronquées indignement par ceux qui les chantent ; et cela parce qu ils ne les ont jamais vues imprimées. Peut-être aussi quelques nouveaux poètes auraient pu trouver place dans cet ouvraçe ; par là c'eût été un recueil de chansons bien recherché , bien estimé généralement , car il eût fait revivre les anciens poètes et fait connaître les nou-

veaux. Joignez à cela les noms de ceux qui se sont distingués dans notre Société par leurs travaux ; et nous aussi, nous avons nos hommes illustres! Enfin cela est fait actuellement , nous n*avons pas eu la même pensée , puissent cependant toutes nos obser^ valions ne point porter préjudice au tour de France en le privant des écrits que nous espérons recevoir de vous par la suite, car vous nous l'ayez promis , vous reprendrez la plume.

Veuillez , (notre cher pays , agréer notre parfaite considération ,

Vos fidèles pays de Bordeaux , etc

(Suivaient les noms de six Compagnons).

La lettre ci-dessus, je Ta voue, me parut bien injuste. Les Compagnons qui Pavaient écrite ne

{variaient pas le langage de la modération et de 'amitié : il y avait chez eux parti pris de m'abaisser et de m'humilîer. Faut-il leur répondre avec calme et douceur? Mais pourrais-je les convaincre et les ramener? Ne prendront-ils pas les procédés les plus aimables pour de la faiblesse et de la peur?.... Yovons, écrivons! Je connais l'élément où je vais frapper, et j'envisage les résultats. Quand on aime la paix, il faut savoir faire la guerre et la faire à propos.

Réponse de VJuteur aux Compagnons de Bordeaux^ ses confrères.

Parts, 28 février 18^0.

Mes chers pays ,

Avant de m'écrire votre lettre du 20 janvier , avez-

vous bien réfléchi? Cette lettre est-elle bien l'œuvre

d*un corps , ou ne Test-elle que d'un seul individu ?

Quoiqu'il en soit, elle me surprend et m'étonne. Qo ' '

aucune partie de mon puyrage n*a trouvé gràcp Seyant vous? Quoi t vous copdapmez tout avec une é^e rigueur ! Je ne sais ce qui vous a inspiré yotre lettre, mais ji coup sûr ce n'est pas la piçnyeUlance.

Leclisdosue du Partant et de rlnconstant Vous parait une atrocité , et vous avancez l)rayement que la conduite de ce deruier n'a point d'exemple : je $ui$ forcé de vous dire que j'ai copié l'Inconstant sur un de nos Compagnons , que je pourrais nommer , eh ! du reste j'avais des modèles dans toutes les Sociétés... et lorsque yous me dites que je deyrais.m'attacher à cacher les vices et non à les découvrir, je vous répon* drai que yos personnes valent assurément beaucoup mieux que yos doctrines.

La notice sur le Gompagnonage vous parait trop détaillée , yous trouvez un passage sur l'origiaè des sobriquets qui yous épouvante, vous tremblez qu'<2a

ne yous accuse. du meurtre d'Hiram Stieu l quel

malheur! Mais li$ez le livre, page :161 (31^ pr^

miëre partie de cette édition) , et vous verrez que ce meurtre f|tbuieux,.cbimérique, est attribué aux Corn* pagnons Etrangers ,.qui cependant ne s'en sont point formalisés.

L'article sur les fausses conduites vous choque aussi , vous craignez qu'on ne yous accuse «te faireee que vous ne faites pas ; mais encore^un coup ,:ras$tt^ re.z-VQus.et relisez ce livre que yous avez mal i^ ; yous trouverez, page 187 (60, première partie de cette édition) , un petit article où il est dit que vous ne topez pas ; puisqu'on tope dans les fausses coif> duites , on ne peut vous les attribuer.

Enfin le dialo^e sur l'architecture vous parait trop long ; le raisonnement sur le trait inutile ou trop avancé. Il fallait mettre à la place de cela de bonnes feuilles de géométrie.... Ecoutez, mes pays, si yous désirez des traités de géométrie vous pouvez ,en acheter ; on en vend, et ils coûtent pièmeplus de vingt sous , je vous en avertis.

Les réflexjons -sur les hommes illustres vous parais» 3çnt sans iotérèt, ou pour mlçux .dire, j'aurais £{û

mettre à la p7àce die ces homitteâ illuët^es , lés hommes illustrer dis notre Société ; car, comme vous le dites , et en grosses lettres : < Et nous aussi , nous avonis nos hommes illustres. » |f es pays , il se peut que vous ayez des hommes illustres , mais j'ai le mallieur de ne pas les connaître; comme je suis chargé dé composer le Manuel du Hfenui^ier , pour la' bibliothèque des arts et métiers, je vous prie dé m'envoyer la liste de ces hommes illustres que je ne connais pas, on Tinserrera dans ce nouvel ouvrage ,

,^is affranchissez

la rencontre de deux frères que vous désignez sous le titre de scène dialoguée , tient, selon vous, beaucoup de papier sans renfermer beaucoup d'idées, merci du compliment. Vous saurez qu'en ceci vous n'êtes pas d'accord avec le National (n** du 21 janvier 1840), qui regarde ce morceau qu'il qualifie de moral et de philosophique, comme le meilleur du livre. Son jugement , je crois , peut enrcore balancer le vôtre ; mais vous auriez préréré voir , dites-vous , à la place de là rencontre de deu^ frères , les chansons de nos anciens et celles de nos nouveaux poètes ; de nos anciens , j'ai pris tout ce qui s'adaptait le mieux à mon plan, et repoussais leurs chansons provocatrices;

Suant aux nouveaux je ne les connais pas. J'ai reçu, est vrai , de L , un manuscrit contenant une

vingtaine de chansons , parmi lesquelles j'en al choisi

deux ^ pour mon volume , puis , j'ai renvoyé à L

son manuscrit, auquel j'ai joint un traite de versification et des conseils qui auraient dû Fencourager; j'ai perdu du temps, j'ai pris de la peine dans l'espoir

de le contenter ; il parait que je n'ai pas réussi ; L

n*a pas répondu , il est ingrat , tant pis pour lui.

En somme , vous dites , qu'à la place du dialogue dû Partant et de Fin constant , du dialogue sur 1 architecture, dû raisonnement sur le trait, de la no-

^ Cet deux ehânsom, d'après le vœa des Compafoions de Ninoes et de ceox de Bordeaux, ont été retirées de la seconde édlUon do litre dû Compagooiiagfe.

tice $ur le Gompagnonag^e , de la rencontre de deux frères et des réflexions sur les grands hommes , j'au* rais dû mettre des bonnes feuilles de géométrie, des réflexions sur les hommes illustres de notre Société et nos vieilles et nos nouvelles chansons , ce qui eut fait revivre nos anciens poètes et fait connaître les nouveaux , dont plusieurs , dites-vous , étaient dignes de trouver place dans cet ouvrage. Mes pays , vous vous trahissez , vous laissez enfin percer le dépit. Prenez donc un parti digne de vous , mon livre est fait , on ne peut ï)1us y revenir , mais je vous aï laissé tous vos matériaux , vous pouvez en faire un second , faites-le et il sera sans doute bien recherché , bien estimé généralement ; de qui ? de ceux peut-être qui chantent encore sans rougir : ilfa/igeons le foie de quatre Chiens Dévorants et d'au» très gentillesses de la même façon. Mes pays , si vos goûts en étaient encore là je serais fier de ne les avoir point satisfaits et de m'être attiré votre blâme sévère. Je suis cependant assez heureux , je reçois quelques dédommagements, plusieurs journaux s'intéressent à mon œuvre et m'accordent une satisfaction que je suis loin de recevoir de vous. Lisez la Revue du Progrès , du 15 décembre 1839 , le Cor^ saire, du 17, le Capitole. du 23, VJmi de la Charte de Nantes, du 4 janvier 1840, le Censeur de Lyon y du 8 , \Ere Nouvelle d'Aix , du 19 , le National, du 21 , etc , etc. , vous verrez que toutes ces feuilles jugent mon écrit et mes intentions d'une toute autre manière que vous ne le faites. Si vous prétendiez que les journaux ne savent ce au'ils disent , je vous demanderai si vous avez plus de confiance en Bourgui- Girox LA Fidélité, auteur de la chanson : la Liberté n^ est pas une chimère^ et en Nantais Prêt a Bieic Faire , auteur de la chanson Compagnons unissons nos voix : vous répondrez sans doute oui. Eh bien t ces deux Compagnons m'ont adressé chacun une lettre. Voici comment s'exprime le premier : « Gomme vous , mon cher pays , J avais conçu , étant Compagnon , le projet d'une réforme , ou plutôt d'un rap-

prochement nécessaire à toutes les Sociétés de Corn-

Ï^agnonage ; mais étant encore jeune lorsque je quittai a Société, je n'ai pu avoir que la pensée de l'oeuvre qui parait vous occuper tout entier; c'est à vous qu'il appartient de donner, par des chants mélodieux, et par des historiettes mtéressantes , les leçons de morale et de tolérance dont tant de Com- Ï magnons ont besoin , etc. » Voici comment me parle e second : « La tâche que vous vous imposez est grande et pénible; vous parlez à des hommes qui; souvent , n'écoutent guère la voix de la raison , et seront peut-être méconnaissants des soins que vous prenez pour leur donner un plan de vie plus doux et plus judicieux que celui qu'ils ont suivi jusqu'à ce jour ; mais votre tâche n'en sera pas moins glorieuse et je pourrais dire avec un grand homme : // est grand, il est beau de faire des ingrats, etc. » Que pensez-vous , mes pays , des paroles de notre vieux Nantais , de. cet homme que nous devons tous admi-* rer ? Ne dirait-on pas qu'il connaissait vos intentions d'avance? qu'il prévoyait ce que vous deviez faire? J'ai reçu des lettres des Compagnons du Devoir , ils se plaignent un peu, mais au moins ils sont polis, ils approuvent même le fond de mon ouvrage et recon* naissent la bonté de mes intentions. Est-ce que les Compagnons du Devoir seraient plus avancés en raison que ceux du Devoir de Liberté ? Je ne le crois Sas, car nos Compagnons des villes de Lyon, de [ontpellier , de Tours , etc. , etc, , m'ont félicité sur mon ouvrage ; je pense même que les Compagnons de Bordeaux sont moins en arrière que leur lettre pourrait le faire supposer; cette lettre est moins l'œuvre de la Société que quelque rancune , et

voici comment j'expliquerai ce que j'avance : P ,

votre secrétaire , était secrétaire à Marseille ^uand

L m'envoya de cette ville son manuscrit. La

lettre à laquelle je réponds et le manuscrit en question , sont écrits avec la même plume , je reconnais

l'écriture ; ainsi, P a écrit votre lettre , il avait

écrit précédemment le manuscrit, il s'était joint à

L..;... pour me Vemoyér, car îl avait pleine confiance en cette œuvre» Puis il' a vu que je n'étais pas précisément de son gOût; olil alors son amour-prcn! pre s*est irrité, il a rêvé vengeance, il a conspiré sourdement, et l'explosion s'est faite par cette terrible lettre qui devait me terrasser et me faire demander çrâce ; non , il n'a pas toute la puissance | qu'il croit avoir ; j'ai montré sa lettre aux CSompa^ ^nons de Paris , ils s'en sont indignés ; quant à moi, J'en ai ri , car je la trouve très-plaisante , tant par sa prétention que par sa pauvreté *. Quand je ferai une seconde édition dii Livre du Gompagnonage je l'inserrerai dedans afin que Ton puisse juger et de l'esprit de la lettre et de Pintention de son auteur. Les Compagnons de Toulouse , m'apprenez-vous ^ n'ont point distribué les volumes ; mais les Gompa-

fnons des autres villes les ont distribués, et j'ai reçu e divers côtés des lettres qui honorent ceux qui les ont écrites et ceux qui les ont approuvées; ceux-là m'ont compris.

Et vous. Compagnons de Bordeaux^ vous ne me comprendriez pas? vous me reprocheriez d*avoir parle sans colère des forgerons, dés maréchaux, îles charpentiers, etc., etc.; mais les ouvriers qnî exercent ces états ne sont-ils pas des hommes comme nous ? Mais les combats que nous nous livrons trop souvent et sans raison ne nous sont-ils pas funestes à tous ? et si nous pouvons contribuer à les faire oublier et à nous mettre d'accord avec l'opinion publique, pourquoi ne le ferions-nous pas? Mettez, mes pays , la prévention de côté ; relisez mon livre

1 Celai qne je mets en caïue ici ne fui , dit-on , que Técho de beaoconp de voix, et par conséquent bien moins repréhensible que je ne Pavais crn. je fus donc très-rigoureux â son égard ; main J^élëis attaqué sur mon terrain, attaqué de- phis\rxtn côtés en aamié tempis, et je poi , éetianfftf, afvri par hr lutte, en repoussant dés attaques, meUre quelquefois le pted sur le terrain d'auinii. Si noiit sommes, de part et d'antre « tomb^ dans des extrêmes, cela nous engagera à l'avenir à reneenir davantage et à mieux mesurer nos coups.

avec res^it dégagé de toute maovaise influenee» vous finirez par. me rendre justice , vous aiiïiefex l>eu à peu ce qui vous a choqués d'abord, et tous direz ensuite : « Ay^nonais est notre ami ; il ne nous a pcrint Tantes, mais il nous a servi; il n*a point déèigfé les autres sociétés , mâiié il a élevé la ndtre en: ta plaidant à iatète de tovtes éûm la voie du pro^ ^iès et de la civilisation , » et vous itères fiers de ce qmÏBÂ fait et de 1^ part que vous y aurez prise. Je* le répète , relisez mon livre avec attention et impar* tialité , et vous comprendrez que J*ai servi une Dieu grande cause.

J'ai cru devoir vous écrire cette trop longue lettre : la ¥6tre , quoique dépassant de beaucoup les bornée d'une juste critique, ne m'a point indisposé contre vous, je pense que celle-ci ne vous indisposera pas contre mo4'.

Aeceve:^, etc.

PAMiMiim (A^^gnoiufola Yertif).

Cette répenee au& GeinpagtieBs de Bordeaux fM viuS) approwée et signée des Compe^neos et f^tiSj mee cooffiPères, ^i pour la plupart m'^j^Dtff aient en cette s^»pcç je* parlerai plus loin ae se$ stirtes*

Jfe reçus dans ces entrefaites une lettre de M. Méreau:, ouvrier serrurier, qui avait déjà INiblié daae le journal V Intelligence quel«[ués articles ' des plus énergiques contre le CompofiBô0dg«i, et où les Corapaj^oom' du Detoir •étaient sartMt durement traités. Le Tourangeau a été Âq)irant, il est maintenast tteml»re de y Société de TUnioii. Si Tautctït dti Wreda C&jmpagRonage avait' été enfàùt de maître Jacques , Moreau aurait attaqué lés e&fôals dé maître Jacques; dans le cas contraire, il attaque les enfants dé Salémon^

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