II
Moreau voulait faire la critique du Livre du Compagnonagej et il l'a faite dans une lettre qu'il m'a adressée. Cette lettre, quoique trèslon^e, sera reproduite ici presque dans son entier, me réservant de placer des notes-réponses au bas de la plupart des pages. Les Com- Sagnons sauront qu'ils ont des adversaires reoutables et fort exigeants , et qu'au besoin je me fais leur défenseur.
Lettre de Moreau^ ouvrier serrurier^ d(
VÀuteur,
Aaxerre, le 8 mars 1810.
Monsieur, Un de vos collègues, ami du progrès^ de vous et de moi , m*a procuré le plaisir de vous lire ; je dis plaisir sans cependant être satisfait de votre ouvrage qui a pour titre : le Livre du Compagnonage, mais parce que nous sommes toujours fiers d*avolr
Ï^armi nous autres ouvriers , des hommes oui, malgré e monopole de l'éducation , parviennent a faire res-^ sortir leurs talents comme vous venez de le faire.
Il est facile à voir dans votre livre que yous éte^ ' gêné ; vous ne parlez pas comme vous pensez , la raison en est assez simple ; vous ne pouviez pas dire tout d*un coup à ceux qui paient votre livre : < Votre a institution est mauvaise , parce qu'elle détruit Té-^ « galité prescrite par la nature , parce qu'elle est < pleine d'abus , de mystère et d'orgueil ; il faut la « détruire de fond en comble, car le Compagoonage « est condamné par l'opinion publiaue. » En tenant un tel langage on vous appellerait traître , renégat et transfuge; vous n'auriez plus de souscripteurs^ mais seulement des ennemis \
1 Yods voyez , d{te»-Tons , qoe je rais gêné, que je ne dis pas. font oe que je pense, par la raison qne je ne poayais pas le dire
Tout en vous reconnaissant beaucoup de talent, vous me permettrez cependant de passer rapidement votre livre en revue et d*y combattre le Oompagnonagpe.
J'ouvre votre livre et je vois une lettre très-bien dictée , où vous faites comprendre aux Compagnons qu'il est de leur devoir de s'instruire les uns les autres. Moi , je tiens ce langage à tous les ouvriers sans distinction ^
Votre première note n'offre pas le même avan-tage , vous voulez excuser les surnoms des Compa* gnons , tels que le Décidé , le Solide , Sans Rémission, 6tc., par les ridicules surnoms des rois de France. Vous savez bien que tous ces surnoms ont été donnés
£ar de vils courtisans et de lâches adulateurs; vous, omme de progrès , bon démocrate , vous ne seriez pas logique en prenant pour modèles des rois , tels que les Clovis, Louis XI, Charles IX, Louis XIV, Louis XV, etc., etc. lis avaient tous des surnoms aussi ridicules que beaucoup de Compagnons : avec de tels exemples vous ne ferez pas des hommes sages et ver* tueux «.
Je vois des chansons qui me paraissent très-bien tant qu'à la poésie ; maispojnt de Donne pensée : vous faites de Salomon un modèle de sagesse et de vertu ; TOUS en faites un Dieu ^ ; nous verrons plus loin ce qu'il sera.
sans indisposer le Compagoonage el sans le soulever en masse contre moi. PoUqae vous voyez qoe je ne pouvais pas pousser
Ï^lns çvant sans un grand danger, tout devait se borner là. Ainsi, a critique que vous m'adressez porte absolument à faux; j'ajouterai encore que je n'écris pas dans le but unique d'avoir des souscripteurs, comme vous affectez de le croire, mais dans celui de faire des prosélytes.
i Si TOUS dites vrai, je tous en félicite sincërement.
s Lisez mieux la note qui se tronye an bas de la page 9 (12 de cette édition ) : vous reviendrez je crois sur votre jugement; il me parait Injuste.
" Gela est vrai. Si cependant voas les comparez aux cbantons barbares que je youlais faire tomber, vous comprendre?
Yoiei une trèsAomie note : « et fentrepvemds le toHr de France. » Tons donoez de bons conseils auic jeunes AfiUiés; c*est malheureux qu*il$ ne servent à rien , car ridée du Ck>nipagnonage et du plaisip absorbe toutes leurs pensées; il est trop tara pour leur faire apprendre le dessin , et trop tôt pour leur en Caire sentir la néceaûté *.
Une note au sinet du nu)t Gavot vous fait tomber dans la contradiction , car vous vous fâchez eontre c« pauvre iniMcent de ConHUutionnelMvee Qu'il vous a qualifiés de simples Gavots^ c*est-a-dire d ouvriersnon initiés ; auriez-vous la prétention d*ètre de doa^ blés Gaçots ou d*étre plus que les ouvriers non ia^ tiés * , en ce casvojs ne seriez dIus démocrate.
Je saute et j'arrive à Tabrége de la vie de Salomou, dit le Sa^e ; vous dites : « Il fut sacré du vivant de Ihivid son père , et lorsque la mort de ce prince lui eut laissé le pouvoir souverain , il débuta par se débarrasser d'Adonias son propre frère , dont un parti nambreux avait soutenu les prétentions au trùne , etc. » Voilà J'espère, un beaudélmt de sagesse et de vertu.
Vous ne croyez pas , j'espère , à cette vision du Seigneur qui lui dit : « Jd vous accorderai tout ce que» TOUS me demanderez , etc. »
Vous conviendrez que cette sagesse, aveclaquella îl reconnut entre deux femmes la véritable mère
alon qo^ellei rtalent un propres. Voyez lei premières putes de rintrodaeiion oà ma peMée à ce sajct peut se faire eomprcBdre.
1 II y a da vrai dans ce qne voas dites; it y a dt Peragératinn aossi ; car les bommes que vons allaqaez sont encore ccnx qui sMnstmisent le plus sur le dessin; mais en serait- il antrement, dès qne vons admettez les conseils qne je donne comme bons, vons ne devriei pas me blâmer de les avoir donnés.
* Je ne jooe ni snr les mots ni snr les choses, et je sais qne je ne sois ni pins ni moins qn*nn antre onvrier Je crois néan*' moins qa'll est bon de mettre à leur place ec»x qni ventent faire les docteurs et expliquer aux autres ce qu^ils ne eom- -^""^nent pas eox-mémes.
^n enfant , n'est tout simptoieot qu'un peu de pti»
aoQce d'eçprit.
Je continue votre récit : « Il se livra au sensualisme oriental ; il eût jusqu'à sept cents femmes et trois cents concubines, etc. » Mous étions bien loin île régtlité , car il n'y avait pas assurément mille femmes pour chaque homme ; un grand nombre sans doute n'en avaient pas du tout et étaient dans le plus eruel esclavage , et on ose appeler cela de la sa^se et de la vertu ».
Votre narration sur les deux frères est bien, votre conférence a beaucoup de bon; mais toujours ce maudit système : restons chacun dans notre Devoir et vivons tous en frères, ear nous sommes tous égaux.
1 Je snis loin d^appronver et de TOQloir la eontiiuiation de tout ce qui est manvatt : je sens que tous les hommes apporleot en naUsant des droits égaux et qu'Us devraient tons vivre heareox , car la terre est grande et oelle : rien n*y manque. Mal» nons n'avons paa à parier en ce moment de ce que uoas voulons, mais de ce qoi est et de ce qui a été.
Quand on vent bien juger des choses, il faut tenir compte des temps, des lieux, des mœurs et des conditions. Salomoa vivait il y a trois mille ans, dans les pays d*Aftie, et il éUlt roi. Il derail naturellement être absolu, aimer le luxe et posséder un vaste sérail : il étaii en cela ce que sont encore de nos Jours les souverains des mêmes contrées. SI M Moreau était nr d*on sultan; s'il avait été appelé à le remplacer an mwvoir saprême, en acceptant le trône aurait-il refusé le sérail? Airaltll tout changé, tout transformé dans son empire? Cest ee que BOUS ne savons pas, et en supposant qu^il en aurait en la volonté, en aurait- il en la puissance? C'est ee que noua ne savow- «ncore pas. Je le répèle, pour bien juger les personnages ëe ^histoire, il faut se transporter en esprit dans les âges tt tables lieux ob ils vécnrent; il faut tenir compte de tout.
Je crois donc que les souverains , qui tant de sillet aprit leurs règnes vivent encore dans la mémoire des peuples, ue fkirent pas des hommes vulgaires, et j'ai pour eux le respcet que je dois avo r ; mais qu'on le sache, je ne reconnais à aucun bomme, de nos pays et des temps oh nous sommes, le droit de ^es parodier. De nouvelles Idées sont éeloses , et je me diapenae 4'eQ dire davaulage h ce sujet : me eomprcudra qu^ vood^*
Pourroos-nous viTre en frères tant que nous serons divisés par différents Gompagnonages» par différentes croyances, par castes et décorations ? Non. Il y aura toigours rivalités , jalousie , concurrence et luttes sanglantes tant qu'il y aura des distinctions, des mystères et des prérogatives. Vous reconnaissez Tégalité d*un Compagnon à un marquis ; d'un pauvre à un riche , et vous ne voulez pas reconnaître celle d*ua Affilié à un Compagnon : nous la reconnaissons , me répondrez-vous bien vite , puisqu'ils sont admis à la taule des Compagnons , et a payer les frais avec eux. Bien ; mais leur permettez-vous de porter des cannes et des couleurs ^ ? Non. Leur rendez-vous compte des correspondances? Non. Leur dites-vous ce que tous voulez faire de l'argent que vous leur faites verser*?
1 Permet-on an soldat du ceDtre de porter répaulvtte et le labre da grenadier ou dn voltigear? Permet- on à ces dirniert de porter i^épaalette d*or ou drare^eut et l^épée de l'officier ? Mon; et pourquoi ? Une hiérarchie est établie dans l^armée, oik on ne peut s'éleTer que de grade en f^rade. Une hiérarchie , mats plus juste , en ce que les ouvriers possédant tous à pea
Îrès la même fortune, recevant tous la même éducation, ont >os la chance de passer par tous les ordres et par tons les emplois, est établie anssi dans le Compaçnonaçe. Est-ce nn bien? Est-ce nn mal? Serait-il mieux régi saus cela? Anrall-ll même pu se conserver à travers tant de révolutions et de décombres? Je laisse à répondre la-dessos.
> Quant à Targent , je vons renvois à la première partie de cet ouvrage , ou je me suis déclaré , il y a déjà lonç-temps, en faveur des réformes utiles; mais II ne faut pas croire poor cela que les Compagnons aient quelques profits à retirer de leurs emplois et soient à la charge des non -Compagnons. J'ai occupé, a Lyon, pendant sept mois, la première charge de mta Société; j'étais jeune, actif, dévoué; je ûs tout ce que je pus pour elle; et je dus pourtant, durant on après ce règne limité, faire venir de chez mes parents, en diverses reprises, ua total de 320 francs, avec cela je pus agir, puis me liquider envers tout te monde ; sans cela j^étais cloué dans Lyon pour bien long-temps. Voilà donc quels furent mes bénéfices, et je puis affirmer que beaucoup de ceux qui mW précédé ou suivi dans cette charge n'ont pas été plus heureux que moi; plosieun même, a cause de leurs dettes, se sont mariés dans la ville ob lu les avaient contractées. Celai qui se retire avec honneur d«
Non, tooiours non. Alors où est] donc la liberté, et régalité SI bien reconnue par vous ?
Le jour de la fête patronale, les Aspirants la font s'ils veulent ; les Affiliés, au contraire , sont forcés de la faire oudepayer moitié des frais *. Ils ontrhonneur. Il est vrai , d'être admis à un bout de la table des Compagnons *; mais à la promenade ils sont comme les Aspirants, toujours de Vcurrière-gcurde,
S*il y a un peu moins de dispute dans votre Société ^ue dans celle des Dévorants , il faut en attribuer la cause à votre institution despotique et à la grande facilité avec laquelle vous recevez vos Compagnons ^ , ce qui vous donne en même temps plus de voix et plus de force pour soutenir vos privilèges.
Je pourrais vous reprocher de n'avoir pas assez
la première charge de ma Société , mérite vraiment Vestlme de tons les Compaguons et de tons les Affiliés, et on penl le croire •quand je Pavance. Si je demande qne les Sociétés soient administrées an ffrand jonr, c'est pour détruire d'injustes soupçons qa\ trop souvent planent snr des Compagnons qui, loin de t)énéficier, font de constants sacrifies. C est aussi pour rendre les fripons impossible, car ceux-ci pèsent sur tout le monde, et on n*a jamais trop d*yeux pour les surfeiller, et jamais trop de bras ponr les jeter à la porte.
^ A moins que des raisons légitimes ne puissent les en dispenser : nn homme qui a manqué d'ouvrage ou a été malade, n'est contraint à aucuns frais.
? Je n'ai pas à discuter pour prouver le contraire de ce qne TOUS dites : tous les Affilies peuvent ici apprécier le manque de vérité de vos paroles, et je peux les avertir que vous n'êtes presque jamais pins exact et plus vrai dans vos accnsallons. Quand on attaque des adversaires, 11 faudrait, pour toucher et convaincre, attaquer avec bonne foi et non avec passion.
B Une institution despotique ne donne pas les titres et les privilèges à tous ceux qui les demandent, autrement, elle ne serait pins une Institution despotique, mats nn droit commun. S'il ne fallait seulemeut à tout homme qu'un an de noviciat pour devenir électeur, on n'aurait plus besoin de faire dr "'^ titions, nous le serions tons de droit l'année prochaine * «IteiidrioDs.
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éaas toutes les villes ëcartée$ du tonr de FnHwe^t ful B'oBt pas eoeere été infeetées du ConpagBoaa^e K
vnido de hieo grand» wrvieci aaz traTaiHcort, en fi^UffmA leon salaires el kar? le. DaiM les myt ok elles existent, r#airrier est mieux rétribué que dans ceux oii elles n^existent pat t de pins, elles communiquent à Thomme une certaine force morale. On a rarement TU le Gompa^on traduit en justice ponr iilt d'immoraUtë, ou ponr infraeiion anx lois de l'honneur. Tons prétendez que les Compagnons se battent absoInaMnt à «Aoae des cannes et des nanlenrs. Hais est-ce ponr cela qne 4e liattent les nations oanlre les nations, les habitants d^unTillage contre ceux d'un Tillage f oisin , les soldats de terre contre cenx de mer, les caTaliers contre les fantassins, et tant dMndlTidii» <|ni Tont chaque jonr s'asseoir snr les bancs des cours erimiselles? Le mal pent-ll être dans des rubans? Mais les franetmaçons en portent, des mbans; les eonserits le jonr de lenr Urage an sort; les habitanudcs campagnes, anx fêtes des jcnnca mariés; les measbres des sociétés oiaotantes en portent anss{; et si noos examinons bien , nons Terrons partout les hommes les plus graves se parer d'Insignes plus du moins significatifs: ponr ceux-là les rubans ne renferment aucun mal. Enfin , si vous détruisiez les cannes et les oenienrs chez les Compagnons * croirlez-vous a^oir détroit la eanse dn mal? Si tous détruisiez leurs Sociétés elics- mêmes, croiriez-fons avoir fait on grand pas en avant; que tout serait fini; que tout irait mieux? Que mellrlez-votts i la place de ce que vous auriez détruit? Il y a chez les Compagnons du fanatisme ; mais ne volt- on pas ailleurs de régoYtme, de l'indifférence? Y comprend -on bien la fraternité humaine? Ah ! cessez d'attaquer avee tant de vloleoce des cannes et des eonlenrs : le mal n'est pas dans les attributs, mais dans les hommes. 11 fent faire pénétrer dans leurs télés et dans leurs cœnrs la lumière et Tamonr : an lim de le» désunir, il faut les nnir ; Il faut répandre sur eux , au lien 4e mots Irrilanis et grossiers, des idées nobles et fraternelles; Il faut nons réformer nous-mêmes, et pnls non» réformerons le» antres.
^ Vous dites que le Compagnonage n'existe pas à Parts; c'est nne erreur : les taillenrs de pierre, les charpentiers, les tanneurs, les forgerons, les maréchaux , les ehamoisenrs, les cordonniers, les boulangers, etc., etc., sont là en société comme dans les antres villes de Devoir. Si on s'jr bat moins, c'est parce qne l'air d'nne capUalc civilité tous les rangs de sa population. Les charpentiers et les boulangers se livrent bien encore qnol- (pies combats, maison a Fespoir fondé qne la raison les r*'**rera el qu'ils cesseront de se dégrader anx yeux de cenx r obsenent, lolt en souffrant, loit en ricanant.
Aegardez , disje , comme tous les ouvriers f ratemiseat pèle-méle sans distinctioa de corps , et sans ostentation pour le talent. Si ces jeunes ouvriers Toyagent et entrent maliieureusement dans une Société de Gompagnonage , ils deviennent ennemis i mort.
Mon but n*est pas de critiquer TAssociation , au contraire , c'est de réunir tous les hommes , tous les •ouvriers principalement dans un seul faisceau . dans une seule Société ; mais pour cela il faut détruire toutes les distinctions, les cannes et les couleurs. Plusieurs Compagnons s*écrierontavec fureur : « Gomment I vous voulez nous ôter nos couleurs saintes , notre écharpe royale et notre bouquet sacré ?» Et pourquoi non , puisque vous voulez 1 égalité avec les marquis, et entre les pauvres et les riches! vous conviendrez que tout le monde ne peut pas avoir des couleurs, des écharpes, des cannes et des bouquets; c'est un attirail qui coûte au moins cent francs ; ensuite , si tout le monde en avait , vous perdriez tout de même vos distinctions.
Ne vous trouvez-vous pas ridicules vous-mêmes \ cuand vous êtes affiiblés et chamarrés de rubans[avec franges en or , et le bouquet monstre qui vous cache toute la poitrine? Il y a vraiment de quoi rire de pitié en voyant ce luxe efiRréné^ cette vanité, cet orgueil que vous étalez le jour de vos fêtes , montés en voitures comme de riches négociants ou propriétaires , musique et tambours en tête , exprès pour vous faire regarder. Et vos bons Affiliés payant, et à pied par derrière *. Que d'argent dépense inutile-
^ Il y a bien Ici qoelqae chose d^aa pea cm, mais cela tient à la maQière de celni qni parle ; ou. ne doit point s*en fornialiier.
* Votlà des errears ! Quand tons les GoonDagpDons yont en voitnre , ils sc passent de masique, par la raison que le bruit assourdissant des unes délrnirait l^harmonie et reffet de ranire ; de pins, quand les Compagnons vont en voitore, ce qal €it rare, les Affiliés ne Tont pas à pied.
— rament dans quelques jours , pour manger du pain et
boire de Teau le reste de Tannée !
La Société de TCInion ne fait pas de si grandes dépenses : ses membres n'ont pas , comme chez vous , une écharpe et un bouquet à donner tous les six mois au premier Compagnon ' ; ils n*ont pas de luxe inutile comme vous , par conséquent , ils dépensent moins *• La Société de TUnion est meilleure parce que tous les ouvriers de tous les corps d*états peuvent se réunir et fraterniser tous ensemble ; par ce moyen ils sont mieux disposés à faire de bons citoyens et à entrer dans la société humanitaire '.
"v Après ayoir consacré pendant six mois nn temps préeieaz «a senricc d*ane Société, on en reçoit, pour tonte récompense, nnc écharpe el nn boaqnct; on les a, je crois, bien gagnés : pour ma part Je sais ce que pela coûte ; mais f ai en llionneur de servir mes frères, honneur dont je suis vraiment fier.
* Il ne faut pas être rigoriste; il ne faut pas faire nn crime âax Compagnons de faire une ou denx fêtes par an , et de dépenser, a celte occasion, la somme de dix francs chacun an pins, en musique et en festin. Jeune, j*ai fréquenté leurs Sociétés ; j'étais un ami du travail et de Tordre, et pourtant ces fêtes m'étaient bien douces; elles étaient ponr mot une courte halte de bonheur dans le rude sentier de la vie. Les Compa-
Î[nons qui , sans avoir épronvé de maladies on des pertes , uyaient ces sortes de fêtes de famille, étaient presque toqjonrs les moins laborieux, les pins débauchés, les pins égotsles et les plus malheureux sous tous les rapports.
Yons dites que chez vous on dépense moins en snperflnités : im derrait alors y être plus riche , et y faire une nonrrltore meilleure et mieux réglée Mais je crains cependant bien qae ¥oas ne fassiez usage ni des chapons délicats du Maine, ni des vins fins de Bordeaux, et que tous ne soyez réellement ni plus Tiches , ni plus henrenx que les Compagnons que vous jetez si bas.
> Je sais que les Compagnons rapportent an pays natal bien des pr^ogés; et vous! n^ rapportez- vous point de scepticisme? Etes-vous vraiment adssi parfait quêtons le prétendez? La haine ardente que vous manifestez contre les Compagnons n'est- elle pas inspirée par une sorte de fanatisme? N^anriezvous pas nn peu de ce mal que vous leur reprochez avec quelque raison? Réfléchissez! Il est bien difficile d'être parfaitement juste.
▼otre dernière note :fe livne à F impression , est TraimeQt tout ce qoMI y a dé mieux , c est aussi pour cela que je vous écris , car vous promettez à vos lecteurs de reprendre uo jour la plume ; moi pour ma part je vous y eugage de toutes mes forces, mais je TOUS en prie en 0râcç« ne faites plus réloge du €om*
Ï^agnonage ni deSalomon. Vous perdriez votre temps: 'opinion publiq[ue les condamne et les raette comme tous les mystères de la religion catholique. Notre siècle est un siècle de lumière et d'égalité. Ecrivez toujours car vous en avez le talent ; mais exercez votre lyre et votre plume comme les Rouget de flsle, eomme les Bérapger , les iltarecbe , les voitelin , les J«^. Rousseau , les Lamennais , Louis Blaae , liapoiineraye^etc.
Unissons nos faibles voix aux voix fortes de la démocratie j marchons d'accord à la conquête de nos droits ; que tous nos efforts tendent vers un même but, celui de réunir tous les hommes en un seul intérêt; pour cela, commençons par les ouvriers, formons une société universelle pour tous les corps, composée d'abord de tous les ouvriers mariés non établis , 4e tous les célibataires sédentaires et de tous les j^ines ouvriers honnêtes qui voudront se réunir à nous^ Que cette Société ait pour base l'égalité, et pour but le bonheur de tous , par un mutuel secours ; que tout l'argent déposé en caisse par les Sociétaires ne soit absolument que pour le soulagement des matheu* feux.
S'il se fait queloue ban(|piet, que œ sodt oottisé se» parement du tribut ordinaire et volontairement. Dans cette Société, instruisons nous les uns les autres sur nos véritables intérêts; engageons même quelques amis de l^umanité qui ne sont pas ouvriers, à venir nous donner quelques lumières ; donnons des concours pour exciter l'émulation des arts , du dessin , de la littérature , de la morale , etc. , et des prix analogues au travail.
Nous pourrions aussi admettre les apprentis à quelnues séances, sans les faire payer aucun tribut Ce
serait seulement pour leur donner les véritables principes de Tassocfation. I9e prêtons qu'un seul serment, celui de maifitentr dé toutes nos forces notre S<»ciété populaire et de lutter sans cesso contre la tyrannie et l'oppression. En faisant ceci et nous pla* çantsous la protection desjournauic démocratiques, iimis serons dignestle notre siècle et de Tavenir. J*ai rbonneur de vous saluer ,
Votre dévoué compatriote ,
HoESAtj (ouvrier semnrier).
Réponse de l'Auteur à M. Mvreau.
Parti, 15 mars 18#.
Monsieur,
Je réponds à votre lettre , non pour discuter avec TOUS , nnads pour vous faire savoir que je Ta! reçue; d*aineurs comment relever tontes les erreurs, leS' Injustices, les exagérations, les jeux de mots, tes inconvenances et le rîigorisme qcrelie renferme? Il faudrait pour cela beaucoup de pages. Goanne je ii*aty)tie des courts instants de loisir, je veux: les omsacrer à éclairer les ouvriers de bonne fo» qtd sentent le besoin et le désir de Tétre, et nos les dépenser en pure perte.
11 faut que je vous le dise, mossiein', vous ne tenee compte ni de ma position , ni des difficultés de tous genres que j'avais à surmonter ; vous ne m'avez pas compris. Le médecin qui veut opérer des cm*es difR* elles et nombreuses , étudie attentivement la maladie et Torganisation de ceux qu'il veut traiter et guérir. <}aelle que soit d'abord son opinion à leur égard, il ne leur dit pas : Tous les soins sont pour vous inutiles, il vous faut mourir. Non, au lieu de les épouvanter îl les rassure , les encourage totijours par de douce» paroles et approprie les remèdes à leur tempérament, à leur force, à leur mal; c'est ainsf <rH'rl par^ vteat souvent à soidager ses naladss, puis à les guérir.
Les savants qui traitent le moral , comme ceux qui traitent le physique de l'homme, ont besoin d*agir prudemment; autrement, ils aigrissent le mal au lieu de le détruire. C'est ce que font beaucoup de nos écrivains démocrates ; ils sont hardis , impétueux , mais peu habiles et peu sages : voilà , Je crois , une des causes du peu de progrès que font les masses depuis des années. Les procédés violents ne me conviennent pas , vous trouverez bon que je ne m'en serve pas non i^lus.
Mamtenant s'il faut vous dire la vérité , vous ne m'êtes pas tout à fait étranger; je connaissais déjà votre manière de penser et de vous exprimer ; je vous ai lu dans \ Intelligence, vous étiez impérieux et peu véridique; vous êtes à présent ce que vous étiez alors ; vous , membre d'une association que vous proclamez seule bonne et digne de vie , vous êtes l^nnemi acharné de toutes celles qui existent à côté de la vôtre ; vous appelez sur elles anathème et destruc> tion; vous vous dites homme de liberté, et vous êtes despote ; vous vous dites homme de progrès, et vous êtes intolérant; vous parlez sans cesse dliumanité , et vous êtes sans bienveillance pour vos semblables dès qu'ils sont Compagnons. Croyez-moi, si vous aimez vraiment les hommes , ayez quelques ménagements pour eux, lors même que vous attaquez leurs préjugés et leurs vices.
Moi , membre comme vous d'une association , je prêche Tamour et le rapprochement à tous les hom* mes; si les idées de progrès et de charité que je ré« pands peuvent germer en eux ; s'ils se sentent un jour
Ï mousses les uns vers les autres et capables de se mêer, de se confondre , et de ne former plus enfin qu'une seule et grande association , qu'ils le fassent: plus leur union sera intime , plus ils seront puissants et heureux ; c'est là tout ce que je désire.
Mais pour le moment^ je n ai pas cru devoir pous-» serphis avant; je connais les hommes et je ne brusque pas leur susceptibilité.
CnfiU; vous ne m'approuvez pas, je ne vous approuva
pas non plus; vous pensez d'une façon, moi d*une autre ; vous êtes libre Je le suis aussi ; agissons donc chacun de notre côté et ne cherchons pas à nous im»
Ïioser l'un Tautre nos croyances ; nous y perdrions ous les deux notre 'temps, et comme rien n'est aussi cher que le temps, il faut en perdre le moins possible.
Ne prenez pas , monsieur , ceci en mauvaise part ^ et veuillez agréer, etc.
AGBICOL PEBD16UIER.
M. Moreau a fait paraître, il y a peu dejours, une brochure d^une trentaine de pages; M. Moreau est toujours le même. Sa Société est un modèle de perfection, toutes les autres sont détesta* Lies, et pour le prouver, il les peint de couleurs^ bien noires; puis il s'adresse aux Affiliés, aux Aspirants, et leur dit : Vos Compagnons achètent des cannes et des rubans avec votre argent, ils VOUS exploitent indignement; révoK ter-vous • et mettez-vous avec les Sociétaires. — Si des Affiliés, si des Aspirants se faisaient recevoir Compagnons, dans l'espoir d'avoir des^ cannes et aes rubans aux dépens de ceux qui n'en portent pas encore; s'ils croyaient pouvoir se faire légitimement exploiteurs, ils se tromperaient singulièrement, et, pour qu'ils n'éprouvent aucun mécompte de cette sorte, je crois devoir les avertir que les cannes et les rubans ne coûtent qu'à ceux qui les portent , et que les Compagnons, pour tout ce qui concerne la Société, aépensent davantage que les non- Compagnons.
11 est triste de voir un homme qui se prétend du progrès chercher^ par des moyens peu
ItfaiK, è MflMf MTtoitt la haiae el la déau»
iiÎMi« c La Société de rUnioir^ dit-^il. ne reaaefliMe au GoffiMpiiaiiaçe que par le Inmi oMé. Cbtt eUe, dft-ii encore, toat decottlede ce pré^ cepte : « Ne faites pas aux autres ce que tous ne Y0udrie2 pas qn*il vous fut fait », etc. Je venais d» pareouFir cette brochure , lorsqu^on me remit ie Constitutionnel (n« du,27 avril 1841), Voici oeqws î'7 lus : « Le 15 de ce mois, une « rixe terrible s'est engage à Grenoble entre « des garçons boulangers de la Société des So- « eiéiaires et d'antres gu'çoBB du ménie état « de la Compagnie de la Liberté >• Quarante « Sociétaires, Tenant de faire la conduita à un « de leurs camarades, renaontrèrent cinq Gobi- « MgsoBS de la Liberté, et Jea assaiUireài sur^ « Ia-«haanpâ cou^s de merres et de ^âitos. Oji' « de ces aerniers se rmi^a dans la bautiqi^i«| « d'un épicier; mais les Sociétaires se prédis « piUrent à sa povrsuite^ pénétrèrent dans W « domiaile de Pépieier, maltraitèrent ce cen^- « merçam qui voulah défendre le tujgritif y et « portèrent eniincinq coaps de couteau sur la « tète du làalheureux Compagnon de la Ûr «bertéw Les blesSute»^ sont tellement graves .j « qi^'oH désesj^ère de le sauver. Huit des Sodé-- à « tairesont été arrêtés, (Courrier de V Isère). » H Ainsi , en le Yoit , les Sociétaires ne sont pas^ plus sageaque les Cotr^pagnonsÀl faut chercher) par taus'les moyens pacifiques dont nous pou* vous disposer, à les reformer les uns et les r" > tresv L» tâche est grande, et pour la remf avec succès, il faut bien se garder d'àdoptei r
J€te Mi éfrê jploiSt' àtM 0»Mp»Slile du JJfétHfir; «ai ^w«e p«di>ae boommerr delà OtaiptaBie ito Héâ^meu
genre de M. Moreau, qui se platt à récriminer. On a y u, dans sa lettre insérée dans ce volume, les attaques qu'il dirige contre le Compagnopage en général, et contre moi en particulier; il use dans sa brochure des mêmes procédés, et 11 deviendrait inutile de les signaler et de faire une seconde édition de ce qu'on a vu*
Seconde Lettre de Vendbme la Clef des Cœurs à l'Juteur,
Monsieur ,
Je vous dois des remerciements pour renvoi que vous m'avez fait de votre livre que vous avez eu la bonté de joindre à votre réponse à ma lettre , car vous avez satisfait au désir que j'avais de le posséder; J'espère vous les porter sous peu de jours, en me rendant à Thonneur de votre invitation. Mais en attendant cette première entrevue qui doit me procurer le plaisir de vous connaître plus particulièrement , permettez-moi , monsieur , d'user de la confiance que vous semblez m'accorder , pour vous faire «quelques observations relativement à votre notice sur le Gompagnonage que vous auriez pu nous rendre plus favorable par des citations un peu plus discrètes et plus dignes de votre sujet; d'ailleurs, cette notice n'apprend rien aux Compagnons qu'ils ne connais-' sent déjà , et les erreurs que vous y avez glissées , tout en scandalisant les uns, ne peuvent que servir d'aliment à l'ignorance des autres.
*'ous m'objecterez sans doute que lorsqu'il s'agit ûgnaler des abus , et surtout des abus de cette e , il n'est guère possible, quelques ménagement l'on prenne^ de ne pas dépasser les bornes de la onspection ; mais je vous répondrai : soyons sali « e à'il le faut , ne craignons point de blesser "
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VBVPir-propre de ceux que nous voulons ramenor à to
raison, lors mène qu'ils persisteot à s'en éloig^aer; mais ne couvrons pas de ridicule une. institution aussi sublime qu'est celle du Compagnonage, que la fougue de la jeunesse, les passions et surtout ^içao^aIlce^ n'ont aéjà que trop avilie aux yeux du vulgaire. €ar, monsieur, qu'en pensera-t-il du Gompagnonage, rheu* me sensé qui lira , par exemple , votre conduite, de Grenoble? Ce que nous en penserions nous-mêmes si nous y étions étrangers , que tout le reste dont les Compagnons font tant de mystères, ne doit pas valoir mieux , si c'est ainsi qu'on procède à l'un de ses actes qui doit être considéré comme l'un des plus sérieux ; or donc , si cette manière d'exclure d'une Société celui qui s'en est rendu indigne , existe réellement quelque part, n'est-ce pas le cas de nous rappeler ce pro- Terbe : que toute vérité n'est pas bonne a dire.
J'avoue pourtant que je suis bien loin de vous s^Mip- ^nner d'aucune mauvaise intention : les seatiments que vous manifestez dans votre rencontre des deux frères m'en sqni un sûr garant; mais songez biea aussi que vous n'écrivez pas pour des hommes qu'on a retiré des collèges pour leur faire apprendre un état; que bien peu vous comprendront , ou ne you(h>oat pas vous comprendre , si la bienveillance et la mode» ration ne dirigent votre plume.
Quant au lecteur sensé , il vous passera facilement ce qu'il y a de défectueux dans votre livre pour ne s'attacher qu'à ce qu'il renferme de bon ; et compre» nant le but honorable aue vous vous y proposez , cMra comme moi : honneur a celui qui l'a conçu I
Je laisse à votre jugen^ent à suppléer à l'étendue que j'aurais pu donner à ces observations que je vous prie de me pardonner en faveur de l'intérêt que je vous porte , car je me promets bien de vous seconder chaque fois que j'aurai l'occasion de converser avec des hommes sur l'importance de votxe sujet.
Quant à l'arrangement que vous me proposez, eoncernant ma chanson ; j*ai si bonne opmion de vous»
— sigillé je vous laisse eaiièrenieiii le maître d'en a^ eonune bon vous semblera.
Becevez , etc.
PiRON (yeBdéme la Clef des Cœurs).
Pari»,16f<hFrierlfia
Réponse de VJuteur à Vendôme la Clef
des Cœars.
Paris, 28 mars 1810.
Monsieur ,
Quand j'ai reçu votre dernière lettre je pensais que vous étiez sur le point de m*honorer d'une visite ; je croyais donc pouvoir répondre de vive voix aux objections que vous m'adressiez ; je vois que me suis trompé y que vous comptez sur une réponse écrite» réponse ^ue je vais tacher de vous faire.
Voici voti'e première objection : « Votre notice sur « le Compagnonage n'apprend rien aux Compagnons « qu'ils ne connaissent aéjà , et les erreurs que vous « y avez glissées, tout en scandalisant les uns, ne c peuvent que servir d'aliment à Pignorance desau- « très. » Réponse : pendant que je travaillais à cette notice , j'ai pris des renseignements de divers côtés d'où il est résulté que j'ai su, après l'avoir écrite, ce que je ne savais pas avant ; ainsi , puisque j'ai appris en récrivant, d'autres, j'en suis bien sûr , apprendront en la lisant. Quant aux erreurs que vous m'accusez d'y avoir glissées , je vous invite à me les signaler.
Deuxième objection : « Soyons satirique s il le faut, « ne craignons pas de blesser l'amour-propre de ceux « que nous voulons ramener à la raison, lors même « qu'ils persistent à s'en éloigner ; mais ne couvrons c pas de ridicule une institution aussi sublime qu'est « celle du Compa^^nonage , que la fougue de la jeu^ « nesse, les passions et surtout l'ignorance n'ont « déjà que trop avilie aux yeux du vulgaire. > ^^ ^nse : aux satires oa répond par des satires, c
questions n*avanceiit toujours pas ; cependant , sans faire une satire , sans dépasser les bornes de la circonspection , j*ai froissé des amours-propres , j*ai fait des mécontents. L*un m*accuse de ridiculiser le Conn-
{»agnonage, Tautre m*accuse d*en faire l'éloge ; celuià me reproche d*ètre partial et d'avoir eu des ég^ards pour ma Société , tandis qu'une partie de celle-ci. me reproche mon impartialité et me blâme de ne pas lui être assez favorable : que conclure de tout ceci ? qu'il n'était donné à personne de traiter un sujet si délicat et de contenter de prime-abord et à fond tmit le monde. Pourtant ces plaintes contradictoires qui se croisent et se choquent sont loin de m'affliger; elles me sont une preuve certaine que le Compagnonage s*agite , et j^ai l'espoir oue de cette agitation naîtra
({uelque chose de profitable Relativement à ravi*
lissement du Gompagnonage par la fougue de la jeunesse, les passions, etc., etc., je ne pense pas comme TOUS. A mon avis , le Gompagnonage est aigourd*hui ce qu'il était il y a cent ans ; il est resté constant à ses anciennes habitudes, il n'est changé en aucune manière ; c'est le public qui est changé : le public ne voit plus avec les mêmes yeux, ne juge plus avec le même esprit. Autrefois les prêtres catholiques ordonnaient et célébraient les fêtes des ânes et des fous, cérémonies bien singulières que le public trouvait sublimes : si on lui donnait de nos jours les mêmes fêtes il les trouverait ridicules. Autres temps , autres mœurs , autres goûts. Le clergé , quoique très attaché au^ vijux usages, s'est réformé sur plusieurs points; pourquoi le Gompagnonage n'en ferait-il pas autant? pourquoi ne chercherait-il pas à se mettre d'accord avec son siècle et avec l'opinion publique? qu'il y pense , il y va de son intérêt.
Troisième objection : « Qu'en pensera-t-il du Cora- « pagnonage , l'homme sensé qui lira , par exemple, cr votre conduite de Grenoble? que tout le reste dont « les Gompagnons font tant de mystères , ne doit pas • valoir mieux si c'est ainsi qu'on procède à l'un de « ses actes qui doit être considér comme l'un des
c plus sérieux.» Réponse : Fexemple est mal choisi; loin que la conduite en question nuise au Compagnonage , elle lui fait honneur ; on voit par elle que les Compagnons savent réprimer les abus et les vices. Ce n'est peut-être pas la conduite par elle-même qui vous parait mauvaise, mais la manière de procéder à une chose si sérieuse. Oui , la conduite de Grenoble est une chose sérieuse, mais un enterrement Test dayantage. Il faut que je vous le dise, j'ai vu faire à Bordeaux un enterrement, par un corps d'état que je pourrais nommer ; il y avait dans cette cérémonie des choses bien singulières; si j'en avais donné la description dans mon livre j'aurais provoqué d'abord des éclats de rire , ensuite , l'indignation. Ainsi ce
âue des Compagnons font en plein vent, sans crainte u public , il ne faudrait pas le donner par écrit à ce même public. Pourquoi cela? S'il ne faut pas dire de certaines choses quand tout le monde vous écoute , il faut encore moins les faire quand tout le iqonde vous reçarde.
Quatrième objection : « Songez bien aussi que vous « n'écrivez pas pour des hommes qu'on a retirés des « collèges pour leur faire apprendre un état; que bien « peu vous comprendront , ou ne voudront pas vous « comprendre, etc., etc. » Réponse : n'ayant moimême jamais mis les pieds dans les collèges , je ne peux écrire pour des collégiens ; il ne faut , je crois , pour me comprendre , que du simple bon sens. Quant a ceux qui ne le voudfront pas , je ne peux que les plaindre... Malheur à ceux qui repoussent toute réforme , toute amélioration : le [teuple qui avance toujours dans la voie du progrès et de la civilisation ne les entend , ne les comprend plus , et quand on n'est plus compris du peuple on a une existence bien chétive et bien fragile. Le Compagnonage se compromet de galté de cœur , aux yeux du peuple ; il étale fréquemment avec complaisance, et, qui plus est, avec orgueil , tout ce qu'il a de mauvais en lui ; il n'est connu que sous un mauvais jour. De là cette réprobation qui s'étend et l'enveloppe de plus en plof
de là ces articles de journaux provoquant-dés Ids de proscription; de là tant de Compagnons n\»ant euxmêmes plus avouer ce quMls sont. Oui, on le connaissait, le Compaçnonage, mais sous son mauvais c6té seulement; j'ai voulu le montrer sur toutes ses faces. A-t-il perdu à cela ? Won. Car des hommes qui, par la parole ou par leurs écrits , le condamnaient radicalement, le jugent à présent d'une manière plus douce et plus favorable. Je l'ai servi, le Comoagnonage ; il doit continuer à se servir lui-même ; il le peut. 11 est le maître de sa destinée ; il peut rester en arrière, il peut avancer , ilpeutse perdre , il peut se sauver ; je l'engage à avancer, à se faire comprendre et à se sauver. , , ,
Vous promettez, monsieur, de me seconder dans l'œuvre que j'ai entreprise : le concours d'un homme tel que vous n'est pas à dédaigner. Unissons donc nos efforts et travaillons avec persévérance a éclah^r nos camarades; nous finirons, je vous l'assure , par obtenir d'heureux résultats. ,
Je termine ma lettre par une demande : vous m aviez envoyé un cahier de vos chansons que je montrais à tous mes confrères , et cela pour leur prouver que chaque Société a ses poètes. Ce cahier , auquel le tenais tant, je l'ai perdu. Je vous prie d'avoir la bonté de m'en faire tenir un second. ,
Rien de plus à vous direpour le moment qui puisse fixer votre attention.
^^ ^^ ' ^PfflOMGtiBR (àvignonais la Vertu).
Ttots jours après l'envoie de cette lettre, je reçus la visite de Vendème la Clef des Cœurs ; il me dit: « Vous avez entrepris là une œuvre « bien grande et bien péûibfe; il vous fellait,, « pour oser reatreprendre, beaucoup oc cwn^ « race; j'aurais reculé devant une telle nnssios* « Maiûtenaiit je vous engage à continaer , à m
« vt>U8 lasser jamais. Je ferai tout ce qui dé]p^- 4i dra de moi pour vous sècondcl*. » Nous causâmes long-temps ensemble, et nous nous séparâmes liés d'amitié et d'intentions.
Le 16 mars je reçus une seconde lettre de mes ^xmfrères de Bordeaux. Leur première était fort douce auprès de celle^i, où tes mots de spéculateur^ etc., m'étaient prodigués. Je vis par elle, j'appris encore d'autre part, qu'on cherchait à «xciter contre moi les préjugés et les mauvaises passions. Des lettres anonymes et d'autres lettres partaient de Paris et d'ailleurs, se ré{)andatent dans toutes les villes et me présentaient ^oiis un jour détestable. Je recevais souvent de^ <il]!(ectioDS, des questions, etc., et quelquefois des insultes ignobles. Je vis quMl était temps de m'adresser à tous mes confrères pour parer les coups que l'on me portait, et leur faire connaître ta vérité et le btit de mes efforts.
Mettre de V Auteur aux Compagnons du tour de France, ses conft-ères.
Mes chers pays.
Je vous envois trois lettres ^ à là fols , et dans là même feuille ; je vous invite à les lire avec soin et à rëBéchir, car la démarche que je fais en ce jour fi'est pas sans gravité. Je vous rappellerai que j*ai fait tout ce qui dépendait de moi pour la pro^érit^
1 rayais joint à cette leUre les copiés des lettres qnè f avals tHviti de BéitrKaisnôn la FIdélUé et de Nantais Prêt à Blea Fèn*e. Je TODlais montrer qne J'avais TapprobaciM et Tappifl 4H CottpasDons les plas estiaiibles.
et pour l'honneur de notre Société; on me dit pendant qu*il s'en faut de beaucoup qu'elle soit connaissante. On me dit que le blâme y que les reproches, que des accusations nombreuses tombent sur moi.
Est-il vrai que Ton me reproche d*ayoir trop peu fait des chansons nouvelles? Mais lorsque les vflles du tour reçurent mon premier, puis mon deuxième cahier, un trèsHpetit nombre d'entre elles prit la peine de me répondre. Eh I peut-on chanter toujours quand ceux pour qui on chante semblent ne point
Srêter l'oreille , et ne donnent aucun signe curect e satisfaction?
Est-il vrai que l'on m'accuse d'avoir dit trop de choses sur notre Société? Mais en ai-je dit une seule que tous les Affiliés ne sachent ? et pourtant les Affi* hés sont libres de changer de Société quand bon leur semble, et peuvent dire tout ce qu'ils savent sans se compromettre.
£st-il vrai que l'on me blâme d'avoir parlé du bal-*
Est-il vrai que l'on me reproche d'être trop impartial, de n^ètre pas assez rigoureux envers les Devoirants? Mais les satires engendrent les satires. Ensuite, pensez combien un livre satirique, signé , approuve de toute la Société , pouvait nous nuire aux yeux de la justice quand survient un procès^ et aux yeux de tous les nommes de bien dans tous
être cru.
Est-il vrai que l'on me blâme d'avoir rangé des charpentiers parmi les enfants de Salomon ? Mais les Devoirants en général repoussent les cordonniers et les boulangers : ce qui ne nous empêche pas de compter ces derniers parmi les enfants de maitre.
Jacques. Qttand nous nous obstinerions à nier les cliarpeniiers de Liberté , on ne verrait pas moin» qu'ils existent sous le titre d'enfants de Salomon. J'ai dit néanmoins que nous n'avions point de rapports avec eux.
Est-il vrai que Ton me blâme d'avoir intercalé dans mon livre la cbanson Gavot abominable? Mai» cette cbanson était connue dans les villes et dans les campagnes , et faisait croire que les Gavots étaient
pas renfermé mon ouvrage dans notre Société seu* lement? Mais si mes idées ^ si mes principes ne sont répandus, s'ils ne pénètrent de toutes parts cbez les Devoirants, ceux-ci ne pourront en profiter, ils continueront à nous attaquer, il faudra nous défendre et la guerre durera toujours. Dans le cas con» traire, mes désirs se réaliseront et chacun pourra un jour voyager sans crainte et sans dangers. Le tour de France ne sera plus un vaste guet-à-pens^ mais une belle promenade où la jeunesse ira s'mstruire et se réjouir.
Les critiques que je viens de citer et auxquelles j'ai répondu n'ont certainement rien de bien flatteur; mais voici la seule chose oui me blesse réellement : on m'accuse d'avoir spéculé, d'avoir exploité la S(^ ciété ; cela est par trop fort et trop injuste. Or, sa^ chez donc comment j'ai spéculé :
En 1834, trente-trois Compagnons de Paris souscrivirent pour deux francs chacun. Je fis tirer cinq cents exemplaires d'un premier cahier , j'en donnai une partie aux souscripteurs, le restant fut envoyé gratis à toutes les villes du tour de France. 11 est vrai qu'à cette époque la ville de Beziers et celle de Toulouse m'envoverent l'une quinze francs et l'autre dix. Hais je n'en nis pas moins de douze francs du mien, et de mon temps perdu qui valait à lui seul beaucoup plus que toute la souscription.
En 1836, soixante-un Compagnons fouscrivir^
mm MéiD0s o<Hiifittotis. Je fis (irer treize cents eicttHi^ Mltires d*Uti second cahier, qui, coitune les preoUers, rar^nt distribués attx souscripteurs ou envoyés aux villes du tour gratis, et franc de port. Je ferai remarquer que les souscripteurs ne paient jamais totis; que sdd Je faisais tout et suppottai9 tous les frais t)e co^ respoodanee et antres frais : j^en fus cette fois de trente francs du mien et de mon temps perdu. Et combien en perd-on , de temns , pour faire de teltes cboses dans une yille comme Paris, où notre Société n'existe pour ainsi dire pas , où tous ses membres sont isoles et agissent inaividuellement. Non, on n*a jamais compris toutes les peines que je me donnais, et cela sans intérêt; car je n'ai jamais voulu vendre un seul cahier et retirer la moindre pièce de nscrtloale , j'àimats mieux tout donner.
Tant de sacrifices et si peu de recminaissance ne m'avaient p^int rebuté ; je crus, cette f6is, pouvoir servir en même temps et ma Société et la cause sainte de l'humanité; je réunis mes deux cahiers auxquels j'ajoutai des chansons et des notes morales, puis dés fkfures de géométrie , un dialogue sur l'architecture, et un raisonnement sur le trait, tout cela pout inspirer le goût du dessin ; puis une notice sur le Gompagnonage où notre Société se distingue par son or>- ^bisaiion supérieure ; puis enlhi la rencontre de deux frères, partie morale et raisonnée qui coniri-k buera sans doute à rétabli!^ la paix sur le tour de France. Quinze villes me fournissent quatre cent vkigt souscripteurs à deux francs, dent chacun recevra deux exemplaires de Touvra^e. Mais comme une cincfiiantaine de ces souscripteurs n'ont encore rten déboursé * ; comme la plupart des viHes n'ont point affi^aatsfai leurs lettres, ou ont rogné le mentant <ie leur&soiiscriptlOMs peur en payer le port, il en ré>
même vHte a fait jiitU«e eo le fléuinont
stilte que je n*aî (fnère touctié que se|)t centê frâno^ J -ai fait imprimer ce livre qui ife devait avoir, d'apirès roa promesse, que cent cinquante pages, et il en a deux: cent cinquante-deux ; de pdue^ cfnq plancha que je n'avais pas promises, et une couverture 'im-^ primée. Puis, je renvois aux villes, et j*envois de» volumes au-delà du nombre convenu. Je reçois tou-» jours moins qu'il ne m'est d^, et Je donne toufours plus qae je ne dois : pauvte calcul 1 Enfin les déchets, tes eorrespondances, les frais d*emlmltag»e, de com^ mission, etc., etc., compromettent mes intérêt». Après tant de soucis, de soins et de fatigues, six cents francs que je venais de recevoir de mes parents ont disparu. Je n'en ressens aucune peine ; si j'étais ua hofiÉme riche, avnnt l'intention fixe de servir u»^ ea«se, jesepÉerais mon livre partout, et pour rien; mais ne pouvant en user de la sorte, et voulant néaninoiiK répandre mes idées que je crois bonnes ^ jesuisft>rcé de vendre les volumes oui me sont re^ tés , et voilà qne les Compagnons de Bordeaax me tf ait^nt de spéculateur. Si l'on a cru que j'avais bénéfleié avec la Société, on s'est trompé ; il ne faut que de la bonne foi pour comprendre qtte je n'ai fait que des sacrifices.
Oui . je suis pauvre, mais je n'en suis pas honteux ; le malheur ma long-temps accompagné, mais j'ai 50Ufl%rt seul, à Técart; j'ai beaucoup travaillé pourla Société , mais je n'ai jamais compté sur des récottpenses ; car je sais que qaand on sert les Sociétés anHieià de leurs désirs, on doit les mériter et non les obtenir. Je vous ai fréqueMés un bon nombre d'an« nées, mais j'ai toujours fait rigoureusemfent mon devoir, et si un seul de mrs confrères peut me repro-^ oher quelque chose, qu'il parle, qu'il s'Iidressie à moi.
Fourquoi* faut-il que desneHibres de cette Société que j'ai si bien servie soient en ce moment mes plus rudes ennemis ? Je sais que des lettres anonymes partent de Paris et vont semant partout lemensonige el la calomnie; des Compagnons des provinces ae-
cueillent ces impostures et les répandent à leur tour. Mais quel est donc mon crime ? Qu'ai-je donc fait pour soulever tant de colère ? Un livre dont ma Société sera fière un jour , et elle dira avec org^ueil : c C'est de mon sein que sont sortis les Compafj^nons qui les premiers ont prêché la concorde au tour de France I > Eh bien ! ce livre de morale et de paix est aujourd'hui une cause de tourment pour son auteur: c'est donc un crime d'aimer les hommes ? Jésus- Christ aimait les hommes, et les hommes l'ont cruci* fié; Socrate aimait les hommes, et les hommes l'ont empoisonné ; Jean-Jacques Rousseau aimait les hommes , et les hommes l'ont poursuivi à coups de cailloux. Moi , qui ne suis presque rien, j'ai voulu pourtant, dans l'obscure condition où le sort m'a placé, faire quelque bien à mes semblables, et mes semblables m en savent mauvais gré ; ils m'en font un crime. Il est donc vrai que les hommes les mieux intentionnés ne trouvent que des tortures ici-bas...,. Mes pays, ne vous préparez point de regrets, ne vous laissez point entraîner par ceux qui veulent je» ter le trouble dans notre Société ; ils s'en prennent toujours aux hommes que vous estimez le plus , ils les abaissent par la médisance et la diffamation, puis ils se dressent sur la pointe de leur pied et se présentent comme seuls dignes de vos nommages. Ces êtres indéfinissables se sont attagués à moi , ils ont voulu me ravaler ; mais je me suis défendu et j'ai ré* sisté avec succès. C'est ce qui les irrite davantage ; aussi pour me perdre, tous les moyens leur semblent bons. Défiez-vous des lettres anonymes , œuvres infâmes que notre Société n'avait jamais connues. Ne faites pas comme les Compaf^nons de Bordeaux qui, s'appuyant sur une de ces lettres partie de Paris» viennent de me salir.
Mes chers pays du tour de France , je fais un appel à vos sentiments , n'ayez point de prévention ni contre mon livre, ni contre les mtentions qui me l'ont inspiré ; lisez-le , faites-le lire à des hommes sages et éclairés, vous comprendrez facilement ce que je suis.
«t tout yiDtërèt que je tous porte en cherchant à obtenir que le sang des ouvriers de la France ne soit plus répandu sur la poussière de nos grandes routes et de nos promenades publiques! Je vous ai mis à la tète du Compagnonage, je vous invite à vous y conserver dignement.
Quand je vous ai envoyé mon livre, je savais que mes idées ne seraient pas admises tout d*un coup ; aussi ie m'étais bien gardé de vous demander une approDation que vous ne deviez m'accorder que plus tard ; mais ces lettres inconcevables, mais ces mots de spéculation , etc. m'ont profondément affligé , et je romps le silence pour me plaindre et me soulager, puissiez-vous me rendre justice !
Recetrez, mes chers pays, etc.
Pbrdiguier ( Avignonals la Vertu ),
Je fis tirer la lettre ci-dessus par le moyen autographe, et j'en mis un exemplaire à la poste pour chaque ville du Tour (lie France. 11 fallut, quinze jours plus tard , écrire une seconde lettre, plus longue, plus énere^i({ue^ et prendre des individus à partie, car j'étais attaqué sans ménagement. Les lettres circulaient, se croisaient : l'un envoyait de Chartres à Montpellier une lettre dans laquelle il exhortait un Compagnon influent à mettre la main à la plume pour empêcher de circuler le livre détestable de ce niais d'Avi^onais, un livre, enfin, qui fait tourner en dérision le Compagnonage , etc.^ etc.
Un autre écrivait de Paris à Nantes une lettre dont voici un extrait : a Cet homme (Avigno- « nais) doit être indigne d'exister dans notre «Société; tout Compagnon doit dire en le
« voyant : Voilà le plus lâche des hommes
« Que le tour de France connaisse le traître qui|
« jiiggu'à ee jour, a gru^fé ks Gompagoons i ; je « crois que, d'après un aprécis pareil, voim »• « rez le premier à Nantes qui dira que ledit « Avignonais doit être brûle et rayé du Comtt pagnonaçe, etc., etc. »
Mon anu Sauvageon, dit Lyonnais F Ami da Trait, effrayé de la situation où je me trouYais, m'écrivit de Lyon, sa résidence, une lettre dent ▼oici un passage : « Vous dites que tous nous « faites YOtre dernier adieu ; pourtant nous^em- « mes tous tos amis; nous ne tous oublierons « jamais ; vous avez fait pour la Société ce que « jamais personne n'eût pu faire. Votre nom ne « s'effacera point de notre mémoire.
a Quoique les Compagnons de Lyon ne yvus « aient, autant dire> pomt fait compliniesit sur « Totre ouvrage; quoiqu'ils aient manqué à leur CE devoir, et moi aussi, nous s^Mnmes tous vos « amis, parce que nous savons que nous possé- « dons en vous l'ami le plus sincère et le plus « fidèle des bommes de notre rang.
« £b! vous nous faites votre dernier adieu!
« Je vous pcie de nous écrire, nous recevrons « vos lettres avec plaisir; nous voudrions pou* « voir vous possédée dans notre cité pour vous tf mettre à rabri des persécutions. Je prie TÉ- « ternel de vous donner ^ssez de iorce pour <K pouvoir supporter les persécutions des injustes « et des aveugles. Je vous remercie, au nom de « la Société, de votre ouvrage. Nous aurions a dû vous en être reconnaissants d'une autre « manière que par des m^vvais ti^aiteoifiats» « etc,, etc. »
'* J'ai dit dany la UUrt préeédeite connaieQt j'ai'iniMé les ^paanaos.
J'eus cUiBs ParU beaiK^eup de tracas, beaucoup d'agitations et de taurments; je me dé^ fendis le mieux que je pus : la paix rensuivit^ tout fut tranquille. Je passerai bien des faits sous silence, afin de ne blesser personne, et de ne provoquer aucun mécontentemept. Si cependant, malgré mes soins à éviter toute personnalité, cette publication m'attirait de nou- Telles attaques, je me défendrais à l'avenir comme je me suis défendu dans le passé.
Dans cet intervalle (en mai 1840), un Monsieur, que je ne connaissais point encore, vint me trouver et me dit : « Je viens de la part de m"*® George Sand ; elle a lu votre Livre du Compagnonage y et désire vous voir et vous connaître. Auriez-vous la complaisance de venir un jour chez elle. » Je répondis affirmativement. Il ajouta : « Nous vous attendons demain à dîner; venez, vous nous ferez plaisir. » Je promis d'y aller, et j'y fus. Madame Sand m'accueillit on ne peut mieux ; nous causâmes bien long-temps ensemble, puis je la quittai, très-satisfait de cette entrevue.
Huit jours plus tard, le même Monsieur revint me trouver, et me remit , de la part de celle qui avait déjà pensé à moi, quatre jolis volumes et une lettre des plus flatteuses et des plus nobles, dout je transcrirai deux fragments.
Paris, ce 29 mal 1840.
« J*ai lu avec un bien vif intérêt » monsieur , les « notes que vous m'avez communiquées S et je suis
1 Ces notes étateDt les copies des den dernières leUres qne f ayals adressées à mes confrères da toor de France. Une seai~ de eJBs leilresttl reproduite dans ce yolame. (Voyez pas^ ^-
« tout à fait persuadée que le bon droit et la yérii « sont de votre côté. Persévérez dans la voie vrai « ment grande et généreuse que vous avez eaibras-l « sée et soyez sûr que votre vertueuse entreprisel c portera ses fruits. Vous triompherez des préjugées « et des passions , non pas entièrement sans doute/ « car le mal est grand , notre vie est courte, et nul « jde nous ne peut réaliser qu'une très-faible partie' « du bien qu'il a conçu. Mais vous aurez ouvert la « tranchée; d'autres champions de cette cause de « fraternité viendront seconder vos efforts, çt vous « laisserez un beau nom parmi vos frères. J'ai été vic vement touchée de la lecture de vos écrits, et votre I « conversation m'a confirmée dans la haute estime i « que j'avais de vous. Cependant, à la joie que j'ai « eue de vous entendre parler si bien des choses que « vous sentez , s'est jointe une profonde tristesse à « cause des épreuves que vous avez souffertes et de « celles que vous souffrirez encore. Tout homme qui « se dévoue au culte de la justice doit être persécuté, < et sa vie est une lutte , un angoisse , un péril sans « autre terme que la mort. Puisez donc votre force « dans ridée même de cette souffrance à laquelle « votre vertu vous a dévoué.
€ Pardonnez-moi ces refluions que m'inspirent la ce sympathie la plus vive et l'intérêt le plus fraternel, et Je charge la personne qui vous remettra ma lettre « de vous dire encore plusieurs choses dictées par les « mêmes sentiments.
« Tout à vous.
c GEORGE SAND. »
En effet, cette personne me dit que M"® George Sand comprenait mon dévoûment et l'importance de ma mission, et des offres me furent faites en son nom. J'y fus sensible ; cependant je me bornai à un remerctment.
Mais peu après mes idées revinrent là-des-*
Sli8, Qt je me dis : Tu e» p^uvre^ malgré loela, tu as àémnsi au service d'uae juste cause ta trapqùiuité,.toa teçips, tout Faiigeat que tes br^s t'oQt produit, tout celui que tOQ père t*a donoé, et tu es coatrarié, et tu ^Quffres de ne ppuFX>ir faire dayantage. Dans ce momept, une <icpasion favorable se présente, une femme célèbre par son.génie te tends la main; ne sois pas 4V°^ ^^\^ ridicule, accepte Toffre qu'elle te iait : le bien tombé sur toi se répandra tout aussitôt sur d'autres. Tu iras refaire ton tom^ 4e France, propager tes idées de Irateroité, et nouer des relations amicales ayec les Compagnons les plus éclairés des Sociétés encore ennesnies.Eh ! sais-tu que cela p^ut porter bien loin I Oui.— Et je me rendis à ces raisons; j'écrivis à M*"* G^Pffe Sand une a^sez Longue lettre, par laquielle j'acceptai son offre et lui faisais part de |B^s pr^ets. te lendemain je reçus cetie ré- . poqse:
a Vos jNMjets sont trop nobles pour que je ne ^sse « pas tout ce qui dépendra de moi pour les seconder ; « compta donc sur moi et sur mes. amis. Je n*ai pas « le tempsde vous écrire aujourd'hui , mais venez me « voir vendredi procbain dans la soirée ou dioer avec « nous si vous pouvez. Nous causerons de vos pro- « jets , vous me direz quelle est la somme qui vous « est nécessaire et nous la trouverons bien.
« Je vous remercie d'avoir accepté mon offre et « d'avoir compté sur mon dévouement à votre cause, « sur ma haute estime pour votre personne.
« Tout à vous.
Moi , qui n'avais jamais rencontré dans la vie qu'injustice ou inoifférence, jefus heureux dft tels.prooédés! Cette bonté, cette noblesse mf(