II
chantèrent, me ravirent! Oui ,*pour sortir d'uir monde trop matériel j je lisais quelquefois dans les romans, pour Toir au moins en esprit des actions généreuses et grandes; et "voilà pourtant que je trouve, dans ce monde si froid, ce que je pensais ne plus y trouver! Au jour îndioué, je me rendis chez l'illustre dame ; elle me aemanda quelle somme m'était nécessaire, je le lui dis , et huit jours après cette somme me fut apportée à mon domicile par M*"" George Sand elle-même. Deux personnes dévouées de cœur, M"*Marliani, épouse du consul d'Espagne à Paris, et une autre personne d'un grand mérite, participèrent à cette œuvre tout en faveur de la cause du progrès, du progrès lent, si Poo Teut, mais réel, mais sûr.
Le 16 juillet, après m'étre suffisamment préparé , je me mis en route. Quel bonheur, quand on est resté. si long-temps renfermé dans les murs d'une grande ville, de se trouver tout à coup transporté au sein des vastes campagnes, et de voir les cdteaux et les vallées, les châteaux et les cabanes, les endroits populeux et les solitudes, les eaux fraîches et limpides, les cieux si brillants et la terre chargée de feuillages, de fleurs et de fruits. Qu'on est heureux de respirer ainsi! comme le cœur se dilate l comme nous sentons alors les joies de Texis- " tence!.«.. Mais il ne s'agit pas ici de décrire des lieux et de dire ses impressions. Il s'agit d'au-' très choses; et il faut être bref.
Le 17 îuillet j'arrivai à Auxerre; je reçus de ma Société un accueil fraternel; j'eus occasion de voir là le serrurier Moreau , auteur de la lettre qu'on a pu lire dans ce volume. Notre
entretien fut tout pacifique; je lui conseillai beaucoup de ne pas froisser les Compagnons par ses écrits, s'il voulait leur inspirer de beaux sentiments. Mais M. Moreau , garçon très-honnéte du reste, ne connaît que sa Société; il est homme de parti , et malheureusement ne devait point tenir compte de mes paroles. Je fus à trois lieues de cette ville, à Escamp, voir Bourguignon La Fidélité. 11 me remit une chanson nouvelle et progressive de sa composition. en promettant d en produire d'autres. — Le 20 j'arrivai à Dijon, — le 21 à Châlons, — le 23 à JLyon ; j'y restai sept jours, et quittai peu mon ami Sauvageon, et d^autres amis bons comme lui. Je fus mis en rapport avec beaucoup de Compagnons des Sociétés les plus opposées de formes et de principes; je passai une longue soirée dans une réunion de tanneurs de maître Jacques, et vraiment ils firent preuve d'un grand sens.' — Le 30, en descendant sur le fihône, je me trouvai assis, sur le bateau, près d'un homme qu'à son accent je reconnus pour un de mes compatriotes. Nous causâmes ensemble^ je lui prêtai ensuite, dans l'intention de le distraire un moment, le Livre du Cornpaçnonage, dont je m'avouai l'auteur. 11 se retira dans un coin du bateau, où il resta longtemps à lire; il vint enfin à moi en me présentant le livre et en me disant : Voulez-vous me le vendre? — Je vous le donne. — Non , dit-il, je veux vous le payer : ce n'est qu'à cette con* dition aue je le garderai. J'eus beau me défendre ae toucher à son argent ; il fallut , bon fré mal gré, recevoir ses vingt-cinq sous.kXùvtt il me dit : « Je suis Compagnon tourneur, ei
neM Miette 4e totre ita^dA ; tous tous pli à la hauleur da siècle, vous sapez les abas et les vieilleries, vous parlez de paix et d^unî«B^ tout cek est fort beau, le suis établi à Nîmes, j'occupe beaueoup de Comparons; ils verreôt votre ouvrage , et je suis bten {)er$uadé (pi'ils en seront coatents. Quant à moi , je vous engage à persévérer dans v<^re pénible et noble entreprise. »
Douze heures après avoir quitté Lyon , rétais dans Avignon , mon pays natal ; je recueillis là un poème en beaux vers, intitulé le Campagnonage et F Indépendance y composé par im Compagnon cordonnier. Je restai plus longtemps dans la ville d^Avignon et dans Morières, bour^où j'ai ma famille et mes amis d'enfance, que aans tout autre -pays. — J'arrivai à Marseille le 10 août, ^ à Toulon le 12; le fis la rencontre de M. Jaume, dit Provençal la Fleur d'Amour, ancien Compagnon de ma Société, qui, indigné des abus et aes guerres du Compagnonage, aurait voulu, vers 1830, l'effacer du tour de France^ et le remplacer par une association nouvelle; il avait rédigé^ à cet effet, un projet d'organisation qu'il remit à M. Charles Dupin, alors de passage à Toulon. Le géomètre député, ibrt du travail du menuisier, fit, dit>on, sur cette matière, un rapport très-étendu devant l'assemblée des députes , rapport où le nom de M, Jaume ne trouva, je crois, point de place. Cependant M. Dupin n'oublia pas le Provençal; il lui fit cadeau d'un assortiment de pièces de géométrie^ tant en modèles qu'en dessins, et on ne oeut que l'en féliciter.
Je fis observer à mon confrère en Société
qfitUl ne fallait pas détruire le Compagnonag», lequel pouvait rendre encore de grands sevTieeft^ voia le réfiarmer, et surtout sans rintervenlion des députés, car il faut craindre les lois quêtes viches font expressément pour les pauvres.
M» Jaiume s'est toujours occupé de Pamélio*ration du sort des ouvriers; il sera dans Pave^ BÎr ce qu'il fat dans le passé, un homme dé- Tioué. Il promit de me donner de ses nouvelles; il a tenu parole : j'ai reçu avec sa lettre une adresse très-flatteuse, signée de trente-cinq ot^ rriers appartenant aux trois Soci^s^ je veiir dire à celle du Devoir de Liberté, à celle du Devoir et à celle de l'Unton.
Le 16 j'arrivai à Nimes, et je vis aviee plaisir beaucoup d'anciens camarades;— *le i6à âaial- Gilles^ où je fis quelques remarques; — < le 21 à Itf eoipeliier : je vis là Sommière le Dauphin, ancien ami de Nantais Prêt à Bien Faire, et un des hommes les plus ntiks de ma Société; --Le 24 à Cette, où habite Languedoc Sans Peur, poète de quelque mérite, que je vis un instant sans avoir l'avantage de pouvoir lui parler; — le 25 à Bézters, où le progrès marche sagement; '—Le 26 à Toulouse 2 <— le 31 à Bordeaux. Les Compagnons de Béxiers m'avaient conseillé de sauter Toulouse et Bordeaux , parce nue , disait-on, les Compagnons m'étaient là rart contraires. Il est vrai que les Compagnons de Toulouse avaient eu un moment la pensée de faire un auto-da-fé du Livre du Compagnonage;^ mais ils étaient revenus à d'autres sentiments. Il est encore vrai que les Compagnons de Bordeaux m'avaient écrit des lettres peu Aattc
mais le temps avait marché, et oeux-ci^es
— rôles autres, m'accueillirent en ami. Il y eut cependant à discuter là et ailleurs; mais on n'est pas tout à'faît sans prévoyance quand on entreprend un tel Toyage; on sait déjà de quoi il s'agit. — Le ô septembre j'étais placé dans un bateau dont les grandes roues nous [>ous$aient rapidement sur la Gironde; nous faisions route pour Royan. Je vis un Compagnon avec une gourde au côté gauche, suspendue à un cordon rouge qui lui passait sur l'épaule droite. Il avait ausssi une grande et belle canne : je m'approche de lui, et lui demande s'il n'était pas exposé, quand il voyageait à pied, à être topé sur la route. Il me répondit qu'en allant de Toulouse à Bordeaux il Pavait été plusieurs fois. Les premiers qui me topèrent, dit-il, furent raisonnables; ils burent à ma gourde, et je bus à la leur. Mais trois charpentiers vinrent ensuite : quand ils eurent appris que j'étais boulanger, ils me dirent : Passe au larçe. Je répondis qu'il fallait bien céder, puisque j'étais seul et qu'ils étaient trois. Alors un des charpentiers se posa devant moi en agitant sa canne^ et me dit :
En garde. Nous commençâmes à nous battre; j'avais le dessus, les deux autres s'empressèrent de se mettre de la partie, je fus vaincu et meurtri. — Les charpentiers sont vos ennemis, je le sais; mais ne pourriez-vous en aucune manière vous réconcilier? *- Ce serait facile si nous voulions subir les conditions qu'ils veulent nous imposer. — Quelles sont ces conditions?— Il faudrait leur payer d'abord un tribut, et puis nous abstenir de porter la canne pendant sept ans. — Et vous refusez? — Nous aimerions mieux nous battre jusqu'à la mort
que d'obtenir la paix au prix de telles lâchetés : une paix achetée ne valut jamais rien.— • N^est-ce pas pénible d'être forcé de se battre contre des jeunes gens qu'on n'a jamais vus?
De déplorez -vous pas ces fatales luttes? — Je les dq>lore assurément, et je vous avouerai que nous avons eu à Lyon, il n'y a pas encore bien long-temps, une nombreuse assemblée au sujet du livre au Compagnonage ^ qu'un de nos frères venait de recevoir de Paris. Ce livre fut lu devant tous nos Compagnons, et approuvé •sans réserve; nous partageons les doctrines d'Aviçnonais la Vertu ; comme lui nous vour- Ions la paix. — £h! le connaissez- vous, cet Avignonais? — Non. — C'est celui à qui vous fMrlez en ce moment. Le boulanger fut surpris, et si son visage se colora, ce ne fut pas d^une basse honte.
J'ai eu dans mon voyage, soit dans les villes, soit sur les routes, beaucoup d'entretiens intéressants avec des Compagiràns de toutes les Sociétés, entretiens que je suis forcé de taire
Sur discrétion, ou pour ne pas être trop long ans ce récit. Le ô, au soir. ie suis arrivé à Rochefort, — le 6 à La Rochelle,— le 9 à Nantes. Je trouvai là plusieurs Compagnons qui avaient défendu mes principes avec chaleur, entre autres kibïgeoh l'Estime des Vertus. J'v trouvai aussi Parisien l'Ami des Arts, qui les avait ^mbattus; je ne trouvai point en lui, comme je le craiçnais, un ennemi, mais un ami dévoué. Parisien veut la paix dans le Compagnonage et le progrès partout; et, il faut le ofire, son intelligence, son activité, sa parole facile. . son dévoûment à ses frères , dont il vient
éomiér desi preirree dans tes débats du tsrif €Btre les CofaipatS[im>ns et les maîtres, loi <Hit nél'icé restitue aè tons, je veux dire, des Gs- T0C9, des Dévdrattts et des msHres; seSqttfiAltéi lui oift acquis uile juste inflocttce dont il use en fâyeur de la bonne cause. Je partis àe Nàutcfc btèA malade, j'arriTai à Tours le 13; je m th noint Bénardemi, duquel on lira (dus loin nnfc lettre et dès chansons. Je devais de là àMer à Beangencl, puis à Ayaray, faire vinte à Po^ cheron le Coaprtean et à Nantais Pi^t à Bîieb Faire. Mais je ne le pus vas; ma santé étant dérangée, il fallait suivre la route la plu^direeta. J'arrivai le 17 à Chartres, ville où j'ai compoéé ma première chanson, et rentrai dans Faris le 20. deux mois quatre jours après l'avoir quitté.
Je me plais à le répéter, mes frères m'oint ftiît, dalns tout le cours de mon voyage, raccuèil le plus cordial. Je n'en conclus cependant pas que nion œuvre soit achevée; je sais qu'elle est jnffée diversement et qu'il me reste beau^oop à faire. DeiB Compagnons pensent que le Compogtkmage ne peut se modifier en aucune manière, qu'on s'est toujours battu et ^u'tfn se battra toujours; d'autres pensent tont diffï* reumient, et ne se gênent plus pour le dire.
Dans le cootmeneement de f S40, des Compagnons ont opiné pour que mon livre fût brûlé; d'antres lui ont arraché dés pages ou esllé du papier blanc sur des lignes qui leur soulevaient k coeur; d'antres l'ont caâié soigneusement; d'attreé l'ètft aéeudlli avec bonté, et ajoutoas ^ue tons répètent aujourd'hui qu'il n'est pas SI dangereujL qu'on l'avait cm cPabord; qren
-raie Ik^Bl pltitiiéuns foi»' <Hi finie p«r s^f hftM(«6ir ^ le trènrrei^ biei».
Vdllà déjà im chflng[^iikeiit âaifls resprit coiMh pagDonal. Mais ce changement ne se tera^ siiéi que je le désire, qu^aTCC le temps.
Je rappdlttai que, loriMpi^en 1826 |e composai tttft première chanson, je n'avais jamais ctm teàaa rm €dtfi|)agnon prononcer les mots àe tdlâ^ance et de paix^ Je rompais brasquemetft ateie le passé, et marchais seul vers Pavcnti'. les chansotoiel*s mes prédécesseurs avaient 0haotê les cotttbats et la haine; ils avaient ai^i les esprits et endurci les coeurs. Et je venars , tout jeune, sans aucun appui, entreprendre fine tâche radicalement o^sée à la leur. 11 rte faut donc pas être surpris des obstadtes qne j^âi
Su reïicohti'er. Dans toute antre Société que ans celle du Devoir de Liberté , ces obstacles cessent été encore plus grands. LesCompagfoons du Devoir eux-mêmes pourront convenir de ce que f avance : aussi je ne veux aucun mal à ceux qui m'ont d'abord opposé des entraves, et je sais un ^ré infini à ceux qui reviennent aux idées de justice oui doivent un jour rendre le peuple plus grana et plus heureux.
Oui, que le Livre au Compagnonage se ré-
Ï»ande de plus en plus; qu'il pénètre dans toutes es villes et dans les campagnes les plus obscures; que ceux qui, après avoir voyage, se retirent dans leurs f^ers et s'établissent, le fessent lire à leurs ouvriers, à leurs apprentis, à leurs enfants ; et les jeunes gens, actuellement sur le tour de France, seront remplacés par des jeunes gens mieux disposés à s'éclairer. Geux-H^î seront vemplaoés à leur tour par d'antres jewries ge
«ocore pluis aYancés du c6té du progrès, et insensiblement les préjugés disparaîtront^ et les ^andes réformes auront lieu sur le tour de Prance.
J'avais achevé depuis quelques mois ce second tour de France; ma santé s'était un peu améliorée^ je me consolais de mes peines au souvenir de mon action . quand des journaux , je ne sais dans quel intérêt, n'ont pas craint de venir troubler mon repos. Ils ont mis mes parents en cause d'une manière très-scandaleuse; ils ont fait de moi xine sorte d'instrument^ ils m'ont fait jouer, et cela peut-être avec le seul désir de produire un feuilleton c"^ efiFet, un rôle passif et des plus ridicules.
Ah! Messieurs des journaux, puissiez-vous ne plus accueillir à fa légère des fables qui froissent le cœur d'un homme, et peuvent nuire à une cause gue tous les gens de bien désirent voir triompher! Laissez à chacun ses oeuvres!
Pendant que î'étais en course, plusieurs'lettres arrivèrent a mon adresse; çuère après mon retour à Paris, j'en reçus plusieurs autres. Je vais en reproduire quelques-unes seulement.
Lettre de Beau Désir le Gascon à V Auteur.
Paris, le 11 oetobre 1840.
Monsieur , J'ai lu avec intérêt votre livre du Gompagnoaage,
î\. y a cependant des passages peu flatteurs pour let Compagnons du Devoir. A la page 85, dans des réflexions que TOUS faites à propos d'un couplet de l'une de vos chansons, je trouve ceci : « Je crois pouvoir me dispenser de nonuner les Sociétés où soni •cumulés l'ignorance, les abus, les absurdités, je veux même ne point parler de leur fanatisme , etc. » Mais, vous parlez de leur despotisme, vous signalez des Aspirants qui se sont séparés d'avec leurs Com- .pagnons ; certes , ces séparations peuvent arriver au «orps d'état le plus modéré, le plus juste, le plus sage. Des Aspirants qui s'oublient par leur conduite ou par leurs actions doivent être rappelés à l'ordre; des Compagnons leur feront des remontrances dans leurs propres intérêts ; ils s'en trouvent blessés s'ils sont vicieux ; et s'ils sont mal habiles , s'ils désespèrent de pouvoir être un jour Compagnons^ ils en ressentent aussi du mécontentement et de la jalousie. Ils ^«'excitent alors les uns et les autres et se séparent des Compagnons sans que pour cela les Compagnons aient provoqué la séparation. Pour les abus , l'ignorance, etc., je pense qu'il y a des hommes justes et des hommes éclairés dans toutes les Sociétés , et je . erois que vous le pensez également.
Dans la notice sur le Compagnonagc, page 160 (21 de cette édition ), on prendrait facilement pour une ^tire la citation que vous faites des corps d'état. Je suis loin de douter de votre franchise et de vos bonnes {«tentions. Mais vous avez omis des corps d'états qui auraient dû y trouver place, et mentionné d'autres •corps que vous auriez dû en écarter dans l'intérêt même de la cause que vous défendez.
J'espère que vous voudrez bien m*excuser de la liberté que je prends de vous écrire ; mais ayant vu une erreur dans votre ouvrage concernant la Société à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, j'ai cru de mon devoir de vous la signaler : page 174 et 175 (44 de cette édition ) , en parlant des cloutiers, vous dites que nous commandons nos assemblées en culotte courte et chapeau monté, vous avez été mal informé :
n y a pins de trente ans que Dmis ne oomttmiKioii^ {dus DOS assemblées en eulotte courte et chapeat BOBié« No6 obeveux, nous les avons eonteHréspour des raisons personnelles et par respect pour dos- aocètres; mais nous avons compris 4ii*il ▼ arait des ehoses qui devenaient rjklieules et qu'il fallait marcher avec le temps. Nous avons eonapris le prouvés comme tous les Compagnons Font compris. Le mal est que chaque corps d'état marche iadividifelieBient; tandto que nousdeyiloos marcher coHectivenoeiit* Ce* pendant i'ai la conviction que les Gompacpmns di bevohr s uniront, et que cette antipathie qui existe entre quelmies corps d'états, disparaîtra devant ^la raison des hommes sages et éclairés.
Je ne puis qu'admirer vos nobles seatinients et vous remercier au nom de Thumaniié de votre tr»vall ; mais il y a beaucoup de notices qui n^apprealient rien k personne de bien important : vous auriez, ce me semble , dâ les taire ; elles ne peaveat être que auisibtes.
Vous attaquez le topage, les hurlements. Dans son origine, le topage était tout fraternel. Oo n'éle» vaitpas la voix pour toper, oa ne se mettait point en
Sarde devant un adversah'e pour le braver ; aujour- 'hui c'est déplorable , car il est souvent le prélude d'un combat.
L'origine du nom de Chiens que vous donnes amc Compagnons du Devoir, est une erreur ou une satire; mais en considérant votre position , l'on peut vous trouver moins partial , vous écrivez en face de votre Société à laquefle vous devez sans douta quelque sacrifice.
Je dais rendre justice au te^ent que vous déplof ez dans la rencontre des deux frères : ce morceau est ftiit avec autant de savoir que de bon goAt. Il est vraiment moral, exemplaire, sublime, selon moi > et je vous en félicite.
Tendème la Clef des Cœurs, CampagSMm bianeh^ ehamoiseur^ m'a procuré votre ouvrage et je laien sais bon gré ; je te ferai voir à mes amis»
ie^'kï fk^ rleo à vous unmqver qui pUsse t«iis Intéresser.
'Daignti recevoir mes respects.
Vabm i«B, dit Beau Désir 1& Gaseon, Compagnon €touUer»da Devoir.
Béponse de VAvU&ir à Beau Désir le
Gascon.
Paris» 14 Mlobre 1840.
J*ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'ayez fait l'honneur de m'écrire , et j'ai peu à réfuter; cependant nous différons sur quelques points. Vous jetez un blâme formel sur tous les révoltés sans exception. Voici mon opinion à ce sujet :
Les Compagnons qui gouvernent une Société sont quelquefois bien jeunes et un peu trop tiers. Us peuvent avoir un toit, commettre une faute envers les Aspi* ranis. il peut se trouver parmi ces derniers des hommes instruits , sensibles et souffrant de leur dignité avilie, ils portent une réclamation aux Compagnons qui, cela s'est vu plus d'une fois, au lieu de les écouter avec bonté, l&s repoussent impérieusement; lesAsp piiaats s'excitent alors les uns tes 9utres et la révolte se fait. Il 7 a toujours parmi les chefs des révoltés des Aspirants qui auraient pu faire de bons Compagnons. Je sais qu'il v en a aussi de peu délicats, qui profitent d'un desorare pour esquiver leurs dettes ou pour se venger des justes réprimandes qu'on leur a souvent faites. Mais si les révoltes sont fréquentes , si les révoltés établissent des associations basées sur de justes lois ,11 faut supposer alors que tous les révoltés n'étaient pas mus par de mauvais sentiments ^ qu'il V en avait même parmi eux de fort respectables; car il n'appartient qu'aux hommes sages et bien intentionnés de fonder des associations régulières et durables. 11 faut donc étudier avec soin , il faut reobercher les causes de désordre et d'affaiblisseme
il faut examiner s'il n*y a rien dans nos sociétés pà^
ticulières qui se trouve en désacord avec l'esprit ei < les mœurs de la société générale , il faut faire un re* tour sur nous-mêmes ; nous pouvons avoir raison, nous ' pouvons aussi avoir quelques torts. — Lorsque dans' un empire le peuple se soulève et crie contre ses chefs , demandez a ceux-ci quels sont les griefs da peuple ; ils répondront qu'ils n'en a pas , que le peuple se plait dans la sédition et dans le tumulte ; les gouvernants ont toujours raison, les gouvernés ont toujours tort. Arrive ensuite une catastrophe , uo bouleversement, et tout le contraire est prouvé , les plaintes du peuple étaient fondées et légitimes. — Ainsi étudions attentivement les causes de révoltes et faisons en sorte que les révoltes ne se renouvellent plus.
Ce n'est cependant pas que je conseille aux Compagnons la mollesse et la lâcheté ; mais pour être res* pectés il faut être respectables. Presque toutes ies révoltes , je ne crains pas de le dire , sont provoquées par leur orgueil ou leur imprévoyance. Compagnons, soyez sévères, justes et bons; soutenez , encouragez le jeune homme laborieux et bien intentionné , dé-^ tournez du mal celui qui , par faiblesse , pourrait quelquefois s'^ livrer ; mais si parmi les Affiliés , si parmi les Aspirants il s'en trouve quelques-uns qui n'aient ni cœur ni âme , et fuient le travail et Tbooneur; s'ils sont sous l'empire du plus vil ^o!sme et n'ont de plaisir que dans de sales orgies; s'ils refu* sent obstmément de prêter l'oreille aux conseils de la raison et de l'amitié , chassez-les promptement de votre sein; n'attendez pas que le vice ait exercé son inHuence mauvaise sur les jeunes gens les plus purs , mais faibles encore , le mal est contagieux. Soyez justes, soyez clairvoyant et les choses dont vous vous plaignez sans cesse n'arriveront plus , car elles arrivent presque toujours par votre manque de sagesse.
Pour les abus , l'ignorance , etc., vous en conviendrez^ beaucoup de Sociétés en ont un fond considéra-
lile , et c'est précisément ce qui déverse un certaiir mépris sur le Gompagnonage ; de mon côté je reconnais comme vous, qu il y a dans chaque état des hom* mes d'intelligence et de cœur, qui, je crois, feront tout ce qui dépendra d'eux pour jeter un esprit nou* veau et aes mœurs nouvelles au sein de nos vieilles Sociétés; de ces Sociétés qui ont traversé tant de siècles en donnant toujours la force, la puissanceaux ouvriers , et protégeant ainsi leur présent et leur avenir.
Si j'ai omis, à la page 160 , quelques corps d'états , Vous n'aurez qu'a me les signaler et nous réparerons facilement cette omission.
Tous me dites que les Compagnons cloutiers portent encore de longs cheveux par respect pour leurs ancêtres, mais qu'ils ne portent plus de culotte courte, etc. ; à cela je peux répondre que j'ai vu moi-même, à Nantes, en 1826, des cloutiers faire une cérémonie funèbre, en culotte courte ; desCom*
Ïiagnons récemment arrivés de Bordeaux et de Nanes m'assurent avoir vu les cloutiers dans leur an— tique tenue. Nous prendrons d'autres informations, et s'il en est autrement, nous le Cirons sans détour.
Vous dites qu'autrefois le topage était tout frater» nel ; je le crois . car les fondateurs du Gompagnonage étaient les amis des ouvriers, et ils se seraient bien gardés de leur dire : battez-vous , repoussez-vous les uns les autres. Vous reconnaissez, monsieur, que le topage a dégénéré, qu'il n'est plus aujourd'hui une chose fraternelle, mais une chose déplorable et le prélude de beaucoup de combats : s'il en est ainsi, si d'un bien il s'est transformé en un mal , il faut le supprimer tout à fait et le remplacer par quelque chose de meilleur et de plus en narmonie avec les mœurs présentes.
En parlant du nom de Ghien attribué aux Compagnons du Devoir, je n'ai ni commis une erreur nî prétendu faire une satire : j'ai tout bonnement suivi la tradition telle qu'elle est admise par les mer-* siers du Devoir. Quant à cette histoire d'Hiram, j
la regarde ^e €«giine luie fable wf^ ing^aleuat» mais dont les oeaséqueaoe$ sont horribles , car eue tcAd à diYÎaer ceux qui la prennent au sérieux. La Bible, seul li^re d*une autorité réelle sur les oonatructeurs du temple de Salomon, ne dit rien du meurtre d'Hiram, et pour ma part je n*y crois pas. Lies Compagnons étrangers et ceux de la Liberté ii*ant aucun détail autbent^pie sur cette fable toute dou- T^Ue pour eux , et je pense que les GompaguoBS des autres Sociétés ne sont guère i)lus avancés ; je la r el^arde donc comme une ùayention toute maçoiiique et introduite dans le Gompagnanj^e pardeslioaunes initiés aux deux Sociétés secrètes ^
Je suis au reste très content de voir que mes idées éd paix et de conciliation vous sourient; je vous re-l mercie de vos bons sentiments pour moi , et je suis bien persuadé %ue Tami de Veaddme la Clef desi Cœurs» de ee Compa^pnon.poèted'un si grand mérite, ' usera de toute son influence pour faire le bien en faisant comprendre aux jeunes gens combien nous nous nuisons, combien, nous nous attirons de mépris en nous battant, en nous déchirant les uns les autres ^ns pitié et sans miséricorde ; car le moufle a I^ yeux sur nous.
En attendant, monsieur, que j*aie le plaisir de vous voir, recevez, etc.
P«nni6«anB, (Âvignonais la Veirtu.)
1 Ls frasMUafosoerte, d*a|Mrèt les hi^tori^s les plos spléi pour «lie, et M. Bazotest de ce nombre, ne fot introdoUe en Franœ qo^en 1715. Le Compagnonage l'a inconteslahteoient de beaucoup devancée; néanmoins, des qu'elle fat établie dans ce pays, des Compagnons la fréquentèrent et puisèrent dans son sein , avec des véritiés utiles, ae nombreuses erreurs. Fretque tons les francs -maçons des ordres inférlears prennent aa grand sérieux le meurtre d^Hiram , puis ils se livrent à des argnlles, à des disputes sans fin. Cette fable , trës-inoffeosive dans la Maçonnerie, pourrait avoir, dans le Compagnon^ge,. des résultats funestes. Il serait à souhaiter que les chefs des sociétés maçonniques voulussent bien prendre la peine d'ouvrir à ee sujet les yeux de leurs frères des grades inférieurs; Ils feraient on grand bien.
Lettre de Bien Décidé le Briard I à l'Auteur.
Parte, le 28 octobre 1840.
Monsieur, J*ai sous les yeux votre ouvra^^e intitulé le Livre d.u Compagnonage: partisan zélé de la destruction des préjugés , je m*associe de tous mes vœux à votre tâche ; si comme vous je savais m'exprimer, je vous servirais de levier pour Taccomplissement de cette belle œuvre. Cette idée avait déjà germé dans bien des cœurs , mais il fallait le talent et du courage pour oser Tentreprendre ; vous , vous avez réuni ces deux qualités, vous y joindrez, je Tespëre, la persévérance. G*est au foyer du fanatisme que se trempent ordinairement des âmes si fortes , et pourtant vous en êtes Fadversaire le plus redoutable. Com|>atriote de RaspaU , vous fttes digne de la noble mission que T^ous vous êtes imposée. En faisant triompher une si jsainte cause , vous aurez bien mérité du Compagnonage et de là patrie.
Il y a quelques erreurs dans votre livre , permettez-moi de les rectifier :
Au cinquième paragraphe des adjonctions, page t75, vous dites : « Les Compagnons tisserands sont peu anciens , un menuisier traître à sa Société , leur Tendit le Devoir. » Le fait est tout à fait controuvé ; Toici une petite historiette que je vous donne comme certaine : En 1775 , il se trouvait à Narbonne , en Languedoc, deux corps d'une union parfaite; le premier, menuisier, jouissant du titre de Compagnon; le second, tisserand, n*ayant pas le même avantage, quoique partageant souventles mêmes dan* eers. Une occasion fortuite se présenta, elle fut saisie ec avidité par les derniers. Dans une rixe^ les Corngnons furent appréhendés au corps par le guet> s'en suivit procédure et amende : les mêmes Comignons vinrent encore réclamtsr de leurs accolites is secours, mais cette fois ils étalent pécuniaires-